Eclats …

Un blog comme un miroir aux alouettes – j’aurais besoin de ce miroir-là me disais-je ce matin comme j’écoutais en même temps Finkelkraut sur France Culture interviewant Camille Laurens pour « Romance heureuse » (autofiction, peut-on tout dire ? etc.). En ces temps d’exhibitionnisme médiatique… disait-il en substance. Un blog relève-t-il de cela ? Sans doute peu ou prou mais surtout du besoin d’écrire et bien sûr d’être lu. Ecrire pour panser d’accord mais surtout pour penser, ordonner, mettre de l’harmonie dans la mesure du possible dans le bric et broc, le fatras foutraque qu’est toute vie …
Avec l’idée que des éclats de mica miroitent parfois – et le miroir les reflètent … Ainsi hier soir au Studio de l’Ermitage (bon lieu et petits prix, dans le XXème sur les hauteurs de Ménilmontant, www.studio-ermitage.com ) le concert de Pedro Kouyaté. Ce jeune malien est beau comme un soleil, son musicien saxo donne des frissons, les textes et les musiques sont bourrés de talent, de tendresse et d’une énergie hors du commun. Il a une façon d’évoquer Bamako qui vous fait chaud aussi bien que Belleville ou les bistros parisiens qui réconcilieraient n’importe quel lycéen rageur du 9-3 avec l’idée de la France .
On se battra pour le voir à La Cigale ou ailleurs dans quelques temps qu’on se le dise .
Pour l’entendre : Facebook ou République, ligne 9 , direction Pont de Sèvres… (avec son batteur il vent d’être accrédité par la RATP).

Autre éclat, très noir celui-là, le spectacle de Florence Bermond à L’Epée de Bois, Cartoucherie de Vincennes. Je copie-colle le texte que j’ai écrit pour la théatrothèque ( www.theatrotheque.com)
 » Démocratie(s) »
Brutalité et beauté, sur des textes de Pinter : un spectacle coup de poing

Théâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie de Vincennes
Textes de Harold Pinter
Mise en scène, Florence Bermond
Avec Marie-France Alvarez, Arben Bajraktaraj, Simon Masney, Eric Nesci, Jutta Wernicke-Sazunkewisch
Scénographie Yvan Robin
Lumières et son, Thomas Veyssière et Gabriel Galenne

Hurlements de chiens, grondement d’hélicoptères qui se rapprochent. Une lampe de poche dardée sur nous. Dès le lever de rideau le spectateur sait qu’il ne sera pas ménagé.
C’est la brutalité sèche, nue, on a envie de dire à l’état brut, qui va nous être donnée à voir et surtout à sentir ici, dans cette création de Florence Bermond, une suite de scènes à partir d’un montage de textes de Harold Pinter. Cela se passe n’importe où , chacun mettra le nom qu’il veut sur ces enfers , Auschwitz, Rwanda, Khmers Rouges … Pas d’espoir aucun, pas de psychologie aucune, seule la brutalité. La haine, la cruauté, la perversité du côté des bourreaux. La terreur, l’humiliation du côté des victimes. Les uns et les autres dépossédés de leur humanité.
Florence Bermond est une jeune femme au regard tendre. Pourquoi ce choix, cette violence ? « Parce que la vie est violente dit-elle en souriant. Parce que sans être naïve j’ai l’espoir de secouer, d’éveiller. Le théâtre pour moi doit avoir ce rôle politique, actif, que lui attribuaient déjà les Grecs. Sinon cela ne m’intéresse pas. »

Le spectacle de Florence Bermond peut être insupportable – sans doute le meilleur compliment qu’on puisse lui faire. Il est sans concession aucune, comme l’était « Naître », une pièce d’ Edward Bond montée à La Colline en 2006 . De « Langue de la montagne », l’un des textes repris, Pinter disait qu’il était« bref, brutal et laid ». La création de Florence Bermond est brève, brutale et belle, très belle : la gestuelle – la jeune femme a fait douze années de danse – des corps meurtris, cassés, violentés, corps qui tombent et retombent et retombent encore mortellement atteints ; l’efficacité du décor – gravats, restes calcinés d’on ne sait quoi, tas de vêtements qui ne sont plus que chiffons ; la recherche musicale et le bruitage – le son d’une pluie diluvienne qui s’abat donne physiquement la sensation d’une détresse absolue. Le tout porté par cinq acteurs magnifiques : leur jeu est nourri, explique Florence Bermond, par un gros travail d’improvisation et par leur histoire personnelle (surtout quand ils viennent d’Allemagne, du Congo, du Kosovo).
Ce spectacle peut être insupportable. C’est une des raisons d’y aller.
Dane Cuypers
Infos pratiques
Jusqu’au dimanche 31 octobre 2010
Vendredi à 19h00, samedi à 21h00, dimanche à16h00
Theâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre,
métro Château de Vincennes et bus 112 arrêt Cartoucherie
Réservation : 01 48 08 39 74

PS Le feuilleton de « La minute épique et hippique » continue sur France 3. C’est toujours aussi niais, aussi mal fait … un régal ! Je rappelle le principe : une jeune femme qui joue les cruches donne une définition débile d’un terme hippique aussitôt corrigé par un spécialiste : Mais non ! Marie-Odile vous avez tout faux : le « canon » n’est pas le terme employé pour parler d’une pouliche très attirante, c’est la partie de la jambe longue et fine du cheval qui peut être protégée par des guêtres. « Ca leur fait une belle jambe ! » pouffe alors Marie-Odile. « Cela me fait une belle jambe ! », c’est ce que j’avais dit à un jeune homme qui m’avait complimenté sur ma chute de nez, pensant qu’il se moquait car je trouvais mon nez trop long… Mais j’avais 20 ans et je ne passais pas à la télé.

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