Délices et désastres métropolitains

Dans le métro, ligne 11, une petite fille de 7 ou 8 ans, manteau- tulipe rouge en velours, béret assorti, minois dessiné au pinceau, yeux transparents, grande feuille de marronnier ocre à la main. Régal des yeux. Elle descend avec sa maman sortie elle aussi d’un conte de fées. Un type monte, bien imbibé, qui agresse une petite nana tranquille dans son coin en la traitant de sale arabe. Un gars, visiblement d’origine arabe, se lève et attrape l’autre au collet. Je tente de le calmer, de lui dire qu’on s’en fout de ce pauvre mec. En vain. Un troisième type, bien dans ses baskets a priori, s’interpose. Ouf. Je change de wagon.

Le lendemain, toujours ligne 11, tout le monde SANS EXCEPTION JE LE JURE est habillé en noir (sauf moi étouffant derrière ma mini burqua bleue en forme de masque ). Une femme , la soixantaine, a l’air si tendue, si inquiète que je suis épuisée à seulement la regarder. Monte un musicien qui se lance dans une samba je présume, je n’en sais rien et je m’en fous Ce que je sais c’est que cette gaieté imposée achève de plomber l’ambiance. Je fantasme : le payer pour qu’il se tire, lui demander de l’argent pour le supporter. Je me sens féroce. Petite honte. (Mais comme dit le père d’une que je connais bien : un coup de honte c’est vite passé…) Station suivante monte une baraque. L’odeur instantanément. La jeune femme qui se retrouve derrière lui fronce le nez dégoûté. De la poche de son blouson en cuir dépasse une bière. Sa peau épaisse, tannée et deux énormes sillons qui partent du nez lui font une tête de félin. Il a du être très beau mec mais Dieu qu’il pue. Je pense à ce livre que je suis en train de lire «Les saisons de la nuit » (en poche) de Colum McCann, bouleversant roman sur des hommes vivant dans un tunnel du métro de New York. L’empathie de l’écrivain – il a du passer des heures avec eux – est extraordinaire. Chapeau !

Colum McCann a récemment publié « Et que le vaste monde poursuive sa course folle » (Belfond) , superbe récit polyphonique qui se passe également à New York. Le fil qui relie les voix du roman est celui que tendit le funambule français Philippe Petit en 1974 entre les Twin Towers.

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