Canicule et Siberic

Canicule et Siberic… c’est le titre d’un livre que mes enfants adoraient. L’histoire du frère et de la sœur qui dorment dans la même chambre : l’un des deux, le garçon bien sûr ! (oui je sais chère Elizabeth Badinter je ne suis pas très féministe en parlant ainsi) a toujours chaud, la fille a toujours froid. Ils passent donc leurs nuits dans des rêves assez éprouvants où l’un étouffe et l’autre se gèle, et, sans sortir du sommeil , chacun à son tour se lève et va ouvrir ou fermer la fenêtre.
Eh bien je vis la même chose dans la salle de gym tous les mercredis soirs. La salle ? En fait un gymnase peu chauffé, à plafond très haut – assez crade de surcroit mais ce n’est pas le problème, les cours donnés par Les Joyeux Trotteurs des Buttes(sic) sont formidables. Je ne les rate pour rien au monde. Las ! l’hiver je vis le martyr … L’une des fans de ce groupe de gym, en nage à peine les premiers échauffements terminés, va subrepticement ouvrir une des fenêtres. Je suis là ahanant mais fière de moi quand petit à petit je sens un air froid se glisser le long de mon échine.
Oui ! je sais il n’y a que moi qui sens le pernicieux filet glacé. Je me tourne vers la réchauffée et vers l’objet du délit que j’aperçois instantanément : un gant ou un journal qu’elle a coincé pour maintenir la fenêtre ouverte sans que cela ni se voit ni ne se sente trop Je la foudroie du regard – le cliché dit vrai : elle s’effondrerait comme les twin towers si mon regard était agissant – et d’un ton que je veux très calme je lui demande de fermer la fenêtre car il « fait quand même dehors un froid de loup! » Elle me pulvérise mentalement à son tour, soupire bruyamment et obtempère.
La scène se reproduit chaque mercredi. Jusqu’à ce que, un soir, à la fin du cours, dans la louable intention de trouver un modus vivendi, je m’avance vers elle et lui lance, façon boutade, qu’on est toutes les deux aussi pathologiques, l’une sur le froid, l’autre sur le chaud. Elle ne me laisse pas le temps d’enchaîner sur Canicule et Siberic. Ulcérée elle hausse les épaules : « N’importe quoi ! » balance-t-elle ulcérée avant de me tourner le dos. L’état de rage dans lequel elle me laisse en dit long, d’une part sur mon avancement sur le chemin de la sérénité … d’autre part sur les extraordinaires potentialités conflictuelles de l’homme – enfin dans le cas présent des femmes !A nouveau pardon Elizabeth Badinter. Tiens, peut-être que sous une burqa j’aurais moins froid.

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