Brumes de printemps

les nuages ce matin/nappent la montagne/mon âme embrumée  

Je suis au monastère de Saorge dans le Parc du Mercantour pour écrire. Veinarde, oui. Je prends dans la Bibliothèque d’abord « Plume » de Michaux,  puis « Austerlitz » de W.G. Sebald  puis « Le Journal de Kafka »… cette bibliothèque rend folle. Elle me rappelle la librairie où m’emmenait un oncle à chacun de ses retours d’Indochine, où il construisait, je crois, des ponts: « Tu as dix minutes pour choisir dix livres » me disait-il, ou quelque chose comme ça. Là j’ai dix jours pour choisir parmi les dix livres élus par chaque écrivain passé par ce monastère. C’est délice et tourment. Tout ce que vous avez toujours voulu lire est là ! Pavese, Proust, « L’art de la joie » de Goliarda Sapienza… Je prends et repose, fébrile. C’est là que Christiane Singer me sourit sur la couverture de « Derniers fragments d’un long voyage »  paru chez Albin Michel en 2007 et qu’elle a écrit les six derniers mois avant sa mort. Je commence à lire, je suis accrochée tout de suite. Elle m’émerveille et m’exaspère. Mais c’est un sacré livre dans tous les sens de l’adjectif.

Je vous offre ce passage (que lui a inspiré une photo souvenir) « Excursion d’été en Tchéquie avec deux fils ! Il en reste comme une poudre d’or sur les doigts ; toute la grâce est là dans le halo d’une après-midi bleutée et dans mon regard noyé de fierté. Ainsi, ce qu’au premier degré nous ne vivons pas, pris que nous sommes au filet des humeurs, se vit dans une profondeur qui ne risque aucune altération (…) Est sauvé depuis toujours ce que nous avons pourtant vécu avec tant de négligence ! Quelle immense compassion a la vie pour nous. »

La dernière phrase  m’énerve un peu mais ce qui précède, quelle belle idée, d’un tel réconfort. Les plus doux moments sont vécus pleinement même si on n’en a pas la conscience et engrangés à un autre niveau; et on pourra un jour les faire resurgir… C’est pas une bonne nouvelle ça ? Merci Christiane.

www.saorge.monuments-nationaux.fr

 

 

4 réponses sur “Brumes de printemps”

  1. quel plaisir de te lire
    mon commentaire est un peu pauvre car je ne sais dire pour le moment que »j’aime ce que tu écris »
    en atelier on me dirait de développer
    pourquoi j’aime ? La photo, la brume, un haiku ?
    j’ai imprimé pôur le relire tranquillement, il me faut le papier

  2. Chère Dane, quelle chance tu as et en plus de nous la faire partager ! tu me redonnes envie de lire, ce n’est pas que je l’ai perdue mais trop d’obligations administratives avec tous mes voyages, qui me font perdre cette envie folle de me plonger une journée avec un auteur. Je vais chercher où se trouve ce monastère de rêve !

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