Le théâtre de Badinter

Robert Badinter à La grande Librairie il y peu de temps fut merveilleux. A l’écouter l’impression – l’envie ! – d’être de sa famille. Il était venu pour la soritie de son livre : Théâtre 1 (Fayard) . Trois pièces qui ont à voir avec la justice et le destin.
J’ignorais que l’ancien garde des sceaux fut un fanatique de théâtre. Encore que le mot fanatique ne lui convient pas du tout . Il est tout en retenue, en nuance ( le thème du Répliques 20 mars dernier de Finkielkraut ), même quand il parle de sa passion : J’ai toujours aimé le théâtre. Au lendemain de la guerre, j’ai découvert son pouvoir d’envoûtement du troisième balcon où se juchaient les étudiants. La jeunesse s’est enfuie, mais la passion est restée. Elle devait porter ses fruits. J’ai écrit en secret des pièces de théâtre. Nombre d’ébauches ont pris le chemin de la corbeille à papier, mais quelques-unes ont échappé à ces excès de dépit amoureux. Les voici réunies sous le titre optimiste de Théâtre I. »
C.3.3.,  joué à La Colline Paris en 1995, évoque le destin d’Oscar Wilde, l’écrivain homosexuel que la société victorienne, qui l’avait adulé, a injustement brisé, parce qu’il l’avait défié : deux ans de prison, au régime des travaux forcés.
Les briques rouges de Varsovie : nous sommes au coeur du ghetto, aux derniers jours de l’insurrection.
Cellule 107, dialogue fictif mais fort documenté à Fresnes entre Laval, qui vit ses dernières heures avant son exécution, et Bousquet, son voisin de cellule. Une idée géniale.

Rappelons son beau récit sur la vie de sa grand-mère Idiss (Fayard) qui connut le sort tourmenté des Juifs russes de l’empire tsariste fuyant les persécutions au début du XXe siècle pour gagner Paris. Il vient de sortir en BD – Richard Malka et Fred Bernard.
J’ai toujours eu envie de lire le Condorcet qu’il a écrit avec sa femme Elizabeth Badinter qui reste un de mes plus beaux souvenirs d’interview. Le soir, après l’entretien, quand nous avions parlé, avec mes enfants, de cette rencontre en préparant le repas, on s’était amusés à imaginer la qualité du dialogue entre Elizabeth et Robert dans leur cuisine… Un autre monde sans doute où je m’étais pourtant sentie reconnue, en tout cas pour ce job que j’avais à faire là (Lire gratuitement Avec toute mon admiration . Dans les coulisses de mes interviews. Dane Cuypers. Lien ci-dessous)

Avec toute mon admiration

 

 

 

 

 

 

Livre ouvre- toi !

Je me moquais ci-dessous des bons plans … A la vérité,  le matin je consulte assez frénétiquement  les nouvelles propositions sur le net.
Bref je suis débordée … D’autant que ma connexion est très capricieuse. Voici ma dernière sélection  qui propose un choix de dix livres gratuits très alléchant
https://quefaire.paris.fr/104417/6-beaux-documentaires-a-voir-sur-bibliotheques-paris-fr ( Que pour les Parisiens )
D’autant que je n’ai que trois livres avec moi dont un Sollers –  que j’aime beaucoup vous le savez, je vous en ai parlé il y a quelques jours. Voici encore un extrait de Mouvement, paru en 2016, bien adapté à la situation

La grande pièce où vous travaillez est tapissée de livres. Ils vous attendent le matin, très tôt. Pas un bruit, l’appartement est vide. Vous débranchez votre téléphone, vous vous asseyez à votre table, vous vous concentrez, vous ne faites rien. Ca peut durer dix minutes ou une heure, parfois la matinée entière. Ne rien faire est toujours une joie.

Ne rien faire n’est pas mon fort. Sollers m’énerve un peu avec sa « joie » ! Deux paragraphes plus loin, c’est autre chose. Il a écouté ce que lui disait sa bibliothèque et laisser sa main prendre un livre L’oracle de Delphes. D’habitude ça marche mais là non « pas de vieux grecs aujourd’hui ». Du coup il reste « sec ».

Vous réconcilier avec Apollon ne sera pas facile. Vous n’avez pas de laurier sous la main, Pindare n’a rien à vous dire, Hölderlin boude, Hegel est distant, Homère lui-même a mis son doigt sur la bouche. Décidément tous les livres font grève aujourd’hui, y compris, c’est un comble, la Bible. Les poètes se taisent, la musique ne veut pas de vous, la peinture s’absente, votre partenaire d’amour se dérobe. Vous essayez le chinois ? Rien. Le sanskrit ? Rien. Le vieux français ? Rien du tout. Shakespeare? Surdité complète. Vous êtes enfermé en enfer.
Vous essayez de dormir, mais le sommeil, au lieu de vous reposer vous fatigue. Vous marchez pendant une heure, aucun effet. Vous prenez trois bains chauds, aucune détente.  Vous vous enivrez, résultat très lourd (…)
Bien sûr quelques paragraphes plus loin encore, ça s’arrange :
Et, soudain, tout se calme. Vous sortez dans la nuit, vous revoyez les étoiles, vous sentez qu’Apollon vous a pardonné. (…)

Nonobstant le fait que nous ne parlons pas tous avec cette aisance à  Apollon, ni même à Pindare ou Hegel (quant à la Bible en ce qui me concerne, une allergie absolue), ça rassure cette panne de Sollers.
Encore un petit extrait sur les livres :
La bibliothèque tarde à reprendre ses propositions magnétiques. Pourtant elle sait que je lui reste fanatiquement fidèle, que je ne me soumets pas à Allah ni aux nouveaux dieux tout puissants, Facebook, Google, Yahoo, Amazon. Les croyants de Facebook sont déjà 1,49 milliard ( et sûrement bien plus en ces temps de confinement NDLR). Tous ces gens pressés et décervelés adorent des idoles, mais je reste ferme, les seuls vrais dieux sont des livres, un certain nombre de livres agissent comme des dieux.

En lien mon livre Avec toute mon admiration avec un chapitre  consacré à Philippe Sollers :
Avec toute mon admiration

Egalement dans ce livre une interview de Jean Daniel, jamais parue ailleurs, donc quasi inédite, en écho avec le « A voix nue » cette semaine sur France Culture tous les soirs à 20h00 où il s’entretient avec Jean d’Ormesson. Ce sont deux hommes délicieusement intelligents et tendres  qui nous racontent  70 ans ( émission enregistrée en 1996) de vie.
En lien sur le même livre.
Avec toute mon admiration