Mon Morin à moi !

8 juillet 2021- Qu’il ait 99 ou 100 ans peu m’importe. Il est le même et je l’aime… Mais cet anniversaire donne à lire,  à voir et à entendre Edgar Morin  encore plus que d’habitude et c’est tant mieux*. D’abord la reconnaissance fut longue à venir, et qu’elle soit spectaculaire n’est que justice, ensuite plus ce qu’il  à dire sera entendu, mieux ce sera. Je l’ai interviewé il y a dix ans et nous sommes  restés en relation par mail (c’est moi qui le sollicite bien sûr mais il me répond toujours avec une grande gentillesse). Il fait partie de mes re-pères comme je l’ai déjà dit sur ce blog. Tout ça je l’ai raconté dans un livre Avec toute mon admiration où j’ai réuni les textes que m’ont inspirés les grands entretiens que je faisais pour L’Actualité des religions (devenue Le monde des religions). Je mets ci-dessous le début du chapitre sur lequel je renvoie*

Edgar Morin, un drôle d’oiseau…
 Il est celui qui m’a le plus marquée : travail acharné, exaltation, panique, plaisir, re-travail acharné, chaos, découragement, construction, effort, plaisir… je suis passée par toutes les étapes classiques pendant  ces quelques années où, vaille que vaille, je rédigeais chaque mois une longue interview pour L’Actualité des religions ; mais avec Edgar Morin ce fut du force 13…  Son regard étincelant d’intelligence, qui reste le même au grand âge, sa moue sceptique, amusée, quoique tendre, sa voix bien timbrée, chaleureuse, quoique légèrement métallique, ne m’ont plus jamais vraiment quittée après l’entretien. Je le croisais sur mon écran de télé chez Taddei ou dans les pages du Monde et, parfois, dans la foulée,  je lui envoyais un  mail qui ne demandait pas de réponse. Il répondait, parfois . Il faisait partie de mes références. Et de mes fiertés aussi. J’avais interviewé Edgar Morin. Oui !
Un souvenir vivant. Grands dieux, tellement vivant.

Je suis au café des Phares place de la Bastille. En avance. Très. Mon sac chargé de docs pèse lourd. Pourquoi tout ce fatras ? Je compte faire quoi ? lui réciter mes notes ? J’ai mon grand bloc avec mes questions, au moins ? oui je l’ai. Je les relis ? Non. Je n’en peux plus. J’ai mal au ventre. Un peu. Comment est-ce que je vais m’en sortir ? Bien, naturellement. Je suis bétonnée. J’ai tout lu. Enfin non. Pas La Méthode, la fameuse pensée complexe, son grand-œuvre. Mais j’ai lu sur La Méthode ; c’est bon, ça va. Déjà, j’en sais trop : même pas la peine que je  le vois. Non je déconne… Un  café allongé, oui merci. J’irai me laver les dents aux toilettes après, avant. Bref.
Il faisait doux.  C’était l’automne 1999.
J’ai hâte que l’heure arrive maintenant. Je suis dans  une telle tension.  Fin prête: tout est dans ma tête ; il n’y a plus que ça dans ma tête : ce qu’a écrit Edgar Morin. Ce bonhomme m’a complètement envahie : plus d’enfants, plus de problèmes, plus de projets, plus de souvenirs. EDGAR MORIN ICI ET MAINTENANT..

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Edgar Morin

Sur Artetv, un très bon film,, Edgar Morin – Journal d’une vie. Jean-Michel Djian réussit à nous montrer l’essentiel d’une vie bien sûr, mais aussi des facettes plus rares de cet homme à la fois complexe comme  sa pensée et très proche de chacun de nous.
Sous le charme je n’ai pas pris de notes. Juste ceci qui m’a ravie :  » Le structualisme, cette époque de crétinisation intellectuelle !  » . Qu’il dise ne pas pouvoir  mener un travail intellectuel ‘d’envergure sans être en même temps dans une combustion amoureuse. Et puis ce commentaire de son ami Régis Debray se félicitant que  Morin soit en vieillissant de plus en plus séduisant :   »  » « l’émacié lui va mieux quel le rondouillard » ! C’est  vrai…


Un drôle d’oiseau !

Cher Edgar Morin, bien désolée de ne pas avoir signalé à mes fidèles lecteurs l’interview que vous avez donnée à Hélène Fresnel de Psychologies de septembre 2019. Le numéro traînait sur un fauteuil et je ne savais pas que vous nous attendiez avec une superbe « accroche » en guise de titre : « A 98 ans la perspective de la mort s’éloigne« . .. Comment vous résister ? Résister à votre gaieté, votre humour, votre tendresse, votre intelligence mâtinée de naîveté ? Pourtant vous parlez d’angoisse et cela fait des siècles que vous tirez des sonnettes d’alarme  : dégradation de la biosphère, multiplication des armes nucléaires, économie dérégulée, source de grandes inégalités. Oui ! mais il y a « les forces de participation, d’enthousiasme, d’émerveillement, d’amitié, d’amour.  » Et donc elles vous habitent et vous font dire sans tergiverser : « Jusqu’à l’âge de 90 ans, j’avais le sentiment que ma disparition était proche. Mais comme les années se succèdent, je me suis habituée à rester vivant. « J’adore ! Alors certes vous regrettez toujours  que votre « pensée complexe » à savoir le croisement des connaissances, une autre façon de connaître la réalité, reste ignorée : Je suis dans une situation paradoxale, à la fois célèbre et totalement méconnu. Mais vous avez tant de fans dont je suis sans réserve. Votre dernier livre Les souvenirs viennent à ma rencontre (Fayard) va les enchanter .

Vous pouvez aussi, chers amis du blog,  lire le chapitre que j’ai consacré à Edgar Morin à la suite de nos rencontres  paru dans Avec toute mon admiration
Edgar Morin, un drôle d’oiseau, page 59