La déferlante Houellebecq !

De la folie. Avec son septième roman Sérotonine, l’auteur est carrément en odeur de sainteté. Tous ou presque, de Jean Birnbaum, Le monde des livres, à Bernard Pivot, des références pour moi à la fois de bon sens et de finesse, sont en pâmoison. Pour le premier « Houellebecq nous aime et nous comprend. » Pour le second c’est le « roman de la liberté ». Il est qualifié « d’auteur suprême » dans Livres Hebdo. On lui doit « gratitude et admiration «, c’est un « visionnaire, un prophète », « l’auteur qui sublime notre vulgarité » … Ce livre apparemment désespérant (comme souvent chez cet auteur, qui rappelons-le s’est fendu récemment d’un éloge de Trump), en l’occurrence un homme marche vers son suicide, devient sous la plume des critiques un chant d’espoir, une litanie d’amour…

Marc Weizmann, qui signe désormais sur France Culture une chronique Signes des temps, s’énerve un peu et parle « d’un aveuglement total d’une presse qui se dope à ses propres mots » et « d’hypnose collective. » Selon lui un tel engouement est du au fait que l’écrivain tient le discours de « ressentiment » que tout le monde a envie d’entendre : ah ouf ! on se sent moins seul. Antoine Compagnon, quant à lui, dans le même Monde des livres du 4 janvier est féroce. Et très argumenté (contrairement aux complimenteurs). Houellebecq est facile à lire, explique-t-il, sa narration au fil des livres s’est simplifiée, ici avec un protagoniste central et des partenaires qui se succèdent sans jamais se croiser : « ils tiennent leur partie pendant quelques pages et puis s’en vont. » Le professeur au Collège de France écrit :  La langue, plate et instrumentale, aide aussi à la lecture (et aux ventes) (…) Le nivellement du récit est voulu, le rabaissement de la langue fait partie du business plan, les écarts de style sont calculés. Ils amplifient l’effet de sinistrose et d’anomie, comme les vannes de potache, les gaudrioles de carabin et les franchouillardises de beauf juxtaposées aux maximes à la Rochefoucauld.

Je ne l’ai pas lu mais je ne suis pas sûre que je vais justifier les 320 000 exemplaires de lancement… L’auteur le plus lu dans le monde peut se passer de moi. A vous dire la vérité, j’ai très envie de le lire mais j’attendrai qu’on me l’offre.

C’est Marseille !

Le diable Mistral. Quand il fait du mistral c’est juste le contraire d’un doux pays ici, car le mistral est d’un agaçant. Mais quelle revanche, quelle revanche , lorsqu’il y a un jour sans vent. Quelle intensité des couleurs , quel air pur, quelle vibration sereine. (…) Malheureusement à côté du soleil bon Dieu, il y a trois quarts du temps le diable mistral. Ce sacré mistral est bien gênant pour faire des touches qui se tiennent et s’enlacent bien avec sentiment. (…). Ceci écrit un jour sans mistral –  comme, m’est avis, vous l’avez tous noté – est extrait d’un livre exquis Lettres de Provence de Vincent Van Gogh, éditions Aubéron 2010. Acheté (2 euros) à un bouquiniste à l’angle de la Canebière et du boulevard Dugommier à Marseille. Jamais rien lu d’aussi beau sur les couleurs du midi que van Gogh tente de mettre sur sa toile.

Un peu de courage ! Oui se prendre par la main pour aller donner notre avis avant le 4 mars sur le PLUI (Plan local d’urbanisme intercommunal). Françoise Verna dans son édito de La Marseillaise du 14 janvier le dit ainsi : « Les Marseillais et les habitants des 17 autres communes concernées seraient bien inspirées de participer en nombre à cette enquête publique et faire entendre leur aspiration pour le droit à la ville. » https//www.registrenumerique.fr/plui-pda-marseille.provence. Ou se rendre à sa mairie .

 Amoureux mais pas trop. Il est drôle, en tout cas pour moi qui ne suis marseillaise que depuis bientôt trois ans, ce « Petit dictionnaire (modérément) amoureux de Marseille », signé Hugues Serraf, illustrations de Jean-Michel Ucciani, paru chez Gaussen. Parfois même très drôle. Parfois un peu moins mais c’est un dico, on saute et on s’arrête par exemple – sans attendre ! – à « BUS »
 Les bus marseillais sont peu fréquents, ne respectent pas les horaires, (ils sont d’ailleurs aussi souvent en avance qu’en retard, ce qui n’est pas non plus un atout à l’usage), ne marquent pas nécessairement tous les arrêts et se pilotent comme des petites voitures sportives à boîte mécanique. De rares abribus on été équipés de systèmes d’affichage des temps d’attente qui, lorsqu’ils ne sont pas en panne, fournissent des informations tellement fantaisistes qu’on ne saurait leur prêter attention. Sur la plupart des lignes, le service s’interrompt aux alentours de vingt heures. Celui de la poignée de « lignes nocturnes » en prenant alors le relais se termine vers minuit. De jour comme de nuit, le paiement est facultatif.  Il y aurait encore beaucoup à dire en ce qui me concerne sur l’outrecuidance de la RTM qui ne répond pas à votre demande de dédommagement pour incident grave et affirme ne jamais avoir reçu votre lettre recommandée alors que vous avez entre les mains l’accusé réception. Et finalement vous écrit une lettre dénuée de sens signée d’un gribouillis, sans traduction, sous l’intitulé « Service Sinistrosité »…
J’ai aussi beaucoup aimé l’entrée « C’EST MARSEILLE » : Expression d’usage fréquent, simultanément fataliste et indulgente, servant de réponse aux interrogations sur les particularismes locaux quels qu’ils soient : – Mais enfin pourquoi… ? – C’est Marseille ! ». Pas mal non plus le « TOMETTES » : Petits carreaux de terre cuite et de forme hexagonale, généralement rouges, utilisés pour le revêtement des sols des appartements anciens et suscitant l’admiration systématique et clairement surjouée des visiteurs : « Oh, des tomettes, incroyable ! » J’en avais moi-même, je les ai virées pour les remplacer par du parquet flottant de chez Leroy-Merlin. Je sais, je ne respecte rien.

Et même si tu revenais
Je crois bien
que ce jour-là j’ai poney
Petite Poissone

Lu sur la vitrine de la jolie boutique de créateurs Casablanca  Cours Julien
et adoré !
Renseignements pris Petite Poissone a un site :
https://petitepoissone.com/

Styles de vie. Vous êtes libre vendredi matin, le 18 janvier ?   L’Imera vous accueille pour une conférence d’un cycle de recherche   « Styles de vie en Méditerranée » –  1ère séance : Styles de vie et questions urbaines. Le cycle, dirigé par Dionigi Albera (Idemec), Thierry Fabre (Iméra) et Mohamed Tozy, sciences politiques à l’université Hassan II de Casablanca (Maroc) et à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, est ouvert au public.
Invités :
Thierry Paquot, philosophe et urbaniste, auteur notamment de « Un philosophe en ville » (Infolio, 2011, réed augmentée, 2016) ; « Désastres urbains. Les villes meurent aussi. » La Découverte, 2015.
Olivier Mongin, philosophe, ancien directeur de la rédaction de la revue Esprit, et directeur de la publication de Tous urbains. Il est notamment l’auteur de « La condition urbaine », Seuil, 2005 ; « La ville des flux : l’envers et l’endroit de la mondialisation urbaine » Fayard, 2013.
Discutant :
Michel Péraldi, anthropologue de l’urbain. Il est notamment l’auteur de « Gouverner Marseille », avec Michel Samson, La Découverte, 2005 ; et de « Marrakech ou le souk des possibles », La Découverte, 2018.
Le thème : à la recherche d’un style de vie, à la méditerranéenne, à travers les formes urbaines et architecturales, à partir des rythmes de vie, du rapport au temps et à l’espace dans les villes méditerranéennes, là où s’invente un possible art de flâner.
Cela pourrait bien être tout à fait passionnant…
10h – 13h à l’IMéRA Institut d’Études Avancées – 2, Place Le Verrier – 13004 Marseille. Entrée libre.

Champagne !

Les vers de Molière, des comédiens divins, une mise en scène pétillante. Du champagne !

Trissotin ou les Femmes savantes, satire de la préciosité ridicule, comédie de mœurs sur les excès du bel esprit… j’y allais sans vrai élan, pour voir, après des années de rejet plus ou moins involontaire, du «  classique ». Je redécouvre la jouissance des alexandrins, je redécouvre la pétulance, l’intelligence, la drôlerie d’un grand texte. Je redécouvre aussi que Molière est dans cette pièce vraiment misogyne quoi qu’on en dise, à commencer par Macha Makeïeff elle même. Mais quelle importance ! Ce que la patronne de La Criée à Marseille réussit c’est à nous offrir une soirée de théâtre pur. Son choix des années 70 pour les décors et les costumes – ces années étant celles d’après 1968 où l’émancipation féminine prenait des formes hallucinées venues des Etats-Unis – lui a inspiré des costumes, un décor, une mise en scène trépidante et fluide pourtant, des effets pyrotechniques époustouflants ( Jean Bellorini) et une direction d’acteurs aux petits oignons. Ils nous embarquent sans nous laisser reprendre notre souffle. Tous ! Quelle vitalité, quelle allégresse … Les mines, les mimiques, la gestuelle, le phrasé… Marie-Armelle Deguy, qui joue Philaminte, la mère toute puissante et déjantée, est irrésistible, une inventivité inouïe dans son jeu ; quant à son époux Vincent Winterhalter qui interprète Chrysale, il nous donne le même plaisir, versant opposé : inquiétudes, tergiversations, faiblesse, sont rendues à merveille par ses tics, son débit, toute la mollesse qui l’habite. Et Louise Rebillaud, la servante, qu’elle est craquante ! Et les deux amoureux ! Tous on vous dit.
Offrez-vous cette soirée-là  et n’hésitez pas à emmener votre progéniture : à côté de moi, une petite fille de six ou sept ans pouffait sans retenue.
Avec Anne-Marie Deguy, Vincent Winterhalter, Geoffroy Rondeau,Philippe Fenwick, Caroline Espargilière, Vanessa Fonte, Jeanne-Marie Levy, Arthur Igual, Ivan Ludlow, Pascal Ternisien, Louise Rebillaud, Bertrand Poncet, Valentin Johner.
Trissotin ou Les Femmes Savantes. Jusqu’au 20 janvier 2019.
Mise en scène, décor, costumes  Macha Makeïeff 
04 91 54 70 54 / www.theatre-lacriee.com
En tournée à La Scala Paris du 10 avril au 10 mai 2019

L’an neuf …

Entrons bon pied – bon oeil dans l’année et dans l’hiver avec Chagall à l’Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence. Une splendide exposition. « Du noir et blanc à la couleur. » Jusqu’au 24 mars 2019.

Descendez en bas de l’écran pour voir la suite !

(…) contrairement à  ce que l’on nous serine, la part claire et lumineuse de l’enfance n’est jamais perdue corps et biens. L’a-t-on oubliée quelque part, il faut aller la rechercher comme un bagage perdu. L’enfance, plus qu’un âge, est un état d’esprit. C’est une attention fébrile aux êtres et aux choses, une impatience d’absorption qui permet – pour de brefs instants – de saisir le monde dans sa polyphonie (…). Nicolas Bouvier. La guerre à 8 ans. Editions Mini Zoé.

Quels voeux de bonheur pour l’an neuf ?  (…) saint Augustin prêchait que le bonheur était  de  » désirer ce que l’on possède déjà. » C’est Sylvain Tesson, notre deuxième grand voyageur préféré avec Bouvier, qui cite cette sage sentence – sans l’adopter cela va sans dire ! (Petit traité sur l’immensité du monde. Pocket). Sans doute serait-il plus du côté de Robert Mizrahi qui, interrogé sur sa philosophie du bonheur (France Culture, 28 décembre), nous exhorte à trouver en nous « le grand désir » qui nous constitue et à consacrer notre vie à y répondre.
Clichés Aline Barbier

Avec ou sans eau  ? Pour en finir avec ces satanées fêtes ! petit coup de gueule à l’égard de La Caravelle, par ailleurs lieu délicieux du Vieux Port. Très bon repas de réveillon à 65 euros. OK.  Coupette à 10. D’accord. (Surtout quand on vous l’offre !) Mais que le verre d’eau de la Durance en carafe, même avec le café de clôture, soit impossible, qu’il faille prendre une eau minérale, on dit NON ! C’est pitoyable.
Un si joli film. Allez voir Miraï, ma petite soeur, film d’animation de Mamoru Hosoda . Plus riche sur la famille, la naissance d’un second enfant, la jalousie du premier, le malaise du père, la toute puissance de la mère mise à mal, que trois heures de conférence . Et tellement beau, en particulier les échappées fantastiques  du petit garçon. Evidemment tout finit bien et on sort béat,
allègre, plus intelligent…

 

Le Livre de ma mère et de Patrick Timsit …

Si vous ne connaissez pas Albert Cohen, voici une merveilleuse occasion de le découvrir. Si vous le connaissez, et particulièrement le Livre de ma mère, vous ne serez pas déçus. Patrick Timsit a gagné le pari de mettre sur scène ce texte mythique. Patrick Timsit oui ! L’acteur si populaire, l’humoriste, a rencontré il y a trente ans la prose lyrique, incantatoire, blasphématoire parfois, de l’auteur et ces mots qui disent la relation entre une mère juive et son fils se sont lovés en lui. Ils attendaient que le dépositaire leur donne une autre vie. Car c’est bien une autre vie qu’ils prennent sur le plateau du Gymnase à Marseille. Il faut dire – et il le dit – que sa rencontre avec le metteur en scène Dominique Pitoiset a permis ce très beau moment de théâtre où existent à la fois l’auteur et l’interprète : cette histoire d’amour-fusion entre la mère et le fils à Marseille, où la famille Coën est arrivée en 1900 quittant l’île de Corfou, l’île paradisiaque qui connaissait un climat antisémite, a trouvé des échos profonds chez l’acteur. Né à Alger de parents juifs, arrivé à Marseille à l’âge de deux ans, il connaît le sentiment de la différence mais surtout il est, dirait Cohen, « le petit prince » de sa mère. Celle de l’écrivain mourra à Marseille en 1943 loin de son fils à Londres et certainement terrorisée par le danger nazi. Albert Cohen désespéré écrira Chant de mort ( le kaddish juif) qui deviendra dix ans plus tard en 1954 Le livre de ma mère. Ce chant d’amour – qui bien sûr n’échappe pas à un sentiment de culpabilité – l’acteur et le metteur en scène en ont fait une pièce : montage, réécriture pour passer au style direct, vidéos montrant l’enfance du petit Patrick au bord de la mer, accompagnement musical magnifique ( par exemple une superbe version de La mamma à la guitare sèche)… Patrick Timsit porte tout cela avec une émotion intense et très tenue pourtant. Les spectateurs sont électrisés, bouleversés, chacun transposant comme il l’entend cette relation d’une mère  à son enfant. Enfant qui refuse la mort de celle qui le bordait dans son lit et lui cuisinait des merveilles et dont il revit, revoit, les petits gestes dérisoires. Enfant qui se révolte (Dieu m’aime si peu que j’en ai honte pour lui !) et ressasse interminablement son chagrin. « Pleurer sa mère c’est pleurer son enfance ».
Dernier soir ce soir ! samedi 10 novembre   20h Théâtre du Gymnase. 08 2013 2013. Il reste peut-être des places !

 

Doux échos

Le prix Femina pour Le lambeau.  J’ai dit ( dans Archives, 5 septembre 2018, article « En boucle ») quel grand livre que celui de Philippe Lançon, sans doute le plus fort que j’ai lu depuis quelques années. Qu’il soit récompensé d’un prix est juste. Il aurait dû avoir le Goncourt dit Grégoire Leménager du Nouvel Obs. Je suis d’accord. Reste, quelle satisfaction cette effrayante épreuve qui a pris du sens et qui (plus encore avec le prix) va adoucir,  mettre de la légèreté, de l’allégresse même, dans l’univers dévastateur de la souffrance physique. Merci Philippe Lançon et félicitations.
Extrait (à propos de Chloé, sa chirurgienne, 19 opérations !  :
Elle avait une petite quarantaine d’années. Elle avait joué du violoncelle, mais son emploi du temps était devenu tel qu’elle avait dû y renoncer, comme ces chirurgiens passionnés d’automobile dont Proust dit qu’ils cessent de conduire à la veille d’opérer. Je ne cite pas Proust par hasard : « A la recherche du temps perdu » m’a suivi de chambre en chambre  et j’y ai puisé sans cesse de quoi méditer, ou de quoi rire, sur ma condition et sur Chloé. Sa famille avait accueilli  Giono dans le Dauphiné, mais les livres de Giono lui tombaient des mains, comme ils tombent maintenant des miennes, alors que je l’ai tant aimé, ai-je pensé en lisant le mail où elle me l’apprenait. J’aimais l’attirer sur le terrain littéraire, le seul où je pouvais ne pas me sentir dépendant et dominé. Quand on est allongé et couvert de cicatrices qui suintent, c’est toujours bien de parler d’un écrivain qu’on aime à ceux qui vous examinent. A l’été 2016, elle avait lu « La lie de la terre », de Koestler, des livres d’Annie Ernaux, de Philippe Djian, de Delphine de Vigan, et pour la première fois des romans de Le Clézio dont elle m’écrivit :  » Quelle pose! Quel manque de vie ! où a-t-il attrapé son Nobel ? » Je n’en savais rien. (…) L’intimité qui nous liait était vitale, et pourtant elle n’existait pas. Je pouvais lui envoyer des photos prises en voyage, ce qu’elle appelait mes cartes postales, mais je n’aurais jamais osé lui parler de mes soucis intimes – même si elle les devinait. Il y avait un cadre dont il ne fallait pas plus déborder que mes couilles du caleçon pendant la visite, ce qui lui avait fait dire un jour devant les infirmières :  » Dites, essayez de ranger ça, ce sera mieux pour tout le monde. « J’avais vieilli, mes couilles pendaient, je ne pouvais tout de même pas lui demander de faire un lifting qui ne relevait pas de sa spécialité. Je m’étais senti comme le Gros dégueulasse de Reiser, avec la honte en plus mais aussi un certain agacement, dans la mesure où si elles dépassaient ce jour-là, c’était d’abord parce que je devais laisser mes jambes nues et le caleçon assez replié pour que les zones de greffe à vif, sur le haut de la cuisse gauche, puissent être préservées de tout frottement et examinées; l’hôpital est souvent le lieu des injonctions contradictoires. Agacement mais aussi reconnaissance, puisqu’en matière de dignité, semblait-elle me dire, à l’impossible j’étais tenu – ou en tout cas, à l’absence de négligé et, comme le vieil Hegel, au dépassement pratique des contradictions.

Un ange dans le métro. En face de moi, une jeune fille et sa mère discutent piercing. J ‘écoute : la mère essaie très tranquillement de convaincre sa fille de ne pas en faire d’autres que celui qu’elle a dans une narine. La demoiselle argumente : cela lui fait tellement plaisir, elle se sent, je crois dit-elle, plus elle-même. J’entre dans la conversation, parle de son joli visage qu’il faut protéger, de la folie de se faire souffrir au lieu de profiter de ces années où le corps se plie à nos désirs, à notre jouissance. Oui mais … elle en a envie ! Je lui demande où elle va le faire ce piercing. Elle me montre l’endroit au-dessus de la lèvre supérieure marqué d’une sorte de fossette plus ou moins visible. Ah non ! je me récrie, pas sur l’empreinte de l’ange. Je commence à leur expliquer ce geste de l’ange au moment de la naissance qui, posant le doigt sur la bouche du bébé « chut ! », efface toute notre connaissance des secrets, des mystères de l’existence. Elle m’interrompent en choeur : Mais on connaît très bien cette légende : nous sommes d’origine juive ! Je leur conseille L’empreinte de l’ange de Nancy Huston (Actes Sud). Je descends à la prochaine station. Je ne saurai jamais ce que va décider la jeune fille. Mais le trajet fut angélique…

 

Quel panache !

Oui on adore tous Cyrano de Bergerac qu’on a souvent tendance à réduire – si l’on peut dire ! – à la tirade du nez. Monument de drôlerie que cette tirade certes, mais la pièce recèle tant d’autres beautés. Et de tristesse, comme le redécouvrait Valérie qui m’accompagnait pour ce spectacle « La fabuleuse histoire d’Edmond Rostand ! »
C’est une superbe idée qu’a eue Philippe Car de faire vivre sur scène l’auteur de L’Aiglon, de ses débuts laborieux au triomphe de Cyrano au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Ses rêves, sa foi dans le théâtre, son obsession de la perfection, ses angoisses, tout Rostand, fantasque, génial et tourmenté, nous est donné en deux heures par le comédien qui a écrit la pièce avec Yves Fravega (il avait de la matière pour dix heures nous dit-il) et incarne une cinquantaine de personnages. Epoustouflant homme-orchestre, passant de l’extravagante Sarah Bernhardt à son acteur fétiche Constant Coquelin, s’offrant de réjouissants apartés quand un effet se fait attendre, avec pour accessoires, deux rideaux, un grand et un petit ce qui permet des mises en abîme, un banc, des marionnettes en ombres chinoises, une nappe ajourée blanche – c’est si simple, si efficace, c’est le théâtre de l’enfance celui qu’on improvisait dans le grenier ou le jardin avec la malle à déguisements de grand-maman- enfin vous je ne sais pas… mais moi si ! Chanteclerc a droit à un traitement de faveur qui donne envie de lire cette pièce, ode à la lumière, mettant en scène une basse-cour autour d’ un coq dont le chant est garant du lever le soleil. Rostand sua sang et eau dans sa propriété de Cambo les bains où il s’est exilé (une magnifique visite à prévoir si vous passez au pays basque ), pour se soigner et écrire ce texte insensé. Il s’y épuise, se désespère. Insupportable jusqu’à faire fuir sa merveilleuse et fidèle compagne Rosemonde. Tout cela nous est donné à voir y compris les séances d’équitation dans le jardin : Philippe Car est irrésistible dans sa gestuelle chevaline comme dans son imitation spasmodique du coq quand il montre à son comédien Lucien Guitry comment s’y prendre. Car hélas Coquelin-Cyrano qui devait jour le rôle meurt peu de temps avant le début des représentations. Rostand, lui, s’éteint à 50 ans, et le passage où Roxane comprend enfin l’amour de Cyrano est un des plus beaux moments du spectacle jusqu’à nous faire oublier (presque !) Depardieu.
Le théâtre de Philippe Car avec son Agence de voyages imaginaires s’adresse à tous comme celui d’Edmond Rostand. Un théâtre généreux : Il est bon que de temps en temps le peuple réentende le son de l’enthousiasme, écrivait ce dernier dans son discours de réception à l’Académie française. C’est le cas pour ce spectacle allègre porté en finesse par la musique de Nicolas Paradis et en coulisses par l’efficacité de Fabrice Rougier.
Théâtre des Bernardines. Jusqu’au dimanche 18 novembre. Tous les soirs à 20h sauf les mercredis à 19h et les dimanches à 15h.
08 2013 2013. les theatres.net

Pagnol à la mode Picouly…

Samedi 27 octobre, deuxième « Dictée Marcel Pagnol »  à Aubagne concoctée par l’écrivain et animateur de télévision Daniel Picouly avec la complicité de Nicolas Pagnol sur le projet de Floryse Grimaud. Floryse qui a d’emblée convoqué les mânes de François-Urbain Domergue – né à Aubagne en 1745 grammairien et Académicien français- comme Marcel Pagnol.  Ce « grammairien patriote » défendait la langue française comme la langue de la Liberté, oeuvrait pour un enseignement identique pour les filles et les garçons et pensait que le premier devoir de l’Etat était l’éducation de tous !
Malgré une pluie battante qui plongeait même Garlaban dans les brumes, 250 personnes – petits et grands – sont venues se mesurer aux pièges de « Maître Picouly ». A partir du texte emblématique du  Château de ma mère , passage de « Lili des Bellons », l’écrivain en bon auteur de  La faute d’orthographe est ma langue maternelle , a créé une dictée redoutable – aimez-vous la couleur ponceau ? mîtes-vous jamais les pieds dans un hallier spinescent ? connaissez-vous les champignons japonais shiitakés– et  drôle comme ces vents sirocco et harmattan privés de désert … Le but de cette joyeuse bien que studieuse effervescence étant de s’amuser et de goûter la richesse de notre langue dont la littérature est garante. Le soir même les lauréats recevaient leurs prix … et leurs corrections !!! L’épreuve est sur le site ci-dessous pour vous tester à votre tour un dimanche familial entre la poire et le fromage. Qui sera le meilleur : le collégien Julien ou pépé Raymond ?
http://www.aubagne.fr/fr/services/sortir-se-cultiver/evenements/2018/la-dictee-de-marcel-pagnol.html

 

Plaine ô ma plaine

La Plaine à Marseille, une place un peu chaotique certes mais si vivante. Elle a besoin d’être rénové ? Oui. Mais, comme le dit Thierry Durousseau dans un entretien paru mercredi 31 octobre dans La Marseillaise, sans  gommer l’identité de ce lieu, ilôt urbain dont l’essentiel date du XIXe siècle avec des immeubles « Trois fenêtres »  : « On est là devant un espace d’usage. (…) Il fallait mettre l’usage en premier plan. Qu’il y ait plus d’espace pour les terrasses ne me gêne pas, sans envahir toute la place non plus. Il aurait fallu renouveler le sol, le mobilier… Mais dans une stratégie plutôt spartiate. Il fallait faire quelque chose de simple sur la Plaine, pas des sols durs car on sait que ce n’est pas un lieu bourgeois (…). Et bien non ! On refait tout, on vire les arbres et les forains. Les premiers disparaissent dans un fracas silencieux, les autres se rebiffent haut et fort. Résultat : on érige « le mur de la honte », comme titrait à la une le journal,  pour que les travaux se fassent  : « Ce mur de béton est le symbole, dur et visible, de la frontière qui sépare le Marseille populaire, son âme véritable, du Marseille fantasmé par ses élites politiques. L’histoire de la ville est jalonnée de ces coups de force poussant toujours plus loin, aux franges de la cité, les gens de peu. » écrit Françoise Verna dans son éditorial.

Islam et libertés

Vous avez loupé, comme moi, le premier mardi des Rendez-vous de demain, rencontres publiques et gratuites à l’initiative de l’IMéRA, de la fondation AMIDEX d’Aix-Marseille Université, et du Théâtre du Gymnase. Organisons-nous pour le second, le 13 novembre de 19h à 21h. D’autant que le thème de cette soirée « Islam et libertés » ne peut laisser de marbre… Et que les intervenants vont vous surprendre. Avec Yadh Ben Achour, titulaire de la Chaire Averroès de l’IMéRA, juriste et philosophe du droit, Université de Tunis et Leïla Tauil, philosophe, chargée de cours au département d’arabe de l’Université de Genève, spécialiste de la pensée critique dans l’islam contemporain, résidente de l’IMéRA, dans le cadre de la Chaire Averroès.
Stéphane Paoli, accoucheur d’idées et raconteur d’histoires animera cette rencontre. Modérateur Thierry Fabre.
Théâtre du Gymnase, 4 rue du Théâtre français, 13001 Marseille. 19h. Entrée libre.