Hugo au bistrot

En attendant Hugo
au Théâtre du Jeu de Paume…

Presque deux heures avec Victor Hugo c’est cadeau… Jacques Weber prolonge au théâtre sa pièce donnée dans un bistrot parisien : « On est entre nous. On discute, on cause, on débat. C’est libre et sauvage. Je ne suis pas Hugo. Je ne joue pas Hugo. Mais en lisant ses textes, je provoque une rencontre, une alchimie dont surgit un autre je, un autre Hugo, quelqu’un qui est entre nous deux. Et c’est vrai ! Hugo sur le plateau du Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence était ce dimanche 3 mars avec nous ! Tous les Hugo, le politique, celui qui se lève contre la misère et l’injustice, l’écrivain génial, le jouisseur, l’orgueilleux, le grand-père fou d’amour… C’est la multiplicité des personnages qui séduisent Jacques Weber. Ces contradictions créent « quelque chose d’incertain, du sensible et donc du théâtre. »
Magali Rosenzweig lui donne la réplique. C’est sa Juliette Drouet qui nous offre deux jolis moments musicaux. Elle chante La Légende de la nonne ( et c’est la voix de ma grand-mère qui resurgit sur celle de Brassens). Que le texte soit d’Hugo voilà qui me la baille belle !
Il est des filles à Grenade
Il en est à Séville aussi
Qui, pour la moindre sérénade
A l’amour demandent merci
Il en est que parfois embrassent
Le soir, de hardis cavaliers
Enfants, voici des bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers
Le spectacle est foisonnant à l’image du sujet. On entend le Discours à l’assemblée nationale en 1848 « Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. » Et en 1849 « Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. « On apprend que le matin , en exil, Victor Hugo se lève très tôt, avale trois œufs crus, une tasse de café noir et hop commence à travailler, debout, devant la fenêtre, regardant se lever et le soleil et son inspiration. Je retiens cet étonnant moment d’analyse stylistique du poème L’Expiation sur le désastre de la retraite de Russie, en 1813. Je dis analyse mais ce n’est pas cela du tout : Jacques Weber démonte le texte (ah ! le couplet sur le « e » muet )  pour que chacun de nous y soit là-bas, avec la neige, le ciel noir, la solitude, les pieds nus…  « Et, chacun se sentant mourir, on était seul. » C’est magnifique. Ah les enfants si vous aviez Weber comme prof …
C’est pas le tout ! Il va falloir s’y mettre et lire Hugo pour de bon. Depuis le temps que je me promets d’aller un peu plus loin que Océano nox récité, enfant, un soir dans ma chambre, fenêtre ouverte sur la nuit, larmes aux yeux, enivrée par les vers et surtout par ma voix les scandant … ; ou encore, calée entre trois oreillers sur le divan défoncé de la véranda, écoutant passionnément, cette fois mon grand père me lire  Les Misérables …

Sauf que je viens d’attaquer l’ascension de La Montagne magique de Thomas Mann …

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