L'enfer…

… est pavé de bonnes intentions Je saisis un bout d’info à la télé sur la possibilité de se déclarer victime consentante de la pub. Les profits liés à des messages publicitaires liés à chaque envoi de nos mails iraient financer quelque bonne cause dans le monde !

La métamorphose

Edgar Morin encore ! Oui j’y tiens. Avec Régis Debray dans l’émission de Giesbaert, FOG comme on dit quand on est branché. Sur le thème de l’amour ils sont d’accord, sur celui de la nation moins. Le premier croit, milite pour la Terre-patrie. Le second est plus sceptique. Le lendemain une page de Morin dans Le Monde (dimanche 10-lundi 11 janvier 2009) intitulée « Eloge de la métamorphose ». Encore une fois quelle satisfaction d’être nourri par une « pensée complexe » aussi claire. Pourquoi aucun gouvernement ne l’a-t-il jamais recruté dans une cellule Prospective cet homme ? je l’ignore. Pourquoi au demeurant n’y a-t-il pas de cellule Prospective ( si elle est existe, elle est bien muette) dans toute démocratie ? Mystère. Qu’est devenu, j’y songe à l’instant, Futuribles, la revue qui avait le mérite de nous mettre en éveil? je me renseigne. Bref dans cette page « Horizons-débats » le philosophe nous dit que face à tous les périls ( nucléaires, de la biosphère, économiques, guerre de civilisation), il ne s’agit plus de faire la révolution ( on a donné) mais de procéder à une métamorphose, « processus à la fois d’autodestruction et d’autoreconstruction », façon chenille/papillon. L’idée de la métamorphose c’est de lier transformation radicale et conservation de l’héritage des cultures. Ce processus est déjà en marche nous dit Edgar Morin : partout dans le monde, un bouillonnement créatif, des micro-initiatives qui sont « le vivier du futur. » Il faut les reconnaitre, les recenser, les conjuguer, élaborer » les voies qui se rejoindront dans la voie (…) Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper. L’orientation mondialisation/démondialisation signifie que, s’il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s’il faut que se constitue une conscience de « Terre-patrie », il faut aussi promouvoir de façon démondialisante, l’alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain (…)L’orientation croissance-décroissance signifie qu’il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics ( …) mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d’objets jetables et non réparables (…) L’orientation développement-enveloppement signifie que l’objectif n’est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l’efficacité, de la rentabilité, du calculable. Il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d’autrui, de l’amour et de l’amitié. » Avec ce jeune homme de 88 ans on finit toujours par revenir à l’amour et à l’amitié, autrement dit à la poésie.

Question de style

Question de style (*)
Entendu sur France Inter ces perles parmi d’autres :
Une chorégraphie tonitruante !
Les Danois s’ébrouent vers leurs lieux de travail …
(*) Question de style, Dane Cuypers, éditions CFPJ ( dans les Fnac )

Eluard vous présente mes vœux !

Sur la maison du rire
Un oiseau rit dans ses ailes
Le monde est si léger
Qu’il n’est plus à sa place
Et si gai
Qu’il ne lui manque rien
Eluard

Rire, légèreté, gaieté …
que votre année 2010 soit jalonnée de ces moments-là !

Voilà j’en suis sûre maintenant je dis Chapeau l’artiste !mais je n’aime pas le personnage de Serge Gainsbourg. Ce non-amour longtemps refoulé, parce que pas très tendance c’est le moins qu’on puisse dire, a fait son coming out au cours de l’émission « Ce soir ou jamais » du lundi 11 janvier 20098. Thème Serge Gainsbourg peut-il être encore provocant ? A regarder le défilé de ces provocations – brûler un billet de 500 francs pour protester contre sa charge d’impôts, faire chanter à France Gall un texte à forte connotation sexuelle et s’en gausser ensuite, rendre obsessionnellement gloire à la sodomie ( « Je t’aime moi non plus, chanson et film) , à l’inceste (lemon incest), je suis obligée d’admettre que tout cela va à l’encontre de ma pudibonderie pourrait-on dire, oui pourquoi pas ? de mon idée de l’érotisme, oui c’est sûr( une provoc que je trouve plutôt sympa c’est La Marseillaise en reggae). Et puis j’ai trouvé cette scène où, complétement cassé et dégueulant les mots, il fustige Catherine Ringer avec un mépris haineux pour sa pratique de la pornographie, tout à fait pitoyable. Un des invités a dit qu’au fond ce qui intéressait Gainsbourg dans la chanson c’est ce que c’était un art mineur qu’il voulait détourner….Interprétation limite « psychanalyse sauvage » mais bigrement convainquante. Un autre a pointé qu’étant affligé d’un physique plutôt ingra, il se rassurait avec cette débauche de fantasmes sexuels . Ça c’est certain ! La chanteuse Camille avait beau, avec une constance et une intelligence méritoires, souligné à quel point le tout s’inscrivait dans une démarche poétique, je n’étais pas convaincue. Taddei non plus j’en ai eu la vague impression !!!

A la fin de l’émission l’aminateur avait choisi de repasser Mano Solo qui vient de mourir et qui chantait sur son plateau en novembre. C’était beau et déchirant à pleurer.

La reine de la nouvelle !

C’est moi Dane la reine de la nouvelle ! Je vous enseignerai ( presque) tous les secets de ce genre littéraire exigeant au cours d’un cycle d’écriture en trois week-ends. Plus d’infos en m »écrivant
danecuypers@yahoo.fr

Le poids des mots

Dans une interview au monde du vendredi 28 décembre, Emmanuel Todd analyse le débat sur l’identité nationale. Sarkozy, dit il en substance recherche des boucs émissaires pour faire oublier son échec sur le plan économique. Pourquoi pas ? Je n’en sais rien et ça m’intéresse de lire l’argumentation de l’historien. Ce qui me gêne en revanche, c’est quand aux trois quarts de l’interview, il opère un glissement qui l’autorise à comparer (et notamment dans cette recherche supposée de boucs émissaires ) certains aspects de la politique actuelle du gouvernement avec la période d’avant-guerre, avec la montée du nazisme. Un peu plus loin il affirme : « l’Etat se mettant à ce point au service du capital c’est le fascisme. L’anti-intellectualisme, la haine du système d’enseignement, la chasse au nombre de profs, c’est aussi dans l’histoire du fascisme. » Et ce qui me gêne encore bien plus, c’est qu’il n’aille pas au bout de sa pensée, qu’il se rétracte (en apparence en tout cas) lorsque, répondant à l’intervention du Monde qui lui demande si la comparaison avec le fascisme n’est pas excessif, il répond : « Il ne s’agit pas du tout de dire que c’est la même chose. Il y a de grandes différences. » Pour conclure « Mais on est en train d’entrer dans un système social et politique nouveau (…) dont certains traits rappellent la montée au pouvoir de l’extrême-droite en Europe. » L’analogie me parait fausse – nazisme et fascisme sont des mots chargés – mais surtout la façon dont elle est tissée et le balancement « oui mais non et pourtant si ! » est à mon sens, dangereuse.
Au début de l’entretien Emmanuel Todd a un propos qui fait pourtant chaud au coeur : « La réalité de la France est qu’elle est en train de réussir son processus d’intégration. » Et il explique : « Les populations d’origine musulmane de France sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d’Europe , grâce à un taux élevé de mariages mixtes. »

Grabouillages au musée

Son collage qu’on dirait du Max Ernst, ses bonnes femmes qui ressemblent tellement à celles de Niki Saint Phalle, les œuvres de votre rejeton ( oui même celles que vous avez précieusement gardées dans le grand tiroir, dans ce que vous appelez tendrement votre « musée des horreurs ») pourront enfin ravir d’autres yeux que les vôtres. Enfin peut-être : si elles sont sélectionnées par « le Muz », un espace d’exposition dédié aux réalisations artistiques des bambins. Evidemment cela se passe sur internet et, bien que je me moque, c’est une très jolie idée pour les mamans et les mères-grands !
www.lemuz.org

Brave new father !

Devant le marché de la Place des Fêtes, un père s’installe à la terrasse du Belvédère avec sa petite dans une poussette. Tout habillée de rose fuchsia, elle est jolie comme un bouton de lotus. Le rayon de soleil est rachitique et le vent glacial. Le père sort un bonnet – fuchsia – et le met à sa fille. Le soleil disparait derrière une tour. La petite fait la grimace. Il renonce à son café, à sa clope pas encore allumée et part. Brave new father !!!!
Une rumeur comme quoi la cigarette pourrait être interdite aux terrasses des cafés. L’écharpe obligatoire en terrasse c’est pour quand ? Et les bons pour un seul café par jour ? En voilà des idées qu’elles sont bonnes …

Au théâtre

Un bon site pour choisir sa soirée théâtre www.theatrotheque.com. En plus j’y écris ! Deux critiques en ligne : « Un soir à Montparnasse », petit bijou au Lucernaire ; « Une passion » au Carré Marigny, qui ne m’a pas passionnée du tout

Editorial planétaire !

Cela ne m’emballe pas que 56 journaux de 45 pays aient publié le même éditorial lundi 7 décembre sur Copenhague. La « bonne cause » qui uniformise le fond du propos, why not ? encore que. Mais que la pensée soit unique jusque dans la forme, les mots pour la dire, franchement non merci. Il parait que Marianne.fr se rebelle là-dessus …
Au fait, allez vite éteindre la lumière dans la cuisine !

Vivre en poésie

Hélène Cixous sur France inter samedi 5 décembre : « L’acte poétique lorsqu’il se produit dans la langue fait un certain travail (…) qui produit des irradiations de vérité inextinguibles. On ne peut pas vivre sans poésie. Nous ne serions pas vivants sans poésie sauf à être des vivants de bois ».

Le philosophe Edgar Morin, dont je suis en train de lire le si douloureux « Edwige l’ inséparable » Fayard) sur l’amour de sa vie disparu en février 2008, ne disait pas autre chose. Je l’avais interviewé pour Actualité des religions et il m’avait semblé qu’il mêlait l’intelligence la plus aigue et la plus ouverte à l’extrême fragilité d’un enfant. Il le dit dans ce livre à sa femme qu’il est un enfant et qu’elle l’était aussi, qu’ils avaient tous deux connu l’absence, elle de son père, lui de sa mère et que cela les unisssait indéfectiblement, les rendait inséparables.
Edgar Morin, c’est le philosophe de la complexité (théorie exposés dans « La Méthode »), c’est-à-dire, pour faire bref, l’impossibilité de fragmenter la réalité humaine, de la découper en tranches, et donc la nécessité pour la comprendre, d’ avancer deux notions apparemment contradictoires, de se méfier du cloisonnement, de faire appel à l’interdisciplinarité…

De la poésie, thème qui irrigue toute son œuvre et toute sa personnalité, voilà ce qu’il me disait : « La poésie est là quand nous nous transcendons, que nous sommes dans un état second, extatique – qui devrait être le premier puisque c’est le plus beau – celui qu’on trouve d’abord dans l’amour, dans un paysage, une fête des moments de communion, fugitifs et sublimes, un morceau de musique qui nous transporte … » Les moments de musique partagés avec sa femme reviennent sans cesse dans son livre. Le jour de l’interview, on avait parlé chansons et il m’avait dit : « Il y en a beaucoup que j’aimerais chanter et beaucoup que j’aime ! des chansons anciennes de l’ »Opéra de quat’sous », celle du film « Sous les toits de Paris » que j’adore, des chansons de Prévert et Kosma, de Léo Ferré, des Brel merveilleux, et puis les chants révolutionnaires, allemands et russes qui m’émeuvent toujours. Il y a une chanson d’un film « Un soir de rafle » , que j’ai parfaitement en tête. » Et comme je lui demandais de la chanter, il avait d’abord dit non et puis il l’avait fait : « Je n’aurai pas quand je te vois ce petit frémissement d’émoi, l’amour ne serait pas venu si l’on ne s’était pas connu… » avait-il fredonné dans son bureau noyé de documents.

Cela se passait dans son appartement pas loin de la Bastille, nickel l’appartement– j’avais même du mettre des chaussons ! –sauf le souk dans le bureau. Après, rayonnante de fierté d’avoir (entre autres) fait chanter Edgar Morin ! j’avais été boire un de mes meilleurs express au Café des philosophes place de la Bastille… C’était en 1999. Dix ans plus tard c’est cet Edgar Morin là, tendre, enfantin, sans pudeur, avec toute son immense peine, « dans le malheur primordial », que je retrouve dans « Edwige l’inséparable ». Accès de larmes, adresses à l’aimée, reproches à soi même, ressassement, film à l’envers de qu’il aurait pu faire (alors qu’il l’a aimée et soignée son Edwige au-delà du possible ) images du bonheur passé, accalmies avec le goût de la vie – des amis un bon vin – qui resurgit …. Un petit oiseau croisé plusieurs fois le bouleverse tant il pourrait être sa femme, celle qui toute sa vie édifia « le nid » de leur vie commune. Ce n’est bien sûr pas la philosophie qui aide l’homme meurtri, c’est la poésie. Mais le penseur est là malgré tout : « Ce que je vis c’est ce que chacun a vécu ou vivra, c’est une tragédie commune à toutes l’humanité – ce qui devrait nous conduire à une mutuelle compassion entre humains ».

Si vous ne connaissez pas Edgar Morin, commencez par son autobiographie » Mes démons » (Point Seuil). Et aussi « Amour, poésie, sagesse » (le Seuil). Et peut-être le « Mon chemin ». Entretiens avec Djénane Kareh Tager »(Fayard) que je n’ai pas lu. Et » Vers l’abîme » (Le Seuil 2007) qui résume toute sa démarche et sa réflexion. Quelle chance de découvrir un tel auteur qui aide à penser et qui parle au coeur en même temps. Sur l’éducation, l’avenir de la planète et le reste, il a tout dit et n’a pas, en France au moins, la reconnaissance qu’il mérite.

Fouillant dans mes papiers (je me dis que mon souk révèle ma complexité !) je tombe sur une autre interview que j’avais faite de Philippe Sollers. Rien à voir entre Morin et Sollers apparemment. Eh bien si : placer la poésie au cœur de l’existence. Il a plutôt mauvaise presse Sollers. Sans doute mais quel plaisir à nouveau un interlocuteur dont la pensée prolifique (complexe ) est également claire et structurée. Sur le thème de la poésie, je copie-colle les passages suivants.

A propos de l’amour :
« L’amour n’est pas prévu au programme. Il est le délit suprême. Il n’y a rien de plus dangereux, de plus scandaleux pour un Contrôle social généralisé que deux personnes qui s’aiment. Pourquoi ? Parce qu’elles deviennent asociales. Quand il y a amour, il y a interruption du lien social. Et puis, au fond, l’amour c’est encore une fois des questions de langage. Si c’est l’amour, alors il y a de la musique, il y a de la danse, de la perception, des couleurs … et le temps change de nature – huit jours c’est trois ans, une soirée c’est trois mois. L’amour, la liberté, la poésie – je ne vous parle pas de celle des livres de poème – c’est la même chose. »

Ou encore :
« (…) quand j’entre dans le bus 83 le matin, je récite – c’est comme une courte prière – ces vers de Rimbaud : «Mon âme éternelle/Observe ton vœu/Malgré la nuit seule/Et le jour en feu ». C’est beau ce moment où quelqu’un arrive à regarder son âme. Ensuite, je regarde les gens qui sont là, et je les vois soucieux, hagards, pensant à autre chose, lisant des livres « que-c’est-pas-la-peine », et allant à leur exploitation. ll y a très rarement un visage qui va vers quelque chose de plaisant. (…)
Si vous n’avez rien lu de Sollers je vous conseille, sur la vague amour et poésie, « Passion fixe » (en poche). Et aussi ses formidables écrits critiques sur l’art : le libraire vous orientera.

PS Vivre en poésie … c’est un titre un peu racoleur j’en conviens, mais on peut tenter des étincelles de poésie, de brèves irradiations ….non ?