Tire tire l’aiguille ma fille …

Couture, tricot, broderie, pliages, dentelles, rubans, boutons, pochoirs, une mercerie géante … un enchantement, pour moi ( et 38 000 autres visiteurs) à L’Aiguille en fête 9ème édition, le rendez-vous  des piqués d’aiguille – 48% des français dont 65% femmes  tâtent de l’aiguille dans leurs loisirs. J’en ai rêvé huit années de suite, j’y fus dimanche dernier… 

Pourquoi n’y allais-je pas dans cette caverne d’Ali Baba ? Ma présence n’y était pas vraiment légitime : je ne sais absolument rien faire avec une aiguille en dehors de coudre un ourlet ou un bouton. Entre mes mains, les foufs de mon grand oncle Charles (ces petits échantillons de tissus dont je vous ai déjà parlé, merci de suivre) écopaient simplement de trois entailles, une pour la tête, deux pour les bras de mes poupées. Point barre- pas point de croix. Jeune femme j’avais quand même réussi à tricoter une écharpe rose minuscule qui a fini entortillée ad vital aeternam au cou d’un baigneur à ma fille. Dans ce salon, des falbalas, des fanfreluches, et des foufs, c’est fou ! y en avait à chaque stand : de toutes les couleurs, à fleurettes, à raies, à pois, à ramages. Une débauche de foufs.  J’ai vu aussi des créations textiles superbes réalisées par je ne sais plus quelle école, j’ai vu  l’expo des  carrés de patchwork (72 000 venus du monde entier) ) pour la ville japonaise Ishinomaki  détruite par le tsunami de mars 2011. J’ai vu 120 poupées au  stand Unicef « Adoptez une frimousse ». J’ai raté le  stand Emmaus : sur le site www.emmausavenir,  j’ai appris que l’association  disposait de deux mirifiques merceries top, l’une à Neuilly-sur-Marne, l’autre à Neuilly-Plaisance . J’ai vu des kilos de kits (c’est le mot-sésame) pour réaliser des trousses délicates, des sacs so filles, des boucles d’oreille tintinnabulantes, des courtepointes -  de taffetas bien sûr, toujours de taffetas une courtepointe. J’ai fini par m’écrouler dans un atelier dispensé gratuitement par France Patchwork : une initiation. C’est le bon mot. Choisissant mes quatre foufs et saisissant ma microscopique aiguille, je me suis sentie sur un chemin initiatique… A dire vrai, la  formatrice fut d’abord un tantinet accablée par ma maladresse mais j’ai mis les rieurs de mon côté, elle avec. Et finalement oui, j’ai réussi à mener à bien mon assemblage  . En 50 minutes,  j’ai compris la technique de base et je suis repartie avec « mon ouvrage ». HEU-REU-SE (autant qu’après avoir fini mon article pour la revue XXI).  Je n’ai plus qu’à acheter du rhodoïd pour les gabarits et un cutter rotatif pour les finitions et le monde merveilleux du patchwork s’ouvre à moi. Sans blague.

En sortant je me suis dit que je pourrais aller réserver – c’était tout près – le spectacle Médéa (on aura compris Médée)  mixte danse et lecture avec la chorégraphe Carlotta Ikeda et l’écrivain Pascal Quignard. Je relisais le papier du Monde : « le corps de Médéa plombé, foudroyé dans son kimono rouge ». Je regardais la photo de la danseuse butô, très vieille, très torturée avec sa légende «  Carlotta Ikeda rend palpable la colonisation de cette femme » Je suis allergique à l’adjectif « palpable », je le pourchasse dans les copies,  ça m’a décidée. Je me suis dit que pour aujourd’hui j’allais rester dans le clan des intellectruelles ! selon le bon mot d’une aguerrie de l’aiguille rencontrée à un stand. Ah vous ai-je dit qu’un vent de zénitude soufflait dans La grande halle de La Villette. Tirer l’aiguille, une façon créative  de méditer ? Ou pas. Aucune importance !

Une mauvaise manipulation de ma part vous a privés de l’article sur « l’habiter » que le philosophe Daniel Ramirez a mis en ligne sur ce blog en réaction à « Un égoïsme de bon aloi ». Ne vous en privez pas ! C’est formidablement éclairant sur l’importance et les significations du chez-soi, lieu de repli, lieu de répit, qui du coup permet l’ouverture au monde et aux autres.

http://philo-music.eu/2009/12/02/quest-ce-quhabiter/

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Egoïsme de bon aloi

 Sur le site de Rue 89 mercredi  8 février, reprise ce matin par Libé, l’idée d’un « 115 des particuliers ». Si comme moi vous avez du mal à vous couler dans la tiédeur de votre appartement quand vous venez de croiser une vieille rétrécie de froid sur le trottoir, si vous en avez marre, entre un bon bain chaud et une petite  tambouille,  de vous pendre au 115 occupé deux fois sur trois, si vous ne supportez pas l’argument selon lequel « ils «  ne veulent pas venir au Samu ( ils ont de bonnes raisons quand c’est le cas) … alors, oui me suis-je dit, un 115 des particulierst pourquoi pas ? Sauf que. Sauf que non : c’est un métier de s’occuper de la grande détresse et, sur l’ensemble des SDF,  un tiers aurait des problèmes psychologiques plus ou moins graves – difficile de se récrier si on est attentifs à ceux qui sont dehors. Je pense donc que c’est à une structure publique de s’organiser pour qu’on ne vive – pour qu’ils ne vivent – plus ça : les couvertures pourries, les doigts gourds et la menace de mort – car  ce froid peut faire mourir. A partir d’un certain revenu, je suis persuadée que nous serions  d’accord pour que nous soit  prélevée chaque année une petite somme.   Si soulagés (mais oui c’est la motivation première ! et quelle importance qu’elle relève de l’égoïsme) de pouvoir rentrer chez eux sans se dessécher de culpabilité. Dans la suite de la soirée, il y aura les morts syriens qui s’en chargeront au moment où votre assiette de pâtes arrive fumante et odorante sur la table. Là on ne peut rien. Sur le scandale des sans-abris on peut. Après, en deçà et au-delà de  l’urgence,  intervient toute la politique du logement. Je vais la suivre de très près : ce sera mon critère de choix pour les élections. Un toit c’est le moins. Non ?

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ça c’est de la musique !

Jazz Cartoon, dimanche 5 février. Charlotte a  visiblement pris bien du plaisir à se mettre  dans la peau de Colette Renard et nous à la suivre on s’est régalé. Oui, on suit sans chipoter la pétroleuse,  l’amoureuse, la gouailleuse, la grande dame de la chanson dont Jacques Brel disait :  «Elle serait la seule à pouvoir interpréter mes chansons » « On frissonne et on fredonne Marseille c’est toi Marseille ! tu cries trop fort/je n’entends pas claquer tes voiles dans le port … car on a tous ça dans l’oreille et dans le coeur,  comme on rigole quand elle entonne Mon homme est un vrai guignol ! On la  suit elle et  ses amants, ses rencontres, avec le musicien Raymond Legrand qu’elle épousera, ses immenses succès dont celui de Bobino avec Brassens, celui de la comédie musicale Irma la Douce, son amitié avec Damia, sa passion incongrue  pour la céramique ! son tour de chant en Russie où elle chanta devant Krouchtchev …  Charlotte est à l’aise dans tous les registres,  sentimental, populaire, poétique… (on l’adore dans Le marin et la rose), et elle nous ravit en interprétant avec beaucoup de drôlerie – mais aussi  un chic, une classe qui en font tout le sel –  la leste chanson Les nuits d’une demoiselle. Le tour de chant se termine avec la voix de Colette Renard ça c’est de la musique !

C’était le première de cet hommage… A la prochaine Charlotte !

Soirée télé divine sur Arte. Dieu qu’il est doux d’admirer  comme le dit Jean Daniel, j’en ai déjà parlé ici. Juliette Gréco au programme.  On se dit qu’on la connait par coeur la môme Gréco, ses mines, ses grâces, ses tours. Et une fois de plus et plus encore cette fois,  elle nous ensorcelle. En première partie un portrait : un bijou : gourmande,  mutine,  grave, mais surtout malicieuse si malicieuse.  Olympia 2004 en seconde partie. Ses cheveux en flèches d’argent autour de son visage, ses yeux tracés par un pinceau japonais, elle nous donne  Le petit bal perdu comme jamais, délectable et  brûlante nostalgie du  temps passé, quelle actrice ! Ou bien Rien n’est vanité : pure jouissance de l’écouter. Et Trois petites notes de musique,  je vous aime chantait la rengaine, mon amour. La façon dont une comédienne ou une chanteuse prononce mon amour dit tout pour moi. Greco dit tout ! Et pour parler de son âge, elle balance  « je n’en ai rien à foutre » me rappelant le conseil de  Jouvet à un jeune acteur  angoissé :  T’as qu’à t’en foutre ! Il y a  aussi son refus de l’ennui – elle s’ennuyait ferme avec son Piccoli de mari qu’elle encense par ailleurs. Oh oui Juliette ne laissons pas l’ennui jouer les souris sur la toile de notre vie- mais non ! lecteurs  branchés  je ne parle pas d’internet…  Juliette Gréco sort un livre » Je suis faite comme ça ». C’est ce que je proclamais « Je suis je suis comme je suis/Je suis faite commeça.Que voulez-vous de plus/Que voulez-vous de moi », récitant le poème de Prévert quand j’avais quinze ans …

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