Un autre tour de manège

A l’heure des confidences et interrogations de Ruwen Ogien à propos de son cancer dans Mes mille et une nuits , on peut, sur un tout autre registre mais sur le même thème de la maladie dévoreuse, faire Un autre tour de manège (éditions Intervalles 2014) avec Tiziano Terzani, journaliste international décédé en 2004. Un extraordinaire tour du monde, un véritable état des lieux de la médecine, conceptions et pratiques, oppositions ou complémentarités orient-occident, réalisé par un homme malade, en quête de soins et de savoir.
Tiziano Terzani souffre, c’est une évidence, mais ne s’étale jamais sur l’ampleur de ses douleurs. Ce n’est pas son propos et cela accroît l’acuité du récit. Pour l’auteur, son désir, outre de n’en avoir plus, – de désirs – est de trouver le soin qui l’apaisera, de se sentir en adhésion totale avec la thérapie proposée, corps et esprit. Le problème est que jamais aucune  n’est « la bonne » ! Son exigence, son insatisfaction, sa lucidité, son objectivité, son expérience (il hésite perpétuellement dans le choix des termes) ne lui permettent pas de se décider pour le soin qui lui apporterait la quiétude et le ré-confort. D’oncologues en chamanes, d’homéopathes en ayurvédistes, de véganistes en radio-thérapeutes, d’herboristes en spiritualistes, il chemine à la rencontre de tous ces maîtres, pseudo-maîtres, docteurs, spécialistes, alchimistes, qui tentent de lui négocier, vendre, échanger leur aide, savoir-faire, savoir-guérir.
Arnaques manifestes, bonne volonté, bon sens, talent, empathie, compassion, égoïsme, égotisme, intellectualisation, illuminations, hallucinations….il subit et c’est souvent après coup qu’il mesure les phénomènes. Après avoir été séduit, rassuré, enthousiasmé, embarqué, voilà qu’il se retrouve « entre deux chaises ». L’expression est récurrente. Doit-il retourner vers sa fidèle et monstrueuse « araignée » ? « Araignée » nom qu’il donne à l’ensemble des machines ultra-modernes de chimio radio injection perfusion cathéters seringues qu’on lui administre régulièrement à New-York. L’araignée, redoutée et pourtant apprivoisé. L’araignée, rassurante, insuffisante. La médecine avec ou sans l’implication personnelle : on me soigne ou bien je me soigne ? Et chaque fois, déçu par sa dernière expérience, Tiziano Terzani reprend sa route vers de nouveaux soignants, homéopathes, praticiens de reiki, de jeûne, de chant sacré, yoga, et même de pyramido-thérapie (construire la structure pyramidale, s’asseoir en son centre et en attendre les bienfaits…). Le meilleur et le pire. Cynique anecdote de l’hydrothérapie du colon où on essaie de le convaincre que même en jeûnant, son organisme va rejeter quotidiennement des strates de toxines accumulée. Sceptique, il décide de ne pas absorber les gélules « naturelles » qu’on lui donne le soir pour favoriser l’élimination, et il constate au matin qu’il n’a plus rien à éliminer, les toxines n’étaient que le résidu des fameuses gélules du soir. Immense business de la santé : il y en a pour tout le monde ! Et toujours la question de « la foi » : si ça ne marche pas, c’est qu’on n’y crois pas – rationnel, irrationnel, superstition, manipulation.
L’important dans une vie ne serait-ce pas d’apprivoiser au mieux la mort ? Au fil du voyage et de tous ces « tours de manège », on finit par comprendre que Tiziano Terzani a élimé son mental, attendri ses résistances, et choisi de laisser fondre tout son être jusqu’à sa dissolution paisible dans son ermitage toscan.
Catherine Bureau

Publié dans Blog | Laisser un commentaire

IMG_2593

Ce qu’il me reste d’un vers tombé des ondes  :
Que mon âme s’ouvre comme une anémone …

 

Publié dans Blog | Laisser un commentaire

Bande de veinards !

Bande de veinards…

Oyez oyez ! gentils Parisiens vous avez jusqu’au 14 avril pour voir Soudain l’été dernier de Tennessee Williams mis en scène par Stéphane Braunschwig. Si on en croit Fabienne Darge – et on l’en croit, c’est une critique très sûre – dans Le Monde du 17 mars, voilà du grand théâtre   « avec des personnages riches, complexes, profondément humais, et les relations emmêlées comme des lianes sauvages, qui les lient ». Elle nous dit d’oublier le film de Joseph Mankiewicz, « le maillot blanc d’Elizabeth Taylor et le regard douloureux de Montgomery. » Comme je ne l’avais jamais vu, je l’ai visionné sur mon ordinateur. Et je ne l’ai pas regretté.

Mais, oyez oyez ! gentils Marseillais, nous aurons nous aussi le plaisir d’applaudir au Théâtre du Gymnase du 25 au 29 avril « deux actrices fabuleuses », Luce Mouchel dans le rôle de Mrs Venable et Marie Rémond dans celui de Catherine. On s’en réjouit tant et plus Théâtre de l’Europe, Paris, jusqu’au 14 avril
Théâtre du Gymnase, Marseille, du 25 au 29 avril.

Publié dans Blog | Laisser un commentaire

Bric et broc

Utérus. Entendu sur France Culture une longue interview d’Annette Messager qui expose actuellement à la Villa Médicis à Rome. Trop longue car elle n’a pas grand chose à dire. Et l’intervieweur pas grand chose à lui demander. Il brode donc pas mal sur l’atelier de Balthus que l’artiste a décoré d’un papier peint fleuri d’utérus. Il paraît que c’est charmant, jeune, frais, printanier. Ca redonne du peps à la villa Médicis qui paraît-il cherche un second souffle. Ah ben alors que demande le peuple ?

Romarin. Dans le métro marseillais, une femme d’une cinquantaine d’années d’origine maghrébine tient trois longues tiges de romarin. Elle les respire. Nous sommes trop loin pour nous parler. Je lui fais signe que ça a l’air de sentir bon. Elle acquiesce. M’en propose par geste. Je dis oui de la tête. On sort ensemble à l’arrêt suivant. Elle me donne une de ses trois tiges et m’explique sur l’escalier roulant que je dois le mette dans une bouteille une semaine, avant de le planter dans un pot très large. C’est bon pour tout le romarin ! affirme-t-elle. On se quitte en haut des marches. Contentes toutes les deux.( mais à la vérité ça sent rien le romarin…)

Ensevelie. Je suis comme vous je présume ensevelie sous les messages qui échappent au tamis spam. Et tiens justement, au hasard : je viens de recevoir une incitation à m’occuper de ma convention obsèques. Et une autre de Cosmopolitan à découvrir comme chaque fin de semaine la « position hot » du vendredi soir. Quel programme.

Publié dans Blog | Un commentaire

L’envol des cigognes : une tragi-comédie de quartier

C’est une famille dans un quartier, quelque part en Méditerranée, meurtri par une guerre fratricide. Ça vit, ça pleure, ça rit, entre tragédie grecque et comédie italienne. Au centre de cette petite communauté, Théos, Simon Abkarian, auteur, acteur et metteur en scène, et sa femme Nouritsa, Ariane Ascaride, reine de la ruche. C’est la guerre, de rue à rue, de maison à maison, avec le bruit des armes, les morts, les coups de fil fébriles, mais aussi l’échoppe de l’épicier qui n’a plus de pain, le réconfort d’un café ou le bonheur d’une unique bière, et des histoires d’amour à la Roméo sur le toit de la maison .

AntoineAgoudjian-7249C’est beau, bouillonnant, démesuré. Parfois outrancier me disais -je. Mais que sais je, moi, de la guerre au jour le jour ? qui ronge les relations, détruit l’équilibre d’un quartier, d’une famille. Les hommes sont impliqués jusqu’au cou. Les femmes luttent pour que subsistent des oasis de tendresse et des moments de liesse encore et malgré tout : de courtes scènes de chant et de danse permettent de souffler et rythment tout le spectacle.

Pourtant c’est long . Tout ce qu’il y a à dire sur cette violence, cette survie, cet espoir, cette foi dans la vie, dans l’avenir, tout est dit. Et formidablement dit. Alors pourquoi le redire ? Ca perd de sa force, parfois notre attention au texte s’émousse, d’autant qu’il n’est pas si facile ce texte. De la lave. Lyrique et trivial, tendre et brutal. Ecrit par Simon Abkarian avec ses tripes, on le sent bien. Il a treize ans au Liban quand sa vie bascule. La guerre s’insinue, s’installe dans le pays « où l’autre était un dieu » Dans une note d’intention, il dit : « Lorsque dans notre quartier, les armes automatiques crépitèrent pour la première fois, notre mère nous couvrit de ses bras. Ce soir-là, ils me semblèrent immenses. »

AntoineAgoudjian-7258Ces bras maternels immenses qui protègent sont sans doute au cœur de la révération que l’auteur porte aux femmes et qui irradie toute la pièce. Jusque dans le personnage qu’il incarne, assez en retrait, laissant la part belle à la belle Ariane, mais qui est aussi la pierre angulaire de la famille-tribu. Cette tribu était déjà là dans les deux autres pièces de ce qui constitue une trilogie sur les femmes : Pénélope Ô Pénélope et Le dernier jour du jeûne. Dans la démesure que j’évoquais, dans ces spectacles au long cours, on retrouve sans doute la marque du Théâtre du Soleil où Simon Abkarian fit ses preuves. Avec ses exigences et sa puissance.

La trilogie est éditée chez Actes Sud-Papiers
L’envol des cigognes. Théâtre du Gymnase, Marseille, du 28 février au 4 mars 2017
08 2013 2013 – wwwlestheatres.net
Rencontre avec Simon Abkarian le samedi 4 mars à 15h à la librairie Maupetit, 142 La Canebière
Tournée jusqu’au 28 avril 2017 :  Toulouse, Nice, Toulon, Limoges, Amiens

Infos : www.ksamka.com
 

 

 

Publié dans Blog | Laisser un commentaire