Ode au Vieux-Port

 

Photos Aline Barbier – 2017

Ce matin mon petit chat est mort, et j’ai quitté le Vieux-Port. En me laissant glisser sous terre pour prendre le métro, j’ai eu l’impression que le ciel se refermait. Fripon n’est plus et je dois te quitter, mon petit coin de terre et de mer, qui nous a accueillies, moi et ma famille, il y a exactement quarante ans. Mon drôle d’accent d’étrangère s’est fondu dans celui fredonné par la foule bigarrée, mon accent que j’ai choisi, comme on choisit la couleur que l’on porte le plus souvent. Et je me suis attachée à jamais à ton port, fiévreux, venteux, généreux, chaleureux. Ici, je me sens chez moi et ailleurs, je suis moi et autre, française, juive, arabe, grecque, italienne, espagnole, parce que, bouche qui aspire le cœur du monde, tu me parles de Carthage et d’Alexandrie, de Jérusalem et d’Alger, de Naples et de Tanger. Tu es née des épousailles de la vague et du rocher, fécondée par le sel et la rêverie d’un Dieu pirate qui cherchait un coin pour jeter l’ancre et couler des jours heureux devant le spectacle des hommes.
Comme une huître lovée autour de sa perle, le Vieux Port, tu es rocaille nacrée abritant amoureusement la chair aux couleurs pastel, crème, vert pâle, ocre jaune et rose, de la ville qui grimpe sur les collines pour porter plus haut les odeurs de sel et de poisson, pour que les cris des mouettes et des pêcheurs s’offrent en hommage à l’air bleu et jaune – celui qui a inventé l’insulte idiote « marchande de poissons » ne s’est jamais arrêté ici. Et tu m’émeus, surtout à l’heure indécise où le ciel tombe dans l’eau, hésite et efface l’horizon, quand les mâts tremblent comme leur reflet, et que tout est rose, mauve et blanc.

Et maintenant que le train fuselé pénètre l’autre ville du nord, écrasée de nuages, les paupières lourdes, traversée par les reflets de ferrailles et de pierres grises et beiges, je me laisse envahir par ton absence, j’écoute en moi la vague soulever régulièrement mon ventre.
Joëlle Naïm, artiste, auteure, traductrice
Publié dans Etoiles d’encre, Sous le signe du multiple n° 49-50, mars 2012

 

atMOTsphere…

L’atmosphering est une discipline nouvelle consistant à créer une atmosphère numérique qui pousse à certains comportements.  (Idées Le Monde – Samedi 30 décembre 2017). Ouh quelle horreur ! Tout le contraire de ce blog AtMOTsphère qui espère vous faire réagir, refuser, rêver, dériver… Vos commentaires sont attendus en 2018 :  cliquez sur le titre de l’article qui vous chiffonne (ou vous emballe …)

Photo Aline Barbier

 

 

Que cette année 2018
vous soit douce, douce, douce !

Photo Aline Barbier – 31 décembre 2017

 

 

Ecoutez, c’est moi, le port de Marseille, qui vous parle. Je suis le plus merveilleux kaléidoscope des côtes. Voici les coupées de mes bateaux. Gravissez-les.Je vous ferai voir toytes kes couleurs de la lumière; comment le soleil se lève et comment il se couche en des endroits lointains. (…) Montez ! Montez ! Je vous emmènerai de race en race. (…) Je vous conduirai vers toutes les merveilles des hommes et de la nature. (…) Je vous ferai voir des oiseaux qui plongent et des poissons qui volent. Embarque-toi embarque-toi !  (Marseille, Porte du Sud, Albert Londres. 1927)

Le Vieux-Port balançant l’angoisse des mâtures,
Et l’odeur des oursins,
Et l’électricité rutilant en cassures
Sur le comptoir de zinc
Soir du Vieux-Port.
Louis Brauquier

Photo Aline Barbier – 31 décembre 2017