… belle comme l’oxygène naissant

masques artisanaux

D’abord je voudrais nuancer la position assez tranchée que j’ai prise par rapport à la chhlorovaquine ( traumatisée par ma lutte depuis des mois pour essayer de me faire soigner par phagothérapie – je ne vais pas vous réimposer l’histoire -et constatant, dans ce cas particulier,  une grande frilosité et  un manque de curiosité de la part du corps médical et des autorités.) Aujourd’hui pour la chlorovaquine, je n’en sais rien ! et je propose de se reporter aux Chroniques du coronavirus de Nicolas Martin sur France Culture. Ou bien d’attendre …

Ensuite envie de vous dire que je suis sans doute comme vous : je voulais tout lire, tout voir, tout entendre et je ne fais pas grand chose. Quand même : un épatant cours d’anglais gratuit, Gymglish . Et cette fameuse danse des chaises dont je vous ai déjà parlé, rosasdanstrosas.be. Je me régale aussi sur ArteTv mais ce n’est pas venu avec le confinement. Réjouissant documentaire ces jours-ci par exemple sur Betty Boop. « De Betty Boop, je ne savais rien, convient Claire Duguet, la réalisatrice . C’était pour moi juste une image, de celles qui décorent les tee-shirts, les agendas et les classeurs. Je ne l’avais jamais vue en mouvement, dans un dessin animé. » On découvre un irrésistible personnage – ça on le savait déjà – mais de tous les combats féminins, mine de rien.
Pour le reste, avec ma connexion très capricieuse et mon emploi du temps fluctuant, ni je parcours les musées, ni j’assiste à des spectacles exceptionnels. Je lis. Un peu. Pas tant. Et comme je n’ai aucun de mes livres avec moi, je découvre enfin, grâce à l’amie qui m’héberge, Cahier d’un retour au pays natal, la naissance du concept de négritude et du combat d’Aimé Césaire on le sait. On le sait mais le lire est un vrai choc. Première lecture  pourtant : je reste un peu en dehors freinée par trop de mots inconnus, trop d’imprécations, trop d’images somptueuses mais opaques ; à la seconde lecture je suis emportée.

Les premières pages sont rythmées par l’anaphore, Au bout du petit matin :
Au bout du petit matin, ce plus essentiel pays restitué à ma gourmandise, non de diffuse tendresse, mais la tourmentée concentration sensuelle du gras téton des mornes avec l’accidentel palmier comme son germe durci, la jouissance saccadée des torrents et depuis Trinité jusqu’à Grand-Rivière, la grand’lèche hystérique de la mer.

Bien plus loin
Et à moi mes danses
mes danses de mauvais nègre
à moi mes danses
la danse brise-carcan
la danse saute-prison
la danse il-est-beau-et-légitime d’être nègre.
A moi mes danses et saute le soleil sur la raquette de mes mains

Les extraits c’est rien ! il faut tout prendre dans l’élan.

pour Christophe  « Retrouver avec moi les paradis perdus « 

 

Je lis aussi (à la suite du texte de Césaire – Editions Présence africaine poésie) la préface d’André Breton à l’édition de 1947;. Il rencontre le poète en avril 1941 à Fort- de- France au hasard d’une emplette chez une mercière – il cherche un ruban pour sa fille. Mercière qui se trouve être la sœur de René Ménil, animateur avec Césaire de la revue Tropiques. C’est ainsi qu’il connait ce dernier le soir dans un bar et « dans une excursion au plus profond de l’île ». Rencontre on l’imagine fastueuse. Le texte de Breton est passionnant et se termine ainsi : «  La parole d’Aimé Césaire, belle comme l’oxygène naissant. » Echo déjà avec mes poumons et le covid 19. Mais voilà que la même fée-hôtesse me passe Une rencontre de Milan Kundera. Ce sont des réflexions, des sortes de chroniques sur la littérature, l’art, dans le style à la fois décontracté et très écrit de ce gars-là que j’aime beaucoup. Parlant de la revue Tropiques (neuf numéros entre 1941 et 1944 qui traitent essentiellement de l’émancipation martiniquaise  culturelle et politique et du surréalisme), il cite Lautréamont  : « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » et la phrase de Breton «  La parole d’Aimé Césaire belle comme l’oxygène naissant ». Evidemment je jubile de cette correspondance qui me fait oublier un moment le lavage frénétique – et carrément obsessionnel – de tous les produits qui entrent dans ma maisonnette…

Si comme moi vous n’avez également jamais lu Jean Genet – y a tant à lire je fais depuis belle lurette l’impasse sur Les Professeurs de désespoir ( Nancy Huston- Actes Sud) – écoutez en podcast ( France culture jeudi 16 avril 2020) « Toute une vie » avec Matthieu Garigou Lagrange, qu’on suit avec plaisir comme toujours. En une heure on sait et comprend beaucoup de choses. Je suis tentée maintenant de lire Notre Dame des fleurs son premier roman ou son dernier livre Un captif amoureux (sur la Palestine et les Panthères noires). Et puisque je viens de citer Nancy Huston vous pouvez aussi écouter Gary, l’insaisi  qu’elle nous offre également dans l’émission « Toute une vie. » Désir de relire tout Romain Gary. Quel personnage ! Quel écrivain !

Pour reboucler sur le virus, J’aime cette idée lue je ne sais où : Un habitant de Naples, Angelo Picone, a eu l’idée de pendre un panier à sa fenêtre .En deux heures, il était plein. Chaque jour, certains le remplissent de nourriture en rentrant des courses, quand d’autres se servent. Dans cette ville particulièrement pauvre, c’est tout un système spontané de solidarité qui s’invente

PR (post redac)  On le savait mais la mascarade sur les masques est estomaquante à lire le papier du nouvelobs.com publié aujourd’hui 20 mars et particulièrement le montage video sur la volte-face du gouvernement.

 

 

Ah oui !

Je me moquais des bons plans ci-dessous. J’avais (un peu) tort
Françoise M. en abreuve ses amiEs et c’est bien. Lisez le dernier :

L’UNESCO a donné accès gratuitement à la Bibliothèque Numérique
 Mondiale sur Internet.
 Un beau cadeau ! Voici le lien : https://www.wdl.org/fr pour la France.
 Il rassemble des cartes, des textes, des photos, des enregistrements
 et des films de tous les temps, explique les joyaux et les reliques
 de toutes les bibliothèques de la planète, disponible en
 sept langues.
 Profitez-en et faites en profiter votre entourage…
Ah oui ! ça fait envie. Si on a une connexion et  pas d’enfants en télétravail.  Ne pourrait-on faire télétraiter les enfants …
MARSEILLAIS ! UN VRAI TUYAU POUR LES COURSES
Vous ne vous en sortez pas avec les sites des grandes marques (oui c’est mon cas), les drives et tout le bazar. Auchan vous propose sur toute la ville des livraisons à domicile à partir d’une liste que vous leur envoyez par internet :
vperez@franchiseauchan.fr
tel : 04 91 16 29 80
paiement par CB

Livre ouvre- toi !

Je me moquais ci-dessous des bons plans … A la vérité,  le matin je consulte assez frénétiquement  les nouvelles propositions sur le net.
Bref je suis débordée … D’autant que ma connexion est très capricieuse. Voici ma dernière sélection  qui propose un choix de dix livres gratuits très alléchant
https://quefaire.paris.fr/104417/6-beaux-documentaires-a-voir-sur-bibliotheques-paris-fr ( Que pour les Parisiens )
D’autant que je n’ai que trois livres avec moi dont un Sollers –  que j’aime beaucoup vous le savez, je vous en ai parlé il y a quelques jours. Voici encore un extrait de Mouvement, paru en 2016, bien adapté à la situation

La grande pièce où vous travaillez est tapissée de livres. Ils vous attendent le matin, très tôt. Pas un bruit, l’appartement est vide. Vous débranchez votre téléphone, vous vous asseyez à votre table, vous vous concentrez, vous ne faites rien. Ca peut durer dix minutes ou une heure, parfois la matinée entière. Ne rien faire est toujours une joie.

Ne rien faire n’est pas mon fort. Sollers m’énerve un peu avec sa « joie » ! Deux paragraphes plus loin, c’est autre chose. Il a écouté ce que lui disait sa bibliothèque et laisser sa main prendre un livre L’oracle de Delphes. D’habitude ça marche mais là non « pas de vieux grecs aujourd’hui ». Du coup il reste « sec ».

Vous réconcilier avec Apollon ne sera pas facile. Vous n’avez pas de laurier sous la main, Pindare n’a rien à vous dire, Hölderlin boude, Hegel est distant, Homère lui-même a mis son doigt sur la bouche. Décidément tous les livres font grève aujourd’hui, y compris, c’est un comble, la Bible. Les poètes se taisent, la musique ne veut pas de vous, la peinture s’absente, votre partenaire d’amour se dérobe. Vous essayez le chinois ? Rien. Le sanskrit ? Rien. Le vieux français ? Rien du tout. Shakespeare? Surdité complète. Vous êtes enfermé en enfer.
Vous essayez de dormir, mais le sommeil, au lieu de vous reposer vous fatigue. Vous marchez pendant une heure, aucun effet. Vous prenez trois bains chauds, aucune détente.  Vous vous enivrez, résultat très lourd (…)
Bien sûr quelques paragraphes plus loin encore, ça s’arrange :
Et, soudain, tout se calme. Vous sortez dans la nuit, vous revoyez les étoiles, vous sentez qu’Apollon vous a pardonné. (…)

Nonobstant le fait que nous ne parlons pas tous avec cette aisance à  Apollon, ni même à Pindare ou Hegel (quant à la Bible en ce qui me concerne, une allergie absolue), ça rassure cette panne de Sollers.
Encore un petit extrait sur les livres :
La bibliothèque tarde à reprendre ses propositions magnétiques. Pourtant elle sait que je lui reste fanatiquement fidèle, que je ne me soumets pas à Allah ni aux nouveaux dieux tout puissants, Facebook, Google, Yahoo, Amazon. Les croyants de Facebook sont déjà 1,49 milliard ( et sûrement bien plus en ces temps de confinement NDLR). Tous ces gens pressés et décervelés adorent des idoles, mais je reste ferme, les seuls vrais dieux sont des livres, un certain nombre de livres agissent comme des dieux.

En lien mon livre Avec toute mon admiration avec un chapitre  consacré à Philippe Sollers :
Avec toute mon admiration

Egalement dans ce livre une interview de Jean Daniel, jamais parue ailleurs, donc quasi inédite, en écho avec le « A voix nue » cette semaine sur France Culture tous les soirs à 20h00 où il s’entretient avec Jean d’Ormesson. Ce sont deux hommes délicieusement intelligents et tendres  qui nous racontent  70 ans ( émission enregistrée en 1996) de vie.
En lien sur le même livre.
Avec toute mon admiration

 

Du rire aux larmes

Vous êtes comme moi, par moments les plans génialissimaux pour confiner finement,  vous n’en pouvez plus ! La video qu’il vous faut vous attend sur le lien ci-dessous. Hilarant.

 

En même temps que je tape ces lignes, j’écoute distraitement une émission sur Boris Vian. La voix de Trintignant soudain me happe. J’écoute l’extrait de « Je voudrais pas crever » et je vais  chercher sur internet le poème écrit par Vian peu de temps avant sa mort. Superbe.

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L‘herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L‘odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J‘en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir
Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…

Boris Vian

Drôle d’atmoTsphère

Sur France Inter ce 22 mars 2020 à 17h40, un infirmier témoigne : il a un  seul  masque qui date de 2001 ! Et il y a tous ceux qui en ont besoin et qui n’en ont pas. Dont je suis. Vraie carence de l’Etat, sans compter celle du matériel pour les tests, dont il faudra qu’ il s’explique un jour. Plus tard. Mais il le faudra.
La société 1083 à Romans produit des masques. Elle n’est ps la seule. Sur Libération.fr, 24 mars, un coup de colère d’un chercheur : :https://www.liberation.fr/debats/2020/03/24/masques-mais-de-qui-se-moque-t-on_1782908

A Marseille ça bouge. Didier Raoult qui dirige l’infectiopole de l’Assistance Publique Hôpitaux de Marseille, à la Timone, membre du Conseil Scientifique dédié au Coronavirus, défend l’usage de la chloroquine – à savoir une banale molécule utilisée depuis 75 ans dans le traitement du paludisme – contre la maladie et faisant suite à des essais concluants réalisés sur des centaines de malades en Chine. Sa prise de position suscite des réserves chez de nombreux autres spécialistes, qui estiment notamment que des essais menés auprès de 24 patients ne répondent pas à tous les critères nécessaires. Samedi 21 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran,  a  demandé à ce que l’étude du professeur Didier Raoult “ puisse être reproduite à plus large échelle dans d’autres centres hospitaliers, par d’autres équipes indépendantes”. Il espère des résultats d’ici 15 jours.

C’est beaucoup 15 jours. Est-ce l’heure de tergiverser ? 
Non, si l’on en croit le professeur ( et moi je le crois après avoir vécu les atermoiements autour des phages , devoir partir en Georgie puis en Belgique, ne pas le pouvoir et vivre avec ma bactérie jusqu’à nouvel ordre * ). « Quand vous avez un traitement qui marche contre zéro autre traitement disponible, c’est ce traitement qui devrait devenir la référence”, affirme Didier Raoult dans Le Parisien. “Et c’est ma liberté de prescription en tant que médecin. On n’a pas à obéir aux injonctions de l’État pour traiter les malades. Les recommandations de la Haute autorité de santé sont une indication, mais ça ne vous oblige pas.” Or le traitement marche. Sur les 24 patients traités avec de l’hydroxychloroquine, 75% présentaient une charge virale négative au bout de six jours, déclare le médecin  : le virus a disparu, le patient n’est plus contagieux. En comparaison, 90% des patients traités sans chloroquine, à Nice et Avignon, seraient encore contagieux au bout de cette même période.
Sa conclusion   : tester massivement et puis donner le traitement.
Ecouter sur France Culture en podcast :  chloroquine, le protocole Raoult. Très clair sur les conditions effectivement insuffisantes des essais du professeur.

* https://www.liberation.fr/france/2020/01/21/phagotherapie-la-revanche-des-virus-guerisseurs_1774404 (on dirait de la provocation, mais non c’est juste la complexité comme dirait Edgar Morin qui a sorti fin 2019 un livre « Les souvenirs viennent à ma rencontre ». Fayard)

Reste – c’est le cas de le dire –  qu’il faut rester chez soi le plus possible.
Comme me textotait Ahsit, un de mes corespondans privilégiés : continuons à  très  prudents : le confinement ne marche qu’avec la peur et le naturel indiscipliné des latins que nous sommes pourrait tout foutre en l’air. Ainsi, disait le maire de Sanary -sur-mer à la radio,  faut-il vraiment aller chaque jour à la boulangerie ? Non.  Une fois par semaine et l’avance au congé ou au frigo dans un torchon. Et quand c’est dur on fait griller ! Ou du pain perdu pour le petit dej.

Il y a une floraison d’initiatives sympas pour que les gens vivent bien le confinement. Et, si effectivement, on a  internet et un balcon ou un jardin, on peut  s’offrir une retraite , avec réflexion, apprentissage, culture, découvertes, gratos. Mais si on n’a que ses quatre murs  ! quelle galère doit être cet enfermement. Pour les enfants c’est kif kif : sans internet, pas d’école. (Entre parenthèses on n’entend rien sur la double peine des parents avec le télétravail et les sales gosses, la visioconférence et  les legos dans le salon…).   Jusqu’au 4 mai !!!!  Là aussi il y aura des leçons à tirer sur la fracture numérique.

www.rosasdanstrosas.be
JE VIENS D’ESSAYER CE PETIT COURS DE DANSE CONTEMPORAINE AVEC UNE CHAISE : UN BIJOU !

 

 

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Correspondances

Je pars en cata, comme beaucoup, dans une maisonnette – refuge de rêve prêté par des amis de La Pointe rouge à Marseille. J’emmène n’importe quoi dans ma ou plutôt dans mes valises et je me souviens une fois encore de Marie au Cambodge partant avec ses trois enfants pour fuir les Khmers rouges. Une heure pour choisir : nourriture, médicaments, bijoux, fringues, crèmes… Je l’ai déjà écrit sur ce blog je crois mais c’est vrai que ça m’avait remuée autant que des choses bien plus terribles dans son récit. (Tourments et merveilles en pays khmer. Actes Sud). Bref j’attrape des livres qui trainent depuis des semaines, des mois. Parmi eux Mouvement de Philippe Sollers (Gallimard) lu aux trois quart. Dans la maisonnette je le feuillette. Décidément j’aime cet écrivain pourtant si souvent hermétique. Je vous livre des morceaux choisis assez en accord me semble-t-il avec l’air du temps.
C’est de Wen Zhengming … sous la dynastie des Ming

Dix jours loin des affaires du monde
A me promener devant ma fenêtre
La lumière du soir succède à la bruine,
Le froid s’attarde sur les terres brumeuses,
Au réveil le café prend une saveur nouvelle
Dans ce calme, les livres ont un sens plus fort
.

Sollers a, précise-t- il, simplement remplacer thé par café

Autre morceau choisi, en fait sans lien avec notre présent sauf que cela traite du passage des saisons et se déroule encore en Chine. Et puis j’aime ce genre d’affirmations péremptoires…

Le pin, le prunier, le bambou, le chrysanthème sont subtils, endurants, indépendants. Les oiseaux qui leur correspondent sont les goélands, les aigrettes, les oies et les canards sauvages. On passe du parfum discret de l’hiver-printemps au parfum tardif de l’automne. La grande fleur concurrente et éclatante est, bien entendu, la pivoine, qui, elle, est comparée au phénix ou au paon. Qui n’a pas vu un massif vibrant de pivoines, en sortant de la visite, en Chine, d’un tombeau froid de l’époque Han n’a rien vu.
Que celles et ceux qui ne sont jamais tombés en pâmoison devant des pivoines quittent ce blog ! Non je plaisante. Vous n’êtes pas assez nombreux pour que je vous vire …

Commentaire de Théi
Je peux rester sur ce blog car je suis tombée en pamoison devant les extraordinaires pivoines du jardin de bagatelle il y a quelques années et je continue d admirer une pivoine arbustive que j ai plante à auriac en 2011 t qui a mis six ans pour donner sa première fleur . Rose , veloutée, charnue j ai joui de ce jaillissement de beauté…

 

 

 

 

C’est ballot !

Il n’y a plus de gels hydroalcooliques en pharmacie mais Alleluia ! le décret – il fallait  au moins ça – autorisant la fabrication par nos apothicaires est sorti. Mais, c’est ballot, il y a  rupture de stock de glycérine. De toutes façons, conclut ma pharmacienne, pour produire du gel hydroalcoolique qui nécessite de l’alcool à 90°, il faut faire une déclaration en douane. Donc basta. Là encore on félicite les responsables de notre santé : des fois que dans nos bonnes officines on se mette à pratiquer la distillation dans un alambic dormant au grenier pour faire de l’eau de vie. Non ! il ne sera pas dit que la « machine à saouler » ressuscite sur notre territoire.
L’alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s’échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c’était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet. L’Assommoir Zola

L’idée générale c’est : ne prendre aucun risque. L’ère de la précaution. C’est ainsi  que la phagothérapie dont je vous ai déjà parlé (mais je remets le lien sur mon article dans Libération bien qu’il ait été raccourci et soit donc incomplet)  est interdite en France. L’ANMS (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) proteste que  : non elle ne l’est pas ! Il faut faire une demande. Oui sauf que aucun médecin ne s’y emploie ( ils ont peur  me souffle l’un d’entre eux dans un hôpital, peur  d’un procès et même d’aller en prison ! ), exception faite pour des cas où le pronostic vital est engagé, cas très rares et très médiatisés . Je dois donc après la Géorgie aller à Bruxelles  où l’hôpital militaire de la Reine Astrid peut pratiquer cette technique maintenant légale en Belgique.  Sauf qu’ils sont débordés par l’effervescence cororonavirale et ne peuvent plus a priori me recevoir. C’est ballot.

Lien Libération
https://www.liberation.fr/france/2020/01/21/phagotherapie-la-revanche-des-virus-guerisseurs_1774404

 

 

Coucou ! des haïkus …

Photo Brigitte Mougin

Sa;lon en effervescence
jeunes gens concentrés
Coucou !   des haïkus

A la Japan expo, Marseille Chanot,  dans une atmosphère  joyeuse mais peu propice à la réflexion, quelques jeunes gens écrivent pourtant leurs premiers haïkus. L’atelier est menée par Dane Cuypers sous la houlette de l’association Patrimoine en partage. On leur avait souligné le caractère souvent irrévérencieux du petit poème en 3 vers et 17 syllabes (5,7,12). Ils s’en sont saisis.

Une main à la bouche
Pour ne pas le propager
Ce coronavirus

 Arrivé à temps
Un souffle de soulagement
Assis aux toilettes

Pour moi c’est fini
Ces longues soirées éméchées
Jusqu’à la prochaine cuite

 M’assoir fatigué
Aïe ! je l’ai enfin trouvée
Cette télécommande »

Rien n’est éternel
Quand je vois tous ces zéros
Sur mon compte en banque
Daniel

Au milieu de la foule
Une jeune sorcière sans balais
Toute de bleu vêtue
Ambre

Le croissant se noie
Sa forme polyvalente
Perdu dans la nuit
Lucile

Et pour finir, Extrait de Découper le silence, Regard amoureux sur le haïku, de Jeanne Painchaud, Montréal, Éd. Somme toute.
Printemps
une brise embrasse mon visage
au moins elle!
Louis-Philippe Chénier

 

 

 

 

Jean Daniel : entre l’ombre et le soleil

J’ai rencontré Jean Daniel à l’automne  2014. J’écrivais un livre où je racontais les coulisses des grandes interviews que j’avais réalisées tout au long de mes années de travail. Et j’avais eu envie de conclure par un entretien  actuel avec mon modèle  journalistIque : Jean Daniel. Ce fut très  difficile à mettre en place. Je n’avais pas de média mais un projet de livre et le fondateur du Nouvel Observateur  était déjà très affaibli. Mais cela a fini par marcher et je me souviens de mon état mêlé de stress et de joie quand j’ai monté l’escalier qui menait à son appartement.  lI m’a reçu avec  gentillesse et humour. Il a aimé ce que j’avais tricoté  de nos deux heures. L’interview est inédite et je pense par moments émouvante :  ainsi quand il parle de la mer, du soleil, de Camus, d’Edgar Morin, de sa mère, de ses rêves d’écrivain. Mon livre Avec toute mon admiration est paru chez un pseudo éditeur. L’interview est donc quasi inédite. Un extrait ci-dessous et tout le texte en cliquant sur le lien tout en bas

DC. Je reviens à votre écriture. Quand vous parlez de la Méditerranée, du soleil, de la mer, il y a des moments où vous n’avez rien à envier à Camus. C’est la même sensualité, la même ferveur. Vous le savez…

JD. C’est la même genèse. Dans une interview un peu méchante, on m’a demandé : Est-ce que Camus vous gêne ? S’il n’avait pas été là, je ne sais même pas si j’aurais eu la force d’être Camus… d’être lui.

DC. Je ne comprends pas !

JD. Je veux dire que je n’avais pas les atouts. Nous avions les mêmes aptitudes, mais moi à un niveau inférieur.

DC. Ecoutez, je vais prendre un exemple dans « Les Miens « .  Vous parlez dans le chapitre sur Matisse du rapport entre l’ombre et le soleil, avec les persiennes – et cela m’a particulièrement touchée car je suis amoureuse des persiennes. Et vous dites, ce que personne ne dit jamais, que dans ces pays- là on fait semblant de lutter contre le soleil : en fait on joue avec. Quelle belle idée que les femmes jouent avec ça, ferment les volets, les ouvrent à nouveau… je ne sais plus comment vous le racontez mais c’est très bien, très fort.

JD. L’été incarne deux magnificences différentes: la lumière et la chaleur. La magnificence est aussi dans le fait qu’elles sont obligées de lutter l’une contre l’autre.

DC. Ah oui ?

JD. Dans les maisons méditerranéennes que j’ai habitées, rien n’était plus étudié que la protection contre le soleil. Il y avait toutes sortes de persiennes. Le matin, il y avait deux heures où on les ouvrait. Mais le reste du temps ! Vous allez chercher la lumière, vous trouvez la brûlure. Si vous avez la fraicheur, vous n’avez pas la lumière. Si vous n’avez pas la lumière, vous n’avez pas Matisse. Et si vous n’avez pas la chaleur, vous n’avez pas Gauguin. La lumière, Matisse est allé la chercher à Tanger. A Tanger ça change tout le temps. C’est l’Atlantique et la Méditerranée en même temps, les vents changent trois fois par jour de direction. Ça donne une sorte de folie aux gens. C’est l’une des villes les plus déroutantes, les plus attachantes, les plus éprouvantes qui soient.

DC. La mer, l’océan, l’eau, c’est plus qu’important pour vous, c’est essentiel, vital. C’est là, dans les bains à l’aube, en Tunisie ou à Porto Ercole, en Toscane, un de vos lieux chéris, que vous connaissez ce que vous appelez vos « convalescences- renaissances». J’ai noté: «Les bains, à peine trop froids, ressemblent à des rêves d’enfance ». Ou bien : « Ce passage de la nuit lourde et poisseuse à l’aurore à peine fraîche dans une eau vive ; cette évolution dans un élément qui délivre du poids de l’âge, des impuretés, de la chaleur ; cette sensation que l’on fait partie intégrante d’un vaste ensemble, d’un immense équilibre naturel: tout fait de ce moment une grâce. «A bliss» dit Wordsworth.

JD. Il y a un texte que je peux dire réussi, oui, c’est celui sur Marie Susini.

DC. J’ai relu ce chapitre il y a quelques jours. Il est superbe. Parfaitement abouti. Je me souviens d’un passage où vous dites, je crois, que l’écrivain Marie Susini, votre premier grand amour, semble atteindre un moment d’équilibre, que soudain, et de cela je suis sûre, elle « coïncide avec son destin ».

JD. Oui, c’était aussi un moment de grâce dans sa montagne corse. J’en ai d’autres, moins loin, au Musée Rodin. J’habite tout près. Il m’arrive souvent de m’approcher assez près des statues. J’ai toujours admiré les corps. Une fois j’étais à côté de la fameuse et audacieuse statue de femme, dont la chevelure est un prolongement du corps, à la fois abstraite et sensuelle. Ce jour-là il y avait une sœur, une moniale, et je n’ai pas écrit que cette moniale était tellement adorable elle-même, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas osé écrire dans mes Carnets ce moment volé, comme interdit, cette conjonction de la beauté de l’œuvre et de la réalité – son doigt semblait trembler sur la statue. Je suis revenu et j’étais gêné…

interview inédite de JD entière
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Pagnol : aux sources de son écriture

Contrairement aux idées reçues, Marcel Pagnol travaillait beaucoup, même s’il pouvait aller très vite pour boucler un tournage par exemple. Mais la langue était son beau souci. Elle l’est devenue plus encore quand il est rentré dans l’écriture de ses souvenirs. Il a tout de suite senti que le niveau d’exigence se haussait de quelques crans.
Les manuscrits de La Gloire de mon père et du Château de ma mère permettent d’accéder à cette attention sans faille, cette opiniâtreté même, pour être au plus près de ce qu’il veut transmettre : les merveilles et les tourments de l’enfance. C’est à cette découverte – après leur édition aux Saints Pères – que vous invitent le jeudi 27 février Nicolas Pagnol, son petit fils, Karin Hann, l’auteure d’ Un autre regard, un superbe livre sur ce thème, et l’éditrice Jessica Nelson. En présence de la présidente du pays d’Aubagne et de l’Etoile. Cela se passe à Aubagne bien entendu.
Au programme agencé et orchestré par Floryse Grimaud : vernissage, rencontre à trois voix, musique, dédicaces, cocktail. Entrée libre . Le Petit Monde de Marcel Pagnol à 16h. La galerie Argilla à 18h. Entrée libre.

On clique ci-dessous pour plus d’infos
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