Le Livre de ma mère et de Patrick Timsit …

Si vous ne connaissez pas Albert Cohen, voici une merveilleuse occasion de le découvrir. Si vous le connaissez, et particulièrement le Livre de ma mère, vous ne serez pas déçus. Patrick Timsit a gagné le pari de mettre sur scène ce texte mythique. Patrick Timsit oui ! L’acteur si populaire, l’humoriste, a rencontré il y a trente ans la prose lyrique, incantatoire, blasphématoire parfois, de l’auteur et ces mots qui disent la relation entre une mère juive et son fils se sont lovés en lui. Ils attendaient que le dépositaire leur donne une autre vie. Car c’est bien une autre vie qu’ils prennent sur le plateau du Gymnase à Marseille. Il faut dire – et il le dit – que sa rencontre avec le metteur en scène Dominique Pitoiset a permis ce très beau moment de théâtre où existent à la fois l’auteur et l’interprète : cette histoire d’amour-fusion entre la mère et le fils à Marseille, où la famille Coën est arrivée en 1900 quittant l’île de Corfou, l’île paradisiaque qui connaissait un climat antisémite, a trouvé des échos profonds chez l’acteur. Né à Alger de parents juifs, arrivé à Marseille à l’âge de deux ans, il connaît le sentiment de la différence mais surtout il est, dirait Cohen, « le petit prince » de sa mère. Celle de l’écrivain mourra à Marseille en 1943 loin de son fils à Londres et certainement terrorisée par le danger nazi. Albert Cohen désespéré écrira Chant de mort ( le kaddish juif) qui deviendra dix ans plus tard en 1954 Le livre de ma mère. Ce chant d’amour – qui bien sûr n’échappe pas à un sentiment de culpabilité – l’acteur et le metteur en scène en ont fait une pièce : montage, réécriture pour passer au style direct, vidéos montrant l’enfance du petit Patrick au bord de la mer, accompagnement musical magnifique ( par exemple une superbe version de La mamma à la guitare sèche)… Patrick Timsit porte tout cela avec une émotion intense et très tenue pourtant. Les spectateurs sont électrisés, bouleversés, chacun transposant comme il l’entend cette relation d’une mère  à son enfant. Enfant qui refuse la mort de celle qui le bordait dans son lit et lui cuisinait des merveilles et dont il revit, revoit, les petits gestes dérisoires. Enfant qui se révolte (Dieu m’aime si peu que j’en ai honte pour lui !) et ressasse interminablement son chagrin. « Pleurer sa mère c’est pleurer son enfance ».
Dernier soir ce soir ! samedi 10 novembre   20h Théâtre du Gymnase. 08 2013 2013. Il reste peut-être des places !

 

Poissons d’août…

Les Goudes, Marseille
Photo Aline Barbier

 

(…) les orangers en fleurs se dodelinaient sous la brise tiède, tout près de la mer quadricolore et transparente où luisaient des jardins de coraux et des poissons bleus et verts. […] De temps à autre, d’écarlates poissons volants faisaient de petits bonds idiots. Albert Cohen.

 

 

 

Albert Cohen ne serait sans doute pas fier de l’attitude de l’Europe vis à vis des réfugiés. Il confiait en 1976 à François Estèbe et Jean Couturier : En réalité ce dont je suis beaucoup plus fier que de mes livres, c’est d’être l’auteur de l’accord international du 15 octobre 1946 sur la protection des réfugiés. Ca c’est mon affaire. Le reste ce sont des rêves. Extrait de Le Roi mystère (Le préau des collines – Ina)