La vera viva vita

Patrick Coulomb auteur et éditeur, a écrit un beau papier sur Philippe Carrese qui vient de mourir. Je m’étais promis de lire les romans d’un des piliers de « Plus belle la vie » pour mieux comprendre Marseille (sur laquelle je travaillais en écrivant Marcel Pagnol-Albert Cohen : une amitié solaire), Marseille  « qu’il aime tant et qu’il déteste aussi. » Philippe Carrese : réalisateur, dessinateur, musicien … et homme d’une extrême gentillesse. C’est dit et bien dit dans cette page de La Provence du 7 mai par quelques uns de « la tribu Carrese ».  Et c’est ce que j’ai vivement ressenti en discutant un moment avec lui lors d’une petite soirée chez l’éditeur David Gaussen. Hier, j’ai regardé (replay du 6 mai sur France 3) son documentaire « Marseille, l’italienne », trace des origines napolitaines d’un vrai Marseillais. Et je me suis délectée.

. Il y aura un mois le 16 mai que Marie-Bélen a été tuée d’un coup de couteau pour un téléphone portable à l’entrée de la station Timone à Marseille. J’ai lu ou entendu qu’elle travaillait (pour un mémoire, me semble-t-il) sur le thème du rouge à lèvres, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir de fortes convictions féministes. Bouleversant.

. La vie n’est pas une autobiographie (Galilée, lignes fictives) , le dernier livre de Pascal Quignard  je ne l’ai pas lu, mais la critique de Bertrand Leclair (Le monde des livres, 3 mai 2019) m’en donne grande envie : La biographie est une construction toujours rétrospective à quoi tout échappe de ce que les Romains appelaient la vera vita viva, la vraie vie vive – qui est bien ce dont veut ici témoigner l’écrivain en écho à une merveilleuse citation de T.S. Eliot : Nous n’avons existé que pour cela/qui n’est pas consigné dans nos nécrologies.  Me revient en mémoire une séance  « Biographèmes » (une proposition d’Aleph Ecriture d’après Roland Barthes),  que j’animais en atelier. Il s’agissait de  faire un portrait loin des  repères conventionnels ( études, carrière, etc), avec des gestes, un timbre de voix, des marottes … Les jeunes journalistes que je faisais travailler rédigeaient des portraits magnifiques, souvent de leurs grands-parents.
Il n’ y a que les proches de Marie-Belen et de Philippe Carrese qui connaissent leur vera vita viva.

. Extrait d’un texte fameux de Philippe Carrese écrit en 2006 en entier en cliquant : « J’ai plus envie »J’ai plus envie d’entendre les mots « tranquille » « on s’arrange » « hé c’est bon, allez, ha » prononcés paresseusement par des piliers de bistrots.
J’ai plus envie de ce manque de rigueur élevé en principe de vie.J’ai plus envie de l’incivisme, plus envie de la médiocrité comme religion, plus envie du manque d’ambition comme profession de foi.
J’ai plus envie des discours placebo autour de l’équipe locale de foot en lieu et place d’une vraie réflexion sur la culture populaire. J’ai plus envie non plus de me tordre à payer des impôts démesurés et de subir l’insalubrité à longueur de vie.
J’ai plus envie de m’excuser d’être Marseillais devant chaque nouveau venu croisé, décontenancé par sa découverte de ma ville… Ma ville !
Tout le texte :