Le boulevard Baille, Jean Giono et Denis Lavant

Je lis Noé de Giono – écrivain que j’ai le tort de  mal connaître – pour l’écriture d’un essai littéraire dont j’espère vous reparler bientôt. Livre étonnant, pas si facile, qui mêle autobiographie et bribes de fictions, livre avec des moments d’écriture qui ravissent. La lecture me conduit vers la page 150 à quelques mètres de la rue où j’habite à Marseille, contiguë au Boulevard Baille. Et me voilà dans le tram 54 que prend souvent Giono pour aller chez un ami qui l’accueille. Tram 54 devenu »mon » bus 54 qui va de La Timone aux Catalans. Il s’y passe des folies dans ce tram… Mais ce qui m’intéresse plus encore c’est que Gionio s’attarde sur un petit tronçon entre la rue Lodi et la rue des Vertus (celui donc où j’habite) et mentionne « ma » pharmacie au coin du boulevard Baille et de la rue Lodi. Ce large boulevard aux arbres superbes est décrit comme un paradis par l’auteur de Colline. Aujourd’hui la saleté, la circulation infernale en particulier des deux roues, l’arrogante incivilité des conducteurs et l’impunité absolue l’ont transformée en cauchemard – d’ailleurs je vais déménager !

Lisez donc ce passage sur un boulevard Baille de rêve…
Je vais chez Gaston P. , à l’extrêmité du boulevard Baille.(…). Mais, ce matin, j’aime mieux ne pas attendre le tramway. Le boulevard Baille dans cette lumière est charmant, surtout après qu’on a dépassé la rue de Lodi, et surtout du côté gauche à cette heure. Il y a là cent mètres qui me rappellent la rue d’une ville inconnue que je vois souvent en rêve. C’est toujours la même ville : je fais le rêve quatre ou cinq fois par an. (…) Je ne sais pourquoi ces cent mètres de boulevard Baille (de la pharmacie qui fait le coin le coin de la rue de Lodi jusqu’au bar Sicre) me font penser à cette ville inconnue (…) ; peut-être dans la largeur du trottoir sur lequel, dépassé un petit atelier de dépannage et gonflage de pneus, il n’y a presque jamais personne ( comme dans mon rêve) ; ou peut-être dans la lumière glauque qui suinte du feuillage des platanes (mais il y a une lumière semblable dans d’autres rues). Ou alors, voilà ce qu’il y a (et j’y réfléchis pendant que je parcours lentement les cent mètres dont je parle), cet endroit-là est particulièrement silencieux ; on a dépassé le bruit à partir de la rue de Lodi ; ici, à part le bruit du tramway 54 qui passe rarement et quelques autos qui filent vite, il n’y a presque pas de trafic ; très peu de passants, pas de magasins, des volets clos. On marche, soudain on entend son pas, le bruit de sa propre marche. On a cette impression bizarre (ou tout au moins j’ai cette impression bizarre) d’être allé plus vite que le son, plus vite que le bruit qui est resté au carrefour de la rue de Lodi et, pour si fugitive et si légère que soit cette sensation, c’est une sensation de rêve.

Et venez donc au Mucem samedi 18 août à 18 heures pour une lecture d’autres extraits de Noé où Denis Lavant nous fera voyager dans ce Marseille onirique d’un Jean Giono nostalgique

Entrée libre. Places d’armes du fort Saint-Jean. 18h

Youn Sun Nah : dans les étoiles !

Bleu-nuit du ciel, divine chaleur et cigales dans le parc du Palais Longchamp pour applaudir la merveilleuse chanteuse coréenne. Visage lunaire, voix envoûtante qui vient du ventre avant de s’envoler dans les aigus et de nous envoyer dans les étoiles. Youn Sun Nah et le Marseille Jazz des 5 Continents, c’est une histoire née en l’an 2000. La chanteuse avait invité Yilian Canizare, violoniste et chanteuse, et le trompettiste ErikTruffaz. La rencontre entre les deux femmes fut un moment d’énergie intense, de douceur explosive. Celle avec le trompettiste une plage d’éternité éphémère. Bravissimo. (Impasse sur le troisième invité, Dhafer Youssef, le métro fermant à minuit et demi…quel dommage !)
Jeudi 26 et vendredi 27 , les deux derniers concerts. On y va ? Oui !  …
programme sur www.marseillejazz.com

Forcené de la vie…

Touchée par la disparition de Claude Lanzmann qui trouvait la mort scandaleuse – comme Cavanna, auteur de Stop-Crève, que j’adorais autant. Lazmann disait détester la mort et ne pas aimer la musique. Déclaration qui laissait ses intervieweurs interdits : ne pas aimer la musique d’accord. Mais oser le dire ! D’ailleurs détester la mort, la sienne, n’est pas non plus très bien vu.. Il faut tout positiver vous savez bien.

Dans le bel article, comme elle excelle à les faire, paru dans Le Monde du 7 juillet, Josyane Savigneau nous le raconte : le cinéaste de la Shoah bien sûr mais aussi le journaliste, le voyageur infatigable, le compagnon de Simone de Beauvoir entre 1952 et 1959, le seul homme avec lequel elle ait cohabité. Elle nous encourage à lire Le lièvre de Patagonie, un livre magistral d’un amoureux forcené de la vie. Je vous y encourage aussi : c’est un de mes meilleurs souvenirs de lecture . Quelle énergie, quelle liberté, quelles luttes aussi. Lire également, en tout cas impérativement si l’on est un jeune journaliste, La tombe du divin plongeur qui regroupe ses articles ( clin d’œil à mes anciens élèves du CFPJ).

 

Le règne du bruit

L’enfer de la soirée du 15 juillet. Klaxons, pétarades, pétards, beuglements, hurlements et sirènes du Samu vers l’hôpital de la Timone tout près. Informe. Chaotique. Il fait chaud. Vous devez fermer vos fenêtres si vous voulez écouter une émission . Ah parce que vous n’en avez rien à badigeonner du foot, cette grande communion populaire ? Rien à badigeonner, non. Horreur des communions, celle dans le ballon étant sans doute une des moins dangereuses. Ce qui est tout à fait insupportable pour moi c’est l’expression des sentiments réduite aux modulations d’un klaxon.

La veille, la débilité, comme l’année dernière,  du feu d’artifice marseillais affadi, dépoétisé par une musique empêchant d’entendre la rumeur admirative de la foule ou les applaudissements.

Il ne faut jamais nous laisser sans  fonds sonore, sans musique, des fois que ça nous laisse sans-voix. Et des fois qu’on se mette à penser… Non mais !

Claude Lanzmann n’aimait pas la musique ….   J’aurais aimé l’interviewer là-dessus.

Girafe littéraire

En haut de la Canebière, tout près de l’église des Réformés, une girafe géante qui nourrit son bébé de livres ! Et nous, passant là, on se sert.  Quel plaisir d’y trouver ce matin Le lotissement du ciel de Blaise Cendrars et le premier tome des Mémoires de Churchill . On ne sait pas qui a eu l’idée de cette girafe maternelle et littéraire, mais on le félicite grandement. Demain je  nourrirai  le girafon (?) d’au moins trois livres c’est juré !

Musiques interdites

Moment exceptionnel mardi 26 juin à l’église  orthodoxe , Saint Nicolas de Myre. La munificence du lieu à l’unisson d’un concert  Gustave Malher – Le Cor merveilleux de l’enfant. Treize lieder composés sur des vieilles chansons allemandes. Avec l’ensemble Musiques interdites sous la direction de Jean-Philippe Dambeville et les voix bouleversantes  de la mezzo-soprano Lucie Roche – tant de pureté – et du baryton-basse WenWeiZhang – tant de puissance. La mort, la fatalité, la guerre mais aussi l’amour de la bien-aimée ou le chant du coucou. Graves, légers, drôles, tendres, cruels, ces poèmes populaires mis en musique par Malher  entre  1886 et 1901 nous plongent dans le monde de l’enfance perdue et retrouvée : Petite légende du Rhin, Qui inventa cette chansonnette ,Prêche de saint Antoinde de padoue aux poissons, La vie ici bas, Je t’aime par bêtise ….

Vendredi 29 juin, même décor fastueux et parions-le même excellence, toujours avec l’ensemble Musiques interdites. Sergueï  Bortkiewicz (Sonate n°2 pour piano (1944) et Erich Wolfgang Korngold, Suite pour deux violons, violoncelle et piano main gauche (1930), deux exilés du XXème siècle bannis par les nazis ou par la dictature stalinienne. A découvrir avec Vladik Polionov, piano, Dali Feng et Matthieu Latil, violons, Xavier Chatillon, violoncelle.
Eglise Saint Nicolas de Myre, 19 rue Edmond Rostand. Marseille. 20h30
Renseignements/Réservations
musiquesinterdites@free.fr ou www.musiques-interdite.eu

Truffaz : l’extase

La création La voce della luna le 13 juin à l’Abbaye de Saint Victor fut un ravissement. Trompette et chœur ( Émelthée dirigé par Marie-Laure Teissèdre) pour des pièces inspirées du Moyen-Age. Eric Truffaz Inspiré tout court… Cela se passait dans le cadre du festival Jazz des Cinq continents qui va nous enchanter jusqu’au 26 juillet (beaucoup de soirées gratuites). Orange vélodrome, Théâtre Silvain, Mucem, Jardins du Palais Longchamp.
04 95 09 32 57
contact@marseillejazz.com

Rose trémière à Malmousque

Le Non-Lieu, un cabaret pas si alternatif que ça ! Plutôt « the place to be »… Et tellement sympa. Samedi 23 juin découvrez-le en même temps que Capille Mandineau accompagnée à la guitare par Romain Simeray. Franchement je ne l’ai jamais entendue mais des avis très très autorisés m’en disent de bien belles choses qu’on va résumer ainsi : un répertoire jubilatoire entre groove, rock et blues. Ah jubiler me semble une bonne idée …
Le Non-Lieu, 67rue de la Palud, 13006 Marseille
A 21 h

 

 

La cagnotte d’Archun

Isabelle Hua, Objectif Cambodge, est d’une efficacité redoutable dans les combats qu’elle mène depuis des années au pays khmer. Lisez-la  et suivez-la.

A vos agendas ! Le mercredi 6 Juin, à 20h30, Temple Pentemont, 106, rue de Grenelle, 75007 Paris, ne ratez surtout pas une belle soirée lyrique où la voix de la Soprano Dominique Mézin, accompagnée à l’orgue par Stéphane Eliot, vous fera vibrer d’émotion !
Cette soirée est donnée au profit d’Archun, un jeune enfant cambodgien grand brûlé, difforme et condamné à une mort par étouffement, que nous essayons de sauver. Pot amical avec les artistes à l’issue du concert, tombola très joliment dotée !
Venez avec des amis : si la salle est bien remplie, nous aurons réuni de quoi commencer les soins pour cet enfant ! Et un peu en avance : placement libre.
Je vous remercie de votre solidarité et de votre générosité pour Archun.

Pour réserver vos places (25€, dès maintenant !) cliquez ci-dessous
https://www.weezevent.com/concert-lyrique-pour-sauver-archun

Si vous ne pouvez vous joindre à nous mais souhaitez participer à l’opération de cet enfant, vous pouvez faire un don en cliquant ci-dessous
https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-objectif-cambodge#utm_source=mail_service_fr&utm_medium=participation_fundraiser_ok_fr&utm_campaign=mail_service_participation

 

Avant l’été

LIRE PHILIPPE ROTH. Je finissais de lire La Tâche le jour où l’écrivain est mort. Dans l’interview qu’il a donné au Monde du 24 mai, Alain Finkielkraut, son ami, déclare : « Je voudrais quand même rappeler que Philip Roth a été le non-lauréat annuel du prix Nobel de littérature. Il a payé ainsi l’accusation de misogynie qui a été portée contre lui après la parution de « Ma vie d’homme ». C’est un scandale absolu qui discrédite de façon définitive, à mes yeux, le jury de Stockholm. » Je souscris. Ce serait dommage de passer à côté d’un tel écrivain. Regardez donc en replay sur La Cinq l’excellente Grande Librairie du jeudi 24 mai. Lisez le livre de Josyane Savigneau Avec Philippe Roth. Et surtout achetez, empuntez ou volez La pastorale américaine. Pour commencer.

PENSER THEATRE. Prévoir un budget théâtre (avec de nombreuses et prestigieuses soirées musique et danse) pour la prochaine saison théâtrale à Philippe Roth, FinkielkrautMarseille et à Aix en Provence . La programmation est plus qu’alléchante. Mes premiers choix ci-dessous.
Théâtres Le Gymnase, Les Bernardines à Marseille, le Grand Théâtre et Le Jeu de Paume à Aix-en-Provence.
106 propositions.
Dominique Buzet :
« Nous sommes là pour construire, pour dire que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. »
« Mon enjeu prioritaire est de redonner de l’éclat au 1er arrondissement et de faire du théâtre son totem. »

 

Les ladies rock de Jean-Claude Gallotta

Jazz loves Disney. Walt Disney était un grand amateur de jazz et les musiques de ses dessins animés sont devenues des standards . Sur scène les dix-sept musiciens de the Amazing Keystone Big Band, quatre grandes chanteuses de jazz, un orchestre à cordes et un comédien. On sortira de là en sifflotant sous les étoiles, c’est sûr. Grand Théâtre. 22 septembre.
Gravité. Angelin Preljocaj. Une « odyssée charnelle » Les mouvements des corps soumis aux aléas de la pesanteur. D’Angelin le magicien, on peut tout espérer. 3 et 4, 5, 6 octobre Grand théâtre.
Face à la mère. Alexandra Tobelaim. Texte Jean-René Lemoine. Sa mère est morte à Port-au-Prince dans des conditions atroces. Il lui parle : tout ce qu’il n’a pas su ou pas pu lui dire de son vivant. 4,5,6 octobre. Jeu de Paume.

Patrick Timsit

Le livre de ma mère. Albert Cohen et Patrick Timsit. Quasi le même thème. Cohen-Timsit, une alliance inattendue, qui éveille notre curiosité, mise en scène par Dominique Pitoiset. Le texte est magnifique..Et l’acteur en est amoureux depuis trente ans Alors… Les 8, 9 et 10 novembre. Gymnase.
My ladies rock. En 14 chansons, 14 tableaux, Jean-Claude Gallotta rend hommage à Janis Joplin, Patty Smith ou Nina Hagen. On nous annonce un tourbillonnant spectacle. 16,17 octobre. Grand Théâtre.
La fabuleuse histoire d’Edmond Rostand. Philippe Car incarne plus de quarante personnages et rend hommage à un Marseillais qui n’a pas toute la place qu’il mérite. 29 et 30 octobre et 2 au 10 novembre. Bernardines.
Pour connaître toutes les propositions des quatre théâtres, du comique chouchou des Marseillais, Patrick Bosso, à un autre chouchou, Marcel Pagnol, dont le film Angèle sera revisité par le Cartoun Sardines Théâtre, direction lestheatres.net

La Criée.
65 propositions
Macha Makeïeff :
« Partager librement cette fête légère et grave et cette nuit peuplée, fébrile, qu’invente le théâtre inlassablement »
« Donner le plus tôt possible aux enfants de grandes émotions artistiques, les protéger de la médiocrité! »
« Il faut venir au théâtre avec candeur ! »

Ceux qui m’aiment. Hommage à Patrice Chéreau. 20 novembre

La Fuite
(photo by Pascal Victor/ArtComPress)

La Fuite. Mikhaïl Boulgakov. Un spectacle inspiré de Macha Makaeïeff.  Reprise. 29 novembre au 13 décembre. Ma critique sur le site de La  Théatrothèque :
http://www.theatrotheque.com/web/article4979.html
Tempête. D’après Shakespeare par Irina Brook. Ce sera, nous dit-on, extravagant et délectable . 16 au 19 décembre

Miss Knife

Les premiers adieux de Miss Knife.  Olivier Py sur scène qui chante, c’est quelque chose . Vu à Paris, il y a plusieurs années, jamais oublié ! 26 février au 9 mars.

 

 

Saigon. Carole Guiela. Voyage dans l’histoire croisée du Vietnam et de la France. Un grand moment du Festival d’Avignon 2017. 25 au 27 avril.
Tout le programme sur :
théâtre-lacriee.com

 

Do not disturb– Photo Caro Lefresne

DECOUVRIR L’HOTEL RYAD.  27 août : un « beau dimanche de la Canebière » réussi. Retenons pour son originalité la superbe performance Do not disturb proposé par l’Hôtel Ryad. Une adresse luxe, calme et beauté à une minute de la Canebière. Pour papoter ou méditer dans le patio avec thé et douceurs orientales.

 

Vite vu

La crevette, le tofu et l’hostie
Désopilante chronique de Guillaume Erner le vendredi 22 avril lors d’une journée France Culture en Israël. Question : une crevette faite de tofu est-elle kasher ? Est-ce l’idée de la crevette, comme dans l’hostie l’idée du corps du Christ,  qui compte ? Ecouter-voir en replay.

Une sublime journée
Dans la rue, un SDF à qui je ne donne rien me souhaite « une sublime journée ». Une autre à qui je demande comme ça va ou quelque chose de ce genre me regarde, écœurée : je  vais pas vous raconter ma vie pour 40 euros…

Bistro-maison
Je vais beaucoup dans les bistrots ces temps-ci (c’est là que je travaille le mieux, comme Nathalie Sarraute, cela dit sans vergogne !) et je regarde les couples arriver et s’installer. Les gars n’en ont strictement rien à badigeonner de la place, les nanas hésitent, se concentrent et tout à coup foncent : elles choisissent leur « maison » pour ce moment-là, ce n’est pas anodin..