La mort de Ieng Sary

Après la mort de Ieng Sary, l’un des inculpés du Procès des Khmers rouges, voici deux témoignages transmis par le réalisateur Bruno Carette. Plus d’infos sur son site http://khmersrouges.blogspot.fr/

L’Histoire n’est ni juste, ni injuste. Elle est seulement la résultante d’une confrontation perpétuelle des idées et des désirs. C’est sa force qui fait le mouvement, celui qui emporte nos destins dans sa course vers un lendemain qui n’est jamais écrit d’avance, brisant sur son passage des vies, des rêves et l’amour des êtres qui auraient voulu que la veille eût été écrite autrement, que la justice n’ait jamais à être invoquée. Car lorsque l’on demande justice, c’est que des fautes ont déjà été commises. C’est qu’il est trop tard. Parce que la justice n’est qu’une part, une conséquence de l’Histoire, un sillage fait forcément de sang, de larme et de désolation. La justice, parfois, elle triomphe, parfois elle se trompe et parfois elle échoue, comme c’est le cas ici.

Ieng Sary, s’en est allé, comme l’a fait Pol Pot des années auparavant, sans avoir à rendre compte de cette tragédie qu’ils ont eux-mêmes écrite sur les pages de l’Histoire.

Je n’ai pas de larme, pas de peine, pas de haine ni de rage non plus, même pas de vide. Seulement cette petite envie de dire qu’il faut toujours se relever, qu’il faut vivre debout. C’est le plus grand héritage que m’ont laissé mon père et ma grande sœur. Ieng Sary, lui, ne se relèvera plus, plus jamais, après avoir vécu couché et caché sous la lâcheté, l’incapacité intellectuelle à assumer ses erreurs. Peu importe. Si le tribunal n’a pu le juger à temps, l’Histoire, elle, le jugera, en son temps, pour tout le reste du temps que les hommes auront à vivre. Somanos Sar

Ieng sary est mort le jeudi 14 mars à l’âge de 87 ans. Ma première pensée va aux victimes qui croyaient en lui, et notamment  les Cambodgiens  de l’étranger qui n’ont pas encore pu accomplir leurs deuils. De nombreux Cambodgiens ont exprimé leur frustration au rythme de la cour des Chambres Extraordinaires auprès du Tribunal cambodgien, soutenus par l’ONU. Ils ont peur que les accusés restants disparaissent à leur tour avec leur mystère. La mort de Ieng Say est une sonnette d’alarme. En tant qu’individu, Ieng Sary était borné, brutal, vaniteux, dissimulé, lâche et manipulateur. Comme dirigeant politique, un partisan des idées extrémistes, les plus rétrogrades possibles. Pour lui, la fin justifie les moyens. Il ne voulait pas voir le puissant mouvement  de mutation qui commençait à secouer le monde et notamment celui de la Chine post-révolution culturelle.

Ni humainement ni intellectuellement, Ieng Sary et ses complices ne furent à la hauteur de ce tourbillon de l’histoire de leur époque.  C’est là le drame du Cambodge et de son peuple.Pour beaucoup des familles des victimes des Cambodgiens de l’étranger, Ieng Sary restera dans l’histoire comme l’homme responsable de la mort de mille cinq cents sur mille sept cents d’entre- eux qui sont rentrés au pays à son appel.

Là est sans doute l’un des faits marquant de sa vie. Il serait injuste de le lui dénier. Ong Thong Hoeung

LECTURES. Le Piège Khmer rouge, Laurence Picq – Buchet Chastel- 2013. Pourquoi les Khmers rouges, Henri Locard – Vendémiaire -2013. Un juge face aux Khmers rouges, Marcel Lemonde – Seuil – 2013

 

 

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