Tout ça pour ça

A l’heure où s’ouvre le procès  très attendu des attaques de Charlie Hebdo, Montrouge et de l’Hyper Cacher, qui se tient du 2 septembre au 10 novembre à Paris, est paru un numéro de Charlie Hebdo titré  Tout ça pour ça Tout ça pour ça, Avec à sa Une la republication des  caricatures de Mahomet, qui en avaient fait une cible du terrorisme islamiste en 2015, il a été épuisé dès le premier jour (200 000 exemplaires, trois fois le volume habituel).  Pour le dessinateur Juin,  ça montre qu’on est soutenus, que la liberté d’expression, la laïcité, le droit au blasphème ne sont pas des valeurs obsolètes et qu’elles sont soutenues par les Français qui ont choisi d’acheter ce numéro.(Ouest France). 200 000 nouveaux exemplaires ont été retirés. Moi je l’ai ce numéro et je trouve sa lecture indispensable. Notamment l’édito de  Riss, directeur de Charlie Hebdo  qui  a pris une balle dans l’épaule le 7 janvier 2015 et a fait (comme Philippe Lançon avec l’inoubliable Le Lambeau et qui signe aussi un témoignage dans ce numéro) le récit de ce calvaire dans Une minute quarante-neuf secondes.
« Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Elsa, Bernard, Mustapha, Franck, Michel, Frédéric et Ahmed. Et les jours suivants. Clarissa, Philippe, Yohan, Yoav et François-Michel. » Ainsi commence l’édito de Riss qui le conclut avec ces mots : « Le temps de ce procès parviendra, peut-être, à remplacer le silence de leur absence par le murmure de leur souvenir. «  Une double page m’a sidérée. Intitulée « Les charognards du 7 janvier 2015 », elle reproduit des extraits de prises de position bien tièdes ou carrément hostiles à Charlie Hebdo. Si on n’est peu étonné d’y trouver Jean-Marie Le Pen ou Tariq Ramadan, on  reste abasourdi en lisant les propos d’ Emmanuel Todd, Edwy Plenel, Virginie Despentes… Une autre page est particulièrement bouleversante : les témoignages de celles et  ceux qui ont perdu leur père, leur amoureux, leur fils et qui vivent avec ça.

Le jour où je rédige ces lignes, je trouve au fond d’ un carton de déménagement des éditos de Jean Daniel dans Le Nouvel Obs dont un du 9-15 février 2006. S’il dit qu’il n’aurait pas publié les caricatures du journal danois tout en affirmant qu’il avait le droit de le faire et qu’il tenait à ce qu’on protège ce droit. Il écrit aussi : Il s’agit, en fait, d’une différence de culture . Les uns sacralisent la loi, les autres la foi. C’est aussi une philosophie de la raison et de la liberté qui est différente. Elle ne date pas d’aujourd’hui. Au Moyen Age, c’est un grand musulman nourri d’Aristote, Averroès, qui a essayé de cerner les limites de la foi pour libérer la pensée. Les musulmans, par la suite, n’ont pas cru devoir profiter de leur plus grand homme pour résister aux dérives de la pensée théologique.

Le hasard – toujours celui des cartons de déménagement – fait aussi que je termine ces jours-ci le livre de Philippe Val,  directeur de Charlie au moment de la publication le 8 février 2006 des caricatures de Mahomet du journal danois. Sur Tu finiras clochard comme ton Zola (L’observatoire, 2019), je reviendrai, mais je cite ceci extrait de l’avant-dernière page ( le livre en compte 858 ! ), une  blague juive :
Deux juifs morts à Auschwitz évoquent leurs souvenirs en rigolant dans un coin tranquille du paradis :  » Tu te souviens quand Léon a voulu s’échapper et s’est électrocuté contre la clôture ? – Oui, oui, répond son ami entre deux hoquets de rire, et quand on est sortis un matin du cabanon et qu’on a découvert les douze pendus qui se balançaient dans la cour ?  » et ils riaient de bon coeur… Dieu, attiré par la bonne ambiance, s’était approché pour écouter. Il était scandalisé :  » Mais ça ne va pas non ? Ce que vous racontez n’est pas drôle du tout ! Qu’est-ce qui vous fait rire là-dedans ?  » Les deux amis levèrent la tête vers Dieu et le regardèrent en silence quelques secondes avant de lui répondre :  » Tu ne peux pas comprendre, tu n’étais pas là. »

 

 

 

 

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