Delires

Non vraiment regardez Ce soir ou jamais… sur la 3 si vous êtes couche-tard. Fallait voir ce jeudi 12 février Frédéric Taddeï interviewer Daniel Prévost qui vient de sortir un livre intitulé « Délires ». Toujours aussi rigoureux pour mener son entretien, malgré un interlocuteur bien délirant – minimum ! – et si ravi en même temps. Prévost a réussi à lui faire avouer qu’il avait eu « un peu peur » de la grippe A. Craquant Taddeï ! Mais qu’est-ce qu’il attend pour m’inviter ? « Tourments et merveilles en pays khmer »chez Actes Sud 2009), je lui rappelle au cas où il tomberait sur mon blog !

Rien à voir avec ce qui précède : actuellement en ligne sur www.theatrotheque.com ma critique sur la pièce « Alexandra David-Néel-Mon Tibet ». Excellente la pièce, j’ai donc renconcé à mon projet d’écriture théâtrale sur ce magnifique personnage. Heureusement je n’avais écrit qu’une scène. Ah ma bonne dame, la vie d’artiste ! je vous dis pas …

De l'encre, de l'eau et des coquilles

Stéphane Demorand (le matin sur France Inter) est excellent et il le sait. Un peu trop depuis quelques temps peut-être. Sa surchauffe permanente, efficace la plupart du temps, l’a fait déraper jeudi 19 février avec BHL. Lui balancer que toutes ces histoires avec les médias, à propos de son dernier livre, le font jouir, et encore, a-t-il insisté, je ne dis pas le mot que j’ai en tête – tous les auditeurs ont compris « masturbation » – était carrément insultant. Bernard Henri-Lévy n’a pas très bien réalisé sinon il lui aurait rétorqué que c’était lui l’animateur qui, à l’instant présent, était dans la jouissance.
Je ne sais pas si l’écrivain prend son pied mais en tout cas il en prend plein la tête. Pour pas grand-chose. Son cafouillage à propos du nom d’un écrivain (dont j’ai oublié le nom parce que franchement c’est le cadet de mes soucis) fait couler beaucoup plus d’encre – mais beaucoup moins d’eau – que les 300 ans d’erreur du GIEC à propos de la fonte des glaciers de l’Himalaya. Son dernier rapport en prévoit la date en 2035 au lieu de 2350 ! On peut parier que c’est une coquille, on peut dire que l’erreur est humaine … Oui, il faut se forcer un tantinet mais on peut. Si on le peut pour les neiges qui ne sont pas éternelles mais qui ont encore de belles années devant elles, alors on le peut aussi pour notre BHL non ?

PS DU LENDEMAIN
Une lectrice me signale que ce n’est pas Stéphane Demorand mais Nicolas ! Evidemment … Une erreur de ma part comme en écho au début de l’interview sur France Inter : « Bonjour Bernard Henri Botul  » (le philosophe qui n’existe pas dont j’ai retrouvé le nom et qui a piégé BHL)avait attaqué direct le journaliste… Le philosophe avait répondu : « bonjour Olivier Demorand. » Quel embrouillamini ! Une poule n’y retrouverait pas ses petits.

Ouf …

« Main basse sur l’info ». Le titre racoleur de l’émission du 9 février 2010 sur Arte ne laissait pas présager une très bonne soirée télé. Erreur . Un premier film « Les effroyables imposteurs » de Ted Anspach met à plat les théories du complot. D’abord pour le virus H1N1. Les interviews de l’avocat de Grenoble (( dont je n’ai pas noté le nom) dans son valeureux combat sont un bijou. En gros : on relance l’économie en déclenchant une épidémie. Et bonnes gens écoutez bien : peut-être même que le virus ( comme celui du sida ) a été créé en labo. Yes. Les arguments de l’avocat fan de karaoké ont été démontés vite fait bien fait.
Même impitoyable démontage pour le 11 septembre fomenté par les Américains. Où l’on voit l’ahurissante complaisance d’un journaliste sur TV 7 à propos du film ReOpen. Bref serrons les fesses ! L’objet du complot est en effet toujours le même : « éliminer une partie de la population mondiale » Il n’y a pas qu’à la télé qu’on dit ça je l’ai entendu dans une salle de sports, au bistrot …D’ailleurs 11% des Français estimeraient que le 11/9 a été organisé par les Etats Unis eux-mêmes ; en Chine ils seraient 56% à penser qu’on ne connait pas la vérité sur les twin towers. Orwell et Huxley – il mérite mieux pour sortir de son purgatoire littéraire que cette récupération-là – sont doctement cités par des grands malades du complot. Un type raconte qu’il a passé quatre heures par jour pendant deux ou trois mois à s’informer. Ce n’était pas très normal ,commente-t-il – pour le moins !

Traité également dans le film le thème : « nous sommes tous des journalistes ». Argument pour : les manifestations et répressions en Iran par exemple qui se savent. Contre : tout et n’importe quoi sur la toile. Sauf si on passe, disent certains, au journalisme participatif : es lecteurs sont tous de potentiels journalistes mais il faut que s’exerce un contrôle par des professionnels. Il s’avère que ce contrôle est difficile : exemple édifiant de lepost.fr dont le Monde serait un des actionnaires avec des dérives anti -sémites parfaitement incontrôlés.
Deuxième film : Huit journalistes en colère. Où l’on découvre ( moi en tout cas) un David Pujadas(le journal de la 2) inhabituel qui décline un « halte à la bien-pensance, au journalisme des bons sentiments », à savoir le faible a toujours raison contre le fort. Assez gonflé, il donne l’exemple des suicides à France Télécom : le nombre est-il supérieur à la moyenne des autres entreprises ? Allons juste voir dit-il Peut-être qu’on se laisse rouler par la vague.

Même discours chez Philippe Val, ex directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, de France Inter maintenant : « Le pire ennemi du journaliste : être au service du bien (…) faire primer la thèse sur les faits. Il faut penser contre son opinion ». Idem encore chez Ellkabach journaliste peu en odeur de sainteté : Opposé clairement au journaliste-citoyen, il déplore la tendance à considérer les affaires du monde comme une bataille entre le bien et le mal. Edwy Plenel, ex du journal Le Monde, fondateur de Mediapart, n’est pas d’accord : Internet dit-il en substance nous remet, nous journalistes, à notre juste place , le reportage, tandis que l’opinion appartient à tout le monde.

Vaste sentiment de soulagement à entendre tout ça.
Tandis que sur le site de Reopen, la controverse rebondit violememnt. La puissance d’Internet quoi qu’on dise.

Ouf encore en écoutant Elizabeth Badinter sur les ondes. Souvenir d’une interview d’elle dans son appartement, avec vue sur un Luxembourg enneigé me semble-t-il : précision, finesse, rigueur des propos. Directement de la bande enregistrée au texte, ou presque. Son « conflit » ( publié chez Flammarion) fait polémique. Super ! De l’obligation d’être mères avant tout en est a priori le propos ( je ne l’ai pas lu). Ouf, oui, ouf quand je l’entends épingler cette opinion verte qui m’avait fait voir rouge un matin dans ma salle de bains : les couches jetables ne sont pas respectueuses de l’environnement ! En voilà une idée qu’elle est bonne : revenir aux couche lavables, et pourquoi pas à l’authentique poésie du lavoir communal. C’est un exemple mais révélateur de la liberté d’esprit de la plus intelligente de nos féministes.

Colloque …ou coloc

A mes amis perplexes je le dis- ou plutôt je l’écris car c’est précisément l’oral qui prête à confusion : je suis dans un plan coloc et non dans un projet colloque… Ah oui ! car il n’y a pas que les nourritures spirituelles, dont certes je fais mes raffoles ( une vieille expression ravissante qui vient je ne sais d’où ), il faut aussi payer le loyer, la crème anti-rides et les meilleures pâtes de Paris « Chez Vincent », fameux restaurant italien désormais installé dans le parc des Buttes Chaumont.

Canicule et Siberic

Canicule et Siberic… c’est le titre d’un livre que mes enfants adoraient. L’histoire du frère et de la sœur qui dorment dans la même chambre : l’un des deux, le garçon bien sûr ! (oui je sais chère Elizabeth Badinter je ne suis pas très féministe en parlant ainsi) a toujours chaud, la fille a toujours froid. Ils passent donc leurs nuits dans des rêves assez éprouvants où l’un étouffe et l’autre se gèle, et, sans sortir du sommeil , chacun à son tour se lève et va ouvrir ou fermer la fenêtre.
Eh bien je vis la même chose dans la salle de gym tous les mercredis soirs. La salle ? En fait un gymnase peu chauffé, à plafond très haut – assez crade de surcroit mais ce n’est pas le problème, les cours donnés par Les Joyeux Trotteurs des Buttes(sic) sont formidables. Je ne les rate pour rien au monde. Las ! l’hiver je vis le martyr … L’une des fans de ce groupe de gym, en nage à peine les premiers échauffements terminés, va subrepticement ouvrir une des fenêtres. Je suis là ahanant mais fière de moi quand petit à petit je sens un air froid se glisser le long de mon échine.
Oui ! je sais il n’y a que moi qui sens le pernicieux filet glacé. Je me tourne vers la réchauffée et vers l’objet du délit que j’aperçois instantanément : un gant ou un journal qu’elle a coincé pour maintenir la fenêtre ouverte sans que cela ni se voit ni ne se sente trop Je la foudroie du regard – le cliché dit vrai : elle s’effondrerait comme les twin towers si mon regard était agissant – et d’un ton que je veux très calme je lui demande de fermer la fenêtre car il « fait quand même dehors un froid de loup! » Elle me pulvérise mentalement à son tour, soupire bruyamment et obtempère.
La scène se reproduit chaque mercredi. Jusqu’à ce que, un soir, à la fin du cours, dans la louable intention de trouver un modus vivendi, je m’avance vers elle et lui lance, façon boutade, qu’on est toutes les deux aussi pathologiques, l’une sur le froid, l’autre sur le chaud. Elle ne me laisse pas le temps d’enchaîner sur Canicule et Siberic. Ulcérée elle hausse les épaules : « N’importe quoi ! » balance-t-elle ulcérée avant de me tourner le dos. L’état de rage dans lequel elle me laisse en dit long, d’une part sur mon avancement sur le chemin de la sérénité … d’autre part sur les extraordinaires potentialités conflictuelles de l’homme – enfin dans le cas présent des femmes !A nouveau pardon Elizabeth Badinter. Tiens, peut-être que sous une burqa j’aurais moins froid.

Burqa : la puissance et l'effroi

L’affaire était entendue d’avance : je suis pour combattre le port de la burqa – sous quelle forme ? ne sais pas, ce n’est pas mon métier. Pour autant j’ai voulu en savoir un peu plus et, à la vérité, d’avoir croisé mon amie Agnès de Féo m’y a encouragé. Spécialiste de l’islam de l’Asie du sud-est (réalisatrice de documentaires dont « Un islam insolite » diffusion Arte), auteure, elle a, depuis longtemps déjà, une opinion peu convenue voire inconvenante ! venant d’une femme et d’une intellectuelle sur le voile (intégral: burqa, ou pas: hidjab). Une opinion qu’elle a forgée en interviewant des femmes voilées et en se glissant elle-même sous le niqab, autre mot pour l’intégral.

Que dit-elle ? Que le voile est revendication d’une religion, d’une culture, d’une autre féminité contrôlant totalement son corps et le symbole d’une rectitude morale montée au paroxysme. Rien de bouleversant. Plus étonnant : qu’il est un jeu de séduction. « Le niqab permet de faire fantasmer les hommes sur un corps qui se dérobe au regard.» Mais aussi il est un moyen de lutter contre la concu rrence féminine : moches ou belles, jeunes ou vieilles, toutes à la même enseigne … (puisque sans enseigne !). Ce sont donc non pas les femmes mais les hommes, selon la réalisatrice, qui pâtiraient de ce tombeau vestimentaire : regard castré et frustration pour les premiers, tandis que les secondes, débarrassées du harcèlement sexuel , « voient tout et continuent à jouir du monde. » Il n’y aurait donc pas en l’occurrence de domination masculine : « Les femmes possèdent un libre-arbitre, cessons de les inférioriser. (…) Mes travaux m’ont montré que la plupart des femmes en niqab, ou simplement voilées, le font par choix (…) Mais le débat sur le voile ou le niqab ne laisse que rarement les filles qui le portent s’exprimer , préférant les réduire à des femmes sans âme ayant intériorisé leur propre soumission. » S’il y a soumission, dit enfin Agnès De Féo, elle est sublimée, elle est de l’ordre de l’érotisme. Ce fantasme, ajoute-t-elle, est partagé par toutes les cultures, voir Histoire d’O par exemple…
Mais au fond ce qui nous irrite, argumente-t-elle, et là à mon sens elle fait mouche, c’est que ces femmes « burquées » ne jouent pas le jeu social. Elles nous voient et nous ne les voyons pas. « Elles rompent la réciprocité de l’échange et elles peuvent se sentir très puissantes ».

Autre point de vue, mais contestant également la seule grille de lecture féministe, celui de Abdennour Bidar dans un papier un peu jargonneux ( Le Monde (24/25 janvier), à la thèse néanmoins intéressante (il est rédacteur à la revue Esprit et auteur de « L’islam sans soumission », Albin Michel 2008). Selon lui, la burqa serait l’expression, « le cri d’une subjectivité, le « je suis, j’existe » d’une conscience » – même si, admet l’auteur, c’est l’effet inverse qui se produit. En effet, argumente-t-il, quels choix sont offerts aux individus pour les aider à développer une personnalité singulière et profonde » ? Pour répondre aux injonctions de Plotin « Sculpte ton âme » ou de Nietzche « deviens ce que tu es », ce qu’on nous propose c’est de consommer, d’avoir des quantités de choses comme chante si bien Souchon, de cultiver le paraître, l’apparence. » La burqa serait alors une réponse inconsciente au règne totalitaire de l’image : le « disparaître » pour refuser le « paraître »… Séduisant certes mais question : pourquoi cette « rébellion vestimentaire contre le sort d’uniformité et de pure apparence » ne concerne que les femmes ?

Face à ces arguments contestant peu ou prou l’aspect « droit des femmes », ceux de deux autres intellectuels, farouches pourfendeurs de la prison de tissu. Commençons par Wassyla Tamzali, qui fut directrice des droits des femmes à l’Unesco, auteure de « Une femme en colère », (Gallimard 2009). A l’une des questions posées par Josyane Savigneau (Le Monde 12/12/2009) lui demandant ce qu’elle a envie de dire aux filles qui, en France, revendiquent le port du voile, elle répond : « (…) on ne peut pas exprimer sa liberté en se jetant pieds et poings liés dans une culture dont l’objectif est la domination des femmes. »
Et elle regrette infiniment que les musulmans modérés ne réagissent pas : « Je voudrais leur dire qu’au lieu de voir dans le débat sur la burqa les signes du racisme, ils devraient dire qu’ils refusent la burqa et que c’est abject de vouloir mettre les femmes dans cette posture. » La clé est entre les mains des musulmans silencieux mais qui n’en pensent pas moins, c’est en substance ce qu’elle affirme en rêvant d’une grande manifestation où ils s’exprimeraient enfin.

Ce n’est pas Abdelwahab Meddeb qui dira le contraire. Ecrivain et poète, il anime l’émission « Cultures d’islam » sur France Culture et il est l’auteur entre autres de « La maladie de l’islam » (Seuil 2002) (je me souviens que mon désir de faire une grande interview de lui avait été rejeté à l’époque par la rédaction en chef d’Actualité des Religions : le titre même de l’ouvrage était politiquement incorrect ). Sa démonstration ( Le Monde 28/12/2009) est d’une précision admirable. Il rappelle bien sûr que le niqab n’est ni une obligation divine ni une disposition cultuelle mais simplement une coutume. Et, plus encore, que cette coutume date d’avant l’islam et pourrait être dissoute par l’islam. A l’origine de cette coutume il y aurait eu la peur des hommes « dans une société endogame qui encourage le mariage entre cousins, où prévaut l’obsession de la généalogie, où la sexualité est indissociable de la filiation. (…) La burqa radicalise la hantise de l’homme face à l’incontrôlable liberté de la femme. Hantise de l’homme qui ne pourra authentifier l’origine de sa progéniture, par laquelle se transmettent le nom et la fortune. » Tout cela est bien dépassé et n’a donc plus lieu d’être dit-il en substance.
Mais ce qu’il énonce formidablement c’est le pourquoi du malaise que nous ressentons ( que je ressens en tout cas) à croiser en sortant du supermarché une femme sous cloche. Et il éclaire ainsi sous un autre jour, nettement moins positif, les propos d’Agnès De Féo sur le sentiment de puissance et d’orgueil ressenti par les ensevelies en « cercueil mobile ». « Cette disparition de la face affole » dit-il d’emblée. Et il explique : « Le critère d’une identité franche disparait. Comment respecter l’intégrité du corps ? La conquête séculaire de l’habeas corpus n’exige-t-elle pas un visage et un corps visible, reconnaissables par l’accord du nom et de la face pour que sans équivoque fonctionnent l’état civil et le pacte démocratique. » Mais l’effroi ressenti s’explique aussi et sans doute surtout par l’impression d’inhumanité liée à la disparition du visage et il cite Emmanuel Lévinas le philosophe qui en a exploré les mystères. C’est l’accès à l’autre qui est interdit. Alors une loi ou une simple mobilisation des ressources déjà existantes ? Abdelwahab Medded ne tranche pas mais il refuse « un débat d’idiots » sur la liberté de l’individu à disposer de son corps comme il l’entend. Une liberté, qui malmène la dignité de la femme et son égalité, n’en est pas une …

Les propos d’Agnès De Féo sont extraits d’une longue et passionnante interview réalisée par Bruno Deniel-Laurent (et longtemps refusée par l’ensemble de la presse). Vous trouverez le lien sur le site de la chercheuse :
agnesdefeo.book.fr
ainsi qu’une video sur des femmes voilées que je n’ai pas pu visionner. Faites-le et dites-nous ici en cliquant sur « comment » ce que vous en pensez.
Le Monde magazine, supplément du 30 janvier, publie aussi les propos d’Agnès De Féo

Allergies

« UN POT CONVIVIAL »
Se réunir autour d’un pot convivial, ça vous tente ? J’aurais pu vous proposer un pot solitaire, un pot chacun pour soi, un pot je m’enfile les petits sandwiches, les tacos et le vin rosé tiédasse, sans rire et sans parler, dans mon coin, en suisse, tranquille comme Baptiste…Pas du tout ! je vous invite à trinquer avec nos verres en carton et à craquouiller les chips mais ensemble. Convivial quoi.

« PAS DE SOUCI »
Vous me gonflez à mort avec votre garantie obsolète, avec votre taille 40 trop petite, avec l’annulation de notre rendez-vous…Mais je vous le dis pas de souci ! tout va bien, on s’aime !

Le poids des mots toujours

Je reviens sur l’emploi du mot malédiction à propos d’Haïti dénoncé par Mimi Barthelemy (voir ci-dessus) pour citer l’écrivain Dany Laferrière dans le monde du 17/18 janvier :
« Il faut cesser d’employer ce terme de malédiction. C’est un mot insultant qui sous-entend qu’Haïti a fait quelque chose de mal et qu’il le paye. C’est un mot qui ne veut rien dire scientifiquement. (…) Si c’était une malédiction alors il faudrait dire aussi que la Californie ou le Japon sont maudits. Passe encore que les télévangelistes américains prétendent que les Haïtiens ont passé un pacte avec le diable, mais pas les médias. (…) Il y a une autre expression qu’il faudrait cesser d’employer à tort et à travers c’est celle de pillage. Quand les gens, au péril de leur vie, vont dans les décembres chercher de quoi boire et se nourri avant que des grues ne viennent tout raser, cela ne s’apparente pas à du pillage mais à de la survie.

Des étoiles noires et de l'ignorance

L’ancien footballeur Lilian Thuram sort un livre « Mes étoiles noires » , qui révolutionne le regard des blancs, mais aussi des noirs, sur les noirs annonce d’emblée Frederic Taddei à « Ce soir ou jamais » du lundi 18 janvier. « Mes étoiles noires », le titre est explicite : il s’agit d’un panorama sur les noirs qui ont marqué le monde . Pour 80% des Français l’histoire des noirs commenceraient avec l’esclavage. Sont passées à la trappe les grandes civilisations et les grandes figures. Certes on connait Martin Luther King, Mohamed Ali ou Aimé Césaire mais tous les autres ? D’ Esope, celui des fables, à une star de la Nasa, père des sondes et malien, d’une kyrielle d’inventeurs (le frigidaire, la moissonneuse batteuse, les feux de circulation et des dizaines d’autres ) au premier opérateur à cœur ouvert … les étoiles noires n’ont pas éclairé seulement les cieux de la musique et du sport. « Tous ces personnages m’ont permis d’avoir confiance et de parler du racisme de façon sereine » affirme Thuram. Et son fils s’appelle Marcus comme Marcus Garvey 188è61940) le chantre du panafricanisme, celui pour qui l’émancipation intellectuelle, politique, économique et culturelle du peuple noir passait d’abord par la maîtrise de son histoire. Les extraits de film choisis par l’animateur viennent souligner le propos, ainsi de celui sur Patrice Lulumba (« Lulumba », un film de Raoul Peck, 2000), étoile s’il en est, héros de la décolonisation du Congo, assassiné en 1961. Et là je réalise à quel point Thuram dit vrai, en tout cas en ce qui me concerne, à quel point je ne sais rien ou si peu de l’histoire des noirs. Sa conclusion, évidente, simple : la meilleure façon de lutter contre le racisme est d’apprendre et il a créé une association qui s’intitule « Education contre le racisme »
A mi parcours, le parcours s’élargit et accueille d’autres intervenants pour la seconde partie de l’émission consacrée à Haïti. Et cela devient encore plus passionnant. C’est la conteuse et auteure Mimi Barthélémy (j’ai un souvenir lumineux d’une interview chez elle il y a des lustres lors d’un reportage sur les contes, Dieu qu’elle a bien vieilli ! ) qui attaque direct. Elle pointe la soi-disant malédiction sur ce pays … Liée à une faute suggère-t-elle : s’être opposé à la France… Le 29 août 1793 la fin de l’esclavage est programmé quelques temps avant son abolition par la Convention. Au centre de la révolution Toussaint Louverture (j’y reviens) qui ira jusqu’à défaire les troupes de Napoléon ! La proclamation de l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804 couronne la première révolte d’esclaves victorieuse de l’histoire. Mimi s’insurge contre cette image d’Haïti « plongée dans les ténèbres », « pays le plus pauvre du monde » et qui se résume à «un cyclone aux infos ». Elle dit la riche culture haïtienne qui vit dans le monde, les créateurs de haut niveau et dont on parle si peu. A propos du tremblement de terre, elle dit aussi en substance : nous sommes une terre de volcans et ceci nous donne un caractère, une spécificité particulières . Bref ce qu’elle supporte mal, qui ne lui parait pas « bienvenue », c’est cette « fatalité » toujours brandie à propos de ce qui secoue le pays, séismes politiques et économiques compris. Il y a aussi des raisons objectives, historiques renchérissent les autres invités aux malheurs de l’île, notamment (si j’ai bien compris et je crois que oui) le blocus, l’embargo de l’Occident sur Haïti après son insurrection pour éviter que la liberté ne se propage ….

Le débat rejoint alors le propos de Thuram : il faut lutter contre l’ignorance des Français. Tiens, prenons justement Toussaint Louverture. Le premier film qui va – enfin – lui être consacré est fait par … les Américains. La France ne s’est pas saisie de ce personnage magnifique. Mais il n’existe pas non plus de grand film sur le Cameroun ou sur Madagascar, le seul long métrage sur la décolonisation c’est « Indigènes » ( et je ne l’ai pas vu !) . Alain Fox, auteur de « NOIR – de Toussaint Louverture à Barack Obama » (éditions Galaade) intervient. Comme Nelson Mandela, comme l’actuel président américain, dit-il, Toussaint Louverture ne voulait pas une république noire, il voulait une nation de toutes les ethnies ; et d’ailleurs, après l’abolition, il a tenté de faire revenir les colons. Obama est dans la même ligne : ne pas se laisser dépasser par la couleur.

Ignorance encore soulignée par le rappel que la France n’a toujours pas de musée de la décolonisation ( on en parle oui depuis des années on en parle ), aucun lieu consacré à l’outre mer- mais, raille un des invités, on compte un nombre conséquent de musées sur les sabots en France. Ignorance flagrante – et logique donc dans ce contexte – de l’histoire d’Haïti : elle est intimement liée à la nôtre, elle fait partie de notre identité nationale et qu’en savons-nous ? Nous l’avons oubliée, occultée. Et là, après ce terrible séisme, nous nous précipitons. C’est le moins…

Dernière chose, parmi les invités se trouvent les auteurs d’un Appel pour une « République multiculturelle et postraciale » : ils ont réuni 100 personnalités pour 100 propositions. Le texte sera disponible en kiosque à partir du jeudi 21 janvier.

C'est arrivé à Paris …

Sur le site www.theatrotheque.com, où je fais des critiques théâtrales, il y en a une de « A mon âge je me cache encore pour fumer ». J’ai rencontré l’auteur, Rayhana, au bistrot qui me sert de bureau. Elle était interviewée par « Magazine Théâtre » et ce qu’elle racontait sur la condition des femmes en Algérie dans les années noires était hallucinant. Sa pièce allait être jouée à La Maison des Métallos dans le 11ème siècle et elle en était folle de bonheur. Quelques semaines après ce fut effectivement le cas. J’ai été voir son spectacle et je suis sortie emballée ; et sidérée qu’elle ait osé un tel texte. La semaine dernière Rayhana a été aspergée d’essence alors qu’elle se rendait au théâtre – elle joue aussi dans sa pièce. Elle a réussi à s’enfuir mais on l’a vue à la télévision, bouleversée. Environ 500 personnes se sont rassemblées le soir de la dernière samedi 16 janvier pour la soutenir. Le spectacle a promis un député sera repris. Ne le manquez pas.
Je copie-colle ci-dessous mon papier

A mon âge, je me cache encore pour fumer
De Rayhana
Mise en scène : Fabian Chappuis

Neuf femmes au hammam dans l’Algérie des années noires : une écriture crue pour un texte sans tabou

Le rideau se lève sur un hammam et la maîtresse des lieux, Fatima, qui savoure sa cigarette, seule. Un long moment de silence pour introduire une pièce montée sur ressorts. Des dialogues musclés, un tempo d’enfer qui tient sur presque deux heures, beaucoup de drôlerie et de tendresse, une langue drue, crue, qui appelle un chat un chat, un vagin un vagin et un intégriste un barbu. Narration de la nuit de noces d’une qui devait avoir dix ans ou d’une autre qui a bricolé un hymen intact avec un boyau de poulet, mais aussi émois amoureux de celle qui a tiré le gros lot avec son mari… ici au hammam on parle beaucoup du corps. On en parle tandis qu’on on le choie, qu’on s’en occupe tranquillement comme on l’entend, sous l’œil bougon et maternel de Fatima la masseuse dont « les mains ressusciteraient même un mort ».

On se sent bien avec toutes ces femmes, l’impression de les connaître, de les reconnaître ; d’une certaine façon, bien que l’action se passe en Algérie à la fin des années noires, avec en toile de fond la terreur quotidienne, on les a, ces neuf femmes, toutes croisées. Ce sont presque toujours elles qui vous aident à porter la poussette dans les escaliers du métro, ce sont celles aussi parfois à qui on a envie de dire : mais enlève donc ce voile !– car dans la galerie de portraits brossés par Rayhana il y a la jeune intégriste .
Toutes pourtant, y compris cette dernière, y compris l’immigrée en France venue chercher une épouse à son fils, y compris la chieuse de belle-mère, se lèveront pour défendre Myriam, le petite de seize ans qui va accoucher et que son frère poursuit pour la punir, « Je te tuerai toi et ton bâtard », la petite qui a fauté – à moins qu’elle n’ait « attrapé le ventre » en s’asseyant chez les hommes …
Des rôles épatants donc pour des comédiennes qui ne le sont pas moins. Mention spéciale pour Rébecca Finet, soit Nadia la jeune divorcée étudiante, qui joue de ses rondeurs avec une belle sensualité rieuse. Et son contraire, et néanmoins copine, la très rigolote Samia, interprétée par Linda Chaïb, sensément trop maigre pour trouver un mari mais qui ne pense qu’à ça et, en attendant de le trouver, fait dans le self-service, s’éclipsant dès qu’elle peut pour aller chatouiller sa zigounette – ou quelque chose d’approchant dans la formulation !
Certes Rayhana ne fait pas dans la dentelle, les hommes en prennent plein leur musette, – «ils n’aiment qu’eux-mêmes et leur mère » et ils ne sont présents que par les traces qu’ils laissent dans le hammam masculin où « ils se branlent, se vident ». Certes le propos est parfois un peu didactique mais le tout est emporté par une rage, une santé contagieuses. Et un humour corrosif : à sa belle-fille qui se vante d’avoir pris la pilule deux ans de suite, Aïcha, calculant le nombre de petits enfants pas nés, lance : « Un véritable génocide ! »Car rien n’est sacré sous la plume de la dramaturge, et surtout pas Dieu ! Et, plus transgressif peut-être encore, pas même la mère quand elle perpétue l’asservissement sexuel des filles – l’épisode terrible du piment dans le vagin d’une fillette pour la punir est, Rayhana nous le confirme de vive voix, parfaitement authentique.

Alors ça marche. Forcément. On rit, on est ému. Sans doute les femmes se sentent-elles en connivence car même si on n’a jamais connu la violence sexuelle, on sait, ataviquement peut-être, ce que c’est. Et sans doute les hommes se sentent, de la même façon, en compassion. Du très bon théâtre.