Eclats …

Un blog comme un miroir aux alouettes – j’aurais besoin de ce miroir-là me disais-je ce matin comme j’écoutais en même temps Finkelkraut sur France Culture interviewant Camille Laurens pour « Romance heureuse » (autofiction, peut-on tout dire ? etc.). En ces temps d’exhibitionnisme médiatique… disait-il en substance. Un blog relève-t-il de cela ? Sans doute peu ou prou mais surtout du besoin d’écrire et bien sûr d’être lu. Ecrire pour panser d’accord mais surtout pour penser, ordonner, mettre de l’harmonie dans la mesure du possible dans le bric et broc, le fatras foutraque qu’est toute vie …
Avec l’idée que des éclats de mica miroitent parfois – et le miroir les reflètent … Ainsi hier soir au Studio de l’Ermitage (bon lieu et petits prix, dans le XXème sur les hauteurs de Ménilmontant, www.studio-ermitage.com ) le concert de Pedro Kouyaté. Ce jeune malien est beau comme un soleil, son musicien saxo donne des frissons, les textes et les musiques sont bourrés de talent, de tendresse et d’une énergie hors du commun. Il a une façon d’évoquer Bamako qui vous fait chaud aussi bien que Belleville ou les bistros parisiens qui réconcilieraient n’importe quel lycéen rageur du 9-3 avec l’idée de la France .
On se battra pour le voir à La Cigale ou ailleurs dans quelques temps qu’on se le dise .
Pour l’entendre : Facebook ou République, ligne 9 , direction Pont de Sèvres… (avec son batteur il vent d’être accrédité par la RATP).

Autre éclat, très noir celui-là, le spectacle de Florence Bermond à L’Epée de Bois, Cartoucherie de Vincennes. Je copie-colle le texte que j’ai écrit pour la théatrothèque ( www.theatrotheque.com)
 » Démocratie(s) »
Brutalité et beauté, sur des textes de Pinter : un spectacle coup de poing

Théâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie de Vincennes
Textes de Harold Pinter
Mise en scène, Florence Bermond
Avec Marie-France Alvarez, Arben Bajraktaraj, Simon Masney, Eric Nesci, Jutta Wernicke-Sazunkewisch
Scénographie Yvan Robin
Lumières et son, Thomas Veyssière et Gabriel Galenne

Hurlements de chiens, grondement d’hélicoptères qui se rapprochent. Une lampe de poche dardée sur nous. Dès le lever de rideau le spectateur sait qu’il ne sera pas ménagé.
C’est la brutalité sèche, nue, on a envie de dire à l’état brut, qui va nous être donnée à voir et surtout à sentir ici, dans cette création de Florence Bermond, une suite de scènes à partir d’un montage de textes de Harold Pinter. Cela se passe n’importe où , chacun mettra le nom qu’il veut sur ces enfers , Auschwitz, Rwanda, Khmers Rouges … Pas d’espoir aucun, pas de psychologie aucune, seule la brutalité. La haine, la cruauté, la perversité du côté des bourreaux. La terreur, l’humiliation du côté des victimes. Les uns et les autres dépossédés de leur humanité.
Florence Bermond est une jeune femme au regard tendre. Pourquoi ce choix, cette violence ? « Parce que la vie est violente dit-elle en souriant. Parce que sans être naïve j’ai l’espoir de secouer, d’éveiller. Le théâtre pour moi doit avoir ce rôle politique, actif, que lui attribuaient déjà les Grecs. Sinon cela ne m’intéresse pas. »

Le spectacle de Florence Bermond peut être insupportable – sans doute le meilleur compliment qu’on puisse lui faire. Il est sans concession aucune, comme l’était « Naître », une pièce d’ Edward Bond montée à La Colline en 2006 . De « Langue de la montagne », l’un des textes repris, Pinter disait qu’il était« bref, brutal et laid ». La création de Florence Bermond est brève, brutale et belle, très belle : la gestuelle – la jeune femme a fait douze années de danse – des corps meurtris, cassés, violentés, corps qui tombent et retombent et retombent encore mortellement atteints ; l’efficacité du décor – gravats, restes calcinés d’on ne sait quoi, tas de vêtements qui ne sont plus que chiffons ; la recherche musicale et le bruitage – le son d’une pluie diluvienne qui s’abat donne physiquement la sensation d’une détresse absolue. Le tout porté par cinq acteurs magnifiques : leur jeu est nourri, explique Florence Bermond, par un gros travail d’improvisation et par leur histoire personnelle (surtout quand ils viennent d’Allemagne, du Congo, du Kosovo).
Ce spectacle peut être insupportable. C’est une des raisons d’y aller.
Dane Cuypers
Infos pratiques
Jusqu’au dimanche 31 octobre 2010
Vendredi à 19h00, samedi à 21h00, dimanche à16h00
Theâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre,
métro Château de Vincennes et bus 112 arrêt Cartoucherie
Réservation : 01 48 08 39 74

PS Le feuilleton de « La minute épique et hippique » continue sur France 3. C’est toujours aussi niais, aussi mal fait … un régal ! Je rappelle le principe : une jeune femme qui joue les cruches donne une définition débile d’un terme hippique aussitôt corrigé par un spécialiste : Mais non ! Marie-Odile vous avez tout faux : le « canon » n’est pas le terme employé pour parler d’une pouliche très attirante, c’est la partie de la jambe longue et fine du cheval qui peut être protégée par des guêtres. « Ca leur fait une belle jambe ! » pouffe alors Marie-Odile. « Cela me fait une belle jambe ! », c’est ce que j’avais dit à un jeune homme qui m’avait complimenté sur ma chute de nez, pensant qu’il se moquait car je trouvais mon nez trop long… Mais j’avais 20 ans et je ne passais pas à la télé.

EN NOVEMBRE ECOUTE ARTHUR RUBINSTEIN

Il est temps pour moi de m’y remettre et de m’y tenir ! je parle de ce blog qui désormais prend place dans un site grâce au talent et à la générosité de Katia et Fabrice.

M’y remettre donc. « Vous avez de grands desseins, ayez de petites habitudes ça aide ! » Je tire ça du « Dictionnaire amoureux des petits plaisirs »signé Alain Schifres dont je suis depuis quelques années amoureuse ! (pas de l’auteur, du livre ; encore que.) Ecrivant la nouvelle version de  « Question de style », j’ai retrouvé cette citation et bien d’autres car mon livre est truffé d’extraits délicieux de cet homme talentueux à l’écriture féroce et tendre – qui a parlé comme lui de la nuque des femmes, du petit matin ou du galop  de la vache ? ne cherchez pas, personne.

Cette réécriture m’a occupée bien sûr mais pas tant que le festival « Visages du Cambodge » à L’Entrepôt fin septembre où peut-être vous êtes venus ! Sur le site vous retrouverez les moments-clés de ces quatre jours de cinéma, de débats, de rencontres, de retrouvailles qui ont réuni spécialistes, amoureux du Cambodge et  communauté cambodgienne. Que tous soient remerciés de leur présence et de leur gentillesse – cette dernière qualité étant à mes yeux et  comme j’avance en âge ! de plus en plus essentielle.

Mais c’est pas tout ça : voilà novembre … Je laisse la plume à François Reynaert, à nouveau un extrait de « Question de style » dans le chapitre Figures de style : « Prenons un cas extrême, une béance de tristesse dans la terre déjà aride de notre morne condition humaine, une horreur que les hommes ont à subir depuis la plus haute Antiquité : novembre. »

Cette suite d’hyperboles négatives s’appelle une  tapinose .  Si si. L’évocation de novembre est  un peu excessive – c’est la figure de style qui le veut-  mais finalement pas tant que ça. Enfin, consolons-nous avec  la rousseur des feuilles ( j’étais en forêt ce week-end tout était d’un vert étrangement printanier pourquoi ? ), les flambées dans la cheminée ( dans mes rêves), les poches de marrons brûlants (à ma portée)  et … les livres, les livres, les livres …reportez-vous à LIRE. Le cinéma aussi bien sûr. Si vous n’avez pas vu le film coréen « Poetry », courez-y. Puis-je par ailleurs oser vous raconter que je  me suis ennuyée à « Des hommes et des dieux ». Oui,  on sait, d’accord, c’est comme ça, dans un monastère, la répétition des gestes et des jours,  dans une lenteur sensée vous transformer en une vaste plaine de sérénité que les ouragans du désir ne balaient plus– eh bien non  je n’ai pas été baignée par la « haute spiritualité » qui  émane de ce film,  m’avait-on dit et redit. C’est juste la relation d’une triste affaire, un des nombreux drames des années noires en Algérie. Et la scène finale qui voit les moines  grelottant disparaitre dans le paysage enneigé pour être exécutés  elle apporte quoi ? Sinon l’illustration de la barbarie des hommes renforcée par une foi fanatique.  Michel Lonsdale le dit à un moment fort bien et il est fort bien pendant tout le film d’ailleurs . Quel acteur qui s’en sort avec panache de cette suite de beaux plans sur l’Atlas, les villageois, les travaux quotidiens, entrecoupés avec une fastidieuse régularité de métronome (comme au monastère) par les cantiques qui n’ont pas réussi ainsi que  je le disais à l’instant à élever mon âme – ni celle de ma copine Brigitte encore plus mécréante que moi ! Vous avez le droit de réagir …

PLUS GAI. « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi heureux que moi » affirmait crânement  Arthur Rubinstein sur Arte lundi 25 octobre. En s’excusant toutefois d’être présomptueux. C’est peut-être la troisième fois que je vois ce film  mais comment s’en lasser ? il disait aussi le grand musicien : «  Un homme ne peut pas être heureux s’il n’a pas été triste. «  Comment saurait-il qu’il est heureux sinon ? ajoutait-il en substance.

 

Eté parisien

LES CIELS DE TERRENCE MALICK. Courez voir le film « Moissons du ciel », reprise de 1979, et noyez-vous dans la couleur pour oublier la rentrée.

LES YEUX DE TERZIEFF. On avait aussi envie de s’y noyer. Extrait d’une interview d’Odile Quirot dans le Nouvel Obs : « Pour un artiste toute réflexion sur le temps débouche plus ou moins sur une panique métaphysique. C’est de cette panique que se nourrit la création, le présent étant du passé en train de se faire, le passé un ancien futur qui n’a aps tenu ses promesses ; le rêve éveillé ne sera jamais réalisé et les rêves de la nuit ne rejoindront jamais ceux du jour. »

LA PLUME DE LANZMANN. C’est vrai – et on lui reproche autour de moi – il est content de lui. Mais franchement y a de quoi ! J’ai adoré sa voracité des choses de la vie qui m’a rassuré sur la mienne, qu’il me fasse rencontrer Simone de Beauvoir et Sartre autrement, son histoire d’amour avec une jeune Coréenne ( il a eu envie de faire un film : oui le sujet est magnifique mais la narration de l’écrivain fait naître tellement d’ images, on n’a pas besoin de plus). J’ai ri aussi souvent par exemple à son « énergie cinétique » qui luit fait traverser une vitre trop transparente. Surtout j’ai été happée par les pages où il raconte comment il a fait Shoah : sept ans de folie… Le livre se ferme sur les raisons du titre « Le Lièvre de Patagonie »(Gallimard) avec cette dernière phrase quand l’ animal surgit dans ses phares incarnant la présence de Claude Lanzmann dans ce bout du monde, lui faisant ressentir qu’il y est vraiment : « J’avais près de soixante-dix ans, mais tout mon être bondissait d’une joie sauvage, comme à vingt ans. » Et vous voulez résister à cet homme-là !

LES HAIKUS DE JOURNALISTES
Cet été pendant la semaine d’atelier d’écriture, un jour où il faisait trop beau pour rester enfermés, j’ai envoyé les jeunes journalistes du CFPJ cueillir des Haïkus dans Paris. Sur le rythme 5/7/5. Pas si mal le résultat …
Terrasse de café
Serviettes et menu s’envolent
La serveuse s’énerve
Elodie

Cinq filles en short passent
Inaudible dans la ville
La contrebasse
Edouard

La bouche huileuse
Et les mains pleines de chips
Elle semble bienheureuse
Marie

Elle traîne le pas
Petit ange aux cheveux d’or
Son nounours à la main
Mailys

Terrasse d’un bistro
Verte, vive et glacée
Ma menthe à l’eau
Mélanie

Il s’envole dans le ciel
Atteint le toit de la cathédrale
Le plastique
Elodie

Flottant au vent
Longues, courtes ou fendues
Jupes de l’été
Maylis

Sur le trottoir gris
Ouvert entrailles à l’air
Un pigeon crevé
Emilie

Les cheveux frisés
Le nez retroussé et plat
Une tête de laitue
Julie

Chiacchiere …

Philippe di Folco est un grand mec sympa, bourré de talent, qui fait des livres inattendus, délicieux, provocants ( « Le goût du sexe » au Mercure, « Peau » au Relié …) Sa dernière œuvre c’est le « Dictionnaire de la mort » : 205 contributeurs pour traiter de sujets qui vont de la « double contrainte » , (une mort psychologique), à l’« orgasme » en passant par « Nietzche » avant d’en venir à « Tueur à gages » … Ceci n’est qu’une suggestion de parcours parmi les 1000 articles ! j’ ai moi-même rédigé ceux du « Cambodge » et du « Vietnam ». Bref, nous nous croisons souvent ces derniers temps. Et, en l’occurrence, la semaine dernière dans le cadre de « Paris en toutes lettres » où j’ai lu avec mon amie comédienne Aline Barbier des extraits de « Tourments et merveilles en pays khmer » et des « Aventures mystiques d’une toute petite fille » (toujours disponible à la vente : le premier chez Actes-Sud, le second aux éditions Melville qu’on se le dise).

Dans la foulée, j’ai suivi l’atelier de Philippe à la Péniche Cinéma au parc de la Villette. A partir de son livre «A table avec la mafia- 90 recettes italo-américaines » (épuisé sauf quelques exemplaires à la jolie Librairie des Orgues, 82 avenue de Flandres, Paris 19), il avait imaginé une atelier mêlant cuisine et ciné . Il s’est d’abord attaqué au dessert, pour que la pâte ait le temps de reposer, avec des « chiacchiere », autrement dit des « bugnes », des « merveilles » à Montpellier, des « oreillettes » encore ailleurs. Pendant qu’on prépare la pâte, c’est long, on a le temps pour des « chiacchiere », pour papoter, caqueter. Et pour regarder sur un écran, derrière la table de travail , des extraits du « Parrain « relatifs, bien sûr, aux nourritures terrestres. Nos yeux allaient donc des mains de Philippe di Folco, qui malaxait avec une maestria gourmande sa pâte à bugnes, à une scène amoureuse sur fond de gnocchis – les fans sauront de quoi je parle. C’était franchement beau le mélange des images et de la réalité.

La préparation des Macaroni napolitaines della Mamma a été elle aussi un régal : l’odeur des oignons roses et du basilic , les commentaires du cuisinier , par exemple sur la pâte sèche inventée par les Bédoins et importée en Sicile, les conseils de Rosa Tandjaoui, patronne de la Librairie des Orgues – j’ai noté son enthousiasme pour « La pension Eva » et « La concession du téléphone » d’Andrea Camilleri.

Mais on avait faim ! Julie Navarro, l’adjointe au maire du 19ème, a servi les macaronis. Mission risquée s’il en est car il s’agissait de longs et gros tubes – des Zitio n°18 ai-je cru comprendre mais je ne garantis rien – qui glissaient lestement de la louche ; et de la bouche itou d’ailleurs . C’était très gai tout ça. La prochaine fois, lecture de « Tourments et merveilles » avec préparation d’ une soupe aigre-douce khmère …
… ET LE QUATRE QUARTS D’OBAMA . Pour conclure ces « chiacchiere », ces papotages, une recette entendue dimanche matin au parc des Buttes Chaumont dans la bouche d’ un gourmet. De source sûre, il s’agit bien du quatre quarts d’Obama : 4 oeufs, 250 grammes de farine, 250 grammes de miel, 250 grammes de beure … Vous touillez, vous cuisez, vous goûtez et vous me racontez. Ah mais y a pas que le football dans la vie!

News

GARDE A VUE. Cela peut arriver à n’importe qui de se retrouver en garde à vue : méprise, mauvaise foi, coup de blues ou de colère – il suffit de s’être une seule fois dans sa vie laissé aller à s’emporter contre les forces de l’ordre pour le savoir. Je me félicite donc que les modalités hallucinantes de ce régime soient soumises au Conseil constitutionnel. Depuis le 1er mars 2010 la procédure QCP (Questions prioritaires de constitutionnalité) permet en effet à n’importe qui de mettre en cause la constitutionnalité d’une loi en vigueur; auparavant elles ne pouvaient être examinées qu’avant leur promulgation.

AU NOM DE L’UTOPIE. Une brève dans Le Monde du samedi 5 juin annonçait que les salles Utopia refusaient un film israélien après le drame de la flotille . « A 5 heures de Paris », précisait le communiqué, est une comédie romantique sans aucun contenu politique. A la place la chaîne de cinéma programmait « Rachel » un documentaire consacré à une pacifiste américaine écrasée par un bulldozer israélien dans la bande de Gaza. Le lendemain ou le surlendemain, l’édito du même Monde mettait en garde contre ce genre de comportement. Et le jour suivant encore Utopia renonçait à ce boycott pathétique. Mais quelles genres d’utopies ils ont donc dans la tête chez Utopia ? Fait peur.

a poor lonesome girl …

AUTISTE OUI JE LE SUIS . Rien je ne sais rien de rien sur le sport qui va déclencher le plus grand événement médiatique de la planète à partir du vendredi 11 juin. Je m’en fous du foot à un point tel que ça me donne une idée de l’infini… c’est dire. Et le vertige me prend : suis-je seule ? Où sont les indifférents, les allergiques, voire les hostiles – parce que ça use cette idée fixe en forme de ballon – mais où sont-ils ? J’en ai entendu deux l’autre jour sur une radio dont un homme, quel plaisir ! sur qui le raz-de-marée du football glissait comme un pet sur une toile cirée (ce n’est pas mon registre de langue habituel vous le savez mais l’expression employée quand j’étais enfant par un oncle un peu scato- ce qui m’horrifiait – s’est imposée). Le hic c’est que toute toile cirée qu’on soit, confronté à ce déferlement – savez-vous qu’il y avait 26 milliards de paires d’yeux accrochés à leur écran en 2006 et cette année en plus voilà l’arrivée des paris en ligne – on n’y résiste pas : la toile cirée craque. Qui dira la solitude des « no foot » ? Leur mise au ban ? Car « ne pas en être » n’est pas si facile ! Cela me fait penser à cet exercice que je donne à mes étudiants journalistes « Racontez une scène où vous vous êtes sentis parfaitement décalés, hors du monde, ne possédant pas les bons codes sociau, à la façon de « L’Etranger » de Camus… Car oui ! je vous le dis sans vergogne, ne pas aimer le foot pendant une coupe du monde relève de l’expérience philosophique …

Alors oui, je sais, cela se passe en Afrique du sud et c’est formidable 25 ans après la libération de Mandela que le monde entier ait les yeux tournés vers le continent africain. « Cette coupe du monde sera la clé de voûte de l’intégration de l’ensemble de la population sud-africaine » se réjouit le patron de la Fifa. Tant mieux si c’est vrai, tant mieux si les 3,5 milliards d’euros dépensés boostent l’économie – à voir mais subsistera en tout cas un capital sympathie, une image favorable aux investissements étrangers . Tant mieux mais cela ne change pas grand-chose pour nous les réfractaires ? Car ce n’est pas l’Afrique du Sud qui envahit ondes, écrans, papiers , mais les Bleus, leur hôtel trop chichiteux pour des grands gaillards comme ça qui ont besoin de s’endurcir , leur primes faramineuses dont je ne veux surtout pas connaître le montant de peur d’attraper une jaunisse, leurs états d’âme, de genoux, de malléoles et autres fariboles, leurs déclarations déclenchant chez l’auditeur un ennui abyssal– et pour cause leur métier c’est de taper dans un ballon pas d’être de fins causeurs …

Quelle fatigue, God, quelle fatigue ! Allez j’ose ? J’ose. Pourvu que ça ne dure pas tout le mois de juin cette affaire. Une fois passées les analyses et exégèses sur les raisons de cette catastrophe nationale – I mean les Bleus éliminés – on pourra enfin dans les bistros, dans la rue, dans les soirées, dans les foyers (l’enfer que cela doit être pour certaines nanas je n’ose même pas y songer avec en plus la nouvelle télé peau des fesses – allez chouchou c’est l’occasion, avec un crédit sur dix mois sans frais), on pourra enfin apprécier la fin du joli mois de juin , ses pluies, ses brocantes, ses carnavals, ses kermesses …

TRES SEULE AUSSI je me sens à ne pas supporter l’œuvre de Louise Bourgeois, l’artiste elle aussi phénomène planétaire, née en France, adoptée par l’Amérique. Sa mort a suscité un torrent d’hagiographies – je n’ai pas lu un seul papier qui prenne un peu de recul. Je copie-colle un passage du roman que je suis en train d’écrire où l’héroïne sortant d’une expo consacrée à la vieille dame au musée Guggenheim à New York fait part de son énervement…
« Ainsi qu’ elle l’avait pressenti, l’étalage du labyrinthe intérieur de Louise Bourgeois la hérissa. Elle sortit du musée Guggenheim très en colère. L’artiste peintre et sculpteur avait eu une enfance malheureuse et alors ? Etait-ce une raison pour nous infliger toute cette anatomie en morceaux, ces trous et ces bosses, ces phallus comme s’il en pleuvait, ces cavernes utérines, ce défilé d’étrons, ces mornes mamelons, tout ce bric à brac jeté en vrac, ou contenu, dernier avatar de l’oeuvre, dans des simili cellules. Vous passiez votre tête dans chaque alcôve et vous étiez happé dans un univers chaotique, frénétique, où le cumul d’objets n’avait d’autre fin que de vous faire oublier la pauvreté de la création – souvent des mains, en résine sans doute, ou en latex on s’en fout de toutes façons. La définition de Michel Leris sur l’instinct lui revint : à hauteur d’intestin ! Elle se précipita vers Central Park tout proche, dépassa le réservoir Onassis et ses joggers, se jeta sur la première pelouse, ferma les yeux, les réouvrit sur un train de nuages gonflés de lumière, Dieu que c’était bon de sentir la plante des pieds dans l’herbe fraîche, les seins qui s’étalaient et un filet de vent qui se glissait sous sa jupe, la soulevait, se retirait … elle avait tout d’une obsédée sexuelle, elle ferait bien de ne pas tenir la dragée haute aux fantasmes de la vieille dame française à qui New York rendait hommage. Ouais. La vérité est que Michael avait annulé le rendez-vous qu’ils avaient au musée et qu’elle aurait certainement trouvé un intérêt aux éruptions névrotiques de Louise Bourgois si elle avait su que la nuit à venir elle serait dans les bras de son amant, de son amour, à l’abri de toute folie, de toute dérive, risque d’envol, possible disparition, amarrée fermement à lui , une jambe repliée sur les siennes, son épaule à portée de lèvres, respirant à petits coups l’odeur pimentée de son corps , sculpture tendre et vivante ».

Cher Freud…

Après une journée marathon et les frimas de mai, s’allonger sur le divan douillet … Michel Onfray ne sait pas ce qu’il rate ! Très joli portrait par Judith Perrignon du philosophe du peuple dans « Marianne » (en corps 6, autrement dit quasi en braille, il est écrit que ce texte a été publié par XXI en 2008 ! Bravo XXI – achetez ce gros journal pas comme les autres au moins une fois pour voir ce que c’est d’écrire long sans zapping, ou bien pour les Parisiens allez le lire au « Zimmer », la belle brasserie à droite du Théâtre du Chatelet qui le met à disposition de ses clients).

Je ne suis or donc pas d’accord du tout avec la dénonciation du freudisme par Michel Onfray ( « Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne », Grasset) mais cela ne m’empêche pas de trouver irrésistible cette définition qu’en a donné l’écrivain Nabokov : « une application quotidienne de vieux mythes grecs sur les parties génitales ».

Sur le cas Onfray, un bon papier équilibré du psychanalyste Daniel Sibony dans « Le Monde » du 8 mai. Deux idées : au fond que Freud ait été un type bien ou un sale type ne change rien à l’affaire ; un livre de philosophie, contrairement à certaines analyses, n’a jamais permis de se tirer d’affaire … «En fait tous ceux qui souffrent et qui ont bénéficié de l’apport freudien n’idolâtrent pas Freud. Ce n’est pas qu’ils s’y refusent, ils s’en foutent, l’essentiel est ailleurs. C’est la psychanalyse, et quand elle est bien faite par des gens doués et généreux, elle aide le sujet à devenir un penseur de sa vie, à la penser en acte et non en appliquant tel ou tel philosophe, fût-il fameux. » Dommage, conclut l’auteur, que le brûlot du fondateur de l’Université populaire vienne renforcer la résistance de ceux qui auraient vraiment besoin d’une analyse.

Le dernier article que je citerai dans la même livraison du « Monde » du psychiatre-psychanalyste Marc Strauss est bien plus cruel qui voit dans le livre d’Onfray « avec ses outrances, ses excès, sa mauvaise foi, ses pensées nauséabondes » la reproduction de ce qui se passe sur le divan et donc une demande d’analyse restée en souffrance. Alors oui Benoit ! (private référence ) c’est vrai que ce genre d’argumentation interdit toute critique du freudisme. De cette boucle-là on ne sort jamais…c’est une des forces de ce cher Freud !

Billevesées…

TELEDIFFUSEES. C’est un rendez-vous chaque soir assez tard sur France 3 : « La minute épique ». L’objectif est de nous familiariser avec le jargon hippique. Why not. Le problème c’est le choix d’un traitement totalement débile. Et quand je dis débile, je mesure mes mots. Exemple. Que signifie « allonger un cheval ». Eh bien ! nous affirme la jeune femme qui avec un allant certain joue les idiotes de service, cela ne signifie pas ah que non ! le border ou lui tirer sur la jambe non : cela signifie le coucher sur le divan du psy pour cheval. Hein que j’ai raison ! dit-elle en gros au spécialiste qui se pointe alors à l’écran. Eh non … soupire le compère : « allonger un cheval » veut dire changer ses compétences, le mettre sur de longues distances … Ah bon ! qu’elle rétorque en gros la donzelle, Merci alors et à demain…

RADIODIFFUSEES. C’est un rendez-vous tous les matins sur France Inter : « Bons baisers de Manault. » La dite Manault déverse d’une voix sirupeuse des banalités sensées nous bouleverser sur les rapports homme femme, parents enfants, racisme ou mépris ordinaires, comportements mesquins… C’est d’une médiocrité confondante avec un habillage sonore et un parti-pris théâtral qui au début peuvent faire avaler la pilule. Très vite pourtant elle reste en travers de la gorge. L’équipe de France Inter en est chaque matin bouche bée – dans le studio le « malaise est palpable » comme on dit… (« incontournable » cliché (re-cliché ! ) que je raye férocement sur la copie de mes jeunes étudiants journalistes. )

IMPRIMEES . Dans « Le Monde Magazine » du 17 avril 2010 un article intitulée « Polyamours, Qu’ils durent toujours ». Pour aller vite c’est polyamours et polybêtises. Concentré de banalités sur l’amour libre nouvelle formule, né of course aux Etats-Unis. A l’origine un livre « The ethical slut : la salope/le salaud éthique » (qu’on peut trouver sur Google Livres parait-il, si on a du temps et des sous à perdre) ou comment conjuguer amours multiples et morale, voire spiritualité. Si l’on veut vraiment se pencher sur ce sujet vieux comme le monde et qui n’en est pas un – on fait comme on peut – on relira l’adorable « Jules et Jim ».

Billevesées…

TELEDIFFUSEES. C’est un rendez-vous chaque soir assez tard sur France 3 : « La minute épique ». L’objectif est de nous familiariser avec le jargon hippique. Why not. Le problème c’est le choix d’un traitement totalement débile. Et quand je dis débile, je mesure mes mots. Exemple. Que signifie « allonger un cheval ». Eh bien ! nous affirme la jeune femme qui avec un allant certain joue les idiotes de service, cela ne signifie pas ah que non ! le border ou lui tirer sur la jambe non : cela signifie le coucher sur le divan du psy pour cheval. Hein que j’ai raison ! dit-elle en gros au spécialiste qui se pointe alors à l’écran. Eh non … soupire le compère : « allonger un cheval » veut dire changer ses compétences, le mettre sur de longues distances … Ah bon ! qu’elle rétorque en gros la donzelle, Merci alors et à demain…

RADIODIFFUSEES. C’est un rendez-vous tous les matins sur France Inter : « Bons baisers de Manault. » La dite Manault déverse d’une voix sirupeuse des banalités sensées nous bouleverser sur les rapports homme femme, parents enfants, racisme ou mépris ordinaires, comportements mesquins… C’est d’une médiocrité confondante avec un habillage sonore et un parti-pris théâtral qui au début peuvent faire avaler la pilule. Très vite pourtant elle reste en travers de la gorge. L’équipe de France Inter en est chaque matin bouche bée – dans le studio le « malaise est palpable » comme on dit… (« incontournable » cliché (re-cliché ! ) que je raye férocement sur la copie de mes jeunes étudiants journalistes. )

IMPRIMEES . Dans « Le Monde Magazine » du 17 avril 2010 un article intitulée « Polyamours, Qu’ils durent toujours ». Pour aller vite c’est polyamours et polybêtises. Concentré de banalités sur l’amour libre nouvelle formule, né of course aux Etats-Unis. A l’origine un livre « The ethical slut : la salope/le salaud éthique » (qu’on peut trouver sur Google Livres parait-il, si on a du temps et des sous à perdre) ou comment conjuguer amours multiples et morale, voire spiritualité. Si l’on veut vraiment se pencher sur ce sujet vieux comme le monde et qui n’en est pas un – on fait comme on peut – on relira l’adorable « Jules et Jim ».

Parc et café-philo …

O TEMPS SUSPENDS TON VOL !
Ah les beaux jours … Aux Buttes Chaumont y a des petites fleurs, des tulipes et des narcisses et des jeunes gens qui jouent de l’accordéon et du violon, des airs tziganes. L’un comme un personnage de Chagall, couché et longue jambe battant la mesure dans le ciel. Quand il s’assied, il allume une clope et reprend son violon. Sa clope qu’il tient entre ses lèvres serrées n’en finit pas. Le temps arrête lui aussi de se consumer.

ALTERNANCE
C’est peut-être le début de la sagesse. Savoir que c’est l’enfer : il faut se lever, on est mort, on n’a pas préparé ses docs, on ouvre la fenêtre et il fait un froid de loup, le pot de confitures est vide, votre meilleur pull (vu le froid) est sale. Et on se dit : oui c’est odieux, pas la peine de faire semblant, genre assertivité de crotte de bique, l’insupportable « je positive je positive ». Non ! je ne positive pas. MAIS ! mais, c’est peut-être ça la sagesse or donc, savoir que ce moment, comme tous les autres, c’est obligatoire ! va passer, un autre va suivre, supportable, voire agréable et peut-être même divin.

Trente minutes après l’enfer (relatif yes I know ) décrit plus haut, le soleil déchire les nuages, on est à la terrasse d’ un bistro, quelqu’un d’aimé vous envoie un clin d’œil par texto, la baguette est fraîche et ils ont de la confiture, … ça ne dure que 20 minutes tout ça d’accord mais alors quel pied.