Glanerie de printemps

Rêves.
fleurs étoiles blanchesCe sont des rêves que Patti Smith glane. On ne comprend pas tout mais on s’en fout. Elle nous embarque dans ses délires d’enfant. Un bouquet de fleurs des champs. Glaneurs de rêves, Patti Smith. Folio

 

 

 

Roses.
pivoines et rosesEt, dans les charmilles vertes
Les roses dorment debout,
Et sont des bouches ouvertes
Pour ne rien dire du tout
Victor Hugo Les Contemplations

 

Capucines
Découper_le_silence
une abeille butine
les capucines du jardin
et celles de la nappe
Jeanne Painchaud

 

Coquelicot [kklk]
coquelicots

 

sa couleur au bord des champs
et dans la bouche
le mot explose
GF

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Marseille au coeur

C’est un très joli livre que ce Marseille au cœur -Souvenirs des vieux quartiers, publié chez l’éditeur Gaussen. J’avais envie de le tricoter ici avec Marseille d’Albert Londres (un régal), mais mon exemplaire a disparu ces jours-ci, sans doute oublié sur un table de bistro ou dans le métro. Le premier, je l’ai sous les yeux et sous la main. Marcel Olive y raconte son enfance dans les années trente, quartier Saint Jean, « sur cette butte Saint- Laurent où s’enracine Marseille. » Fils d’ouvrier il a réussi, poussé par ses instituteurs, à étudier au lycée Thiers (celui où Albert Cohen et Marcel Pagnol devinrent les plus grands amis du monde). Sa plume est vive et il fait revivre avec une grande sensibilité, dans ce texte écrit à la fin des années 90 et que son fils Jean-Louis Olive a publié après sa mort, ce Marseille du Panier d’alors qui fut réduit à néant par les Allemands en février 1943. On prend la rue Château-Joly qui n’existe plus, on pousse la porte du logement familial où la tinette fait office de WC, on monte sur la « terrasse » – le Vieux-Port et sa forêt de mâts étaient à nos pieds. On s’arrête Place de Lenche, où il fait toujours si bon le matin prendre un café avant l’arrivée des touristes. Le cinéma (devenu un très intéressant mini-théâtre) a disparu comme le «  Refuge » et le « Provence » où les enfants avaient parfois droit à une pochette-surprise. Disparu aussi tout un petit peuple : marchands ambulants de brousses du Rove, de beignets ( les chichis-fregis), de « glacés », de pistaches, de pépins de courge grillés… et artisans : le vitrier, l’Amoulaïre ( l’aiguiseur) poussant sa carriole, le cardeur de laines, l’Estrassaïre, autrement dit le chiffonnier. (Parenthèse sur une passionnante série « Les chiffonniers littéraires » par Antoine Compagnon dans « Eloge du savoir » à partir du 18 avril 2016, France –Culture.)

Marseille au coeurCe texte illustré de photos est une invite à une flânerie intelligente, émouvante, dans ces vieux quartiers qui continuent, comme l’écrit Jean-Louis Olive, d’être l’un des liens sacrés de Marseille avec son passé prestigieux. Un passé pas si éloigné : (…) les mômes qui dévalent les petites rues (…), le petit Maghrébin qui court dans les caniveaux de la rue Baussenque ou des Accoules, avec son dénuement et son insolence, ressemble finalement comme un frère aux garnements que nous étions à son âge.
La vie s’invente
Ou s’évente
(lu sur un mur de Marseille)

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Bric et broc

Pépites.
Faites abstraction du terrible titre Mr. Gaga et offrez-vous cent minutes de pure jouissance avec ce film de T. Heymann qui ouvre les portes de l’univers de Oharad Naharin, chorégraphe israélien, artiste engagé, et quel beau gosse ! Tient la comparaison avec les deux documentaires sur Pina Bausch.

Pourquoi écrire ? « «Donner une forme littéraire à l’informe de notre existence, traverser les époques, en tout cas durer un peu plus que nous même. » Extrait de l’interview d’un Régis Debray au mieux de sa forme sur France Culture le 3 juin 2016 à 15h.

Déceptif.
Sur une radio NKM trouve un événement (j’ai oublié lequel) très déceptif. Déjà qu’elle a un ton pincé. Hé Nathalie ! décevant c’est pas mal non plus…

Interloquée.
Vendredi 10 juin demain au moment où j’écris ces lignes démarre je ne sais pas exactement quoi, mais enfin je sais qu’on va nous bassiner avec le foot un mois durant. Dans Le Monde supplément Sport du même jour, je lis un édito qui m’interloque. Il (le chef de l’Etat) sait qu’une victoire de l’Equipe de France donnerait une bouffée d’oxygène à un pays au bord de l’asphyxie sociale, hanté par le spectre du terrorisme depuis les attaques du 13 novembre 2015 et prêt, selon les mêmes sondages, à qualifier le leader du Front national au second tour de la présidentielle. «  Stéphane Mandard est complètement d’accord avec cette opinion : un ballon rond, on se retrouve tous ensemble dans la rue et la vie est belle… Le lendemain du jour où j’ai rédigé ces lignes, les hooligans à Marseille. Sans commentaires.

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Petites notes …

cerisierSoleil aux Buttes Chaumont
Près du Chalet des gaufres, le cerisier
de plus en plus beau chaque année
le veinard !

Une jeune femme à côté de moi au bord du lac fabrique un minuscule radeau avec des brindilles. C’est long, ça ne sert à rien, c’est bien…
Problème de fric ? Claironnez avec bravache « Je vis tellement au-dessus de mes moyens qu’on vit pour ainsi dire séparément » Le cheval impossible, Saki.

 

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Soif de musique

Mon plus grand regret (ce n’est pas très prisé d’en avoir, mais oui j’en ai ) est de ne pas être musicienne ou au moins mélomane avertie. La musique reste cet univers désiré où je ne pose qu’un pied timide. Soif de musique de Romel (éditions Daphnis et Chloé) exaspère ce regret et me comble à la fois. Ce livre est un objet littéraire passionnant et parfaitement singulier. La musique est le seul sujet – que dis je le sujet ! l’obsession du héros et de l’auteur. Rien d’autre ne nous est conté qu’une vie débordée, envahie, vampirisée et illuminée par la musique. Quel défi sachant que celle-ci ne s’en laisse pas conter : elle est elle-même un conte sans le filet des mots. Pourtant c’est bien avec les mots que Romel nous fait entrer et nous retient dans l’univers d’Hector.
Depuis son berceau, où l’arrêt d’une sonate le fait hurler, jusqu’au sommet de sa carrière à 22  ans, Hector n‘est pas vraiment là avec moi, avec vous, avec nous qui atteignons certes quelques moments de « «grande poésie » (comme dirait Sollers), voire d’extase pour les mieux lotis, mais sommes le reste du temps englués dans la prosaïque réalité. Hector est un enfant prodige même si le mot est banni par lui et par sa famille aimante : le père, chef d’orchestre dévoué corps et âme à son génie (autre mot interdit) de fils et Pauline, musicienne elle aussi, qui va rater et sa vie de mère – elle voit son enfant s’éloigner petit à petit d’elle –   et sa vie d’artiste – elle délaisse le piano. Personnage vulnérable, attachant qu’on voudrait connaître un peu mieux.

Mais n’en demandons pas plus : ce livre veut déjà tant embrasser. Nous entrons dans les coulisses des concours internationaux les plus exigeants, nous vibrons aux plus grands concerts, nous partageons le travail acharné d’un musicien, « avec l’entêtement d’un bûcheron », nous pénétrons les secrets des grands compositeurs… Il y a un côté master class très excitant. La carrière d’Hector s’envole. Il brûle les étapes : à 16 ans il a atteint le niveau d’un artiste de talent de 50 ans. Moscou, Saint-Petersbourg, New York l’adulent mais les Chinois sont aussi fous du jeune prodige. Il devient l’un des dix hommes les plus connus dans le monde. Entre avions, hôtel, répétitions, enregistrements, c’est une vie à cent à l’heure, une vie de démesure, mais aussi planifiée à l’extrême sans place pour l’erreur, l’incertitude, l’imprévu. Pourtant, chaque fois que le jeune artiste marche sur une scène vers son piano, c’est une plage d’éternité qui s’ouvre. A Odessa son interprétation de Widmung de Liszt-Schumann fait verser des larmes. A la Philharmonie de Berlin, consécration suprême, « l’engagement complet de son corps » dans l’attaque des variations de Beethoven sur un thème de Diabelli emporte la salle. Tandis que dans une chambre, il joue de toute son âme Le voyage d’hiver pour pleurer son ami mort

Au fil des pages (il y en a 500), le génie du pianiste s’incarne, s’ancre : il devient un homme avec ses failles, ses peurs. En même temps que l’écriture elle aussi s’ancre, s’incarne. Et qu’elle distille le sentiment d’un danger qui rôde. Sur les succès et les éblouissements d’Hector passe parfois une étrange et mortelle angoisse. Qu’y-a-t-il derrière les notes ? Les enfants prodiges courent des risques c’est cela qui sous tend le récit. D’ailleurs, «la psychanalyse est impuissante face à la musique » puisque les mots et les images ont disparu.

Coda : faut-il de la musique pour jouir de cette symphonie romanesque ? De temps en temps, j’interrompais ma lecture et j’allais sur U Tube écouter un morceau joué par Hector. Je suis ainsi partie en Grèce dans le théâtre d’Epidaure écouter la Sonate au clair de lune : « (…)   le son qui monte jusqu’aux étoiles, il est possible de croire qu’il part dans l’espace et ne s’éteindra jamais. »

Soif de musique. Romel. Editions Daphnis et Chloé
Une interview de l’auteur en tapant Soif de musique sur youtube ou en cliquant ci-dessous

 

 

 

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