Correspondances

Je pars en cata, comme beaucoup, dans une maisonnette – refuge de rêve prêté par des amis de La Pointe rouge à Marseille. J’emmène n’importe quoi dans ma ou plutôt dans mes valises et je me souviens une fois encore de Marie au Cambodge partant avec ses trois enfants pour fuir les Khmers rouges. Une heure pour choisir : nourriture, médicaments, bijoux, fringues, crèmes… Je l’ai déjà écrit sur ce blog je crois mais c’est vrai que ça m’avait remuée autant que des choses bien plus terribles dans son récit. (Tourments et merveilles en pays khmer. Actes Sud). Bref j’attrape des livres qui trainent depuis des semaines, des mois. Parmi eux Mouvement de Philippe Sollers (Gallimard) lu aux trois quart. Dans la maisonnette je le feuillette. Décidément j’aime cet écrivain pourtant si souvent hermétique. Je vous livre des morceaux choisis assez en accord me semble-t-il avec l’air du temps.
C’est de Wen Zhengming … sous la dynastie des Ming

Dix jours loin des affaires du monde
A me promener devant ma fenêtre
La lumière du soir succède à la bruine,
Le froid s’attarde sur les terres brumeuses,
Au réveil le café prend une saveur nouvelle
Dans ce calme, les livres ont un sens plus fort
.

Sollers a, précise-t- il, simplement remplacer thé par café

Autre morceau choisi, en fait sans lien avec notre présent sauf que cela traite du passage des saisons et se déroule encore en Chine. Et puis j’aime ce genre d’affirmations péremptoires…

Le pin, le prunier, le bambou, le chrysanthème sont subtils, endurants, indépendants. Les oiseaux qui leur correspondent sont les goélands, les aigrettes, les oies et les canards sauvages. On passe du parfum discret de l’hiver-printemps au parfum tardif de l’automne. La grande fleur concurrente et éclatante est, bien entendu, la pivoine, qui, elle, est comparée au phénix ou au paon. Qui n’a pas vu un massif vibrant de pivoines, en sortant de la visite, en Chine, d’un tombeau froid de l’époque Han n’a rien vu.
Que celles et ceux qui ne sont jamais tombés en pâmoison devant des pivoines quittent ce blog ! Non je plaisante. Vous n’êtes pas assez nombreux pour que je vous vire …

Commentaire de Théi
Je peux rester sur ce blog car je suis tombée en pamoison devant les extraordinaires pivoines du jardin de bagatelle il y a quelques années et je continue d admirer une pivoine arbustive que j ai plante à auriac en 2011 t qui a mis six ans pour donner sa première fleur . Rose , veloutée, charnue j ai joui de ce jaillissement de beauté…

 

 

 

 

C’est ballot !

Il n’y a plus de gels hydroalcooliques en pharmacie mais Alleluia ! le décret – il fallait  au moins ça – autorisant la fabrication par nos apothicaires est sorti. Mais, c’est ballot, il y a  rupture de stock de glycérine. De toutes façons, conclut ma pharmacienne, pour produire du gel hydroalcoolique qui nécessite de l’alcool à 90°, il faut faire une déclaration en douane. Donc basta. Là encore on félicite les responsables de notre santé : des fois que dans nos bonnes officines on se mette à pratiquer la distillation dans un alambic dormant au grenier pour faire de l’eau de vie. Non ! il ne sera pas dit que la « machine à saouler » ressuscite sur notre territoire.
L’alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s’échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c’était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet. L’Assommoir Zola

L’idée générale c’est : ne prendre aucun risque. L’ère de la précaution. C’est ainsi  que la phagothérapie dont je vous ai déjà parlé (mais je remets le lien sur mon article dans Libération bien qu’il ait été raccourci et soit donc incomplet)  est interdite en France. L’ANMS (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) proteste que  : non elle ne l’est pas ! Il faut faire une demande. Oui sauf que aucun médecin ne s’y emploie ( ils ont peur  me souffle l’un d’entre eux dans un hôpital, peur  d’un procès et même d’aller en prison ! ), exception faite pour des cas où le pronostic vital est engagé, cas très rares et très médiatisés . Je dois donc après la Géorgie aller à Bruxelles  où l’hôpital militaire de la Reine Astrid peut pratiquer cette technique maintenant légale en Belgique.  Sauf qu’ils sont débordés par l’effervescence cororonavirale et ne peuvent plus a priori me recevoir. C’est ballot.

Lien Libération
https://www.liberation.fr/france/2020/01/21/phagotherapie-la-revanche-des-virus-guerisseurs_1774404

 

 

Coucou ! des haïkus …

Photo Brigitte Mougin

Sa;lon en effervescence
jeunes gens concentrés
Coucou !   des haïkus

A la Japan expo, Marseille Chanot,  dans une atmosphère  joyeuse mais peu propice à la réflexion, quelques jeunes gens écrivent pourtant leurs premiers haïkus. L’atelier est menée par Dane Cuypers sous la houlette de l’association Patrimoine en partage. On leur avait souligné le caractère souvent irrévérencieux du petit poème en 3 vers et 17 syllabes (5,7,12). Ils s’en sont saisis.

Une main à la bouche
Pour ne pas le propager
Ce coronavirus

 Arrivé à temps
Un souffle de soulagement
Assis aux toilettes

Pour moi c’est fini
Ces longues soirées éméchées
Jusqu’à la prochaine cuite

 M’assoir fatigué
Aïe ! je l’ai enfin trouvée
Cette télécommande »

Rien n’est éternel
Quand je vois tous ces zéros
Sur mon compte en banque
Daniel

Au milieu de la foule
Une jeune sorcière sans balais
Toute de bleu vêtue
Ambre

Le croissant se noie
Sa forme polyvalente
Perdu dans la nuit
Lucile

Et pour finir, Extrait de Découper le silence, Regard amoureux sur le haïku, de Jeanne Painchaud, Montréal, Éd. Somme toute.
Printemps
une brise embrasse mon visage
au moins elle!
Louis-Philippe Chénier

 

 

 

 

Jean Daniel : entre l’ombre et le soleil

J’ai rencontré Jean Daniel à l’automne  2014. J’écrivais un livre où je racontais les coulisses des grandes interviews que j’avais réalisées tout au long de mes années de travail. Et j’avais eu envie de conclure par un entretien  actuel avec mon modèle  journalistIque : Jean Daniel. Ce fut très  difficile à mettre en place. Je n’avais pas de média mais un projet de livre et le fondateur du Nouvel Observateur  était déjà très affaibli. Mais cela a fini par marcher et je me souviens de mon état mêlé de stress et de joie quand j’ai monté l’escalier qui menait à son appartement.  lI m’a reçu avec  gentillesse et humour. Il a aimé ce que j’avais tricoté  de nos deux heures. L’interview est inédite et je pense par moments émouvante :  ainsi quand il parle de la mer, du soleil, de Camus, d’Edgar Morin, de sa mère, de ses rêves d’écrivain. Mon livre Avec toute mon admiration est paru chez un pseudo éditeur. L’interview est donc quasi inédite. Un extrait ci-dessous et tout le texte en cliquant sur le lien tout en bas

DC. Je reviens à votre écriture. Quand vous parlez de la Méditerranée, du soleil, de la mer, il y a des moments où vous n’avez rien à envier à Camus. C’est la même sensualité, la même ferveur. Vous le savez…

JD. C’est la même genèse. Dans une interview un peu méchante, on m’a demandé : Est-ce que Camus vous gêne ? S’il n’avait pas été là, je ne sais même pas si j’aurais eu la force d’être Camus… d’être lui.

DC. Je ne comprends pas !

JD. Je veux dire que je n’avais pas les atouts. Nous avions les mêmes aptitudes, mais moi à un niveau inférieur.

DC. Ecoutez, je vais prendre un exemple dans « Les Miens « .  Vous parlez dans le chapitre sur Matisse du rapport entre l’ombre et le soleil, avec les persiennes – et cela m’a particulièrement touchée car je suis amoureuse des persiennes. Et vous dites, ce que personne ne dit jamais, que dans ces pays- là on fait semblant de lutter contre le soleil : en fait on joue avec. Quelle belle idée que les femmes jouent avec ça, ferment les volets, les ouvrent à nouveau… je ne sais plus comment vous le racontez mais c’est très bien, très fort.

JD. L’été incarne deux magnificences différentes: la lumière et la chaleur. La magnificence est aussi dans le fait qu’elles sont obligées de lutter l’une contre l’autre.

DC. Ah oui ?

JD. Dans les maisons méditerranéennes que j’ai habitées, rien n’était plus étudié que la protection contre le soleil. Il y avait toutes sortes de persiennes. Le matin, il y avait deux heures où on les ouvrait. Mais le reste du temps ! Vous allez chercher la lumière, vous trouvez la brûlure. Si vous avez la fraicheur, vous n’avez pas la lumière. Si vous n’avez pas la lumière, vous n’avez pas Matisse. Et si vous n’avez pas la chaleur, vous n’avez pas Gauguin. La lumière, Matisse est allé la chercher à Tanger. A Tanger ça change tout le temps. C’est l’Atlantique et la Méditerranée en même temps, les vents changent trois fois par jour de direction. Ça donne une sorte de folie aux gens. C’est l’une des villes les plus déroutantes, les plus attachantes, les plus éprouvantes qui soient.

DC. La mer, l’océan, l’eau, c’est plus qu’important pour vous, c’est essentiel, vital. C’est là, dans les bains à l’aube, en Tunisie ou à Porto Ercole, en Toscane, un de vos lieux chéris, que vous connaissez ce que vous appelez vos « convalescences- renaissances». J’ai noté: «Les bains, à peine trop froids, ressemblent à des rêves d’enfance ». Ou bien : « Ce passage de la nuit lourde et poisseuse à l’aurore à peine fraîche dans une eau vive ; cette évolution dans un élément qui délivre du poids de l’âge, des impuretés, de la chaleur ; cette sensation que l’on fait partie intégrante d’un vaste ensemble, d’un immense équilibre naturel: tout fait de ce moment une grâce. «A bliss» dit Wordsworth.

JD. Il y a un texte que je peux dire réussi, oui, c’est celui sur Marie Susini.

DC. J’ai relu ce chapitre il y a quelques jours. Il est superbe. Parfaitement abouti. Je me souviens d’un passage où vous dites, je crois, que l’écrivain Marie Susini, votre premier grand amour, semble atteindre un moment d’équilibre, que soudain, et de cela je suis sûre, elle « coïncide avec son destin ».

JD. Oui, c’était aussi un moment de grâce dans sa montagne corse. J’en ai d’autres, moins loin, au Musée Rodin. J’habite tout près. Il m’arrive souvent de m’approcher assez près des statues. J’ai toujours admiré les corps. Une fois j’étais à côté de la fameuse et audacieuse statue de femme, dont la chevelure est un prolongement du corps, à la fois abstraite et sensuelle. Ce jour-là il y avait une sœur, une moniale, et je n’ai pas écrit que cette moniale était tellement adorable elle-même, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas osé écrire dans mes Carnets ce moment volé, comme interdit, cette conjonction de la beauté de l’œuvre et de la réalité – son doigt semblait trembler sur la statue. Je suis revenu et j’étais gêné…

interview inédite de JD entière
VOUS ACCÉDEZ À UNE PAGE OÙ IL FAUT CHOISIR FIREFOX ….

Pagnol : aux sources de son écriture

Contrairement aux idées reçues, Marcel Pagnol travaillait beaucoup, même s’il pouvait aller très vite pour boucler un tournage par exemple. Mais la langue était son beau souci. Elle l’est devenue plus encore quand il est rentré dans l’écriture de ses souvenirs. Il a tout de suite senti que le niveau d’exigence se haussait de quelques crans.
Les manuscrits de La Gloire de mon père et du Château de ma mère permettent d’accéder à cette attention sans faille, cette opiniâtreté même, pour être au plus près de ce qu’il veut transmettre : les merveilles et les tourments de l’enfance. C’est à cette découverte – après leur édition aux Saints Pères – que vous invitent le jeudi 27 février Nicolas Pagnol, son petit fils, Karin Hann, l’auteure d’ Un autre regard, un superbe livre sur ce thème, et l’éditrice Jessica Nelson. En présence de la présidente du pays d’Aubagne et de l’Etoile. Cela se passe à Aubagne bien entendu.
Au programme agencé et orchestré par Floryse Grimaud : vernissage, rencontre à trois voix, musique, dédicaces, cocktail. Entrée libre . Le Petit Monde de Marcel Pagnol à 16h. La galerie Argilla à 18h. Entrée libre.

On clique ci-dessous pour plus d’infos
MANUSCRITS_FLYER_IMPRIMEUR2

 

 

 

Un lieu et des sous …

Cinquante minutes vives, vivantes, vivifiantes ! Dernière création d’Edith Amsellem, Virginia à la bibliothèque convoque l’écrivaine britannique Virginia Woolf dans l’un de ses essais les plus célèbres,  Un lieu à soi – c’est ainsi que Marie Darrieussecq a intitulé la récente traduction qu’elle a fait de Une chambre à soi, dommage à mon sens. Mais enfin l’essentiel est que la metteure (ou metteuse ?) en scène donne à ce plaidoyer pour l’éducation féminine beaucoup de force et d’actualité. Elle le fait avec une belle inventivité et plein d’humour et que cela se passe au milieu de vrais livres de la bibliothèque de l’Alcazar pimente le spectacle. Anne Naudon semble se régaler à jouer l’équilibriste sur les étagères, à naviguer entre les piles de bouquins . Nous aussi. J’ai lu et aimé ce texte il y a bien longtemps ( d’où mon attachement au titre) et j’avais oublié que l’auteure de Mrs Dalloway précise : pour qu’une femme puisse écrire il lui faut une chambre à soi … et de l’argent.  Je ne peux qu’opiner opiniâtrement du bonnet.
Dernière soirée ce samedi 8 février, Alcazar, 20h30, 6 à 13 euros

Atelier d’écriture avec Virginia Woolf

J’AI TESTÉ POUR VOUS : C’EST TOUT BON …

Atelier d’écriture La Criée – Virginia à la bibliothèque
Émancipation féminine et place des femmes en littérature

Avec La Plume et l’Image, suivre un atelier d’écriture conçu et animé par Anne-Claude Thevand en écho au spectacle Virginia à la bibliothèque d’Édith Amsellem, d’après Une chambre à soi de Virginia Woolf, représenté les 28 et 29 janvier à la bibliothèque du Merlan et du 4 au 8 février à la bibliothèque de l’Alcazar.

Le thème de l’émancipation féminine est cher à Virginia Woolf. Son essai Une chambre à soi et sa fiction épistolaire et pamphlétaire Trois Guinées en témoignent. En hommage aux écrivaines passées à la trappe parce que femmes, nous écrirons sous forme épistolaire le désir et la nécessité de l’émancipation féminine.
Tous ces ateliers d’écriture La Criée s’adressent à tous, quelle que soit votre pratique de l’écriture. Ou votre absence de pratique !

Jeudi 23/01/2020, 18h30 – 20h30

La Criée, Studio du port, accès par l’entrée des artistes
30 quai de Rive-Neuve, 13007 Marseille
Inscriptions : 06 75 00 51 54 (Anne-Claude THEVAND) – contact@laplumeetlimage.fr
Tarif 12, 10 ou 8 €

Prochains ateliers d’écriture à La Criée

06/02 Giono Hommage à la nature et à l’humanisme – ACT
05/03 Quasi niente Interroger notre mal-être collectif au monde – JPG
19/03 1001 nuits Regards croisés sur le pouvoir de l’imaginaire – ACT

Jean-Paul Garagnon, Anne-Claude Thevand, Michel Martin-Roland
Le programme complet ici.

Mais non …

Mais non ! ce n’est pas foutu du tout pour de bons vrais cadeaux de Noël. A touts âge un livre y a que ça de vrai.
Marseillaises, Marseillais, pour les gamins arrêtez de chercher, vous faites peine… Au Poisson Lune (117 Bd Baille, au métro Baille) Guillaume, Jean-Gabriel  pigeront illico votre demande et feront surgir instantanément les livres qu’il vous faut – ils ont un côté prestigiditateurs ces jeunes gens !

Françaises, Français, pour vos papas-mamans-pépés-mémés-tatas-tontons et potes faites confiance au  Choix livres France culture  sur leur site. On a envie quasi de tout. Ce n’est pas du vu et revu : ce sont les choix très personnels, très enthousiastes des animateurs de la radio.

AtmoTsphère
vous souhaite de douces et joyeuses fêtes

Photo Aline Barbier

Passionnément Giono

Giono à Manosque. Gisèle Freund . Saint-Germain-la-Blanche-Herbe
PAscal_Rodriguez∏Francois_Deladerriere.
Sur l’écran Regain

Ah mais c’est pire qu’à Paris ! Je n’y arrive pas à voir tout ce que je veux voir à Marseille. Obligée de me limiter (voir plus bas éventuellement les raisons non du coeur mais du corps), je sélectionne ce que je suppose le très beau. Et je vous le dis tout de go : ne loupez pas l’expo Giono.Elle se tient au Mucem jusqu’au 17 février, mais vous savez comme le temps file et comment la fébrilité commerciale l’accélère encore (j’ai un peu peur qu’ils nous sortent sous peu les œufs de Pâques en même temps que la bûche ou une bûche en forme d’œuf tiens ).

_Pascal_Rodriguez_Julie_Cohen_

Bon alors Giono. Rarement vu une expo aussi évidente,  conçue par l’écrivaine Emmanuelle Lambert, auteure de Giono furioso (Stock), avec le concours  de Jacques Mény, président de l’Association des Amis de Jean Giono. Evidente en ce sens qu’on la voit facilement, sans être noyé tout en apprenant beaucoup sur l’auteur du Hussard sur le toit. Débutants ou fans de Giono, vous allez le suivre, salle après salle, en plein bonheur avec près de 300 œuvres et documents : quasi totalité de ses manuscrits, archives familiales et administratives (dont celles de ses deux emprisonnements), correspondances, reportages photographiques, éditions originales, entretiens filmés, ainsi que tous les carnets de travail de l’écrivain, les films qu’ il a réalisés (L’eau vive fut mon premier émoi au cinéma avec mon grand-père), les adaptations dont celles de Marcel Pagnol. Une salle aussi consacrée à sa bibliothèque, une autre aux toiles qu’il avait chez lui, ou simplement qu’il aimait ,je ne sais plus. En tout cas, j’ai retenu un paysage du peintre Ambrogiani, facteur de 1928 à 1950 à Marseille. Ce n’est pas un hasard  : je suis en train de relire les épreuves de mon livre Albert Cohen-Marcel Pagnol : une amitié solaire (depuis plus d’un an au purgatoire, mais ça y est, il va sortir chez Bernard de Fallois). C’est dans sa tournée que Pagnol a rencontré le fou de jaune qui rêvait de « peindre avec les couleurs du soleil » ; il  lui écrivit la préface de sa première exposition.

Pascal_Rodriguez. Francois_Deladerriere_

Le parcours ne fait pas l’impasse sur les emprisonnements et polémiques politiques qui obscurcissent l’image de l’écrivain, notamment pendant la guerre de 40 ; non sans avoir rappelé que c’est le fracas de la première  dans laquelle fut plongé le jeune Giono qui explique bien des choses dont l’engagement pacifiste et ses dérives.

Je reste ravie au sens premier devant des images de neige du film Un roi sans divertissement et la si belle complainte de Jacques Bref Pourquoi faut-il que les hommes s’ennuient – je ne connaissais ni l’un ni l’autre. Quelle profusion chez cet auteur, je n’en avais pas conscience à ce point. Ainsi qu’il ait traduit Moby Dick ! « C’est cette traduction publiée en 1941 par la Nouvelle Revue Française qui assura à Melville le statut de grand auteur étranger, apprécié pour la finesse de son écriture et la myriade de détailles constituant son œuvre. » (blog Agarhe Lautréamont). En sortant, envie de tout acheter à la librairie dédiée. Finalement j’opte pour un film d’animation inspiré de la nouvelle L’ homme qui plantait des arbres, pour offrir à un homme qui précisément … et j’achète aussi Regain. A cause de Pagnol encore car j’ai envie, ayant bien sûr parlé de ce film dans mon livre, de voir où se trouve le génie . Eh bien chez les deux, dans la rencontre, dans la fusion, bien que Giono ait intenté un procès à Pagnol  !

Pascal_Rodriguez_Julie_Cohen. Sur l’écran Jofroi

Le lendemain de ma visite, sur 28 minutes (Arte, 16 décembre), une interview de René Frégni, l’écrivain marseillais, pour son livre Carnets de prison ou l’oubli des rivières. Il finit sur l’exposition au Mucem « la plus belle que j’ai jamais vue » Il fut lui aussi comme Giono en prison. Il y lut son premier livre, Colline suivi de Camus, et cela changea sa vie en faisant de lui un écrivain dit-il.
Il y a eu déjà de belles rencontres et animations autour de cette exposition dont un très innovant atelier d’écriture sur le style de Giono. Mais vous attendent des projections, des lectures-spectacles, un colloque. Et une ballade  avec Bénédicte Sire dans les rues de Marseille, à pied et en bus, sur les pas de Jean Giono. On nous promet ceci : « Cette promenade dans la ville nous fait traverser des lieux, mais aussi des textes, des images et d’autres surprises. Des récits d’habitants collectés par la réalisatrice font écho aux récits de l’écrivain, histoires entrecroisées pour apprécier une langue, une impertinence, et nous donner à voir un autre Marseille, celui de Giono, pour comprendre cette ville qui souffre de tant de légendes niaises ». Et c’est sûrement vrai ! J’ai suivi un jour une balade de Bénédicte Sire : elle a beaucoup de talent. Cela se passera les 27 décembre, 4 janvier, 15 février à 14h30.

Infos sur le site : https://www.mucem.org/

Un bijou d’atelier !

Sur la grande table, un étal de trésors : rubans, galons, épingles piqués sur d’adorables coussinets, petits carrés de tissu : coton, soie, cachemere, crêpe, liberty, lin… Je viens d’arriver au dernier atelier créatif du samedi au Mucem, un atelier intitulé « Le bijou textile », après le sac baluchon, le tablier récup, la pochette en jean : des pièces amovibles comme c’était le cas dans le passé et comme en témoigne la collection textile du Mucem qu’on ne peut pas voir parce que trop fragile mais qui sortira (une toute petite partie) dans une expo au printemps. Voilà ce que nous raconte Lorène qui anime cette séance, une sorte de Shiva aux multiples bras qui s’occupe de chacune et de toutes, initie à la machine à coudre, enfile une aiguille, donne un coup de ciseau réparateur, oriente sur un choix, entraine, encourage, félicite. Légère, joyeuse, efficace.

J’en rêvais figurez vous d’un moment rien qu’avec les mains. Un bijou textile ? Pour les novices en couture dont je suis, le papillon-broche ou épinglé sur un chapeau, une veste, s’impose. Deux petits carrés cousus, un pliage assez sioux, un coup de repassage et c’est fait. Ma voisine Lucie débutante aussi, mais elle, douée, en fera trois chamarrés pour offrir à Noël. En face d’elle Eglantine, étudiante aux Beaux Arts, se lance dans des boucles d’oreille géantes inspirées par le l’œil du logo de Kenzo. Emilie a envie de bijouter une cigale : ça le fait !

Concentration, rires, échange de tuyaux, d’adresses. Notre animatrice nous recommande une mercerie-caverne d’Ali Baba, à des prix très bas, dans le Haut Belsunce, rue d’Aix. Si vous la trouvez chères lectrices donnez –nous l’adresse sur le blog en « commentaire » en cliquant sur le titre de l’article.
Et notez que Lorène donne des cours de couture , 19 rue du loisirs, Marseille 1er. www.lorenebellamy.fr
Pour les prochains ateliers au Mucem, en mars et avril, Il faudra attendre le printemps avec notamment un focus sur le « « Marcel… On s’en frotte les mains !