a poor lonesome girl …

AUTISTE OUI JE LE SUIS . Rien je ne sais rien de rien sur le sport qui va déclencher le plus grand événement médiatique de la planète à partir du vendredi 11 juin. Je m’en fous du foot à un point tel que ça me donne une idée de l’infini… c’est dire. Et le vertige me prend : suis-je seule ? Où sont les indifférents, les allergiques, voire les hostiles – parce que ça use cette idée fixe en forme de ballon – mais où sont-ils ? J’en ai entendu deux l’autre jour sur une radio dont un homme, quel plaisir ! sur qui le raz-de-marée du football glissait comme un pet sur une toile cirée (ce n’est pas mon registre de langue habituel vous le savez mais l’expression employée quand j’étais enfant par un oncle un peu scato- ce qui m’horrifiait – s’est imposée). Le hic c’est que toute toile cirée qu’on soit, confronté à ce déferlement – savez-vous qu’il y avait 26 milliards de paires d’yeux accrochés à leur écran en 2006 et cette année en plus voilà l’arrivée des paris en ligne – on n’y résiste pas : la toile cirée craque. Qui dira la solitude des « no foot » ? Leur mise au ban ? Car « ne pas en être » n’est pas si facile ! Cela me fait penser à cet exercice que je donne à mes étudiants journalistes « Racontez une scène où vous vous êtes sentis parfaitement décalés, hors du monde, ne possédant pas les bons codes sociau, à la façon de « L’Etranger » de Camus… Car oui ! je vous le dis sans vergogne, ne pas aimer le foot pendant une coupe du monde relève de l’expérience philosophique …

Alors oui, je sais, cela se passe en Afrique du sud et c’est formidable 25 ans après la libération de Mandela que le monde entier ait les yeux tournés vers le continent africain. « Cette coupe du monde sera la clé de voûte de l’intégration de l’ensemble de la population sud-africaine » se réjouit le patron de la Fifa. Tant mieux si c’est vrai, tant mieux si les 3,5 milliards d’euros dépensés boostent l’économie – à voir mais subsistera en tout cas un capital sympathie, une image favorable aux investissements étrangers . Tant mieux mais cela ne change pas grand-chose pour nous les réfractaires ? Car ce n’est pas l’Afrique du Sud qui envahit ondes, écrans, papiers , mais les Bleus, leur hôtel trop chichiteux pour des grands gaillards comme ça qui ont besoin de s’endurcir , leur primes faramineuses dont je ne veux surtout pas connaître le montant de peur d’attraper une jaunisse, leurs états d’âme, de genoux, de malléoles et autres fariboles, leurs déclarations déclenchant chez l’auditeur un ennui abyssal– et pour cause leur métier c’est de taper dans un ballon pas d’être de fins causeurs …

Quelle fatigue, God, quelle fatigue ! Allez j’ose ? J’ose. Pourvu que ça ne dure pas tout le mois de juin cette affaire. Une fois passées les analyses et exégèses sur les raisons de cette catastrophe nationale – I mean les Bleus éliminés – on pourra enfin dans les bistros, dans la rue, dans les soirées, dans les foyers (l’enfer que cela doit être pour certaines nanas je n’ose même pas y songer avec en plus la nouvelle télé peau des fesses – allez chouchou c’est l’occasion, avec un crédit sur dix mois sans frais), on pourra enfin apprécier la fin du joli mois de juin , ses pluies, ses brocantes, ses carnavals, ses kermesses …

TRES SEULE AUSSI je me sens à ne pas supporter l’œuvre de Louise Bourgeois, l’artiste elle aussi phénomène planétaire, née en France, adoptée par l’Amérique. Sa mort a suscité un torrent d’hagiographies – je n’ai pas lu un seul papier qui prenne un peu de recul. Je copie-colle un passage du roman que je suis en train d’écrire où l’héroïne sortant d’une expo consacrée à la vieille dame au musée Guggenheim à New York fait part de son énervement…
« Ainsi qu’ elle l’avait pressenti, l’étalage du labyrinthe intérieur de Louise Bourgeois la hérissa. Elle sortit du musée Guggenheim très en colère. L’artiste peintre et sculpteur avait eu une enfance malheureuse et alors ? Etait-ce une raison pour nous infliger toute cette anatomie en morceaux, ces trous et ces bosses, ces phallus comme s’il en pleuvait, ces cavernes utérines, ce défilé d’étrons, ces mornes mamelons, tout ce bric à brac jeté en vrac, ou contenu, dernier avatar de l’oeuvre, dans des simili cellules. Vous passiez votre tête dans chaque alcôve et vous étiez happé dans un univers chaotique, frénétique, où le cumul d’objets n’avait d’autre fin que de vous faire oublier la pauvreté de la création – souvent des mains, en résine sans doute, ou en latex on s’en fout de toutes façons. La définition de Michel Leris sur l’instinct lui revint : à hauteur d’intestin ! Elle se précipita vers Central Park tout proche, dépassa le réservoir Onassis et ses joggers, se jeta sur la première pelouse, ferma les yeux, les réouvrit sur un train de nuages gonflés de lumière, Dieu que c’était bon de sentir la plante des pieds dans l’herbe fraîche, les seins qui s’étalaient et un filet de vent qui se glissait sous sa jupe, la soulevait, se retirait … elle avait tout d’une obsédée sexuelle, elle ferait bien de ne pas tenir la dragée haute aux fantasmes de la vieille dame française à qui New York rendait hommage. Ouais. La vérité est que Michael avait annulé le rendez-vous qu’ils avaient au musée et qu’elle aurait certainement trouvé un intérêt aux éruptions névrotiques de Louise Bourgois si elle avait su que la nuit à venir elle serait dans les bras de son amant, de son amour, à l’abri de toute folie, de toute dérive, risque d’envol, possible disparition, amarrée fermement à lui , une jambe repliée sur les siennes, son épaule à portée de lèvres, respirant à petits coups l’odeur pimentée de son corps , sculpture tendre et vivante ».

Cher Freud…

Après une journée marathon et les frimas de mai, s’allonger sur le divan douillet … Michel Onfray ne sait pas ce qu’il rate ! Très joli portrait par Judith Perrignon du philosophe du peuple dans « Marianne » (en corps 6, autrement dit quasi en braille, il est écrit que ce texte a été publié par XXI en 2008 ! Bravo XXI – achetez ce gros journal pas comme les autres au moins une fois pour voir ce que c’est d’écrire long sans zapping, ou bien pour les Parisiens allez le lire au « Zimmer », la belle brasserie à droite du Théâtre du Chatelet qui le met à disposition de ses clients).

Je ne suis or donc pas d’accord du tout avec la dénonciation du freudisme par Michel Onfray ( « Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne », Grasset) mais cela ne m’empêche pas de trouver irrésistible cette définition qu’en a donné l’écrivain Nabokov : « une application quotidienne de vieux mythes grecs sur les parties génitales ».

Sur le cas Onfray, un bon papier équilibré du psychanalyste Daniel Sibony dans « Le Monde » du 8 mai. Deux idées : au fond que Freud ait été un type bien ou un sale type ne change rien à l’affaire ; un livre de philosophie, contrairement à certaines analyses, n’a jamais permis de se tirer d’affaire … «En fait tous ceux qui souffrent et qui ont bénéficié de l’apport freudien n’idolâtrent pas Freud. Ce n’est pas qu’ils s’y refusent, ils s’en foutent, l’essentiel est ailleurs. C’est la psychanalyse, et quand elle est bien faite par des gens doués et généreux, elle aide le sujet à devenir un penseur de sa vie, à la penser en acte et non en appliquant tel ou tel philosophe, fût-il fameux. » Dommage, conclut l’auteur, que le brûlot du fondateur de l’Université populaire vienne renforcer la résistance de ceux qui auraient vraiment besoin d’une analyse.

Le dernier article que je citerai dans la même livraison du « Monde » du psychiatre-psychanalyste Marc Strauss est bien plus cruel qui voit dans le livre d’Onfray « avec ses outrances, ses excès, sa mauvaise foi, ses pensées nauséabondes » la reproduction de ce qui se passe sur le divan et donc une demande d’analyse restée en souffrance. Alors oui Benoit ! (private référence ) c’est vrai que ce genre d’argumentation interdit toute critique du freudisme. De cette boucle-là on ne sort jamais…c’est une des forces de ce cher Freud !

Billevesées…

TELEDIFFUSEES. C’est un rendez-vous chaque soir assez tard sur France 3 : « La minute épique ». L’objectif est de nous familiariser avec le jargon hippique. Why not. Le problème c’est le choix d’un traitement totalement débile. Et quand je dis débile, je mesure mes mots. Exemple. Que signifie « allonger un cheval ». Eh bien ! nous affirme la jeune femme qui avec un allant certain joue les idiotes de service, cela ne signifie pas ah que non ! le border ou lui tirer sur la jambe non : cela signifie le coucher sur le divan du psy pour cheval. Hein que j’ai raison ! dit-elle en gros au spécialiste qui se pointe alors à l’écran. Eh non … soupire le compère : « allonger un cheval » veut dire changer ses compétences, le mettre sur de longues distances … Ah bon ! qu’elle rétorque en gros la donzelle, Merci alors et à demain…

RADIODIFFUSEES. C’est un rendez-vous tous les matins sur France Inter : « Bons baisers de Manault. » La dite Manault déverse d’une voix sirupeuse des banalités sensées nous bouleverser sur les rapports homme femme, parents enfants, racisme ou mépris ordinaires, comportements mesquins… C’est d’une médiocrité confondante avec un habillage sonore et un parti-pris théâtral qui au début peuvent faire avaler la pilule. Très vite pourtant elle reste en travers de la gorge. L’équipe de France Inter en est chaque matin bouche bée – dans le studio le « malaise est palpable » comme on dit… (« incontournable » cliché (re-cliché ! ) que je raye férocement sur la copie de mes jeunes étudiants journalistes. )

IMPRIMEES . Dans « Le Monde Magazine » du 17 avril 2010 un article intitulée « Polyamours, Qu’ils durent toujours ». Pour aller vite c’est polyamours et polybêtises. Concentré de banalités sur l’amour libre nouvelle formule, né of course aux Etats-Unis. A l’origine un livre « The ethical slut : la salope/le salaud éthique » (qu’on peut trouver sur Google Livres parait-il, si on a du temps et des sous à perdre) ou comment conjuguer amours multiples et morale, voire spiritualité. Si l’on veut vraiment se pencher sur ce sujet vieux comme le monde et qui n’en est pas un – on fait comme on peut – on relira l’adorable « Jules et Jim ».

Billevesées…

TELEDIFFUSEES. C’est un rendez-vous chaque soir assez tard sur France 3 : « La minute épique ». L’objectif est de nous familiariser avec le jargon hippique. Why not. Le problème c’est le choix d’un traitement totalement débile. Et quand je dis débile, je mesure mes mots. Exemple. Que signifie « allonger un cheval ». Eh bien ! nous affirme la jeune femme qui avec un allant certain joue les idiotes de service, cela ne signifie pas ah que non ! le border ou lui tirer sur la jambe non : cela signifie le coucher sur le divan du psy pour cheval. Hein que j’ai raison ! dit-elle en gros au spécialiste qui se pointe alors à l’écran. Eh non … soupire le compère : « allonger un cheval » veut dire changer ses compétences, le mettre sur de longues distances … Ah bon ! qu’elle rétorque en gros la donzelle, Merci alors et à demain…

RADIODIFFUSEES. C’est un rendez-vous tous les matins sur France Inter : « Bons baisers de Manault. » La dite Manault déverse d’une voix sirupeuse des banalités sensées nous bouleverser sur les rapports homme femme, parents enfants, racisme ou mépris ordinaires, comportements mesquins… C’est d’une médiocrité confondante avec un habillage sonore et un parti-pris théâtral qui au début peuvent faire avaler la pilule. Très vite pourtant elle reste en travers de la gorge. L’équipe de France Inter en est chaque matin bouche bée – dans le studio le « malaise est palpable » comme on dit… (« incontournable » cliché (re-cliché ! ) que je raye férocement sur la copie de mes jeunes étudiants journalistes. )

IMPRIMEES . Dans « Le Monde Magazine » du 17 avril 2010 un article intitulée « Polyamours, Qu’ils durent toujours ». Pour aller vite c’est polyamours et polybêtises. Concentré de banalités sur l’amour libre nouvelle formule, né of course aux Etats-Unis. A l’origine un livre « The ethical slut : la salope/le salaud éthique » (qu’on peut trouver sur Google Livres parait-il, si on a du temps et des sous à perdre) ou comment conjuguer amours multiples et morale, voire spiritualité. Si l’on veut vraiment se pencher sur ce sujet vieux comme le monde et qui n’en est pas un – on fait comme on peut – on relira l’adorable « Jules et Jim ».

Parc et café-philo …

O TEMPS SUSPENDS TON VOL !
Ah les beaux jours … Aux Buttes Chaumont y a des petites fleurs, des tulipes et des narcisses et des jeunes gens qui jouent de l’accordéon et du violon, des airs tziganes. L’un comme un personnage de Chagall, couché et longue jambe battant la mesure dans le ciel. Quand il s’assied, il allume une clope et reprend son violon. Sa clope qu’il tient entre ses lèvres serrées n’en finit pas. Le temps arrête lui aussi de se consumer.

ALTERNANCE
C’est peut-être le début de la sagesse. Savoir que c’est l’enfer : il faut se lever, on est mort, on n’a pas préparé ses docs, on ouvre la fenêtre et il fait un froid de loup, le pot de confitures est vide, votre meilleur pull (vu le froid) est sale. Et on se dit : oui c’est odieux, pas la peine de faire semblant, genre assertivité de crotte de bique, l’insupportable « je positive je positive ». Non ! je ne positive pas. MAIS ! mais, c’est peut-être ça la sagesse or donc, savoir que ce moment, comme tous les autres, c’est obligatoire ! va passer, un autre va suivre, supportable, voire agréable et peut-être même divin.

Trente minutes après l’enfer (relatif yes I know ) décrit plus haut, le soleil déchire les nuages, on est à la terrasse d’ un bistro, quelqu’un d’aimé vous envoie un clin d’œil par texto, la baguette est fraîche et ils ont de la confiture, … ça ne dure que 20 minutes tout ça d’accord mais alors quel pied.

Parc et café-philo …

O TEMPS SUSPENDS TON VOL !
Ah les beaux jours … Aux Buttes Chaumont y a des petites fleurs, des tulipes et des narcisses et des jeunes gens qui jouent de l’accordéon et du violon, des airs tziganes. L’un comme un personnage de Chagall, couché et longue jambe battant la mesure dans le ciel. Quand il s’assied, il allume une clope et reprend son violon. Sa clope qu’il tient entre ses lèvres serrées n’en finit pas. Le temps arrête lui aussi de se consumer.

ALTERNANCE
C’est peut-être le début de la sagesse. Savoir que c’est l’enfer : il faut se lever, on est mort, on n’a pas préparé ses docs, on ouvre la fenêtre et il fait un froid de loup, le pot de confitures est vide, votre meilleur pull (vu le froid) est sale. Et on se dit : oui c’est odieux, pas la peine de faire semblant, genre assertivité de crotte de bique, l’insupportable « je positive je positive ». Non ! je ne positive pas. MAIS ! mais, c’est peut-être ça la sagesse or donc, savoir que ce moment, comme tous les autres, c’est obligatoire ! va passer, un autre va suivre, supportable, voire agréable et peut-être même divin.

Trente minutes après l’enfer (relatif yes I know ) décrit plus haut, le soleil déchire les nuages, on est à la terrasse d’ un bistro, quelqu’un d’aimé vous envoie un clin d’œil par texto, la baguette est fraîche et ils ont de la confiture, … ça ne dure que 20 minutes tout ça d’accord mais alors quel pied.

Dream catcher

Le titre « ça n’existe pas l’Amérique », est emprunté à Henry Miller et le livre qui vient de paraitre chez Arléa nous prouve le contraire. Dominique Falkner nous embarque sur la route des anciens pionniers, en reliant, à pieds, en car, en stop, Chicago au Montana. « On the road again », que chantait Lavilliers, est-ce encore possible après Kerouac et tous les autres qui y on trainé leurs guêtres et frotté leurs rêves ? Oui ! Peut-être à cause de la modestie – apparente – du propos : l’auteur, qui connait bien les Etats-Unis où il vit depuis 1986, nous livre un carnet de route apparemment candide, en fait rédigé d’une écriture précise, documentée, sensible et distanciée à la fois ; en quelque sorte une camera quasi objective (la fameuse écriture blanche à la Camus – clin d’œil pour les fidèles de mes ateliers d’écriture). Avec un très bon preneur de sons.

La saveur du propos tient en effet d’abord aux propos rapportés, façon « Brèves de comptoir ». Exemples. Une intello parlant de l’Ouest : «Tous ces cons en chapeau de cow-boy qui votent à droite ! » Une passionnée d’astronomie qui emmène le routard sur le toit de sa maison . Que pensez-vous de l’Amérique lui demande-t-il : « L’Amérique est un gros chien sympathique dans un appartement trop petit. Chaque fois qu’il remue la queue il casse quelque chose. » Ou encore : à Winterset, la petite ville du film « Sur la route de Madison », au comptoir du Northside café, où furent tournées plusieurs scènes, un agriculteur resserre son ceinturon avant de se moucher bruyamment dans un grand mouchoir à carreaux. Deux citadines le regardent, écoeurées : « Tu m’étonnes que Francesca (l’héroïne ) voulait se tirer avec le photographe » dit l’une ! » Chaque personnage rencontré pourrait faire une nouvelle. A commencer par les Indiens. On traverse les lieux où ils trainent leurs misère, leur révolte, leur alcoolisme, et pourtant l’indéfectible fascination qu’ils exercent sur nous est là. « Chien fou te parle, sache qu’il règne sur les plaines », un simple graffiti sur un wagon dans les Sandhills nous reconnecte sur le champ dans l’enfance.
Mais ce n’est pas tout. Il y a les noms évidemment : le lac Michigan, le fleuve Missouri, le Wyoming, le Nebraska, le Dakota.. Je ne sais pas vous mais moi ça m’électrise direct. Surtout le Nebraska, allez savoir pourquoi ! Il y a tout le reste qui tisse l’Amérique de nos songes : les motels, les paysages lunaires, les ranchs, la station d’essence «qui fait épicerie, bar mairie, pharmacie, armurerie et musée », le terrain de foot, celui de rodéo, les églises aussi nombreuses que les bistrots en France. Il y a des moments de grâce, du pur Bouvier : « Les vitres du Greyhound étaient baissés et l’air sentait la sauge, la résine et l’odeur des troncs écorcés » Ou bien : « Des mouettes tournaient dans le ciel, tandis qu’on entendait au loin le cri fou d’un plongeon solitaire ».
On apprend aussi des quantités de choses sur Buffalo Bill Crazy Horse, Calamity Jane, sur les premiers explorateurs Lewis et Clark, sur Beauvoir et son amoureux Nelson Algreen… On oublie tout ou presque la page tournée – en ce qui me concerne en tout cas : ça fait rien c’est bien ! comme sur la route ça défile, ça nourrit, ça fait décoller.

Un livre à mettre dans son sac qu’on prenne le métro pour le Bois de Vincennes un matin (enfin !) printanier ou l’avion pour attraper (enfin !) son rêve américain – les Indiens fabriquent un objet de bric et de broc un « dream catcher » à suspendre au-dessus du lit, un attrapeur de rêves On pourrait le dire de ce carnet de voyage…

Le passé interdit

Le livre de Patricia Thuriet est intitulé « Fragments – Etats d’âme d’une ancienne colonialiste  » (Editions Persée, 2009). L’auteure avait huit ans au début de la guerre d’Algérie en 1954 et seize à la fin en 1962. Eclats de souvenirs, fragments donc, écrits quarante ans plus tard qui font resurgir la petite fille qui habitait Alger. L’irruption de la violence dans son univers douillet et lumineux – et son incapacité à y comprendre quoi que ce soit – nous est donnée dans de courtes scènes, des anamnèses : une séance au ciné voir « Ivanhoé », le retour sous un ciel étoilé et au pied de l’immeuble la phrase « Ils ont pris D., ils l’ont torturé, il a parlé. » Ou bien, sur sept lignes, le marchand de beignets « luisants de graisse et délicieux » à la sortie du lycée et le même vendeur tué par un « tireur passant dans une voiture ».

Réflexions de la mère, discours du pasteur … tout entretient la confusion de l’enfant, sa révolte devant la lâcheté des adultes qui « ne pensent qu’à survivre, mesquinement ». Elle se réfugie dans ses fantasmes : après le cours sur la révolution française rêve de plonger un grand couteau dans la poitrine du général ( De Gaulle !) comme Charlotte Corday …
Il y a un avant et un après la guerre, deux mondes, deux vies inconciliables.

Avant. Le « cocon stable et tiède » la confiture de patates douces, la petite terrasse où on boit une bière avec le père, la nuit sur les dalles quand il fait trop chaud, la piscine , la mer, les cocas, chaussons aux poivrons, les retours des vacances en Frances, les retrouvailles avec la ville blanche , la sienne.

Après. « Seize ans et quelques mois, elle en parait trente ». Cocon familial explosé. Effondrement de toutes ses valeurs. Souffrance, perte de sommeil, prison du passé. Des années, dit elle, de néant, de dérisoire. Quelques parenthèses sur les bords de la Méditerranée, « retrouvailles masquées, si brèves ». Pour le reste, ne pas s’encombrer, pas de frigidaire ! pouvoir partir tout de suite : « Plus jamais de racines, c’est le meilleur moyen qu’on ne les coupe pas ! »

Etre pied-noir ! le terme infamant. Le fait est, je me souviens, des commentaires adultes autour de moi dans les années 60, de la nuance de mépris dans leurs voix pour évoquer « madame Machin, une pied-noir… » et comme je trouvais cette expression inquiétante ! Avoir été pied-noir, l’impossibilité d’en parler sans se cogner aux clichés, douleur de ne pas pouvoir regretter un « passé interdit »
Un très beau texte. Sans trémolo. Un art de la concision. Un petite histoire poignante dans la grande Histoire des événements d’Algérie ( comme on disait!).

Bref !

Je serai très brève sur les « Nouvelles Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio au Théâtre du Rond-Point mises en scène par Jean-Michel Ribes. La critique est dithyrambique. Les comédiens sont parfaits. Le décor est délicieux. Le montage sur les sept jours de la semaine est astucieux . Reste le texte. Sur une heure quarante , il y a peut-être allez ! une vingtaine de répliques hilarantes où je me suis dit voilà, on y est, c’est ça les bistros : la gouaille, la mauvaise foi assumée, la poésie, la dérision. Et qu’est-ce qu’on nous donne, pour l’essentiel du spectacle, à nous les amoureux de la banquette moleskine et du café allongé ? Des propos d’alcolo. Excessifs, racistes, faciles. Exaspérants.

Les spectateurs se tordent c’est vrai. Et alors ? Je n’ai ni vu ni lu Les premières Brèves de comptoir montées en 1994 ni les secondes qui datent de l’an 2000 (les textes des trois spectacles sont publiés chez Actes Sud-2010) mais je parierais volontiers qu’elles étaient d’un autre tonneau. Tout a une fin ma bonne dame, même les bons crus.

Si vous avez aimé ce spectacle et trouvez que je suis, comme on disait chez moi, « bégueule » ! allez-y de votre commentaire. Merci !
(Les Nouvelles brèves de comptoir, jusqu’au 7 mai 2010)

Doudous, Lucchini et bras en mousse

Les temps sont rudes ! rejoignons le monde merveilleux des doudous. Dans « A nous Paris » ( de plus en plus bobo ) info ( si l’on peut dire) sur une expo au palais de Tokyo : nos vedettes préférées photographiées avec leurs doudous . A quel point on s’en bat l’œil du doudou de Charlotte Rampling ou de Daniel Auteuil ça me donne une idée de l’infini… Qu’on en fasse une expo au palais de Tokyo c’est presque trop beau non : voilà où se niche l’art. Les bénéfices iront à une association. Oui ! et alors ?
Lucchini mardi 30 à « Ce soir ou jamais » citant Finkelkraut : « Quand le culturel rentre en contrebande dans l’art » on peut pas dire mieux.

Le comédien qui donne un spectacle à l’Atelier et joue dans le film qui sort sur les écrans « Les invités de mon père » était en grande forme. Drôle et intelligent comme jamais ou comme toujours . Je n’ai rien noté : trop dans le plaisir. J’ai retenu quand même cette citation de Nietzche « Malheur à moi : je suis nuances » ou quelque chose d’approchant. Et celle de Jouvet. A une actrice très concernée, très torturée, qui lui demandait » A quoi je pense pour aller de là à là ? « il répondait : « Tu penses à ton cachet ! »

Parlant de lui, de Robert , origines populaires, né dans le 18ème, coiffeur, Lucchini disait aussi qu’il a un instinct de l’ennui, qu’il sait exactement quand un spectateur peut ressentir de l’ennui. Oh oui il l’a : comme on ne s’ennuie pas avec Lucchini !
Ni avec mes enfants. « Tu aimes mieux un bras en mousse ou dix canards qui te suivent partout ? ». A partir de ce modèle de base qu’ils m’ont livré tout est possible pour animer une soirée tristounette ou pour faire fuir un fâcheux . Par exemple « T’aimes mieux passer un jour dans la calanque de Port Pin avec Xavier Bertrand ou une soirée dans un parking de La Défense avec Obama ? » So funny non ?