Les damnés de la terre

Au  Tarmac
avec Amine Adjina, Mohand Azzoug,Mounira Barbouch, Jean-Pierre Baro, Criss Niangouna, Lamya Regragui.
D’après les écrits de Franz Fanon,
 Un spectacle de Jacques Allaire

« Je dessine mes spectacles avant de les réaliser »  dit Jacques Allaire. Il lit, il oublie, il rêve, il dessine, il relit, interroge ses dessins, choisit, découpe, compose. « Les damnés de la terre », c’est le résultat de ce processus. Une succession de sanguines déclinées sur toute la palette des gris et sépias. Des visions oniriques fragmentées, violentes, ancrées dans un espace indéfini en constante mutation.
Le premier tableau, c’est un plateau quasi nu, un camp de transit peut être, ou son cauchemar. Un peu de terre, de hautes cages grillagées en fond de scène,  une baignoire juste devant, des murs gris et nus à court et à jardin. Un homme et une femme, noirs tous les deux, ou grimés en noir, vêtus de sous vêtements blancs salis. Ils profèrent la harangue de celui qui est aliéné pour sa couleur de peau. Puis ils s’enterrent. Un autre homme noir, sa harangue, sa négritude. Une autre femme, noire – du moins, c’est cela qu’elle dit, sa chevelure masquant son visage – elle soliloque, va et vient, tête et  corps perdus.

Autre tableau : Le mur côté cour s’abat à grand bruit, l’espace se métamorphose en camp militaire, ou champ de bataille, ou cellule de torture. Les six comédiens, deux femmes, quatre hommes, sont des soldats, ou des officiers, ou des tortionnaires ou tout à la fois. Ils sont des éclats d’êtres aux prises avec l’aliénation. L’autre mur, côté jardin, s’abat à son tour. Les hautes grilles du fond de scène basculent, elles deviennent les lits d’un hôpital désaffecté que les comédiens installent dans un parfait silence.
Les scènes, les tableaux plutôt se succèdent avec la logique des rêves fiévreux. Ils ne répondent à aucun fil narratif. Ils existent par un système d’échos, de récurrences, d’analogies. Leur unité, c’est le thème obsédant des aliénations liées à la colonisation

Les textes sont extraits des œuvres de Franz Fanon (1925- 1961 ), médecin psychiatre, militant FLN  et écrivain, né antillais, mort algérien : Peau noire masques blancs ( 1952 Point Seuil ) ; L’an V de la révolution algérienne ( 1959 ), Les Damnés de la terre ( 1961 Maspero ). Les comédiens sont magnifiques, le mise en scène superbe. «  (…) « J’essaie de faire du théâtre au nom du peuple, tentant de rendre la parole spoliée, piétinée de notre propre humanité. Quelque chose qui puisse rendre à nos âmes son tremblement et à notre intelligence sa conscience » confie Jacques Allaire . En ces temps où le racisme et la bêtise s’affichent, un spectacle hautement nécessaire. Aline Barbier

Le Tarmac, 159 avenue Gambetta,75020 Paris. Métro St Fargeau
Réservations :01 43 64 80 80

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *