Bois d'êtres …

Ne résistons pas au jeu de mot car c’est bien un petit bois d’êtres qui accueille le visiteur pénétrant dans l’atelier de Xavier Dambrine. Les hêtres viennent du bois d’Ermenonville et les personnages debout ont surgi des troncs, amenés au jour par la main du sculpteur armée d’une tronçonneuse. Armée n’est pourtant pas le mot tant la quiétude qui émane de lui et son respect pour le bois qu’il travaille sont à l’opposé de ce vocabulaire. Non, entre l’artiste et la matière, ce n’est pas du tout la guerre …   Tu fais venir à toi (il montre avec un geste des deux mains un mouvement vers l’extérieur); de la même manière que l’arbre pousse en s’élargissant , la sculpture pousse vers toi. Et si tu pars de ce principe, tu en enlèves très peu : tout ce que tu vas faire, c’est pour lui donner l’occasion de s’élargir vers toi. Au départ je me dis : je vais faire deux traces, deux coups de tronçonneuse et ce sera tout !
A la façon de Michel Ange qui disait dégager du bloc de pierre la forme qu’elle contient, Xavier Dambrine a en effet l’impression que  « c’est déjà là » . C’est au fur et à mesure du travail que j’éprouve le besoin de préciser – mais je me retiens de préciser trop parce que le risque c’est de ne plus être dans ça, ce geste vers l’extérieur, qui est au fond un geste métaphysique ; le contraire de ce qu’est l’Occident maintenant (il montre le geste contraire, vers l’intérieur), dans la volonté de contrôle sur l’objet et même sur la nature. Avec ou malgré mon instrument hyper technique, hyper moderne, je suis pourtant en accueil, dans le laisser-venir disent les Orientaux . Reste le raté, l’erreur fatale. Combien en a-t-il brûlé de ces troncs ? « Aucun. Tous les troncs que j’ai ramenés de chez le bûcheron sont ici, aucun n’a fini dans le poêle. Il n’y a pas de droit à l’erreur ou, plutôt, il n’y a que de l’erreur ! Mais quoi qu’il arrive, le bois va s’en sortir, il va me donner quelque chose quand même… Là où j’en suis de mon parcours – et sans doute mon savoir faire permet cette posture – j’ai envie de me mettre en position de vulnérabilité pour qu’il se passe quelque chose. Et j’ai une grande confiance : ça va BIEN se passer. La seule chose que je sais au démarrage, c’est que ce sera un homme ou une femme debout, et à la limite je m’en fiche du genre : ce sera un humain debout . Et c’est déjà tellement énorme. C’est la spécificité de l’homme par rapport aux autres animaux de se tenir debout. Comme l’arbre, notre frère, est le roi des végétaux, nous devrions être le roi des animaux -même si nous ne sommes pas souvent à cette hauteur là. Nous avons les pieds dans la terre et la tête dans le ciel, notre crâne est sphérique comme est la voûte céleste et nos pieds sont relativement plats avec une surface importante par rapport aux autres animaux. La verticale c’est l’axe, nous formons axe : à partir du moment où nous sommes verticaux, tout s’oriente autour de nous ; l’horizontale a besoin d’une verticale pour l’épingler en elle-même. A partir de là, je crée toutes les variations dans les obliques pour faire vibrer cette verticalité.

Et assurément le bois d’êtres vibre : certains centrés sur eux-mêmes, d’autres au contraire s’élançant, en partance …On en prendrait bien un sous le bras et alors, me dit Anne-Marie qui m’accompagne à ce vernissage, c’en serait fini de la solitude ! Allez sur le site de Xavier Dambrine, vous y retrouverez cette série mais aussi tout son travail en plomb et en bronze, porté par cette belle obsession de l’homme debout dans la lignée de Giacometti. Et si l’envie vous prend de traverser l’écran et de rencontrer et l’artiste et ses œuvres, appelez-le au 01 44 51 27 03, tous les matins jusqu’à 13h00. 
www.dambrine.com

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