Livre ouvre- toi !

Je me moquais ci-dessous des bons plans … A la vérité,  le matin je consulte assez frénétiquement  les nouvelles propositions sur le net.
Bref je suis débordée … D’autant que ma connexion est très capricieuse. Voici ma dernière sélection  qui propose un choix de dix livres gratuits très alléchant
https://quefaire.paris.fr/104417/6-beaux-documentaires-a-voir-sur-bibliotheques-paris-fr ( Que pour les Parisiens )
D’autant que je n’ai que trois livres avec moi dont un Sollers –  que j’aime beaucoup vous le savez, je vous en ai parlé il y a quelques jours. Voici encore un extrait de Mouvement, paru en 2016, bien adapté à la situation

La grande pièce où vous travaillez est tapissée de livres. Ils vous attendent le matin, très tôt. Pas un bruit, l’appartement est vide. Vous débranchez votre téléphone, vous vous asseyez à votre table, vous vous concentrez, vous ne faites rien. Ca peut durer dix minutes ou une heure, parfois la matinée entière. Ne rien faire est toujours une joie.

Ne rien faire n’est pas mon fort. Sollers m’énerve un peu avec sa « joie » ! Deux paragraphes plus loin, c’est autre chose. Il a écouté ce que lui disait sa bibliothèque et laisser sa main prendre un livre L’oracle de Delphes. D’habitude ça marche mais là non « pas de vieux grecs aujourd’hui ». Du coup il reste « sec ».

Vous réconcilier avec Apollon ne sera pas facile. Vous n’avez pas de laurier sous la main, Pindare n’a rien à vous dire, Hölderlin boude, Hegel est distant, Homère lui-même a mis son doigt sur la bouche. Décidément tous les livres font grève aujourd’hui, y compris, c’est un comble, la Bible. Les poètes se taisent, la musique ne veut pas de vous, la peinture s’absente, votre partenaire d’amour se dérobe. Vous essayez le chinois ? Rien. Le sanskrit ? Rien. Le vieux français ? Rien du tout. Shakespeare? Surdité complète. Vous êtes enfermé en enfer.
Vous essayez de dormir, mais le sommeil, au lieu de vous reposer vous fatigue. Vous marchez pendant une heure, aucun effet. Vous prenez trois bains chauds, aucune détente.  Vous vous enivrez, résultat très lourd (…)
Bien sûr quelques paragraphes plus loin encore, ça s’arrange :
Et, soudain, tout se calme. Vous sortez dans la nuit, vous revoyez les étoiles, vous sentez qu’Apollon vous a pardonné. (…)

Nonobstant le fait que nous ne parlons pas tous avec cette aisance à  Apollon, ni même à Pindare ou Hegel (quant à la Bible en ce qui me concerne, une allergie absolue), ça rassure cette panne de Sollers.
Encore un petit extrait sur les livres :
La bibliothèque tarde à reprendre ses propositions magnétiques. Pourtant elle sait que je lui reste fanatiquement fidèle, que je ne me soumets pas à Allah ni aux nouveaux dieux tout puissants, Facebook, Google, Yahoo, Amazon. Les croyants de Facebook sont déjà 1,49 milliard ( et sûrement bien plus en ces temps de confinement NDLR). Tous ces gens pressés et décervelés adorent des idoles, mais je reste ferme, les seuls vrais dieux sont des livres, un certain nombre de livres agissent comme des dieux.

En lien mon livre Avec toute mon admiration avec un chapitre  consacré à Philippe Sollers :
Avec toute mon admiration

Egalement dans ce livre une interview de Jean Daniel, jamais parue ailleurs, donc quasi inédite, en écho avec le « A voix nue » cette semaine sur France Culture tous les soirs à 20h00 où il s’entretient avec Jean d’Ormesson. Ce sont deux hommes délicieusement intelligents et tendres  qui nous racontent  70 ans ( émission enregistrée en 1996) de vie.

 

Correspondances

Je pars en cata, comme beaucoup, dans une maisonnette – refuge de rêve prêté par des amis de La Pointe rouge à Marseille. J’emmène n’importe quoi dans ma ou plutôt dans mes valises et je me souviens une fois encore de Marie au Cambodge partant avec ses trois enfants pour fuir les Khmers rouges. Une heure pour choisir : nourriture, médicaments, bijoux, fringues, crèmes… Je l’ai déjà écrit sur ce blog je crois mais c’est vrai que ça m’avait remuée autant que des choses bien plus terribles dans son récit. (Tourments et merveilles en pays khmer. Actes Sud). Bref j’attrape des livres qui trainent depuis des semaines, des mois. Parmi eux Mouvement de Philippe Sollers (Gallimard) lu aux trois quart. Dans la maisonnette je le feuillette. Décidément j’aime cet écrivain pourtant si souvent hermétique. Je vous livre des morceaux choisis assez en accord me semble-t-il avec l’air du temps.
C’est de Wen Zhengming … sous la dynastie des Ming

Dix jours loin des affaires du monde
A me promener devant ma fenêtre
La lumière du soir succède à la bruine,
Le froid s’attarde sur les terres brumeuses,
Au réveil le café prend une saveur nouvelle
Dans ce calme, les livres ont un sens plus fort
.

Sollers a, précise-t- il, simplement remplacer thé par café

Autre morceau choisi, en fait sans lien avec notre présent sauf que cela traite du passage des saisons et se déroule encore en Chine. Et puis j’aime ce genre d’affirmations péremptoires…

Le pin, le prunier, le bambou, le chrysanthème sont subtils, endurants, indépendants. Les oiseaux qui leur correspondent sont les goélands, les aigrettes, les oies et les canards sauvages. On passe du parfum discret de l’hiver-printemps au parfum tardif de l’automne. La grande fleur concurrente et éclatante est, bien entendu, la pivoine, qui, elle, est comparée au phénix ou au paon. Qui n’a pas vu un massif vibrant de pivoines, en sortant de la visite, en Chine, d’un tombeau froid de l’époque Han n’a rien vu.
Que celles et ceux qui ne sont jamais tombés en pâmoison devant des pivoines quittent ce blog ! Non je plaisante. Vous n’êtes pas assez nombreux pour que je vous vire …

Commentaire de Théi
Je peux rester sur ce blog car je suis tombée en pamoison devant les extraordinaires pivoines du jardin de bagatelle il y a quelques années et je continue d admirer une pivoine arbustive que j ai plante à auriac en 2011 t qui a mis six ans pour donner sa première fleur . Rose , veloutée, charnue j ai joui de ce jaillissement de beauté…