Regain, le goût du bonheur…

Les ruines du village d’Aubignane aujourd’hui

Cinéma Le Pagnol, Aubagne, 10 avril 2019

Dans la salle, on rit beaucoup, de très bon cœur, et on commente aussi. C’est joyeux, chaleureux, familial. Car ce soir les spectateurs ont presque tous une histoire avec le héros, le génie, le chantre d’Aubagne,  j’ai nommé bien sûr Marcel Pagnol. A commencer par Josée Boutin, Présidente des Amis de Marcel Pagnol, racontant que Paul, le petit frère de Marcel, le berger,  venait chercher du fourrage à la ferme de ses grands-parents sur la route de La Treille. Ce soir on assiste à la première projection de Regain depuis vingt ans.
Tiré d’un roman de Giono, c’est peut-être le plus beau film de Pagnol ; en tout cas, loin de toute mièvrerie, il est porté par un ample souffle lyrique qui remue profondément. Un film sur le goût du bonheur, dira Floryse Grimaud, créatrice des événements Marcel Pagnol à Aubagne, en ouvrant la séance, un film écologique avant l’heure selon Nicolas Pagnol, qui, depuis quelques années s’est fait le gestionnaire de l’œuvre de son grand père. Les deux thématiques se rejoignent. Les miches de pain dans les mains de Panturle qu’il apporte à sa femme sont une ode à la joie. « Et le blé qui va pousser, « c’est celui du coin pas celui de Monsanto, insiste le petit fils. Mon grand-père cherchait toujours des propriétés où il pourrait être autosuffisant. Ses valeurs : l’eau, les forces telluriques, la vie en communauté qui se forge dans le travail ensemble. » Il rappelle aussi que la musique du film est  signée Arthur Honegger qui vint s’inspirer sur les lieux mêmes. Et forme le rêve un peu fou qu’un jour cette symphonie résonne dans les collines… Autre projet, la reconstruction du village d’Aubignane (à deux lettres près c’est Aubagne), le village qui forme le décor de Regain, un village en ruines – puisque l’histoire est celle de l’exode rural -,  de vraies ruines conçues par le maçon et ami de toujours, Marius Broquier, et qui ont en partie défié le temps.

Nos deux passeurs de mémoire auraient encore mille choses à dire. Floryse cite un extrait du livre de son père,  Lucien Grimaud, Histoires d’Aubagne, où Pagnol, un après-midi torride de juillet 1937, année du tournage, entre dans la chapellerie Négrel à Aubagne pour trouver des couvre-chefs, des casques coloniaux ! à son équipe. Quand Maria Négrel lui déclare « C’est moi qui vous ai reçu quand vous êtes venu au monde », il est d’abord sceptique. Mais la sage-femme sort un registre coincé entre deux piles de cartons à chapeau. « Parlez-moi de ma mère, lui dira alors Pagnol ému aux larmes : je l’ai perdue encore enfant ». Quant à Nicolas Pagnol il nous recommande avec une belle ardeur la BD des Pestiférés (Eric Scotto, Serge Stoffel, SamuelWambre) paru chez Bamboo. Tirée d’une nouvelle inachevée dans Le temps des amours (publié à titre posthume), elle narre, dans le cadre de la peste qui ravagea la Provence en 1720, la lutte d’un petit groupe solidaire. La fin, passée de bouche à oreille dans la famille Pagno,l est enfin dévoilée…

Mais silence!  Sur le grand écran les images restaurées de Regain– un investissement de 210 000 euros aidé par le département et la région – nous offrent un noir et blanc éblouissant. Revivent dans tout leur éclat le truculent Fernandel ahanant derrière sa bricole, Orane Demazis marchant sans le savoir vers son homme, Gabriel Gabrio dont la désarmante tendresse nous inonde…

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Pagnol à la mode Picouly…

Samedi 27 octobre, deuxième « Dictée Marcel Pagnol »  à Aubagne concoctée par l’écrivain et animateur de télévision Daniel Picouly avec la complicité de Nicolas Pagnol sur le projet de Floryse Grimaud. Floryse qui a d’emblée convoqué les mânes de François-Urbain Domergue – né à Aubagne en 1745 grammairien et Académicien français- comme Marcel Pagnol.  Ce « grammairien patriote » défendait la langue française comme la langue de la Liberté, oeuvrait pour un enseignement identique pour les filles et les garçons et pensait que le premier devoir de l’Etat était l’éducation de tous !
Malgré une pluie battante qui plongeait même Garlaban dans les brumes, 250 personnes – petits et grands – sont venues se mesurer aux pièges de « Maître Picouly ». A partir du texte emblématique du  Château de ma mère , passage de « Lili des Bellons », l’écrivain en bon auteur de  La faute d’orthographe est ma langue maternelle , a créé une dictée redoutable – aimez-vous la couleur ponceau ? mîtes-vous jamais les pieds dans un hallier spinescent ? connaissez-vous les champignons japonais shiitakés– et  drôle comme ces vents sirocco et harmattan privés de désert … Le but de cette joyeuse bien que studieuse effervescence étant de s’amuser et de goûter la richesse de notre langue dont la littérature est garante. Le soir même les lauréats recevaient leurs prix … et leurs corrections !!! L’épreuve est sur le site ci-dessous pour vous tester à votre tour un dimanche familial entre la poire et le fromage. Qui sera le meilleur : le collégien Julien ou pépé Raymond ?
http://www.aubagne.fr/fr/services/sortir-se-cultiver/evenements/2018/la-dictee-de-marcel-pagnol.html

 

Fin d’été en beauté …

Au bout du fil. Ce week-end des 15 et 16 septembre, poésie, fantaisie, rêverie, magie … les mots reprennent leur sens (on les met tellement à toutes les sauces) dans un ciel tantôt azuréen tantôt pommelé (qui, chacun le sait, sont comme les femmes fardées de courte durée !) , décor changeant au gré du vent pour le ballet si léger des merveilleux cerfs-volants. Oui sur le parc balnéaire du Prado, pour la 33ème édition de cette Fête du vent qui attire des milliers de Marseillais, il y en eut pour tous les goûts et pour tous les âges sachant que le seul âge ici vraiment requis est celui de l’enfance. En se baladant, on tombe sur l’affichage d’un poème qui fait resurgir de notre mémoire cette joie immense de faire voler son cerf-volant, mâtinée d’une frayeur délicieuse …
(…) Les enfants
Mènent paître leurs cerfs-volants
Parfois sans prévenir
Ils franchissent une rivière,
Tant la liberté leur est chère.
Au bout du fil d’un cerf-volant
Il y a toujours un enfant.
Et de source bien informée,
Généralement on admet
Qu’on ne le revoit plus jamais
                                                                                            Bernard Lorraine .

 De l’argile, des mots, des images
Poésie, fantaisie, rêverie, magie, on se la joue « éloge de la paresse » et on reprend les mêmes mots pour parler de la naissance ce vendredi 14 septembre du nouveau Petit monde de Marcel Pagnol à Aubagne. On a raison car c’est bien de ça qu’il s’agit ici aussi. Et particulièrement de l’esprit d’enfance pour plonger dans l’univers de Pagnol à hauteur de santon,  un univers minuscule où pourtant tout est là, Bar de la marine, collines, Garlaban… et où ils sont tous là : Augustine, Joseph, Lili des Bellons, Manon… et leurs acteurs Raimu, Fernandel ,Vincent Scotto, Daniel Auteuil…
Tout a commencé en 1974 : Lucien Grimaud adjoint au maire eut cette bien belle idée de marier l’argile à l’univers de Pagnol. Avec Georges Berni et Georges Sicard ,ainsi que les santonniers qui ont répondu à leur appel, « Le petit monde de Marcel Pagnol » était inauguré dans l’ ancien kiosque à musique sur l’esplanade Charles de Gaulle. Idée qui contrinua à faire de la ville l’un des lieux les plus fréquentés du département : 300 000 visiteurs par an arpentant le territoire de Pagnol et de son oeuvre ,dont 60 000 pour Le petit monde

Mais le bâtiment avait vieilli, il n’était plus aux normes  : démoli puis reconstruit sur les hauteurs historiques d Aubagne, dans l’atelier de Thérèse Neveu, pionnière de la tradition du santon, il se décline aujourd’hui sur une nouvelle scénographie intégrant l’image et le son, y compris un topoguide virtuel ou sur papier. Ce qui est émouvant, devait souligner Sylvia Barthélémy, Présidente du Pays d’Aubagne et de l’Etoile, c’est la continuité, la transmission, de retrouver les mêmes noms de famille autour du berceau de cette nouvelle mouture : Nicolas Pagnol, le petit-fils bien sûr,  Scatturo, Chave, Sicard, Amy, Grimaud – avec sa fille Floryse qui a amené sur ce projet « son expertise, son érudition, sa sensibilité personnelle et surtout sa fidélité aux valeurs que lui a transmises son père. »
Que les amoureux de l’ancien monde ne soient pas tristes, le nouveau ne manque pas se séduction.
Plus d’infos : www.tourisme-paysdaubagne.fr