La Recherche des cieux …

Ce soir de mars, ciel couchant par la fenêtre, orange et bande gris sombre en bas, orange phosphorescent puis doucement se dégradant jusqu’à se fondre en trainées ocre très pâle surmonté d’ une écharpe bleue, elle-même balayée d’une ligne rose pour finir tout en haut  par un évaporé fauve traversé par des oiseaux… Pas la peine d’insister, écrire les ciels je ne sais pas faire. Je recherche le passage de Proust écouté il y a quelques jours sur le site de la Comédie française ( formidable initiative que cette Recherche lue par les comédiens, je le re-souligne) qui consacre des lignes sublimes aux ciels de Balbec. Je ne le retrouve pas …
Ces cieux-là sont ceux d’Arenc-Le Silo à Marseille et la tour est l’oeuvre de Zaha Hadid que je vois de moins en moins, dévorés qu’ils et elle sont par des immeubles en construction. L’un d’entre eux fera 19 étages. Celui qui entre pratiquement dans mon appartement ! en compte 10,  soit la taille d’un arbre de 32 mètres ,si  j’en crois Laurent Tillon  qui a lié depuis des années amitié avec un chêne de cette envergure ( Etre un arbre. Actes Sud). N’y pensons pas… le printemps arrive.

Bulles devant l’hôtel de ville de Marseille et sequoia à Murol dans le Puy de Dôme. Photo Benoit Jolion-Ben David.

Pousser la porte de « La Recherche » …

Toutes celles et toux ceux qui ne sont pas  entrés dans l’univers de Proust ou n’y ont fait que de timides incursions et s’en lamentent … se saisissent de toutes les occasions pour enfin  pousser   cette porte de La Recherche. En voilà une  offerte par Jean Bellorini qui, après Hugo, Dostoïevski, Rabelais, met subtilement en scène l’ une des plus belles langues de notre littérature. Sur le plateau du Grand théâtre de La Criée, un narrateur (Guillaume de la Guilllonnière) écoute une femme âgée (Hélène Patarot dont c’est l’histoire) ) se remémorer son enfance et  les traumatismes de son exil d’Indochine – très joli moment où elle évoque sa madeleine à elle, l’odeur et la saveur des nems. Peu à peu, son récit et le verbe proustien se mêlent, « et Marcel Proust dit la vérité d’Hélène Patarot » écrit justement Christine Friedel (Théâtre du blog). Tous deux ont adoré une grand-mère et s’en souviennent :   beaucoup de nous, spectateurs, sont alors soudain touchés et entrainés sans effort  au cœur du récit.
Le metteur en scène écrit :
Ce spectacle devait rendre hommage au théâtre que j’aime, il rendait donc hommage à tous les fantômes dont chacun est fait, tous les êtres chers qui ne sont plus. On est constitué de ce qui ne nous appartient plus. Après des passages sur la tendre relation de Proust à sa mère, c’est donc ceux sur sa grand-mère et particulièrement sur sa mort qui nous sont donnés. « La vie en se retirant venait d’emporter les désillusions de la vie. Un sourire semblait posé sur les lèvres de ma grand-mère. Sur ce lit funèbre la mort comme le sculpteur du Moyen-Age l’avait couchée sous l’apparence d’une jeune fille. Ce n’est qu’un plus tard que l’adolescent réalisera brutalement que sa grand-mère si chérie  est morte et ressentira enfin l’énorme chagrin de sa perte.  « Car aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du coeur.  »
Photos Pascal Victor

Un instant. D’après A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.
Jusqu’au 16 mars 2019. 20h00. La Criée, 30 quai de Rive Neuve, 13007 Marseille. 04 91 54 70 54 – www.theatre-lacriee.com
Avant ou après le spectacle écouter en podcast une belle interview de Jean Bellorini sur France Culture en cliquant sur Bellorini.