C’est bien, ça !

Peut-être avez-vous reconnu dans ce C’est bien, ça une réplique d’une pièce de Nathalie Sarraute, une réplique élogieuse oui sans doute, mais empreinte d’une ironie assez cruelle. Voilà c’est ce qu’on peut dire aux pouvoirs publics qui ont attendu le covid 19 pour prendre la décision d’agrandir les terrasses de café (la queue à La Gitane dans le 19ème parisien pour  avoir une table : inoubliable ) et de multiplier les pistes cyclables.

A Marseille  c’est bien, ça de vouloir donner une place à la bicyclette en ouvrant 9 kms de piste entre Castellane et Le Prado.  Evidemment, à Lyon,  77 nouvelles pistes pour compléter les 1000 km existants, c’est mieux mais ne soyons pas négatifs. Ah mais si on va l’être, car sitôt faite la piste, sitôt défaite. De bonnes raisons, un mauvais choix . Oui sans doute. Mais qu’est-ce qu’ils ont dans le ciboulot nos décideurs …
Donner une place aux bancs, en voilà une autre idée qu’elle  est bonne non ?  Pas de banc à Marseille. Mais pas du tout ! A Paris, moyen, à New York, pas mal, à Tbilissi un rêve  : y en a partout  des bancs dans la capitale de la Géorgie et les gens sont contents de faire une pause sans  dépenser deux euros pour un café dont ils n’ont pas obligatoirement envie. Parfois à Paris je m’asseyais et demandais une tasse de soleil, expliquant au garçon que je lui payais le café mais que je n’en voulais pas ou que je ne boirais pas. Ah soudain je me souviens des bancs supprimés dans le métro pour que les clochards n’y dorment pas. C’était d’une cruauté. Alors que cette occupation – c’est vrai très très dérangeante pour ne pas dire insupportable – aurait du déclencher une prise en charge de ces sans abri, une prise de conscience de cet énorme problème.
Les abribus avec banc c’est bien ça aussi.  Très peu vous l’aurez noté à Marseille. On s’asseoit sur une marche parfois en attendant le 54 à Baille-Castellane dans la circulation infernale du boulevard.

Bon bref, réouverture des terrasses à Marseille rue Lodi comme ailleurs. Je vois une petite famille qui dévore des yeux ses hamburgers, frites, coca qui viennent d’être déposés sur leur table et franchement pour une fois moi aussi j’en ai TRES envie. Mais le serveur n’a pas de masque. Alors c’est non.

Tout est bien ce matin cours Julien à Marseille

Retrouver de vieilles connaissances : les arbres !

Première ouverture du parc des Buttes Chaumont hier samedi matin 30 mai.
On s’est rués avec Colin (7 ans), pas trop de monde.
Mais alors, les arbres ! L’impression de retrouver de vieilles connaissances. L’émotion : les arbres avaient grandi.
L’absence d’élagage leur a rendu épaisseur et verdure.
Les pelouses se sont transformées en matelas d’herbes hautes.
Cinquante bons centimètres.
Les gosses enchaînent les roulades et les fous rires.
Colin a croisé Emile, un voisin : ils ont plongé en haut de la pente.
On les distinguait même plus dans la mer verte.
Quelques mouvements à la surface, c’est tout.
Colin, singulièrement, les voyait petits, les arbres,
tout occupé à reprendre contact avec les canards du bassin.
Le plumage des cols verts renvoyait les rayons du soleil.
Colin les a salués, c’était sa priorité.
Il voulait entrer dans l’eau et marcher vers eux (il sait pas encore nager).
Sophie est arrivée pile pour intercepter la tentative.
L’après-midi  on a pique niqué dans le parc.
Bruno.

Les Buttes Chaumont, Paris,  2016

Ce parc c’était le mien avant que je n’habite Marseille. Je n’ai donc pas résisté en recevant ce mail.
Et vous les Marseillais c’était comment les retrouvailles avec le ciel ?
Pour mettre un commentaire cliquez sur le titre de l’article.

Parc du 26ème Centenaire, Marseille, 2020

Oh non pas Bedos

Il y en a , il n’est pas question qu’ils meurent. Je veux dire on refuse, on n’envisage même pas l’idée de leur mort. Desproges, Cavanna, Bedos …
« On l’appelait l’oriental car il était sentimental et tellement drôle. Avec ce chantre de l’irrévérence sous Giscard, un temps interdit d’antenne, notre pays tire sa révérence au rire carnassier et explosif. Bedos mettait le souk au sein même des familles françaises. Il y avait les « Pour » et les « Contre ». L’adjectif « clivant » fut inventé pour lui, à une époque où les corps constitués pratiquaient l’omerta et le calva clôturait les repas. »
Voilà c’est le début du papier de Thomas Morales sur Causeur.fr. Lisez-le. Je ne ferai pas mieux … La lettre de Causeur https://mail.yahoo.com/d/folders/1/messages/AB3cC1wTdHfOXtDRgwk3YK5ZQwI
Sur la même page de Causeur,  un autre bel éloge du même Thomas  Morales sur la disparition de Jean-Loup Dabadie, la plume de Julien Clerc, le scénariste et dialoguiste des Choses de la vie – avec notre grand, merveilleux Piccoli lui aussi parti.
Dabadie, le couturier des mots. Extrait. « Dabadie travaillait dans l’organdi, les interstices, les nuances, jamais dans l’outrance. Cette audace mesurée qui donne une si belle patine à ses dialogues ou à ses sketchs était une marque de respect, une forme de politesse. Un gage aussi de qualité et de longévité. »

 

 

Ouverture et argent faciles…

Des mois que ça dure le stress avec le produit Sanofi. Je vous en ai déjà entretenu le 25 septembre  2019. Rien à voir avec le corona, mais à voir avec la santé. La mienne mais sûrement pas que la mienne. Et l’argent de la sécu. Je résume :  je prends en aérosol pour mes poumons défaillants un antibiotique nommé collimicyne.  Je dois mélanger de la poudre d’antibio contenue dans un petit flacon à une mini dose de dissolvant. Et alors ? Alors y a un souci. Un gros souci qui m’irrite (euphémisme – si j’avais devant moi le gars  qui a conçu l’objet  il passerait un sale quart d’heure) depuis des mois.
D’abord la capsule en caoutchouc est rouge et l’indication pour la  soulever et ensuite tourner  vers la gauche la tirette en aluminium est également inscrite en rouge. Ben oui coco ça fait classe. Toi t’es là avec ton petit flacon Sanofi assorti à ton vernis, c’est super. Faudrait pas dénaturer cette esthétique avec une inscription d’une autre couleur LISIBLE. Franchement  ce serait trop ballot coco. Une fois que vous avez compris qu’il fallait soulever et tourner à gauche, vous zappez l’étape  » lecture rouge sur rouge » et vous attaquez  direct le tournage de la tirette que vous avez entre les doigts. Avec une concentration au zénith car vous savez pour l’avoir expérimenté des dizaines de fois que celui-ci peut se rompre illico et le flacon resté fermé. Ah mais c’est toi  ! qui n’est pas douée, tu n’as jamais été une manuelle.  C’est vrai mais infirmière ou pharmacienne que j’ai vu expérimenter l’affaire  rencontrent la même difficulté. Solution : le tournevis . 2ème gros souci : s’il dérape, vous vous blessez la main. Solution : protéger sa main avec un gant de jardinage . Je l’ai fait, longtemps,  et puis un jour j’en ai eu marre. Si la tirette pète, je jette. Les flacons inutilisés et  inutilisables remplissent un sac poubelle . Il vaut mieux ne pas savoir le prix de ce médicament. Très élevé. On peut remercier les concepteurs qui n’ont pas eu l’outrecuidance  de marquer « Ouverture facile » ….

J’ai fini ce texte hier soir et ce matin jeudi 14 mai j’entends que la recherche de Sanofi sur un vaccin covid-19 est financée par les Etats Unis . Et le directeur général Paul Hudson d’annoncer  sans barguigner que si ce vaccin est trouvé (prévisions pour 2021),  les Américains seront servis en priorité  puisque leur pays partage le risque des recherches. Il y a peut-être des risques, il y a surtout beaucoup de blé à venir. Quant on sait que Sanofi bénéficie en France d’un crédit d’impôt  recherche de 150 millions d’euros, on reste abasourdi. Devant le tollé,  le DG a vaguement nuancé ses propos affirmant que bien sûr les Français auront accès au vaccin. Un commentateur radio soulignait que  ce nationalisme vaccinal – Etats Unis et Chine – tend à remodeler le secteur de la recherche médicale avec le soutien des grands groupes pharmaceutiques. Miser sur la recherche publique plutôt que sur la recherche privée devient un impératif éthique. 

Pour lire les commentaires : colonne de droite
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Signer la pétition pour demander la gratuité pour toutes et tous du vaccin contre le coronavirus ! https://actions.oxfam.org/france/Vaccin-Coronavirus/Petition/

Sortie rue Lodi à Marseille : Drôle d’atmosphère …

Bustes de Gaëlle Germain
Un Petit Prince japonais bien confiné (La Librairie italienne)
Soleil légèrement déglingué d’un très jeune artiste …
Masques : bientôt les soldes. Photos Dane C.

Prière de ne pas développer …

photo Dane Cuypers

Dites-nous de quoi vous avez besoin, on vous dira comment s’en passer… Je ne sais pas de qui c’est mais c’est drôle. Allons,  pas de mauvais esprit : les masques sont là. On passe pour l’instant l’éponge en ces temps de nettoyage frénétique. Lavez-vous comme moi vos fruits, et vos légumes, kiwis avocats, à l’eau et au savon ….

Je vais aller vite car je n’ai pas le temps ! Oui, dans Le grand confinement – chrononyme qui restera peut-être pour qualifier cette période que nous venons de vivre – je fus très occupée. Je décide de ne pas expliquer pourquoi. Ou « Prière de ne pas développer «  comme, je vous le rappelle, disait Albert Cohen à un interlocuteur quand il n’en pouvait plus d’une conversation sans intérêt à ses yeux où il s’ennuyait à périr.
Bref donc. Mes  pépites de ces dernières semaines.

. Edgar Morin. Cette crise devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat. Morin corona. Le Monde,  19 – 20 avril 2020- une interview menée par Nicolas Truong. Notre philosophe préféré n’a pas de réponses à la crise mais il pose les bonnes questions avec son acuité coutumière.

. Charlotte Delbo. Découvrez sa correspondance avec Louis Jouvet dont elle fut la secrétaire mais bien au-delà. : elle suivait et transcrivait en sténo ses cours. Elle était son amie. C’est lui et Alceste et plus largement les textes de théâtre – elle en connaissait beaucoup par cœur – qui l’aideront à survivre dans les camps ( sur France culture 1er mai 2020 – rediffusion).
Lisez surtout Aucun de nous ne reviendra. Bouleversant et superbe. ( J’ai écrit un grand papier sur ce blog « Le théâtre « avec la peau du ventre » le 11 juillet 2013. Il suffit de taper Charlotte Delbo dans RECHERCHE – colonne de droite pour y accéder.)

. Paul Preciado. Il est reçu par Adèle van Reeth dans  Les chemins de la philosophie. J’écoute deux fois ses propos car c’est passionnant mais complexe. Il explique dans le sillage de Foucault (Je vais lire sans tarder Surveiller et punir) ce que sont les  » techniques disciplinaires » qui régulent, gouvernent  les corps.  En temps  normal et dans l’ensemble nous intégrons   cette discipline, l’art de gouverner les corps libres (on ne parle pas ici des prisons, des lieux de rétention, d’exclusion)  – sans nous en rendre compte. Depuis la crise du covid-19, les techniques de « dressage » ont changé. Confinés dans nos maisons, nous y sommes aussi surveillés. « Nos maisons ne sont plus des espaces clos, nous sommes sous surveillance bio- numérique. » ( cf le télétravail) . Quel est l’objectif : garder la force de travail et la force de reproduction. Le philosophe pense que nous vivons une mutation planétaire comparable à ce que fut l’imprimerie, le passage d’une société orale à une société écrite,  où il fallut apprendre à rester seul,  assis, et à lire  (France Culture, 30 avril 2020. Des articles sur Mediapart : Les leçons du virus. Et Biosurveillance : sortir de la prison molle de nos intérieurs.)

. Eva Illouz : Depuis les ténèbres qu’avons-nous appris ? (La sociologue franco-israélienne dresse un premier bilan en 7 leçons. Pour rester dans la mouvance de Paul Preciado, voici la leçon 1
« Nous vivons à l’ombre d’un Etat puissant« . Extrait : ( Des) milliards de personnes ont de plein gré abandonné les aspects les plus fondamentaux de leur liberté, alors que nous manquons encore, dans les faits, d’informations-clés (par exemple, combien d’individus sont réellement contaminés et donc quel est le pourcentage réel des décès). Elles ont été confinées à leur domicile (à supposer qu’elles en aient eu un), confirmant l’assertion de Thomas Hobbes selon laquelle la peur de la mort est la passion politique la plus puissante, et que nous serons toujours prêts à sacrifier notre liberté pour notre sécurité. Ce que le confinement de ces milliards de personnes a démontré, c’est l’extraordinaire pouvoir de l’État dans le monde entier et, partout, l’extraordinaire capacité d’obéissance des citoyens à ce dernier. (nouvelobs.com 11 mai 2020)
Bien sûr nous n’avons pas le choix et nous avons raison de porter des masques et de nous laver les mains, mais y penser avec un pas de côté est salutaire, comme une brise qui nous fait soudain prendre l’air.

Mauvais esprit !
. « Communiquer avec les Etres de la nature en forêt de Brocéliande » ça vous tente ? Moi ça me donne une idée de l’enfer ce stage qu’on me propose entre des dizaines d’autres tout aussi mièvres … Mais marcher en forêt attentif aux arbres oui.

. Autour de 500 euros pour s’acheter un vélo, ça se passe à à Naples. Et à Paris aussi. Et ailleurs sans doute. Oh mais quelle bonne idée ! Marseille, Marseille, il est temps de t‘y mettre. Il est temps de retirer aux voitures et aux deux roues motorisées leur scandaleuse prédominance dans cette ville, jointe à une arrogance hors du commun . Créer de vraies pistes cyclables pour commencer. Et le petit coup de pouce pour l’achat. Allez !

. Après ce mauvais esprit, de l’esprit tout court. Je  raconte à un ami journaliste et plein d’esprit que je me fais livrer mes courses n’osant pas entrer dans un magasin avec toujours mes poumons pathétiques Je m’y suis prise tard et je suis dans un terrible manque de fromage ! Il lme répond :
Bon, on va pas en faire un fromage comme je le disais à Brie (une amie commune Brigitte dite Bri). Mais tu dois rester solide, un roc fort ! Ne pas imiter ce pauvre Embert qui se came… Le philosophe Edgar Morin est indestructible, il en rend chèvres de nombreux contradicteurs, contempteurs de la raison ! Il faut Comté sur lui encore longtemps, j’espère. Il permet de conserver bon esprit Ementhal au meilleur niveau. Sinon, prends conseil auprès de l’ami Molette qui a la clef du déconfinement (le petit fils de Mamie Rolles). Voilà, j’ai rien trouvé avec St Nectaire, Maroilles, Crottin de Chavignol et multitude autres appellations..
Toutefois, je te dirai les mots bleus… de Bresse
Patrick d,  en improvisation permanente obligée car confiné comme dans un petit pot de cancoillotte à l »ail...

 

… belle comme l’oxygène naissant

masques artisanaux

D’abord je voudrais nuancer la position assez tranchée que j’ai prise par rapport à la chhlorovaquine ( traumatisée par ma lutte depuis des mois pour essayer de me faire soigner par phagothérapie – je ne vais pas vous réimposer l’histoire -et constatant, dans ce cas particulier,  une grande frilosité et  un manque de curiosité de la part du corps médical et des autorités.) Aujourd’hui pour la chlorovaquine, je n’en sais rien ! et je propose de se reporter aux Chroniques du coronavirus de Nicolas Martin sur France Culture. Ou bien d’attendre …

Ensuite envie de vous dire que je suis sans doute comme vous : je voulais tout lire, tout voir, tout entendre et je ne fais pas grand chose. Quand même : un épatant cours d’anglais gratuit, Gymglish . Et cette fameuse danse des chaises dont je vous ai déjà parlé, rosasdanstrosas.be. Je me régale aussi sur ArteTv mais ce n’est pas venu avec le confinement. Réjouissant documentaire ces jours-ci par exemple sur Betty Boop. « De Betty Boop, je ne savais rien, convient Claire Duguet, la réalisatrice . C’était pour moi juste une image, de celles qui décorent les tee-shirts, les agendas et les classeurs. Je ne l’avais jamais vue en mouvement, dans un dessin animé. » On découvre un irrésistible personnage – ça on le savait déjà – mais de tous les combats féminins, mine de rien.
Pour le reste, avec ma connexion très capricieuse et mon emploi du temps fluctuant, ni je parcours les musées, ni j’assiste à des spectacles exceptionnels. Je lis. Un peu. Pas tant. Et comme je n’ai aucun de mes livres avec moi, je découvre enfin, grâce à l’amie qui m’héberge, Cahier d’un retour au pays natal, la naissance du concept de négritude et du combat d’Aimé Césaire on le sait. On le sait mais le lire est un vrai choc. Première lecture  pourtant : je reste un peu en dehors freinée par trop de mots inconnus, trop d’imprécations, trop d’images somptueuses mais opaques ; à la seconde lecture je suis emportée.

Les premières pages sont rythmées par l’anaphore, Au bout du petit matin :
Au bout du petit matin, ce plus essentiel pays restitué à ma gourmandise, non de diffuse tendresse, mais la tourmentée concentration sensuelle du gras téton des mornes avec l’accidentel palmier comme son germe durci, la jouissance saccadée des torrents et depuis Trinité jusqu’à Grand-Rivière, la grand’lèche hystérique de la mer.

Bien plus loin
Et à moi mes danses
mes danses de mauvais nègre
à moi mes danses
la danse brise-carcan
la danse saute-prison
la danse il-est-beau-et-légitime d’être nègre.
A moi mes danses et saute le soleil sur la raquette de mes mains

Les extraits c’est rien ! il faut tout prendre dans l’élan.

pour Christophe  « Retrouver avec moi les paradis perdus « 

 

Je lis aussi (à la suite du texte de Césaire – Editions Présence africaine poésie) la préface d’André Breton à l’édition de 1947;. Il rencontre le poète en avril 1941 à Fort- de- France au hasard d’une emplette chez une mercière – il cherche un ruban pour sa fille. Mercière qui se trouve être la sœur de René Ménil, animateur avec Césaire de la revue Tropiques. C’est ainsi qu’il connait ce dernier le soir dans un bar et « dans une excursion au plus profond de l’île ». Rencontre on l’imagine fastueuse. Le texte de Breton est passionnant et se termine ainsi : «  La parole d’Aimé Césaire, belle comme l’oxygène naissant. » Echo déjà avec mes poumons et le covid 19. Mais voilà que la même fée-hôtesse me passe Une rencontre de Milan Kundera. Ce sont des réflexions, des sortes de chroniques sur la littérature, l’art, dans le style à la fois décontracté et très écrit de ce gars-là que j’aime beaucoup. Parlant de la revue Tropiques (neuf numéros entre 1941 et 1944 qui traitent essentiellement de l’émancipation martiniquaise  culturelle et politique et du surréalisme), il cite Lautréamont  : « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » et la phrase de Breton «  La parole d’Aimé Césaire belle comme l’oxygène naissant ». Evidemment je jubile de cette correspondance qui me fait oublier un moment le lavage frénétique – et carrément obsessionnel – de tous les produits qui entrent dans ma maisonnette…

Si comme moi vous n’avez également jamais lu Jean Genet – y a tant à lire je fais depuis belle lurette l’impasse sur Les Professeurs de désespoir ( Nancy Huston- Actes Sud) – écoutez en podcast ( France culture jeudi 16 avril 2020) « Toute une vie » avec Matthieu Garigou Lagrange, qu’on suit avec plaisir comme toujours. En une heure on sait et comprend beaucoup de choses. Je suis tentée maintenant de lire Notre Dame des fleurs son premier roman ou son dernier livre Un captif amoureux (sur la Palestine et les Panthères noires). Et puisque je viens de citer Nancy Huston vous pouvez aussi écouter Gary, l’insaisi  qu’elle nous offre également dans l’émission « Toute une vie. » Désir de relire tout Romain Gary. Quel personnage ! Quel écrivain !

Pour reboucler sur le virus, J’aime cette idée lue je ne sais où : Un habitant de Naples, Angelo Picone, a eu l’idée de pendre un panier à sa fenêtre .En deux heures, il était plein. Chaque jour, certains le remplissent de nourriture en rentrant des courses, quand d’autres se servent. Dans cette ville particulièrement pauvre, c’est tout un système spontané de solidarité qui s’invente

PR (post redac)  On le savait mais la mascarade sur les masques est estomaquante à lire le papier du nouvelobs.com publié aujourd’hui 20 mars et particulièrement le montage video sur la volte-face du gouvernement.

 

 

Ah oui !

Je me moquais des bons plans ci-dessous. J’avais (un peu) tort
Françoise M. en abreuve ses amiEs et c’est bien. Lisez le dernier :

L’UNESCO a donné accès gratuitement à la Bibliothèque Numérique
 Mondiale sur Internet.
 Un beau cadeau ! Voici le lien : https://www.wdl.org/fr pour la France.
 Il rassemble des cartes, des textes, des photos, des enregistrements
 et des films de tous les temps, explique les joyaux et les reliques
 de toutes les bibliothèques de la planète, disponible en
 sept langues.
 Profitez-en et faites en profiter votre entourage…
Ah oui ! ça fait envie. Si on a une connexion et  pas d’enfants en télétravail.  Ne pourrait-on faire télétraiter les enfants …
MARSEILLAIS ! UN VRAI TUYAU POUR LES COURSES
Vous ne vous en sortez pas avec les sites des grandes marques (oui c’est mon cas), les drives et tout le bazar. Auchan vous propose sur toute la ville des livraisons à domicile à partir d’une liste que vous leur envoyez par internet :
vperez@franchiseauchan.fr
tel : 04 91 16 29 80
paiement par CB

Livre ouvre- toi !

Je me moquais ci-dessous des bons plans … A la vérité,  le matin je consulte assez frénétiquement  les nouvelles propositions sur le net.
Bref je suis débordée … D’autant que ma connexion est très capricieuse. Voici ma dernière sélection  qui propose un choix de dix livres gratuits très alléchant
https://quefaire.paris.fr/104417/6-beaux-documentaires-a-voir-sur-bibliotheques-paris-fr ( Que pour les Parisiens )
D’autant que je n’ai que trois livres avec moi dont un Sollers –  que j’aime beaucoup vous le savez, je vous en ai parlé il y a quelques jours. Voici encore un extrait de Mouvement, paru en 2016, bien adapté à la situation

La grande pièce où vous travaillez est tapissée de livres. Ils vous attendent le matin, très tôt. Pas un bruit, l’appartement est vide. Vous débranchez votre téléphone, vous vous asseyez à votre table, vous vous concentrez, vous ne faites rien. Ca peut durer dix minutes ou une heure, parfois la matinée entière. Ne rien faire est toujours une joie.

Ne rien faire n’est pas mon fort. Sollers m’énerve un peu avec sa « joie » ! Deux paragraphes plus loin, c’est autre chose. Il a écouté ce que lui disait sa bibliothèque et laisser sa main prendre un livre L’oracle de Delphes. D’habitude ça marche mais là non « pas de vieux grecs aujourd’hui ». Du coup il reste « sec ».

Vous réconcilier avec Apollon ne sera pas facile. Vous n’avez pas de laurier sous la main, Pindare n’a rien à vous dire, Hölderlin boude, Hegel est distant, Homère lui-même a mis son doigt sur la bouche. Décidément tous les livres font grève aujourd’hui, y compris, c’est un comble, la Bible. Les poètes se taisent, la musique ne veut pas de vous, la peinture s’absente, votre partenaire d’amour se dérobe. Vous essayez le chinois ? Rien. Le sanskrit ? Rien. Le vieux français ? Rien du tout. Shakespeare? Surdité complète. Vous êtes enfermé en enfer.
Vous essayez de dormir, mais le sommeil, au lieu de vous reposer vous fatigue. Vous marchez pendant une heure, aucun effet. Vous prenez trois bains chauds, aucune détente.  Vous vous enivrez, résultat très lourd (…)
Bien sûr quelques paragraphes plus loin encore, ça s’arrange :
Et, soudain, tout se calme. Vous sortez dans la nuit, vous revoyez les étoiles, vous sentez qu’Apollon vous a pardonné. (…)

Nonobstant le fait que nous ne parlons pas tous avec cette aisance à  Apollon, ni même à Pindare ou Hegel (quant à la Bible en ce qui me concerne, une allergie absolue), ça rassure cette panne de Sollers.
Encore un petit extrait sur les livres :
La bibliothèque tarde à reprendre ses propositions magnétiques. Pourtant elle sait que je lui reste fanatiquement fidèle, que je ne me soumets pas à Allah ni aux nouveaux dieux tout puissants, Facebook, Google, Yahoo, Amazon. Les croyants de Facebook sont déjà 1,49 milliard ( et sûrement bien plus en ces temps de confinement NDLR). Tous ces gens pressés et décervelés adorent des idoles, mais je reste ferme, les seuls vrais dieux sont des livres, un certain nombre de livres agissent comme des dieux.

En lien mon livre Avec toute mon admiration avec un chapitre  consacré à Philippe Sollers :
Avec toute mon admiration

Egalement dans ce livre une interview de Jean Daniel, jamais parue ailleurs, donc quasi inédite, en écho avec le « A voix nue » cette semaine sur France Culture tous les soirs à 20h00 où il s’entretient avec Jean d’Ormesson. Ce sont deux hommes délicieusement intelligents et tendres  qui nous racontent  70 ans ( émission enregistrée en 1996) de vie.
En lien sur le même livre.
Avec toute mon admiration

 

Du rire aux larmes

Vous êtes comme moi, par moments les plans génialissimaux pour confiner finement,  vous n’en pouvez plus ! La video qu’il vous faut vous attend sur le lien ci-dessous. Hilarant.

 

En même temps que je tape ces lignes, j’écoute distraitement une émission sur Boris Vian. La voix de Trintignant soudain me happe. J’écoute l’extrait de « Je voudrais pas crever » et je vais  chercher sur internet le poème écrit par Vian peu de temps avant sa mort. Superbe.

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L‘herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L‘odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J‘en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir
Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…

Boris Vian

Drôle d’atmoTsphère

Sur France Inter ce 22 mars 2020 à 17h40, un infirmier témoigne : il a un  seul  masque qui date de 2001 ! Et il y a tous ceux qui en ont besoin et qui n’en ont pas. Dont je suis. Vraie carence de l’Etat, sans compter celle du matériel pour les tests, dont il faudra qu’ il s’explique un jour. Plus tard. Mais il le faudra.
La société 1083 à Romans produit des masques. Elle n’est ps la seule. Sur Libération.fr, 24 mars, un coup de colère d’un chercheur : :https://www.liberation.fr/debats/2020/03/24/masques-mais-de-qui-se-moque-t-on_1782908

A Marseille ça bouge. Didier Raoult qui dirige l’infectiopole de l’Assistance Publique Hôpitaux de Marseille, à la Timone, membre du Conseil Scientifique dédié au Coronavirus, défend l’usage de la chloroquine – à savoir une banale molécule utilisée depuis 75 ans dans le traitement du paludisme – contre la maladie et faisant suite à des essais concluants réalisés sur des centaines de malades en Chine. Sa prise de position suscite des réserves chez de nombreux autres spécialistes, qui estiment notamment que des essais menés auprès de 24 patients ne répondent pas à tous les critères nécessaires. Samedi 21 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran,  a  demandé à ce que l’étude du professeur Didier Raoult “ puisse être reproduite à plus large échelle dans d’autres centres hospitaliers, par d’autres équipes indépendantes”. Il espère des résultats d’ici 15 jours.

C’est beaucoup 15 jours. Est-ce l’heure de tergiverser ? 
Non, si l’on en croit le professeur ( et moi je le crois après avoir vécu les atermoiements autour des phages , devoir partir en Georgie puis en Belgique, ne pas le pouvoir et vivre avec ma bactérie jusqu’à nouvel ordre * ). « Quand vous avez un traitement qui marche contre zéro autre traitement disponible, c’est ce traitement qui devrait devenir la référence”, affirme Didier Raoult dans Le Parisien. “Et c’est ma liberté de prescription en tant que médecin. On n’a pas à obéir aux injonctions de l’État pour traiter les malades. Les recommandations de la Haute autorité de santé sont une indication, mais ça ne vous oblige pas.” Or le traitement marche. Sur les 24 patients traités avec de l’hydroxychloroquine, 75% présentaient une charge virale négative au bout de six jours, déclare le médecin  : le virus a disparu, le patient n’est plus contagieux. En comparaison, 90% des patients traités sans chloroquine, à Nice et Avignon, seraient encore contagieux au bout de cette même période.
Sa conclusion   : tester massivement et puis donner le traitement.
Ecouter sur France Culture en podcast :  chloroquine, le protocole Raoult. Très clair sur les conditions effectivement insuffisantes des essais du professeur.

* https://www.liberation.fr/france/2020/01/21/phagotherapie-la-revanche-des-virus-guerisseurs_1774404 (on dirait de la provocation, mais non c’est juste la complexité comme dirait Edgar Morin qui a sorti fin 2019 un livre « Les souvenirs viennent à ma rencontre ». Fayard)

Reste – c’est le cas de le dire –  qu’il faut rester chez soi le plus possible.
Comme me textotait Ahsit, un de mes corespondans privilégiés : continuons à  très  prudents : le confinement ne marche qu’avec la peur et le naturel indiscipliné des latins que nous sommes pourrait tout foutre en l’air. Ainsi, disait le maire de Sanary -sur-mer à la radio,  faut-il vraiment aller chaque jour à la boulangerie ? Non.  Une fois par semaine et l’avance au congé ou au frigo dans un torchon. Et quand c’est dur on fait griller ! Ou du pain perdu pour le petit dej.

Il y a une floraison d’initiatives sympas pour que les gens vivent bien le confinement. Et, si effectivement, on a  internet et un balcon ou un jardin, on peut  s’offrir une retraite , avec réflexion, apprentissage, culture, découvertes, gratos. Mais si on n’a que ses quatre murs  ! quelle galère doit être cet enfermement. Pour les enfants c’est kif kif : sans internet, pas d’école. (Entre parenthèses on n’entend rien sur la double peine des parents avec le télétravail et les sales gosses, la visioconférence et  les legos dans le salon…).   Jusqu’au 4 mai !!!!  Là aussi il y aura des leçons à tirer sur la fracture numérique.

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JE VIENS D’ESSAYER CE PETIT COURS DE DANSE CONTEMPORAINE AVEC UNE CHAISE : UN BIJOU !

 

 

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