Le tourbillon de nos vies

Moreau et Bardot : se souvenir d’elles, de leur éclatante et tourbillonnante  jeunesse dans Viva Maria en 1965.  La première parce qu’elle est morte et que ça nous attriste : c’était notre déesse, la Caty de Jules et Jim. Je regarde en replay l’émission Le divan de Henri Chapier, il n’était pas bon du tout en psy ! mais si charmant que ses invités lui donnaient le meilleur Avec Jeanne, comme il dit, l’entretien est très anodin un long moment et puis elle se met à parler de vieillir,  des années qui passent, que ce n’est pas que la carcasse qui s’ altère, c’est l’amoncellement, la richesse de tout ce qu’on a vécu et engrangé – je ne sais pas comment elle le dit exactement, mais c’est l’idée et c’est vrai et réconfortant
La seconde, BB, c’est une chieuse et elle dérape parfois, mais j’aime son authenticité. Dans une interview accordée à Franz-Olivier Gisbert pour La Provence (5 aoüt), elle balance : « Quand je faisais du cinéma, il fallait que je sois jolie tous les jours, ça m’emmerdait ; maintenant je suis moche tous les jours et ça rattrape le temps perdu… »

 

 

Poissons d’août…

Les Goudes, Marseille
Photo Aline Barbier

 

(…) les orangers en fleurs se dodelinaient sous la brise tiède, tout près de la mer quadricolore et transparente où luisaient des jardins de coraux et des poissons bleus et verts. […] De temps à autre, d’écarlates poissons volants faisaient de petits bonds idiots. Albert Cohen.

 

 

 

Albert Cohen ne serait sans doute pas fier de l’attitude de l’Europe vis à vis des réfugiés. Il confiait en 1976 à François Estèbe et Jean Couturier : En réalité ce dont je suis beaucoup plus fier que de mes livres, c’est d’être l’auteur de l’accord international du 15 octobre 1946 sur la protection des réfugiés. Ca c’est mon affaire. Le reste ce sont des rêves. Extrait de Le Roi mystère (Le préau des collines – Ina)

La blogueuse aux petits pois !

Ah Dieu sait que, jeune fille, je me vantais d’être aussi délicate que La princesse au petit pois, qui ressentait un seul de celui-ci sous un empilement de matelas, délicatesse qui lui valut d’être élue par la reine-mère pour épouser le prince… Des années après la découverte du délicieux conte d’Andersen, ce sont des dizaines de ces petites billes vertes, congelées, qui me soulagent quand je fais rouler sur mon poignet cassé le sac souple et glacé qui les contient . Pas vraiment un conte de fées j’en conviens,  encore que la kiné nommée Hélène qui m’a donné cette astuce sort souvent sa baguette magique. En tout cas un truc à retenir pour vos gnons, maux de dents ou autres douleurs que le froid endort.

 

 

Le monde en vitrine…

Dans le sixième arrondissement de Marseille, au 95 rue de Lodi, des Petits princes du monde entier m’attendent à la devanture d’une librairie : 80 couvertures du livre culte de Saint-Exupéry y sont exposées. Je ne vois pas la version khmère (le Cambodge, mon domaine de prédilection) . J’entre. C’est Anne-Sophie qui m’ accueille dans l’antre de la librairie créée en 1952 par Raymonde Morel, puis développée par son fils Pierre et tenue aujourd’hui par ses deux petites filles. Spécialisée dans les langues étrangères – anglais, italien, russe, allemand, chinois…  – ses rayonnages en bois recèlent les clés de l’univers : manuels et méthodes de langues, programmes universitaires, dictionnaires mais aussi littératures contemporaines, bandes dessinées, livres pour enfants…
En ce moment en vitrine, le librairie propose donc Le Petit Prince en plus de 80 langues : zoulou catalan gascon, croate … Et désormais en khmer, puisque j’ai passé à Anne-Sophie mon exemplaire acheté à Phnom Penh aux Carnets d’Asie – un autre petit temple de la littérature. J’apprends que le livre de Saint-Ex, le plus acheté avec la Bible, est traduit en 300 langues. Dernière en date, en avril 2017, une version en assanya, langue arabe du Sahara marocain, dans la région où, en 1927, atterrit le pilote-écrivain avec son avion de l’aéropostale. Avant un voyage (ou après), pour attaquer l’apprentissage d’une langue, pour découvrir un auteur, pour lancer une recherche, ou simplement pour gamberger, une bien belle adresse …
Service de commande spéciale et de vente par correspondance
Plus d’infos http://www.librairie-internationale-maurel.com/fr

C’est ballot !

Sur le Vieux-Port, ce 15 juillet 2017,  un  joli feu d’artifice doté, affublé plutôt, d’une bande son tonitruante qui empêche de vibrer aux pétarades, de frémir au sifflement des fusées, de se réjouir des oh ! et des ah ! du gentil public béat. Pffuitt… adieu la poésie des spectacles pyrotechniques !

« La vague plutôt que l’écume… »

Gibraltar – Un Pont entre deux Mondes, un titre qui fait rêver et qui tient ses promesses. Deux fois par an, récits, reportages, témoignages, fictions, bandes dessinées explorent les deux rives de la Méditerranée : cultures, histoire, sociétés, environnement. Epatant pour l’été, pour,  comme on disait à une époque, ne pas bronzer idiot – mais bronzer n’est plus très in the mood. Par contre les mooks le sont : ces revues riches et de fond et de forme, entre magazine et livre, pour un grand public exigeant et curieux, paraissant deux à quatre fois par an, font florès à la suite de XXI. Le fondateur et rédacteur en chef, Santiago Mendieta, qui fait vivre Gibraltar, sans publicité ni groupe éditorial, soutenu par ses lecteurs et des libraires indépendants, fait sienne la devise de XXI : “S’intéresser à la vague plutôt qu’à l’écume” .
La mer justement. Gibraltar reste pour moi un souvenir lointain d’un voyage en Espagne, et l’image très forte d’un lieu sauvage, ouvert à tous les vents, à tous mes désirs de jeune femme… Un brin nostalgique, je plonge donc dans le numéro 5. Fiction. Alger-Marseille, 1935, 1962 avec deux regards d’écrivains sur l’Algérie : Yasmina Kadra et Benoît Séverac. Enquête. Le Sahara occidental, une histoire qui n’en finit pas et qui n’intéresse  plus personne, hormis les intéressés, à savoir la population sahraouie. Elle désespère d’une résolution du conflit entre nationalistes du Front Polisario et royaume du Maroc, et vit, survit dans une constellation de camps. Belles photos et beau texte de Georges Bartoli. Dossier.  Palestine-Israël,  pour se souvenir, pour faire le point : les dates clés, le mur, le camp de réfugiés de Chattila, le récit de la démolition d’une maison. Mention spéciale « espoir » pour « Les accordeurs de paix », de Marine Vlahodic : Zamir l’israélien et Sameh le palestinien, tous deux accordeurs de piano, échangent par internet depuis des années sans s’être jamais rencontrés jusqu’au jour … Un accord de paix à deux « composé de  marteaux, cordes, chevilles, touches, meubles, mécanismes.. » Citons encore aussi le reportage  Voyage en Pagnolie , d’Hubert Prolongeau qui nous propose une déambulation à travers les sentiers de l’arrière-pays d’Aubagne, sur les pas de Marcel Pagnol. On apprend qu’il n’est pas autant l’enfant chéri du pays qu’on pourrait le croire et qu’il fut carrément oublié dans les festivités de l’année Provence-Marseille 2013 … Il revient en force sur la scène littéraire et cinématographique avec son petit fils Nicolas bien décidé à faire «  souffler un grand coup de mistral » pour redonner à son grand-père la place qu’il mérite sur la terre qui l’a vu naître On apprend aussi que l’auteur de Jean de Florette produisit un documentaire à la gloire du maréchal Pétain… (cela devient très dur de nos jours de pouvoir garder une admiration sans lézarde !).  Errare humanum est,  n’y pensons-plus : la balade dans les collines et dans ses oeuvres est bien une balade enchantée. Et encore :  bande dessinée. Lorsque l’île turque d’Heybeliada vivait son été grec … Et tout le sommaire sur :
http://www.gibraltar-revue.com
Vous pouvez y soutenir et acheter la revue

Montréal sans chichis !

La fraicheur du regard de l’auteure-poète Jeanne Painchaud, regardant avec les yeux de son fils Montréal sa ville adoptive et chérie, fait merveille dans son album ABCMTL. Les photos de son complice Bruno Ricca sont à l’unisson pour une découverte très personnelle, sous forme d’un Abécédaire,. Une découverte joyeuse, légère, sans souci d’exhaustivité et donc sans la litanie des clichés qui collent à Montréal, comme à toutes les villes, où nous rêvons d’aller peut-être un jour. C’est mon cas ! Donc, si j’y vais, je ne raterai pas les meilleurs BAGELS du monde, ni l’EXPLOSION des feux d’artifice pendant le festival d’été qui font ressembler la ville à un immense gâteau de fête, je me régalerai MMM, dans cette ville gourmande, du sirop d’érable et des biscuits Whippet (aucune idée de ce que c’est ! mais ça perdure depuis 1901, c’est bon signe), du dulce de leche, des panettones, des cheesecakes… bref l’univers à portée de papilles, avant de me rendre au Jardin botanique pour avoir une idée de la culture mohawk et des autres Premières NATIONS du Québec, et oui bien sûr,  j’irai QUAI DE L’HORLOGE pour me perdre du regard dans le Saint-Laurent, le « chemin qui marche » sur 3058 kilomètres, et oh ! je me réjouis de voir les escaliers extérieurs en colimaçon – je suis fan de ceux de New York – et peut-être de rencontrer dans cette ville XXXXX, au romantique Parc de la Fontaine, un galant égaré qui m’attendrait…
ABCMTL. Jeanne Painchaud et Bruno Ricca. Editions Les 400 coups.
Pour l’acheter :
Librairie du Québec à Paris
http://www.librairieduquebec.fr/
Ou sur le le site des librairies indépendantes du Québechttps://www.leslibraires.ca/

 

Le Dictionnaire des écrivains marseillais

Pas d’index dans ce Dictionnaire ! Etonnant, mais au fond pourquoi pas ? Une façon de d’y plonger sans a priori. On feuillette, on s’arrête, on hésite, on repart, on le soulève, calée dans son lit, on le hisse jusqu’à ses genoux, on tente de le faire entrer dans son sac pour un voyage en train – mais quand donc les éditeurs penseront à nos sacs de femmes chargés de crème solaire, lunettes, agenda, portable, foulard, tee shirt en solde à échanger, penseront au poids de nos sacs accrochés, décrochant nos petites épaules ? Enorme donc ce Dico. Mais magnifique. Quel régal cette randonnée littéraire, quelle belle façon d’entrer dans Marseille, dans son histoire à travers la vie et l’oeuvre de celles et ceux (plus nombreux) qui l’ont chantée, aimée ou haïe, voire les deux.
Heureux les écrivains qui sont nés (au moins en tant qu’écrivains) quelque part – c’est ce que je me suis vite dit tant Marseille semble les avoir portés, nourris, faire partie de leurs fondations. Un « lieu-matrice ». En tout cas ceux que l’auteur Olivier Boura a choisi d’épingler sur 413 pages. Oui, parlons tout de suite de l’auteur. Amoureux et de Marseille et de ses écrivains, mais aussi parfois critique sans vergogne de la première et des seconds, il mêle l’érudition et la sensibilité, la précision et le vagabondage. Il précise dans sa préface (qui constitue une précieuse analyse historique  de la ville) qu’il a choisi de parler de ceux qui ont vu le jour non loin du Vieux-Port, mais aussi de tous ceux qui ont gagné d’une façon ou d’une autre leurs lettres de naturalisation. Ainsi de Pagnol, Cohen ou Pétrone qui sont nés ailleurs « mais on voit bien qu’ils sont d’abord de nous et à nous, sans contredit. Disons qu’ils font partie de notre âme (…) ». Il ne s’est pas limité non plus aux écrivains très connus. En tout, il en a retenu 160 qui témoignent, nous dit-il, d’une richesse trop méconnue et d’une parenté de ton et de coloris qui « n’empêche pas le chatoiement des formes ». Il est temps d’en être fiers, insiste-t-il !

Donc picorons, butinons. Bien sûr il est tentant de commencer par les auteurs connus de nous – et c’est ce que j’ai fait. Que plaisir de retrouver Christiane Singer : un article court mais dense qui me redonne le vivace souvenir de cette femme-flamme  interviewée voilà des années (un chapitre de mon livre « Avec toute mon admiration » lui est consacré). Je continue avec Edmond Rostand né à Marseille en 1868, article débutant si joliment avec une comparaison entre celui-ci et un arbuste du Vietnam nommé Princesse de nuit qui fleurit une fois l’an ou tous les dix ans « dans une explosion violente de pétales blancs, cireux, frottés de rose (…) . La vie d’Edmond Rostand est une Princesse de nuit : elle en a la fragilité, la séduction fugace et peut-être facile ; » Le jeune dramaturge ne se remit en effet jamais vraiment du succès foudroyant de Cyrano de Bergerac.
Je continue avec  Jean-Claude Izzo. J’avais été séduite avec tant d’autres par Izzo et son policier Fabio Montale. « Un nouveau Pagnol, pas moins tendre, beaucoup plus noir », écrit Olivier Boura pour évoquer dans une très riche notice l’auteur de Total Kheops, le premier roman, paru en en 1995, d’une trilogie noire qui ouvrit la voie au polar marseillais et à une sorte de résurrection de la ville « alors au fond du trou ». Emporté à l’âge de 55 ans par un cancer, il est aussi l’auteur de romans non policiers, de nouvelles et d’un ouvrage La Méditerranée française en collaboration avec Thierry Fabre. Filons donc – c’est le charme de ce type de lecture-grenouille, à rebonds – jusqu’à cet auteur que j’ai rencontré à l’IMERA dont il a pris récemment la tête. Son parcours est placé sous le signe de la Méditerranée : l’IMA où il travaille au côté d’Edgar Pisani, les Rencontres d’Averroès qu’il fait naître pour s’efforcer «  de recréer à Marseille l’unité originelle de la Méditerranée », le lancement d’une revue, La pensée de Midi, aux éditions Actes Sud, la direction du développement culturel et des relations internationales du Mucem. Il anime un collectif La Fabrique de Méditerranée qui se réunit une fois par mois à l’Upercut, un club de jazz du 7e arrondissement de Marseille. Un beau rendez-vous.
Je fais marche arrière jusqu’à l’article « Artaud », dont je ne suis pas du tout, je l’avoue, une inconditionnelle. J’y’apprends mille choses pourtant, qui me donnent envie d’entrer plus avant dans l’œuvre du poète, dont sa visite à l’exposition coloniale à Marseille en 1922 ; il y assiste à un spectacle de danse cambodgienne – le Cambodge, mon domaine de prédilection : « C’est de cette expérience qu’on date le cheminement intellectuel qui le (Artaud) conduira à élaborer une conception profondément révolutionnaire du, théâtre. » Je m’attarde sur Edmonde Charles-Roux. Une grande dame, et cette expression m’évoque notre magnifique Simone Weill. Je me souviens d’Elle, Adrienne paru en 1971 (deux ans plus tard, elle épousait Gaston Defferre), son grand livre sur Marseille qui fut vers 1942 une manière de capitale par défaut. (…) On peut dater l’attachement profond de la romancière pour Marseille de ces années sombres où le peuple marseillais lui apparut plus solide et de meilleur fond qu’on ne prétend souvent. » Je passe plus vite sur Franz-Olivier Giesbert, le brillantissime auteur-journaliste que rien ne destinait à une telle passion pour Marseille. Et pourtant :   « Marseille, oui, c’est la vie, la beauté dans la laideur, et l’innocence dans le crime. C’est aussi la question, posée ici à presque tous, de l’origine et de l’identité. Or, Franz-Olivier Giesbert qui a écrit L’Américain (Gallimard, 2004), le livre du père et de l’enfance fracassée, est hanté par cette question-là. » Autre atmosphère, celle du poète et agent maritime Louis Brauquier né à Marseille en 1900 et que j’ai découvert en arrivant dans la ville. J’ai appris par cœur un de ses poèmes, Soir du Vieux-Port, (déjà cité dans ce blog, mai 2017). Et – je me réjouis de cette correspondance – c’est précisément ce poème que cite Olivier Boura. Il cite aussi ce «Marseille, lassitude de l’été, » que j’offre à toutes celles qui défaillent de chaleur en maniant frénétiquement leur éventail : « Ah, revienne l’autlomne, et revienne l’hiver,/La mer déserte et grise/Avec ses îles nues/Et les nuages qui se déplacent/Dans un ciel sans éclat. »
Passons aux inconnus, de moi. Et d’abord Marcel Brion, né à Marseille en 1895. J’apprends qu’il côtoya, sur les bancs du lycéeThiers en 1906, et en sixième, Albert Cohen (une autre de mes prédilections) et Marcel Pagnol. Brion, auteur d’une centaine d’ouvrages tous couronnés de succès, vies d’artistes et d’écrivains (Turner, Boticelli, Goethe…), biographies historiques (Bartolomé des las Casas, Blanche de Castille…). Sans compter la collaboration à La revue des deux mondes, Les Nouvelles littéraires, les mythiques Cahiers du Sud. C’est André Gaillard qui fit d’une publication classique Fortunio, créée par Pagnol, la revue d’avant-garde des Cahiers du Sud. En seulement dix ans passés à Marseille à partir de 1920, « il révolutionne le paysage culturel de la vieille cité et l’arrache, d’un seul coup, au conformisme de la province. » Et fait une brève mais fulgurante œuvre de poète. Encore le Vieux-Port :   « Le Vieux-Port tremble de désir et de vin rose sous une couronne d’huitres et d’oursin. Un camelot d’infortune vend des montres de hasard. Une poissarde impubère offre des seins du jour… » Mais c’est Jean Ballard qui a dirigé pendant plus de quarante ans les Cahiers du Sud, revue qui devint « selon le mot de Jean Paulhan, le plus abouti, le plus étonnant des livres. » Avec des sommaires éblouissants. Citons simplement Walter Benjamin publié pour la première fois en France dans les Cahiers.
C’est une des séductions de ce Dictionnaire, cette façon de balayer l’histoire marseillaise à travers ses écrivains, ses revues, ses journaux, ses mouvements littéraires. Mais sa séduction première tient à la très belle plume d’Olivier Boura mise au service de son amour et de sa profonde connaissance de la ville. « (…) « il y a une tristesse de Marseille qui traverse toute littérature marseillaise de qualité, de Suarès à Izzo. « Marseille, ville de lumières mais aussi « ville de prisons, de cachots, de geôles. » Dernier arrêt sur cet auteur, André Suarès, né à Marseille en 1868, dont je ne savais fichtrement rien et je ne suis pas la seule : il reste ignoré du grand public malgré Philippe Caubère qui porta à la scène « le splendide Marsiho, « le plus beau livre sans doute qu’on ait écrit sur Marseille. (…) Suarès a le courage de dire et la puissance et la laideur, la douceur et l’âpreté de cette ville. C’est-à-dire d’en exprimer l’ultime déchirement.». Toute son œuvre, affirme l’auteur du Dictionnaire, est un effort contre la barbarie. A la fin de la notice, on brûle de le lire …
A vous de jouer, de dessiner votre « portrait chinois » de Marseille. Selon son degré de familiarité avec cette ville, chacun fera le sien. Autant de lectures de ce Dictionnaire que de lecteurs !
Dictionnaire des écrivains marseillais. Olivier Boura. Editions Gaussen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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ALGER, la bleue

« Imbroglio de solide et de liquide ».

« C’est une invitation à déambuler dans Alger sur les pas d’Yves Jeanmougin que propose l’exposition ALGER à La Friche la Belle de mai, Marseille, qui se termine le 2 juillet. Quelques jours encore donc pour s’y perdre avec le photographe profondément attaché à cette ville. Ni Alger la blanche, ni Alger la noire, ni mythique, ni nostalgique, ni tragique, juste la ville si bleue des Algérois, animés par « une immense pulsion de vie et de mouvement. » écrit Ameziane Ferhani qui accompagne les photos de sa prose sensible. Il parle même d’une « étonnante capacité d’euphorie » ! Cela donne soudain envie d’y aller, envie de s’offrir une provisoire amnésie sur les années de la colonisation et celles du terrorisme et  simplement de jouir : des bleus de la mer et des ciels, des « imbroglio de solide et de liquide », des gueules des vieux, des bouilles des enfants, du rire des jeunes femmes, des devantures incongrues, des volées d’escaliers, des naïades Arts déco dans le hall d’un immeuble, des cafés d’antan encore là dans la Basse-Casbah… Une ville foutraque, mais si vivante. Et tendre aussi . Thierry Fabre dans la préface parle de la « tendresse » d’Yves Jeanmougin et c’est bien elle qui éclaire l’objectif du photographe.

Jusqu’au 2 juillet. Friche la Belle de Mai. Galerie La Salle des machines. www.lafriche.org. Le superbe catalogue ALGER est en vente à la Friche  directement auprès de Métamorphoses Métamorphoses (contact : meta@metamorphoses-arts.com) ainsi qu’à la librairie du MuCEM.

 

Avec l’Aquarius…

Sauver les migrants, la mer et notre âme …
photo Caroline L.

Une fois n’est pas du tout coutume, je vais vous solliciter pour une «  cause humanitaire ». A ces mots, vous êtes déjà partis. Je comprends. Revenez ! Il s’agit de la Méditerranée, notre mer nourricière, celle des mythes, des croisières, des surfeurs, des coquillages bigarrés, des poissons mordorés, la mer de toutes les aventures, de toutes les beautés… devenue cimetière. Tout a été écrit sans doute sur ces fous d’espoir qui s’embarquent pour « la liberté ou la mort » (un titre de Kazantazakis, écrivain méditerranéen s’il en fût, qui vient sans crier gare sous ma plume). On n’en peut plus de ces récits, de ces images, écoutés d’une oreille, parcourus d’un œil. Et puis survient cet « Appel du 8 juin », à Marseille, lancé par SOS Méditerranée, une soirée de soutien accueillie par La Criée. Objectif : permettre à l’Aquarius, navire de 77 mètres,  27 membres d’équipage, de continuer à sillonner les eaux internationales au large des côtes libyennes. Les marins sauveteurs ont secouru, recueilli et soigné 19 000 personnes au cours de 118 opérations de sauvetage – 46 000 personnes ont péri depuis l’an 2000 en tentant de rejoindre l’Europe.
Sur la scène de La Criée, Macha Makeïeff soulignait à quel point cette aide allait de soi pour son théâtre, un théâtre face à la mer, ouvert à l’ailleurs, à l’autre. Chaque intervenant fut clair, précis, concret. Pas de grands discours, aucun trémolo, des faits, des chiffres. Et une conviction ancrée. François Morel et Daniel Pennac dirent l’essentiel de la tragédie. Laure Adler lut des extraits de La Déclaration des poètes de Patrick Chamoiseau, une invitation à la résistance devant l’intolérance, le racisme, la xénophobie et l’indifférence à l’autre. Et le président de l’association, Francis Vallat, déclara avec la force de l’évidence  : « Aider SOS Méditerranée, c’est militer contre la bêtise. C’est sauver notre âme. »
A écouter ce 8 juin Thomas, venu de Guinée Conakry, on ne peut qu’être d’accord. Secouru le 11 mai 2016, il l nous ivre un récit simple et bouleversant. Quand, à la conférence de presse, il parle de sa dignité perdue en Libye (sévices, esclavage… l’abjection des passeurs n’a pas de limite) il pleure. Brièvement. Et reprend sa narration. Sur le rafiot construit par les migrants eux-mêmes et qui prend tout de suite l’eau, il raconte qu’ils ont eu la chance – la seule dit-il – d’avoir un marin pêcheur sénégalais à bord qui a su regrouper les passagers à l’arrière, les faire écoper avec leur chemise, tenir douze heures jusqu’à l’arrivée de l’Aquarius. Des récits, Marie Rajablat en a collecté beaucoup sur le navire. Certains sont lus ce soir-là, tel celui de Zineb qui raconte les femmes repoussées dans l’eau par les hommes. On retient cette phrase «  Si tu as peur tu meurs » (Les naufragés de l’enfer. Marie Rajablat et Laurin Schmid pour les photos. Digobar éditions). Témoignages encore de deux « sauveteurs de masse », dont celui d’Anthony : le 23 mai dernier, il faisait partie de l’équipe qui a embarqué 1004 personnes à bord, 15 heures de sauvetage…
Je reviens pour finir sur les discours, ceux de la bêtise, auxquels il n’est pas si facile de résister, qui nous enjoignent de nous méfier . Nous nageons en pleine fiction, dans les fantasmes : « Invasion, menace sécuritaire, danger économique, tout cela, selon de nombreux travaux académiques, n’aurait rien de réel. » argumente un excellent papier du Monde du 12 mai 2017. Il nous renvoie sur des livres pour nous dessiller. Notamment ceux signés Babels : De Lesbos à Calais, comment l’Europe fabrique des camps et La mort aux frontières de l’Europe, retrouver, identifier, commémorer. On peut lire aussi Tous sont vivants de Klaus Vogel (Les arênes), l’homme qui a décidé d’agir lorsque l’Italie en octobre 2014 a mis fin à l’opération Mare Nostrum secourant les migrants en Méditerranée. En mai 2015, nous étions trente, se souvient Sophie Beau, la directrice générale France SOS Méditerranée. Pour continuer et parce que la défaillance des états perdure, l’Aquarius (coût : 11 000 euros par jour) a besoin de nous – les dons représentent 98% des fonds. Sur le site, c’est simple comme bonjour de donner. Tout compte même une très petite somme et le président a insisté sur l’intérêt de choisir un virement mensuel, encore une fois même très modeste.
www.sosmediterranee.fr