Bouée de sauvetage

J’écoute par hasard et avec plaisir quelques  « pages arrachées  » par France Culture au journal 2014-2017 de Sylvain Tesson, Une très légère oscillation (Pocket). Il y a toujours, pour moi en tout cas, quelque chose à prendre chez cet écrivain qui vous rassure, vous revigore, vous conforte. En l’occurrence on se sent conforté à écrire son journal depuis tant et tant d’années quand il écrit ce que j’ai relevé (je ne garantis pas l’exactitude absolue de ma prise de notes) au fil de cette écoute)  : « Un journal intime est un entreprise de lutte contre le désordre.  « Toute vie est une convulsion (…)  L’illusion d’un motif unique (…) quelle foutaise ! » « Personne ne tient jamais vraiment  son cap. » Il n’est certes pas le premier à le dire mais il le dit bien : le journal est une bouée de sauvetage qui donne du sens à ce qui n’en a pas.

Quelques « pages arrachées » plus loin, il évoque son accident en 2014, sa dégringolade d’un toit pour cause de vin de Savoie, après tant de risques et de dangers affrontés, recherchés. Quatre mois à La Salpêtrière. Ni révolte ni résignation, affirme-t-il. Il s’agit de continuer le voyage en compagnie d’une deuxième personne : la faiblesse. Celles et ceux qui sont touchés dans leur corps comprennent bien de quoi l’aventurier nous parle.  « J’étais devenu un vieux monsieur « . Mais il est aussi Sylvain Tesson ! Notre-Dame est à une encablure de son domicile et il décide d’en monter chaque jour, à heure fixe, les 450 marches : « Je montais mon corps vers le ciel pour le fortifier. (…) Chaque marche sonnait le rappel : on ne doit pas disposer légèrement de sa vie. » J’ai aussi noté cette réflexion que je trouve belle et modeste, pas très « Sylvain Tesson » pour le coup : « Le rendez-vous avec des habitudes innocentes féconde la vie. Le temps se structure, se construit. » Sur sa relation avec la cathédrale, un livre  « Notre-Dame : ô reine des douleurs » éditions des Equateurs, réunit les textes qu’il lui a consacré).
L’écrivain vient de sortir « La panthère des neiges » (Gallimard), un voyage poétique et géographique aux confins du Tibet qui questionne le mode de vie de nos sociétés développées, nous dit-on. Et fait l’éloge de la beauté du monde. Je ne l’ai pas encore lu mais je l’illustre avec des photos prises par Jean-Michel Carles,  grand voyageur, amoureux fou du Népal ( et fan de Tesson), photos  reçues par mail après une rencontre sous le signe de la respiration à Briançon (voir plus bas « Question de souffle » pour les curieux).

Photos Jean-Michel Carles prises sur le tour des Annapurna dont le magnifique village de Jarkot