Ah que de soucis !

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Je commence à écouter sur France Culture et d’une oreille distraite la rediffusion de l’émission Le gai savoir autour du livre d’Orwell, 1984. Je suis très vite accrochée par l’ analyse de Raphaël Enthoven. Et tellement d’actualité. A l’heure des textos , SMS, tweets, émoticônes, clichés à la pelle, abréviations, « éléments de langage » (et aussi d’une certaine façons le « langage inclusif »), rappeler le danger du rétrécissement, de l’appauvrissement de la langue est salutaire. Le novlangue dans 1984 n’est pas loin du globish nous dit le philosophe. Dans le premier par exemple, il n’y a plus bon et mauvais mais bon et inbon. Et dans le second : good et no good ! Pourquoi est-ce si important la langue, ses nuances, ses synonymes, ses métaphores ? Parce que nous avons chacun la nôtre, parce qu’elle est le signe de notre irréductible individualité . Passionnant.
J’en profite pour revenir sur ma marotte. Je me sens de plus en plus cernée par le « Pas de souci ! ». Qui nous prive précisément de toutes les nuances : volontiers, avec plaisir, sans problème, bien sûr, si vous voulez, d’accord, cela va de soi, entendu… Et même le sacré vieux OK !

 

Ode au Vieux-Port

 

Photos Aline Barbier – 2017

Ce matin mon petit chat est mort, et j’ai quitté le Vieux-Port. En me laissant glisser sous terre pour prendre le métro, j’ai eu l’impression que le ciel se refermait. Fripon n’est plus et je dois te quitter, mon petit coin de terre et de mer, qui nous a accueillies, moi et ma famille, il y a exactement quarante ans. Mon drôle d’accent d’étrangère s’est fondu dans celui fredonné par la foule bigarrée, mon accent que j’ai choisi, comme on choisit la couleur que l’on porte le plus souvent. Et je me suis attachée à jamais à ton port, fiévreux, venteux, généreux, chaleureux. Ici, je me sens chez moi et ailleurs, je suis moi et autre, française, juive, arabe, grecque, italienne, espagnole, parce que, bouche qui aspire le cœur du monde, tu me parles de Carthage et d’Alexandrie, de Jérusalem et d’Alger, de Naples et de Tanger. Tu es née des épousailles de la vague et du rocher, fécondée par le sel et la rêverie d’un Dieu pirate qui cherchait un coin pour jeter l’ancre et couler des jours heureux devant le spectacle des hommes.
Comme une huître lovée autour de sa perle, le Vieux Port, tu es rocaille nacrée abritant amoureusement la chair aux couleurs pastel, crème, vert pâle, ocre jaune et rose, de la ville qui grimpe sur les collines pour porter plus haut les odeurs de sel et de poisson, pour que les cris des mouettes et des pêcheurs s’offrent en hommage à l’air bleu et jaune – celui qui a inventé l’insulte idiote « marchande de poissons » ne s’est jamais arrêté ici. Et tu m’émeus, surtout à l’heure indécise où le ciel tombe dans l’eau, hésite et efface l’horizon, quand les mâts tremblent comme leur reflet, et que tout est rose, mauve et blanc.

Et maintenant que le train fuselé pénètre l’autre ville du nord, écrasée de nuages, les paupières lourdes, traversée par les reflets de ferrailles et de pierres grises et beiges, je me laisse envahir par ton absence, j’écoute en moi la vague soulever régulièrement mon ventre.
Joëlle Naïm, artiste, auteure, traductrice
Publié dans Etoiles d’encre, Sous le signe du multiple n° 49-50, mars 2012

 

Gallimard fait marche arrière

Gallilmard suspend sa calamiteuse décision de sortir du purgatoire les écrits nazis de Céline. La parution des pamphlets antisémites de l’auteur de Voyage au bout de la nuit est donc, jusqu’à nouvel ordre, reportée. Et m’est avis qu’elle l’est sine die. Si vous n’êtes pas convaincu de l’aberration qu’il y aurait à republier ces textes nauséabonds, écoutez l’excellente chronique de Jean Birnbaum « Affaire Céline : les faux amis de la littérature », sur France Culture, jeudi 10 janvier. En substance, dit-il, mettre la littérature sur un piédestal, estimer qu’elle ne relève que du critère esthétique, que le travail sur la langue dispense d’une réflexion sur le réel, « la vide de son sens, l’humilie ». Penser ainsi c’est « signer son arrêt de mort. » A ceux arguant qu’il y aurait d’un côté le Céline écrivain et de l’autre le Céline pamphlétaire, la réplique est non,  « la littérature est comptable de ses actes. » Oh ! ça va mieux en le disant.

Pour le moral

Ecouter Trénet
http://jazz.blogs.liberation.fr/2017/12/23/revoir-trenet/
Pour se remonter le moral alors que notre adorable France Gall s’est envolée au paradis blanc …
Que reste-t-il du Fou chantant, alors que Warner sort un coffret remastérisé de l’auteur-compositeur-interprète comptant 19 CD? Allez lire la réponse sur le blog de Bruno Pfeiffer, à l‘oreille et la plume très fines… Blog d’où  » il observe le monde à travers le blues et le jazz ». (lien ci-dessus)

Lire Tesson
Une amie me textote ceci :
« Range ta chambre ! » disait le mistral au ciel !
Vous ne l’avez jamais lu notre écrivain-voyageur un peu fada ?
Foncez ! Tout est bon chez Tesson.

Découvrir un univers
Hervé Castanet, psychanalyste, publie Le champ freudien
et vient en débattre avec un écrivain et un metteur en scène.
Le thème : la psychose en analyse
Cliquez ci-dessous pour plus d’infos
RENCONTRE 13 janvier 2018 LIBRAIRIE ODEUR DU TEMPS (4)

 

 

De l’outre-monde

En quelques heures, entre le 3 et le 4 janvier de cet An 18 nouveau né, Bernard de Fallois et Paul Otchakovsky-Laurens sont partis . Les éditions de Fallois, P.O.L. et leurs auteurs sont orphelins … Il semblerait que là haut, là bas, quelque part – on ne sait où dieux où, mais dieux ou diables le savent –quelques auteurs soient en train de monter leur maison d’édition. Je soupçonne Monsieur d’Ormesson, n’envisageant pas de renoncer à la publication de son livre annuel, d’avoir mené campagne auprès de quelques comparses récemment émigrés, et recruté quelques chasseurs de têtes.
Efficace. Aline Barbier

Bernard de Fallois m’avait fait il y a peu de temps l’honneur de me prendre sous sa houlette pour mon prochain livre autour d’Albert Cohen et de Marcel Pagnol, une amitié d’une vie, née à Marseille. On sait quel grand éditeur il était, à la fois celui de l’auteur de Manon des sources et de La gloire de mon père, du best-seller mondial de l’auteur suisse Joël Dicker et d’inédits de Proust. Et de bien d’autres, dont un livre paru chez Julliard en 1977, Cambodge année zéro de François Ponchaud, le premier à saisir et dénoncer la logique suicidaire des Khmers rouges dans un occident sourd et aveugle. Cette découverte m’avait beaucoup touchée puisque le Cambodge est un pays sur lequel j’ai travaillé, publié, et que j’aime profondément
Je suis persuadée que Bernard de Fallois n’aurait pas republié les pamphlets antisémites de Céline : Bagatelles pour un massacre, L’école des cadavres, Les beaux draps, parus entre 1937 et 1941. Ce que s’apprête à faire Gallimard. Tout le monde n’y est pas opposé. Sur France Culture, ce vendredi 5 janvier 2018, l’historien Laurent Joly, lui, ne mâche pas ses mots pour dire son incompréhension. En voici des bribes saisis au vol :
« Ce n’est pas un dérapage. Ce sont des textes de propagande. Bagatelles pour un massacre était un bréviaire de l’antisémite. Des livres ignobles. Je suis assez consterné par les arguments de Gallimard. » Il rappelle que la veuve de Céline (âgée de 104 ans), à l’instar de Céline,  refusait jusqu’à aujourd’hui  de les voir resortir. Et conclut par : « C’est un projet indéfendable de A à Z. »
Je dirais bien aux éditions Gallimard qu’elles ne l’emporteront pas au paradis… Mais j’ai espoir qu’elles changent d’avis. Dane Cuypers.
Plus d infos sur :
https://www.franceculture.fr/litterature/faut-il-republier-les-pamphlets-antisemites-de-louis-ferdinand-celine

Bande de veinards !

L’écrivain Jack London et sa femme, la charmante Charmian
Il vous reste deux jours, gens du Sud, pour voir la très belle et très touchante exposition de photos : Jack London dans les mers du sud. Ou l’odyssée (grandiose et dévastatrice)  du Snark, d’Hawaï aux îles Salomon. Centre de la vieille Charité – Marseille. jusqu’au 7 janvier.

Il vous reste deux jours, Parisiennes, Parisiens – je ne sais pas trop faire en écriture inclusive  – pour voir la sublîssime exposition, Christian Dior, couturier du rêve.  Ne cachons point que vous n’êtes pas sûr d’entrer … Musée des Arts décoratifs – Paris. Jusqu’au 7 janvier.

atMOTsphere…

L’atmosphering est une discipline nouvelle consistant à créer une atmosphère numérique qui pousse à certains comportements.  (Idées Le Monde – Samedi 30 décembre 2017). Ouh quelle horreur ! Tout le contraire de ce blog AtMOTsphère qui espère vous faire réagir, refuser, rêver, dériver… Vos commentaires sont attendus en 2018 :  cliquez sur le titre de l’article qui vous chiffonne (ou vous emballe …)

Photo Aline Barbier

 

 

Que cette année 2018
vous soit douce, douce, douce !

Photo Aline Barbier – 31 décembre 2017

 

 

Ecoutez, c’est moi, le port de Marseille, qui vous parle. Je suis le plus merveilleux kaléidoscope des côtes. Voici les coupées de mes bateaux. Gravissez-les.Je vous ferai voir toytes kes couleurs de la lumière; comment le soleil se lève et comment il se couche en des endroits lointains. (…) Montez ! Montez ! Je vous emmènerai de race en race. (…) Je vous conduirai vers toutes les merveilles des hommes et de la nature. (…) Je vous ferai voir des oiseaux qui plongent et des poissons qui volent. Embarque-toi embarque-toi !  (Marseille, Porte du Sud, Albert Londres. 1927)

Le Vieux-Port balançant l’angoisse des mâtures,
Et l’odeur des oursins,
Et l’électricité rutilant en cassures
Sur le comptoir de zinc
Soir du Vieux-Port.
Louis Brauquier

Photo Aline Barbier – 31 décembre 2017

Un obus dans le coeur

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Ténèbres et lumières dans un cœur d’enfant : conjurer la peur
Il est arraché au sommeil par un coup de téléphone : sa mère est en passe de mourir : elle ne me fera plus chier ! celle, adorée, détestée, dont la maladie l’obsède, qui a investi ses nuits. Il dérape dans les rues glacées sous la neige. Il souffre, il rage. Il est jeune. Violent. Ambivalent. A la télé, quand on perd sa mère, on est triste – L’étranger de Camus au coin de la rue… Sa mère adorée, détestée qui a changé un jour de visage après sa fugue, il avait 14 ans. Il est fragile. Il tombe des lames de rasoir. C’est le froid. Le grand froid de l’hiver qui nous décharne le visage, les doigts, les pieds. L’âme tremble, mais c’est pour autre chose. Il prend un bus pour l’hôpital. Et c’est un autre bus qui déboule de sa mémoire. Il a sept ans. Un bus immobilisé aspergé d’essence, les voyageurs brûlés vifs, la vision hallucinée d’une femme vêtue de noir, aux bras de bois qui saisit à la gorge un garçon avec qui s’était nouée un dialogue éphémère. Puis plus rien qu’une carcasse rougeoyante.
Il faut y aller maintenant. L’hôpital, la chambre où une tante obèse psalmodie à la mourante des grotesques «  Tu es belle ma chérie, on est avec toi !  » La salle d’attente – une salle pour attendre la mort de sa mère ! – aux pathétiques décorations de Noël. Retour dans la chambre. Le râle de sa mère, son ventre qui se soulève et s’abaisse, ce ventre dont il est sorti. Communion soudaine avec l’agonie. Sa mère qui autrefois parlait de ce pays lointain, pays des ancêtres, des cèdres et de l’eau, des montagnes et du soleil, pays perdu, pays vaincu (…). Et l’enfant, écoutant, imaginant une grande promenade ensoleillée au bord de la mer, les passants pantalons aux bords roulés jusqu’en haut des genoux, marchaient en tenant leurs souliers dans leurs mains. Images du bonheur tandis que sa mère meurt.

Tous les thèmes de l’auteur sont là : les liens du sang, la quête existentielle, le rêve, la guerre. Et pour les porter le généreux talent de Guillaume Séverac-Schmitz, artiste accompagné par Les Théâtres depuis 2015, acteur, musicien, metteur en scène et compagnon de route de Wajdi Mouawad. Né au Liban, exilé en France puis au Québec, Wajdi Mouawad a connu le succès avec sa trilogie Littoral, Incendies, Forêts ; sa collaboration avec le chanteur Bertrand Cantat fit couler beaucoup d’encre,  il dirige depuis 2016 le Théâtre national de La Colline à Paris.
On ne vous dit pas la fin d’ Un obus dans le cœur, comment des loups entrent dans la chambre et dévorent la peur de l’enfant, comment sa mère retrouve son vrai visage. N’hésitez pas ! Prenez place…
Un obus dans le coeur. Du 14 au 16 décembre, à 20h30
Théâtre des Bernardines, 17 boulevard Garibaldi, 13001 Marseille
Réservations  08 2013 2013
www.lestheatres.net

 

 

 

 

 

Jean d’O et Johnny

La grande librairie délivre une belle émission deux jours après la mort de Jean d’Ormesson, avec la présence très touchante de sa fille Héloïse. Le compliment qu’elle fait, les larmes aux yeux, sur son père en déclarant qu’elle n’est pas , triste du tout, on le souhaite à chaque parent. Quelque chose comme : Il m’a donné de la joie pour ma vie entière ou je n’aurais pas assez de toute ma vie pour épuiser  le bonheur qu’il m’a légué… Je saisis au vol une citation de l’écrivain sur le bonheur précisément  qui « a la forme d’un escalier descendant vers la mer ». Cela me ravit.
Les conseils de lecture des invités si, comme moi, vous ne l’avez jamais lu, vous contentant de ses yeux bleu malicieux et de son humour pendant les interviews :
Dany La ferrière : Au plaisir de Dieu
Amélie Nothomb : Dieu, sa vie, son œuvre
Eric Orsenna : Garçon de quoi écrire
Bernard Pivot : Je dirai malgré tout que cette vie fut belle
Et tous : Casimir mène la grande vie

Sur France Culture, Geneviève Brisac  s’énerve un peu que Johnny occupe tout l’étal ou quasi de son kiosquier. Que sa gueule à tous les âges ! Elle finit par citer un écrivain (je n’ai pas noté son nom) qui établit un parallèle entre libéralisme et dictature : un seul visage, un seul film, un seul journal… On se calme : on n’en est pas là. Bien sûr que cette ferveur populaire est récupérée, mais on s’en fout, elle existe bel et bien.