Joli mois de mai

 

Dans le jardin du monastère de Saorge

Iris et râteau. La bibliothèque du monastère de Saorge, où je suis donc en résidence d’écriture, est une petite merveille – je vous l’avais déjà dit l’année dernière –  constituée qu’elle est par les dix livres préférés des écrivains qui sont passés ici; suffit de laisser courir sa main. Dernière pioche : Jaccottet – A travers un verger suivi de Les Cormorans et de Beauregard. Gallimard 1984. C’est  superbe  mais d’une violence feutrée et féroce sur le sentiment de la mort. J’ai choisi un passage très zen au contraire: :
 «Et lui, cette année plus qu’aucune autre, comme bousculé par cette hâte, et ce qu’il aurait voulu saisir est déjà passé, changé, disparu. » (…) « Des iris aussi se sont ouverts. Il y revient toujours, se fiant à leurs lanternes mauves. S’il y avait une éternité, leur parfum pourrait en être le fil invisible. S’i a une vie, c’est leur parfum qui en a tramé l’étoffe peut-être ; (…) Les lignes du râteau peignent la terre, les rident comme une eau (…)Des moines en Extrême-Orient, ont créé des jardins de méditation à partir de ces lignes et de quelques pierres. Cela ne me surprend pas, car ces dessins du râteau produisent une sorte d’apaisement intérieur, un sentiment de plénitude silencieuse. Pourquoi ? Ai-je coiffé la terre comme je coiffe encore quelquefois mon enfant , qui n’est plus une enfant. »

Félicité des fèves. L’année dernière (archives juin 2013), déjà en résidence au monastère, je vous avais raconté ma découverte des beignets d’acacias avec Marie Rouanet.  Aujourd’hui, tiré du même  livre jubilatoire de cette écrivaine que je ne lasse jamais de recommander (Petit traité romanesque de cuisine) , je vous propose de l’écouter sur les fèves. Extrait du chapître qui leur est consacré :
Les toutes premières fèves, on les déguste crues, nous dit-elle,  avec une pointe de sel. Et puis:   » Une ou deux semaines plus tard, la gousse se remplit, la fève s’arrondit fémininement. C’est le moment de faire des ragoûts d’une finesse incomparable. Il faut prendre la peine de peler le fruit – on dit très joliment le « dérober », lui enlever sa robe – pour ne garder que les deux morceaux de l’amande. Quand on fait glisser les deux lobes de la graine de l’enveloppe, on comprend pourquoi les petits garçons appellent « fève » l’extrémité de leur jeune verge : même arrondi, même douceur fragile, même brillance.
« Ca vient à rien » disait-on après le triage, en montrant d’un côté une montagne de déchets, de l’autre les les graines pelées qui ne garnissaient plus qu’un petit plat. Mais quel plat de roi quand on les cuisine avec un oignon, un coeur de salade ! Ca cuit en un rien de temps à feu menu, dans sa propre vapeur – que l’on fait tomber en rosée sur les fèves. Et si fragile ! Ne remuez pas. » Et allez vite lire ce qui précède et ce qui suit : un régal. (livre de poche)

Huile de pâquerettes. Oui ! c’est ce que contient l’onguent que je mets sur mon genou tuméfié après une chute. Il y a aussi de l’arnica et je ne sais quelle autre essence dans ce petit pot odorant, couleur miel clair – on en mangerait-  préparée par une fée du coin, Eloïse- pour en savoir plus sur ses baumes et ses eaux de fleurs, lui écrire à elopoup@hotmail.com.  Je la remercie pour ce pur moment de poésie  que mon genou apprécie… Poésie aussi de Francis Ponge dont je feuillette La rage de l’expression avec l’idée d’y retrouver ses lignes sur le mimosa pour un atelier d’écriture avec des collégiens de la région. Tout petit extrait :
« Sur fond d’azur le voici, comme un personage de la comédie italienne, avec un rien d’histrionisme saugrenu, poudré comme PIerrot, dans son costume à pois jaunes, le mimosa.
Mais ce n’est pas unarbuste lunaire: plutôt solaire, multisolaire…
Un caractère d’une naïve gloriole, vite découragé.
Chaque grain n’est aucunement lisse mais, formé de poils soyeux, un astre si l’on veut, étoilé au maximum.
Les feuilles ont l’air de grandes plumes, très légères et cependant très accablées d’elles-mêmes; plus attendrissantes dès lors que d’autres palmes, par là aussi très distinguées. »

5 réponses sur “Joli mois de mai”

  1. Merci pour tes délicieux commentaires de mai… bons à déguster dans tous les sens du terme ! Pour ma part, je rentre d’un week-end sur les « Lumières de l’Inde » avec plein de musique dans les oreilles et des visions de Krishna et l’amour fou de Radha chanté par Parvathy Baul, une jeune femme hors du monde qui nous a enivré au son de son instrument à corde unique (qui lui donne le « Om ») et de sa voix puissante et joyeuse. D’une extrême simplicité, elle nous a réjouit en étant présente parmi nous pendant trois jours ! Je ne peux que te dire d’aller voir son site : http://parvathybaul.srijan.asia/

  2. Que ces quelques lignes rappellent agréablement les parfums de la vallée de la Roya…
    On s’est croisées sur le quai de la gare de Toulon, lundi, et avons évoqué notre goût commun pour le Cambodge…
    L’AESCI (Association des étudiants de khmer de l’inalco) organise une visite (dont je ferai les commentaires) des salles khmères du Musée Guimet, ce samedi 21 juin à 13h, rendez-vous est donné aux étudiants à 12h45 devant le musée. Si vous le souhaitez, vous êtes la bienvenue.
    Amicalement,
    Louise

  3. Merci encore Dane pour le livre qui est enregistré en bibliothèque.
    J’ai expédié une demande de catalogue à Melville éditeur et en retour je recevrai le bon de commande… je reprendrai en septembre et verrai tout ça.
    Amicalement
    Christine

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