Le complot : une croyance ordinaire ?

Pas plus tard qu’hier, un adorable technicien hier me change le boitier wifi  pour pallier l’insondable incompétence d’Orange, alors que c’est pas du tout de sa responsabilité. Il est charmant, il a le masque, il n’est pas idiot du tout, a l’air tout à fait  équilibré.  Et  voilà-t’y-pas qu’il me dit alors qu’on parle des masques : Moi le Covid j’y crois pas ! Comment ça ! Je n’en reviens pas. Je lui demande pourquoi. Vous avez vu comment les Gilets jaunes, les problèmes avec les migrants tout ça a disparu , plus rien depuis que le covid est là. On a paralysé la société. Ils nous ont fait rentrer dans nos maisons.  J’insiste :  Dans quel but ? Pour nous calmer, nous guider, nous contrôler. Vous croyez donc à un complot ? Il opine du bonnet.  Mais qui ? Je n’ai pas eu le temps de noter mais il me répond quelque chose comme les gouvernements, les puissants. Je suis abasourdie et tellement désireuse de comprendre, de rentrer dans sa logique folle. Je voudrais qu’il parle encore mais il doit partir, déjà qu’il a eu la gentillesse de me consacrer de son temps sans y être en aucune façon obligé . Il me précise avant de partir qu’il est parfaitement respectueux des consignes sanitaires, n’enlève jamais son masque, change ses vêtements en rentrant etc. Il a trois enfants, une femme enceinte, et une personne âgée à la maison. Il fait tout pour protéger son entourage mais redit-il  : Moi j’y crois pas ! Je lui trousse vite fait un petit speach pour le désabuser. Il m’écoute avec grande attention et me dit qu’il va réfléchir. Je n’en reviens toujours pas.  Il est la première personne « complotiste » que je rencontre. J’en avais une image très négative : des personnalités agressives, butées. Il est tout le contraire : attentif, généreux.  A y réfléchir c’est plutôt inquiétant : cela peut signifier que c’est un vrai courant de fond, une croyance ordinaire qui ne concerne pas  seulement des illuminés ou des retardés.

Cet épisode me pousse à écouter sur France culture « La novlangue, instrument de destruction intellectuelle. » J’ai déjà travaillé ce sujet pour mon livre sur le Cambodge et donc traitant des Khmers rouges. Le processus de la langue matée pour mieux soumettre, ou simplement contrôler comme dirait mon technicien, me passionne – car il n’y a pas  que les dictatures qui sont concernées, pour preuve nos fameux « éléments de langage » . En tout cas ce sont trente minutes fort intéressantes qui tournent autour de Georges Orwell.  Françoise Thom  ( La langue de bois. Julliard) me confirme comment l’abréviation tend à détruire le sens. Le  « je suis dispo  » d’aujourd’hui, entre autres,  m’énerve profondément et j’ai raison !

 

 

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