L’infernale beauté d’une plaque de cuisson…

Designer quel beau métier ! Moi, j’avais depuis longtemps  en tête une vieille définition, genre « conjuguer l’utile et le beau », l’un suscitant l’autre, et vice versa. Mais au fil des ans (nombreux à force) je me suis rendue à l’évidence :  ce n’était plus ça du tout, je devais me pencher à nouveau  sérieusement sur le concept.  Ainsi fis-je et je vous livre mes conclusions : le design consiste à cacher, planquer, rendre invisible, introuvable, tout ce qui sert, tout ce dont nous avons besoin « au quotidien » (comme on dit désormais : quelle horreur). Et cela dans un objectif esthétique. Si si. Attendez, je vous donne un exemple. Prenez mon Téléphone élégant, prenez le en main ce Smartphone. Cherchez l’endroit qui, lorsque vous y poserez votre gros index maladroit,  vous fera accéder à un menu basique avec les choix  Supprimer Modifier Désinstaller, etc. Vous ne le trouvez pas ? C’est normal, il ne devient visible que lorsque vous le touchez, mais comme vous ne savez pas où toucher, vous ne pouvez y accéder que par le plus grand des hasards. Ou bien il vous faut un initiateur. Las ! ils ne sont pas nombreux. Le distributeur qui vous a vendu la  chose à 200 euros n’a pas que ça à faire une fois qu’il vous l’a précisément vendue la chose à 200 euros, la marque qui a fabriqué  la chose à 200 euros  s’en bat l’œil absolument à un poibt que ça lui donne une idée de l’infini… il vous reste copains et enfants qui en ont marre on les comprend. Votre solitude est absolue face à cette chose, espiègle et capricieuse, tournoyante et dansante, même  et surtout, quand vous ne lui demandez rien.

Admettons que pour les nouvelles technologies vous soyez un peu à la traine. Admettons. Mais votre appareil photo que vous avez depuis des années (une merveille au demeurant) pourquoi mais pourquoi ?  le changement des piles  est-il aussi pénible ? Je vous le dis : parce que  tout est noir : le clapet d’ouverture et  le logement des piles. Black is beautiful ! yes

Autre cas de figure un peu différent mais dans le même esprit «  si c’est beau coco y pas à discuter » . Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi mais pourquoi ?  les boutons de votre plaque électrique de cuisson– sur la mienne il y en a trois – sont aussi rapprochés, interdisant le passage d’une éponge  et vous obligeant à des manipulations pénibles, voire au recours d’un coton tige. Eh bien je vous le dis encore une fois: pour que ce soit beau. Chaque fois  que je passe devant mes plaques en jetant un regard navré aux miettes qui se sont une fois de plus réfugiées, les pauvrettes,  entre les trois boutons ( dans deux minuscules espaces  si vous me suivez – faudrait un schéma) , chaque fois je me requinque en me répétant : mais c’est beau tellement beau ces trois boutons qui forment un groupuscule  perdu  sur la vaste étendue noire, trois boutons  orphelins qui se réchauffent mutuellement en attendant que les plaques rougissent – notez à ce propos que c’est sympa qu’elles rougissent les plaques,  les designers auraient pu ne pas résister et décider que l’allumage des plaques les rendraient encore plus noires qu’elles ne le sont, un noir brillant par exemple qu’on verrait en penchant la tête ou en clignant des yeux, selon l’heure, l’éclairage de la cuisine, l’acuité visuelle de l’utilisateur, certes on pourrait se brûler les paluches mais on s’habituerait et ce serait tellement bouleversant ces ronds étincelants dans la nuit – parce que évidemment ce serait bien visible dans l’obscurité totale avec juste un rayon de lune par la fenêtre, oui je sais pour faire la tambouille c’est pas facile mais  faut savoir ce qu’on veut. Ou plutôt ce qu’ils veulent les designers. Et eux ils veulent que ce soit beau je vous le redis mais c’est la dernière fois. J’en reste là car sinon je ne m’arrête pas, je pourrais vous parler aussi des ouvertures de sacs (soupes, gâteaux, rasoirs etc) minuscules, invisibles, en braille (ma voisine de bistro jeune, aux doigts agiles et à la vue perçante se bat depuis cinq bonnes minutes avec un sachet de graines japonaises) ;  je pourrais aussi vous entretenir des changements perpétuels auxquels procède « Mon yahoo « dans la mise en page et la circulation de mes mails – ces derniers temps » Mon yahoo » se pique de sémantique : voilà t-y pas que mes mails constituent désormais une « conversation » et que la liste des reçus se présente sous cette forme « Moi, Jean-Charles »… Comment ça je ne suis pas Jean-Charles ! ah d’accord , c’est moi qui ai écrit à Jean-Charles ou le contraire je ne sais plus. Vous voulez que je vous dise : ils me font peine. (Ma voisine, juré craché  c’est vrai, a renoncé à ouvrir son sachet.)

2 réponses sur “L’infernale beauté d’une plaque de cuisson…”

  1. Merci Dane pour ces quelques instants à lire ton écriture facétieuse… J’adore le propos sur le design et ces petits monstres de technologie ! La première fois que j’ai utilisé mon nouveau téléphone tactile (100 € seulement), j’ai demandé un cours à la vendeuse et suis repartie sûre d’avoir gagné une petite bataille symbolique. Je savais tout faire (même des trucs dont je ne me servirai finalement jamais !). J’avais juste omis de demander… comment on déccroche quand ça sonne !!! J’imagine un observateur au sourire narquois en train de me regarder m’exciter sur la petite vitre lumineuse en glissant mon index dans tous les sens et à toutes les vitesses, gromelant et jurant tous les Dieux… Evidemment j’ai loupé l’appel.
    Vive la modernité !
    A la beauté… sans design
    Je t’embrasse
    Carol

  2. Merci pour cet article qui dépeint assez bien les problèmes technologiques que l’on peut toutes rencontrées dans notre vie quotidienne. Difficile de se rendre compte de prime à bord de ce genre de petit détail tant qu’on a pas du y faire fasse 😉
    Je te laisse avec une citation de Albert Einstein (tellement vrai) : « Everything should be made as simple as possible, but not simpler »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *