Petites notes …

cerisierSoleil aux Buttes Chaumont
Près du Chalet des gaufres, le cerisier
de plus en plus beau chaque année
le veinard !

Une jeune femme à côté de moi au bord du lac fabrique un minuscule radeau avec des brindilles. C’est long, ça ne sert à rien, c’est bien…
Problème de fric ? Claironnez avec bravache « Je vis tellement au-dessus de mes moyens qu’on vit pour ainsi dire séparément » Le cheval impossible, Saki.

 

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Soif de musique

Mon plus grand regret (ce n’est pas très prisé d’en avoir, mais oui j’en ai ) est de ne pas être musicienne ou au moins mélomane avertie. La musique reste cet univers désiré où je ne pose qu’un pied timide. Soif de musique de Romel (éditions Daphnis et Chloé) exaspère ce regret et me comble à la fois. Ce livre est un objet littéraire passionnant et parfaitement singulier. La musique est le seul sujet – que dis je le sujet ! l’obsession du héros et de l’auteur. Rien d’autre ne nous est conté qu’une vie débordée, envahie, vampirisée et illuminée par la musique. Quel défi sachant que celle-ci ne s’en laisse pas conter : elle est elle-même un conte sans le filet des mots. Pourtant c’est bien avec les mots que Romel nous fait entrer et nous retient dans l’univers d’Hector.
Depuis son berceau, où l’arrêt d’une sonate le fait hurler, jusqu’au sommet de sa carrière à 22  ans, Hector n‘est pas vraiment là avec moi, avec vous, avec nous qui atteignons certes quelques moments de « «grande poésie » (comme dirait Sollers), voire d’extase pour les mieux lotis, mais sommes le reste du temps englués dans la prosaïque réalité. Hector est un enfant prodige même si le mot est banni par lui et par sa famille aimante : le père, chef d’orchestre dévoué corps et âme à son génie (autre mot interdit) de fils et Pauline, musicienne elle aussi, qui va rater et sa vie de mère – elle voit son enfant s’éloigner petit à petit d’elle –   et sa vie d’artiste – elle délaisse le piano. Personnage vulnérable, attachant qu’on voudrait connaître un peu mieux.

Mais n’en demandons pas plus : ce livre veut déjà tant embrasser. Nous entrons dans les coulisses des concours internationaux les plus exigeants, nous vibrons aux plus grands concerts, nous partageons le travail acharné d’un musicien, « avec l’entêtement d’un bûcheron », nous pénétrons les secrets des grands compositeurs… Il y a un côté master class très excitant. La carrière d’Hector s’envole. Il brûle les étapes : à 16 ans il a atteint le niveau d’un artiste de talent de 50 ans. Moscou, Saint-Petersbourg, New York l’adulent mais les Chinois sont aussi fous du jeune prodige. Il devient l’un des dix hommes les plus connus dans le monde. Entre avions, hôtel, répétitions, enregistrements, c’est une vie à cent à l’heure, une vie de démesure, mais aussi planifiée à l’extrême sans place pour l’erreur, l’incertitude, l’imprévu. Pourtant, chaque fois que le jeune artiste marche sur une scène vers son piano, c’est une plage d’éternité qui s’ouvre. A Odessa son interprétation de Widmung de Liszt-Schumann fait verser des larmes. A la Philharmonie de Berlin, consécration suprême, « l’engagement complet de son corps » dans l’attaque des variations de Beethoven sur un thème de Diabelli emporte la salle. Tandis que dans une chambre, il joue de toute son âme Le voyage d’hiver pour pleurer son ami mort

Au fil des pages (il y en a 500), le génie du pianiste s’incarne, s’ancre : il devient un homme avec ses failles, ses peurs. En même temps que l’écriture elle aussi s’ancre, s’incarne. Et qu’elle distille le sentiment d’un danger qui rôde. Sur les succès et les éblouissements d’Hector passe parfois une étrange et mortelle angoisse. Qu’y-a-t-il derrière les notes ? Les enfants prodiges courent des risques c’est cela qui sous tend le récit. D’ailleurs, «la psychanalyse est impuissante face à la musique » puisque les mots et les images ont disparu.

Coda : faut-il de la musique pour jouir de cette symphonie romanesque ? De temps en temps, j’interrompais ma lecture et j’allais sur U Tube écouter un morceau joué par Hector. Je suis ainsi partie en Grèce dans le théâtre d’Epidaure écouter la Sonate au clair de lune : « (…)   le son qui monte jusqu’aux étoiles, il est possible de croire qu’il part dans l’espace et ne s’éteindra jamais. »

Soif de musique. Romel. Editions Daphnis et Chloé
Une interview de l’auteur en tapant Soif de musique sur youtube ou en cliquant ci-dessous

 

 

 

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Exit les bikinis, voici les burkinis (suite)

Un bug a retardé la publication des commentaires à Exit les bikinis… . Les voici au bas de cet article publié à la date  du 6 avril et que vous trouverez en en déroulant l’écran.

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Naissance

IMG_0033Tableau de François Lemaire- 2016
IMG_0025Vous le savez, il y a des matins bénis. On se réveille, on sait que quelque chose de beau est arrivé… Vivre jusqu’à l’étourdissement ce moment dans les limbes du bonheur. Et puis, tout doucement, ouvrir les yeux. Et savoir. Il a neigé ou un enfant est né…
Pierre Péju a écrit un très beau livre Naissances (Gallimard- 1998) qui m’avait beaucoup touché il y a des années. Je l’ai retrouvé. Extraits.

Pourquoi les « eaux ». C’est le pluriel du déluge, le pluriel de l’origine, les eaux limoneuses dont touts choses sont sorties, celles qui charrièrent du vivant, des cellules, des graines .(…) Dans cette nuit profonde du commencement, le ciel était noir comme l’intérieur d’un ventre, quand seules les eaux étaient plurielles, boueuses, montées de toutes parts. une force neuve produisait en leur sein des courants tièdes où des nuées de têtards palpitaient comme un coeur en morceau. « Les « eaux », « les eaux » jaillissantes, ruisselantes sur lesquelles dérive aussi la nacelle de branchages et de glaise où vagit le bébé de personne, le bébé inconnu des eaux et des roseaux, le bébé à venir…
(…) la vie vivante va lui jeter ce petit dans les bras et lui faire passer l’épreuve sacrée de la reconnaissance. Il n’y a encore personne et brutalement le petit sera là. Il va y avoir cet instant où le père découvre et admet les traits uniques et extraordinairement précis de l’enfant. Personne puis brutalement celui qu’on a l’impression d’avoir toujours connu. Pour qui l’accueille, tout bébé ressemble immédiatement à quelqu’un. Il ne ressemble pas à quelqu’un « d’autre », mais à lui-même, pour toujours, et avec une écrasante évidence. (…) Je suis là, presque père, je ne souffre pas dans mon ventre, je peux réfléchir et du coup découvrir que les rayons dorés de simples projecteurs font de cette salle de faïence et de verre un modeste sanctuaire. Dieu n’est nulle part, évidemment, mais le divin, tout le divin, c’est-à-dire tout ce qu’on désire ardemment, se condense dans cette petite masse de chair froissée qui veut et ne peut pas sortir.
(…) Pour la mère, le petit qu’on lui pose sur le ventre est tout naturellement le sien. Elle n’a pas à le reconnaître. Elle ne cherche rien : c’est le sien. Le père est forcément plus tremblant, plus soucieux dans sa joie. Il cherche comment laisser ruisseler la reconnaissance étrange qui l’envahit. C’est une reconnaissance pure et multiple.. Une reconnaissance intransitive. Une reconnaissance qui s’adresse à celle qui a donné le jour l’enfant, mais s’adresse confusément aussi au destin, au hasard, à la vivacité aveugle de la vie, à l’espèce humaine. Désormais ce qui me reliait aux autres êtres humain a changé : je suis devenu le père de l’un d’entre eux.
(…) J’aide à placer l’enfant sur le ventre de sa mère où il se déploie, se déplisse, fleur rosissante dont on assiste à l’éclosion accélérée.

 

 

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théâtre : ne pas perdre son temps !

Jérôme Garcin et sa bande vendredi 10 avril dans Le masque et la plume étaient déchainés sur quatre pièces de théâtre. Pas  de la gnognotte, vous l’allez voir.
Les Phèdre(s) ( Wajdi Mouhawad, Sarah Kane, JM Cotzee, Racine ) au Théâtre de l’Odéon,
La Musica et la musica 2ème de Duras au Vieux Colombier
Par delà les marronniers de Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point
La mère d’Edward Bond à la Comédie française
Excusez du peu !
j’ai noté au vol  les commentaires de nos joyeux critiques. Pour Les Phèdre(s)  avec Isabelle Huppert (personnellement cette  » extraordinaire » actrice m’irrite très souvent) :  » On n’est pas au cirque, on est au théâtre ! » Pour La Musica :  » ça dure 3h25, ça n’en finit pas… »  Pour le Ribes :  » Il a collationné des citations. Il ne nous raconte rien ». Bond : « Il parle une langue étrangère. je n’ai pas compris du tout le sens du texte. Revenait comme un leitmotiv : Le public s’ennuie terriblement ou  Il faut avoir pitié des spectateurs… Il y avait de temps en temps une voix discordante mais très peu convaincante.
A la fin de l’émission, l’équipe a  vaguement sauvé un En attendant Godot à L’Essaïon  (ouh comme c’est nouveau et créatif ce choix) et une pièce de boulevard gentillette et qui joue à guichet fermé, Les faux british
Tout ça m’encourage à vous encourager … à acheter derechef ma pièce de théâtre Un jour à Grazalema, publiée par Alna éditeur, disponible à la Fnac,  et à l’offrir à vos amis comédiens et metteurs en scène. Et merci de tout coeur à tous mes souscripteurs qui ont du recevoir la jolie édition du texte.

 

 

 

 

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