Bertrand Tavernier, notre ami

Bertrand Tavernier nous a quittés le 25 mars 2021 à 79 ans. J’écoute ses interviews sur France Culture. Quel type formidable : l’’intelligence, la culture, l’humanité, la simplicité. Ses combats ont été nombreux. Et je me souviens justement l’avoir rencontré dans celui qu’il a mené contre la double peine.  J’avais assisté à une projection privée de son film Histoires de vies brisées : les double peine de Lyon – la double peine consistant à expulser de France les étrangers ayant fait de la prison. Il y brossait le portrait d’une femme qui m’avait enthousiasmée. Je me suis dit : elle mérite un livre. L’ami qui m’avait invitée à cette soirée m’a présentée au réalisateur et je lui ai dit mon envie, tout de go. Il a répondu sans hésiter : Oui faites-le ! je vous soutiendrai – ou quelque chose comme ça. Je n’ai pas donné suite : trop débordée. Mais quel dommage.

Un dimanche à la campagne

La masterclasse avec Arnaud Laporte (Je fais un cinéma de partage)  est un régal. Il raconte à un moment qu’il lui arrive de décider si une scène en train de se tourner est bonne à l’oreille – et je pense : comme faisait Pagnol ! Et il le dit juste après . Il parle de Sautet dont il fut l’attaché de presse je crois et l’ami. Il se trouve qu’il y a exactement une semaine j’ai jeté une photo de Claude Sautet (conservée depuis des années)  que j’avais interviewé aux studios Eclair à Epinay-sur-Seine dans le camion-cantine du tournage. Encore un homme si touchant. Je n’oublierai jamais comment il parlait de la nuque des femmes, comment il disait aimer filmer celle de Romy Schneider en lui demandant de relever ses  cheveux en chignon.
Sur un autre podcast, j’apprends que Bertrand Tavernier était tuberculeux dans sa jeunesse et qu’il a découvert le cinéma au sana, avec un coup de foudre pour Gary Coopoer me semble-t-il. J’écoute aussi des témoignages vibrants, sincères, de ses acteurs dont celui d’Isabelle Carré qui tourna sous sa direction (ce mot ne lui convient pas ), avec Jacques Gamblin,  Holy Lola, l’histoire d’un couple qui veut adopter un petit Cambodgien.
Sur le site de l’excellente Cinetek, vous trouverez trois de ses longs métrages ( La mort en direct, Coup de torchon, Un dimanche à la campagne), la liste des films qu’il aimait (amis américains, voyage à travers le cinéma français…).  Disons encore qu’il a reçu cinq César au cours de sa carrière, dont deux pour le film Que la fête commence en 1976 : César du meilleur réalisateur et du meilleur scénario. Et finissons sur cette  « joie sérieuse  » qui était la sienne raconte Philippe Torreton avec beaucoup d’émotion.

 

La Recherche des cieux …

Ce soir de mars, ciel couchant par la fenêtre, orange et bande gris sombre en bas, orange phosphorescent puis doucement se dégradant jusqu’à se fondre en trainées ocre très pâle surmonté d’ une écharpe bleue, elle-même balayée d’une ligne rose pour finir tout en haut  par un évaporé fauve traversé par des oiseaux… Pas la peine d’insister, écrire les ciels je ne sais pas faire. Je recherche le passage de Proust écouté il y a quelques jours sur le site de la Comédie française ( formidable initiative que cette Recherche lue par les comédiens, je le re-souligne) qui consacre des lignes sublimes aux ciels de Balbec. Je ne le retrouve pas …
Ces cieux-là sont ceux d’Arenc-Le Silo à Marseille et la tour est l’oeuvre de Zaha Hadid que je vois de moins en moins, dévorés qu’ils et elle sont par des immeubles en construction. L’un d’entre eux fera 19 étages. Celui qui entre pratiquement dans mon appartement ! en compte 10,  soit la taille d’un arbre de 32 mètres ,si  j’en crois Laurent Tillon  qui a lié depuis des années amitié avec un chêne de cette envergure ( Etre un arbre. Actes Sud). N’y pensons pas… le printemps arrive.

Bulles devant l’hôtel de ville de Marseille et sequoia à Murol dans le Puy de Dôme. Photo Benoit Jolion-Ben David.

Le théâtre de Badinter

Robert Badinter à La grande Librairie il y peu de temps fut merveilleux. A l’écouter l’impression – l’envie ! – d’être de sa famille. Il était venu pour la soritie de son livre : Théâtre 1 (Fayard) . Trois pièces qui ont à voir avec la justice et le destin.
J’ignorais que l’ancien garde des sceaux fut un fanatique de théâtre. Encore que le mot fanatique ne lui convient pas du tout . Il est tout en retenue, en nuance ( le thème du Répliques 20 mars dernier de Finkielkraut ), même quand il parle de sa passion : J’ai toujours aimé le théâtre. Au lendemain de la guerre, j’ai découvert son pouvoir d’envoûtement du troisième balcon où se juchaient les étudiants. La jeunesse s’est enfuie, mais la passion est restée. Elle devait porter ses fruits. J’ai écrit en secret des pièces de théâtre. Nombre d’ébauches ont pris le chemin de la corbeille à papier, mais quelques-unes ont échappé à ces excès de dépit amoureux. Les voici réunies sous le titre optimiste de Théâtre I. »
C.3.3.,  joué à La Colline Paris en 1995, évoque le destin d’Oscar Wilde, l’écrivain homosexuel que la société victorienne, qui l’avait adulé, a injustement brisé, parce qu’il l’avait défié : deux ans de prison, au régime des travaux forcés.
Les briques rouges de Varsovie : nous sommes au coeur du ghetto, aux derniers jours de l’insurrection.
Cellule 107, dialogue fictif mais fort documenté à Fresnes entre Laval, qui vit ses dernières heures avant son exécution, et Bousquet, son voisin de cellule. Une idée géniale.

Rappelons son beau récit sur la vie de sa grand-mère Idiss (Fayard) qui connut le sort tourmenté des Juifs russes de l’empire tsariste fuyant les persécutions au début du XXe siècle pour gagner Paris. Il vient de sortir en BD – Richard Malka et Fred Bernard.
J’ai toujours eu envie de lire le Condorcet qu’il a écrit avec sa femme Elizabeth Badinter qui reste un de mes plus beaux souvenirs d’interview. Le soir, après l’entretien, quand nous avions parlé, avec mes enfants, de cette rencontre en préparant le repas, on s’était amusés à imaginer la qualité du dialogue entre Elizabeth et Robert dans leur cuisine… Un autre monde sans doute où je m’étais pourtant sentie reconnue, en tout cas pour ce job que j’avais à faire là (Lire gratuitement Avec toute mon admiration . Dans les coulisses de mes interviews. Dane Cuypers. Lien ci-dessous)

Avec toute mon admiration

 

 

 

 

 

 

Au jardin des citations

La peur est une porte d’ombre. Pousse la et sors dans la vie.
Rumi, poète mystique persan né en 1907.

Le but n’est pas de devenir meilleur mais de devenir de plus en plus vivant. Henri Gougaud à La Grande Librairie. J’ai  également failli travailler avec lui . Après l’avoir interviewé, je lui avais proposé d’écrire des contes de nourriture. D’accord, essayez  ! Ce que je produisis – après avoir travaillé comme une malade- était franchement très moyen sauf celui sur le miel et encore … Il me l’a dit et il a eu raison ! C’est d’ailleurs normal : les contes m’ennuient…

 Renaître n’a jamais été au-dessus de mes forces.
Julia Kristeva sur France culture (février 2021) cite Colette. Ce sera son épitaphe sur sa tombe à l’Ile de Ré.

J’essaie de trouver la beauté là où je ne m’étais jamais figuré qu’elle fut. Dans les choses les plus naturelles, dans la vie profonde des natures mortes. Proust
L’aquarelle est de Joëlle Naïm, le livre Petit traité romanesque de cuisine de Marie Rouanet ( offrez-vous le en poche),  celui qui est caché contient les merveilleuses recettes (faciles) de mes amies du Gîte de Fontlargias. Triplettes et coup de fourchette à commander pour vos régalades printanières.
Trop de bonnes pensées nuit. Un peu de mauvais esprit au jardin des citations !
On peut survivre à tout quand on survit à sa mère
Dalie Farah sur 28 minutes l’a dit avec bravache car son histoire n’est pas toute rose. Elle publie Doigt (Grasset), « un roman autobiographique drôle et narquois sur son rapport à la violence » écrit Le Monde. C’est sûrement vrai : rien qu’à l’écouter on a envie de la lire. Elle est épatante et c’est clairement ce que pense Elisabeth Quin en l’interviewant.

Pathétique…

Cette crise de fou-rires avec deux amies, un jour lointain, pour parler d’une qui en connaissait une qui avait trouvé ou fabriqué ? des  serviettes hygiéniques réutilisables,  ce fou-rire n a plus  lieu d’être, c’est à pleurer . Voilà :  je lis à l’instant un message d’un site dansmaculotte.com (on appréciera l’ineffable bon goût du nom) où me sont proposées des serviettes hygiéniques, flux normal ou abondant, en différentes couleurs ou dans un seyant motif colibri. En  rayon numérique aussi des culottes motif toundra, en coton bio bien sûr. Non mais les gars ( seraient-ce des filles qui ont lancé ça ? oh non please !) , vous croyez qu’on est sorti de cette époque où nos malheureuses arrières grands mères ou grand-mères frottaient, en plus des couches des nourrissons, leurs protections mensuelles, pour retomber là-dedans. On rêve ! C’est écoretro, éconul  ecodélire. Mais  je m’énerve, je m’énerve !  tout va bien : le lavage en machine est autorisé, après débarassage du plus gros à la main dans le lavabo, of course.

 

Mes re-pères

J’ai loupé les défilés de mode numériques  été 2021 et j’en suis fort marrie car j’aime la beauté insolente, provocante de la mode couture. Mais je n’ai pas été épargnée par la laideur de nos rues avec les grilles fermées et taggées et les passants masqués. Personne ne parle jamais à ma connaissance de la beauté des rues. Perdue.
Quelques très jeunes femmes s’en sortent avec des masques tissu (qu’il ne faut plus mettre si j’ai bien compris), des yeux immenses, une démarche souple qu’un manteau léger, mouvant, laisse deviner  (comment font-elles avec le froid ?) . Mais les autres, nous autres, avec lunettes, barbes, écharpes, grosses doudounes et vieux cabas, quelle catastrophe. Il faudra s’occuper des petits qui naissent dans cet environnement hallucinant. Les emmener vite quand le Covid se sera fait la malle dans les ruelles de Gênes, les piazzas espagnoles, les Tuileries de Paris…

Recevant le livre de Pivot … mais la vie continue (Albin Michel) et puis celui de Morin Les souvenirs viennent à ma rencontre ( Fayard/Pluriel et prochainement en poche) et enfin le magazine Causeur de février avec Finkielkraut en couverture, je les mets dehors, sur ma loggia, pour décontamination… Sans espoir !  je suis complétement contaminée par ces  hommes -là. Et puis il y a Tu finiras clochard comme ton Zola de Philippe Val disparu pendant mon déménagement, resurgi ces jours-ci.

A quel point ils me sont chers. Je m’en rends compte bien plus encore avec les dernières tribulations de Finkielkraut. Je ne suis pas toujours d’accord avec ce dernier ni avec Morin et Val mais j ‘ai une confiance foncière dans leur honnêteté et une admiration absolue pour leurs capacités d’analyse. Et je soutiens avec ferveur le créateur de Répliques. Quant à Pivot c’est une autre histoire, plus affective  du côté des rêves de la jeunesse. Les soirées inoubliables d’Apostrophes où bien sûr je serai un jour … Celle sur Albert Cohen évidemment ! que j’ai revisionné pour mon livre Albert Cohen-Marcel Pagnol : une amitié solaire. Je n’irai pas sur le plateau télé, mais Bernard Pivot m’offre pour mon livre en juillet 2020 une chronique dans le JDD; c’est bien aussi… Alors son livre à lui . Je suis d’abord étonnée qu’il puisse faire cohabiter une telle sensibilité littéraire avec un tel réalisme sans concession. Car sur la vieillesse et la sienne en particulier (il met en scène un personnage qui lui ressemble comme deux gouttes de vieux Bourgogne)  il ne cache rien – enfin si sûrement plein de choses, mais il va droit néanmoins au but. Les maladies, les ridicules, les tricheries, la prostate, la sexualité et bien sûr la mort, les membres des  JOP, Les Jeunes  Octogénaires Parisiens,  vivent leur vieillesse et se la racontent au fil des pages. Réaliste voire prosaïque certes mais la bonhommie, la faconde,  la lucidité de Bernard Pivot pour aborder le fameux continent tantôt porté aux nues – la sérénité et tout le bazar – ou abhorré – un « naufrage » selon Chateaubriand –  est  revigorante.  C’est sans doute cette remarquable simplicité (une qualité très peu prisée de nos jours par les pros du micro)  qui permettait l’échange authentique, sans fariboles ni trompettes, quoique percutant,  avec l’auteur interviewé, mais aussi avec le téléspectateur invité à y participer. Retrouvez ce Pivot si amical se moquant de lui-même ou pariant sur l’avenir ( il est un grand tweeter)  est une vraie sinécure.

Mon cher Morin « notre trésor national », ainsi que disait il y a quelques jours Guillaume Erner sur France culture, où il  le recevait pour la journée « jeunesse » pour ses cinq fois 20 ans. Avec Les souvenirs viennent à ma rencontre, le philosophe nous livre comme à l’accoutumée son coeur et son érudition, sa sensibilité et sa pertinence, sa lucidité et sa joie de vivre. Si vous n’avez jamais lu le « journal »  d’Edgar Morin, vous allez découvrir une personnalité passionnante qui vous ouvrira les portes, les siennes, d’un vingtième siècle dont il fut partie  prenante sans réserve en ce sens que rien ne le laissa indifférent.  Sa Résistance, sa rupture courageuse avec le PC, son amitié amoureuse avec Marguerite Duras (une Duras que vous ne connaissez sans doute pas),  ses délectables pages sur l’Italie (il a des origines italiennes), son bouleversant portrait de Robert Antelme ( le mari de Marguerite  et l’auteur de L’espèce humaine), les coulisses de son travail qui le mène à son oeuvre majeure La Méthode et à mille autres choses  (quelle créativité étourdissante), ses immenses joies et ses grandes tristesses … je vous le promets vous ne resterez pas insensible à la la virtuosité, à la tendresse,  à l’humour, à la naïveté aussi de cet homme-là. Vous allez en le lisant beaucoup apprendre et beaucoup vibrer.

C’est également vrai pour le livre de  Philippe Val, qui fut chanteur, directeur de Charlie Hebdo, puis de France Inter. J’avais commencé, avant le covid,  la lecture de Tu finiras  clochard comme ton zola (superbe titre) : il est revenu sur mon bureau comme un remords. ! Je voulais tant lui faire un grand et beau papier. J’en ai été empêchée certes par la pandémie, mon déménagement et la maladie insidieuse de mes poumons, mais pas que. Le poids de l’objet (859 pages) qui empêchait tout transport et la technique narrative choisie par l’écrivain m’avait freinée . Val, je l’ai toujours lu : avec lui aussi je trouve la probité et la finesse rigoureuse des analyses qui calment mon mental. Entrer dans sa vie me souriait bien. Passons vite donc sur ce procédé : un narrateur raconte au fils   la vie de son père, en entrant dans sa tête : c’est pas crédible une seconde et surtout très compliqué – mais comment l’éditeur n’a pas alerté l’auteur ? Incompréhensible. Une fois qu’on dépasse cet obstacle on peut commencer à se régaler. Sur deux plans : la traversée passionnante du vingtième siècle, la sincérité absolue de l’auteur sur ce qu’il a vécu. Dès les premières pages du livre la musique est là avec un phonographe et des 78 tours de John William, Line Renaud, Charles Trenet… Son expérience de compositeur-interprète-auteur et la longue aventure du duo « Font et Val » sont essentiels dans sa vie et dans l’élaboration de sa personnalité. Autre composante forte, son refus absolu, non négociable de tout ce qui ressemble de près ou loin à de l’antisémitisme. C’est Zola qui en est à l’origine et fera dire au père de Philippe Val  la phrase qui a donné le titre au livre. De là, entre- autres mais fondamental, découleront ses  positions sur le conflt israélo-palestinien ou le mouvement altermonialiste et antiraciste.  La suite de son histoire est plus connue, des lecteurs de Charlie Hebdo en tout cas.

Même avec le détour stylistique que j’ai mentionné, l’écriture de Pilippe Val reste profondément nourrissante. Ses amitiés, avec Cabu par exemple, sont bellissimes. Il poursuit la grâce et cette quête tient le livre avec ses longueurs et ses fulgurances :  » (…) se poser la question entêtante des conditions de la grâce et de la  valeur des moyens pour y séjourner, ne serait-ce que quelques instants, et c’est tout l’intérêt des récits concernant une vie humaine.  » (…) chercher l’ivresse de l’amour, du pouvoir, du vin, de la drogue, du travail, de la musique, du jeu, de la science, de la folie, de la mondanité, de la solitude, de la beauté, de la cruauté. (…) Alors mettez ce livre dans votre sac-à-dos et plongez. Vous en sortirez plus fort comme de toute rencontre avec la vraie vie. Même si  vous n’êtes pas toujours d’accord.

Je finis ce texte quand j’apprends la mort de Jean-Claude Carrière. Ecrivain,  scénariste, conteur, créateur de la Femis, l’école du cinéma, je le connaissais mal. J’écoute La Conversation scientifique d’Etienne Klein en podcast sur France culture (12/1/2019). Je suis tout de suite sous le charme. Quel homme ! encore un . Cette conversation tourne autour de son livre La vallée du néant. Il parle de tout avec une simplicité, érudite si nécessaire, de Bunuel dont il fut l’ami pendant 25 ans, d’Umberto Ecco avec qui il a écrit N’espérez pas vous débarrasser des livres, de l’Inde – il y fut 47 fois ! et il est l’auteur du Dictionnaire amoureux de l’Inde.  Il nous fait écouter La folle complainte de Charles Trenet – il n’y a pas de plus belle chanson pour lui. Mais comme il a raison. Je la connais oui mais je la découvre vraiment. Splendide. Il dit : « Si vous m’entendez un jour me plaindre de ma vie vous pouvez me gifler ! ». Et aussi « Le savoir est la joie numéro 1 de ma vie. » Il parle de la mort toujours avec cette même tranquillité. Et il raconte une histoire traditionnelle dans certaines contrées chinoises : Vous êtes à table avec des amis et un garçon vient vous dire : On vous demande sur la terrasse. .C’est une terrasse d’où vous voyez votre vie défiler, vous allez donc mourir… C’est un peu glaçant mais on reste toujours dans l’enchantement. Une sacrée belle heure.

 

 

 

 

Non à une Méditerranée meurtrière

Oui je sais, les infos nous submergent. Mais le sort des migrants en mer, quand on est entrain de prendre un bon petit dej au chaud, , avec au loin vue sur une mer si bleue, si diablement innocente, peut-elle nous laisser de marbre ?

 

Sur franceinfo.fr
Vingt-huit maires ou présidents de collectivités lancent un appel dans une tribune publiée sur franceinfo.fr jeudi 21 janvier pour soutenir SOS Méditerranée et pour « affirmer collectivement l’inconditionnalité du sauvetage en mer.

La Méditerranée est « la route migratoire la plus meurtrière au monde », rappellent les signataires, parmi lesquels figurent la maire de Paris, Anne Hidalgo, les maires de Lyon (Grégory Doucet), Marseille (Benoît Payan), Lille (Martine Aubry), Bordeaux (Pierre Hurmic) ou Grenoble (Eric Piolle). Ils appellent les villes, intercommunalités, départements et régions de France à apporter « leur soutien moral et financier » aux trois missions poursuivies par l’association SOS Méditerranée : secourir les personnes en détresse en mer, protéger les rescapés et témoigner.
Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas et appelons les villes, intercommunalités, départements et régions de France à soutenir SOS Méditerranée.
L'Ocean Viking, bateau de SOS Méditerranée, en janvier 2021 (FABIAN MONDL / SOS MEDITERRANEE)
Plus de 20 000 personnes ont péri noyées ces six dernières années en tentant de traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortune. L’Organisation internationale des migrations a dénombré 1 224 morts sur la seule année 2020, dont 848 sur l’axe reliant la Libye à l’Europe. Faute de témoins, le nombre de naufrages et de victimes est en réalité bien plus élevé.
Ainsi, aux portes de l’Europe, la Méditerranée confirme son terrible statut de route migratoire la plus meurtrière au monde.
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Le complot : une croyance ordinaire ?

Pas plus tard qu’hier, un adorable technicien hier me change le boitier wifi  pour pallier l’insondable incompétence d’Orange, alors que c’est pas du tout de sa responsabilité. Il est charmant, il a le masque, il n’est pas idiot du tout, a l’air tout à fait  équilibré.  Et  voilà-t’y-pas qu’il me dit alors qu’on parle des masques : Moi le Covid j’y crois pas ! Comment ça ! Je n’en reviens pas. Je lui demande pourquoi. Vous avez vu comment les Gilets jaunes, les problèmes avec les migrants tout ça a disparu , plus rien depuis que le covid est là. On a paralysé la société. Ils nous ont fait rentrer dans nos maisons.  J’insiste :  Dans quel but ? Pour nous calmer, nous guider, nous contrôler. Vous croyez donc à un complot ? Il opine du bonnet.  Mais qui ? Je n’ai pas eu le temps de noter mais il me répond quelque chose comme les gouvernements, les puissants. Je suis abasourdie et tellement désireuse de comprendre, de rentrer dans sa logique folle. Je voudrais qu’il parle encore mais il doit partir, déjà qu’il a eu la gentillesse de me consacrer de son temps sans y être en aucune façon obligé . Il me précise avant de partir qu’il est parfaitement respectueux des consignes sanitaires, n’enlève jamais son masque, change ses vêtements en rentrant etc. Il a trois enfants, une femme enceinte, et une personne âgée à la maison. Il fait tout pour protéger son entourage mais redit-il  : Moi j’y crois pas ! Je lui trousse vite fait un petit speach pour le désabuser. Il m’écoute avec grande attention et me dit qu’il va réfléchir. Je n’en reviens toujours pas.  Il est la première personne « complotiste » que je rencontre. J’en avais une image très négative : des personnalités agressives, butées. Il est tout le contraire : attentif, généreux.  A y réfléchir c’est plutôt inquiétant : cela peut signifier que c’est un vrai courant de fond, une croyance ordinaire qui ne concerne pas  seulement des illuminés ou des retardés.

Cet épisode me pousse à écouter sur France culture « La novlangue, instrument de destruction intellectuelle. » J’ai déjà travaillé ce sujet pour mon livre sur le Cambodge et donc traitant des Khmers rouges. Le processus de la langue matée pour mieux soumettre, ou simplement contrôler comme dirait mon technicien, me passionne – car il n’y a pas  que les dictatures qui sont concernées, pour preuve nos fameux « éléments de langage » . En tout cas ce sont trente minutes fort intéressantes qui tournent autour de Georges Orwell.  Françoise Thom  ( La langue de bois. Julliard) me confirme comment l’abréviation tend à détruire le sens. Le  « je suis dispo  » d’aujourd’hui, entre autres,  m’énerve profondément et j’ai raison !

 

 

On y croit …

C’est précieux  ce moment de l’investiture de Joe Biden,  46ème président des Etats Unis. Sa tâche va être rude mais on y croit.
Amanda Gorman a récité son poème The Hill We Climb, appelant à l'unité nationale, lors de la cérémonie d'investiture du 46e président des États-Unis, Joe Biden, le 20 janvier 2021.Ecouter la jeune poétesse, 22 ans, Amanda Gorman lisant son poème, The hill we climb, appelant à l’unité nationale, écrit pour ce grand jour. Elle était arrivée environ à la moitié de son poème lors que les militants pro-Trump ont envahi le Capitole : restée éveillée cette nuit-là, elle a ajouté des vers  pour décrire ces scènes apocalyptiques qui ont ébranlé les États-Unis.
https://www.franceculture.fr/societe/amanda-gorman-plus-jeune-poetesse-jamais-invitee-a-une-ceremonie-dinvestiture-dans-lhistoire-des

Macha Makeïeff, patronne de La Criée,  lance sur France culture  le souhait, le pari de faire de Marseille la seconde capitale culturelle de notre pays. Beaucoup d’atouts avec énormément d’obstacles mais on y croit.

La clé de la voix – je vous en ai déjà parlé. M’est avis qu’ il faut la mettre derechef dans vos favoris. Ce podcast  nous propose d’aller à la rencontre d’artistes qui dévoilent leurs pratiques vocales. Des expériences, des récits, des confidences et de la musique bien sûr dans une ambiance chaleureuse et naturelle, à l’image  de Clémentine Coppolani, chanteuse et coach, qui a créé et anime ce podcast.
Dernier épisode avec un trio, les LEJ (Lucie, Elisa, Juliette). Outre qu’elles sont éminemment sympathiques, elles ont un talent fou que vous découvrirez en écoutant Pas peur (qui fait le titre de leur dernier album).   A voir aussi des vidéos pour s’entraîner, travailler sa respiration, par exemple  le diaphragme,  ce mystérieux mais  essentiel organe  qui se dévoile enfin.  Ou encore comment libérer sa voix en jouant aux fléchettes !  Vous pouvez commander un très ludique  kit de respiration  avec son sifflet, sa langue de belle-mère, son tourniquet… un inventaire à la Prévert pour s’entraîner sans s’ennuyer -seul bémol : les enfants voudront vous le piquer !
www.lacledelavoix.com/

Et toujours le podcast des Rencontres d’Averroès sur la thématique de la 27e édition, « Cités à la dérive« ,  proposée dans un « objet sonore sensible ».  Depuis le Liban ou le Maroc, à Marseille ou à Istanbul, de Paris jusqu’à Palerme, les paroles de chercheurs, architectes,  artistes,  écrivains invités ont été patiemment récoltées et savamment montées. Cela s’écoute très facilement et on apprend beaucoup tout en rêvant à des voyages dans ces villes où l ‘on n’a pas encore posé ses baskets..
18 invités • 5 épisodes (durée moyenne : 30 minutes/épisode). Un nouvel épisode chaque vendredi jusqu’au 5 février 2021 • Disponible gratuitement sur rencontresaverroes.com et sur toutes les plateformes d’écoute

Enfin merci à Oriane Delacroix (newsletter France culture) pour avoir cité un poème de Mallarmé qui, pour moi, j’ose le dire,  n’était jusque là qu’hermétisme et ennui profond. « Le soleil aux cheveux » et la « fée au chapeau de clarté » vous illumine non ?
Tout cela n’empêche pas une vraie tristesse pour notre ami Jean-Pierre Bacri. Ah comment faire sans lui ?

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
– C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au coeur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.
Stéphane Mallarmé, « Apparition », extrait du recueil Poésies.

 

 

Les Rencontres d’Averroès chez nous !

Oui bien sûr, la joyeuse et si chaleureuse ambiance de La Criée pendant ce temps fort de Marseille que sont Les Rencontres d’Averroès va nous manquer – cruellement – mais réjouissons nous cependant : Grâce à Thierry Fabre et Fabienne Favia nous pouvons les écouter en ligne à partir d’aujourd’hui. Tout sur le lien ci-dessous. Et je vous en dis plus bientôt…
Où et comment écouter le podcast ?

Écoutez le podcast Averroès