Parc et café-philo …

O TEMPS SUSPENDS TON VOL !
Ah les beaux jours … Aux Buttes Chaumont y a des petites fleurs, des tulipes et des narcisses et des jeunes gens qui jouent de l’accordéon et du violon, des airs tziganes. L’un comme un personnage de Chagall, couché et longue jambe battant la mesure dans le ciel. Quand il s’assied, il allume une clope et reprend son violon. Sa clope qu’il tient entre ses lèvres serrées n’en finit pas. Le temps arrête lui aussi de se consumer.

ALTERNANCE
C’est peut-être le début de la sagesse. Savoir que c’est l’enfer : il faut se lever, on est mort, on n’a pas préparé ses docs, on ouvre la fenêtre et il fait un froid de loup, le pot de confitures est vide, votre meilleur pull (vu le froid) est sale. Et on se dit : oui c’est odieux, pas la peine de faire semblant, genre assertivité de crotte de bique, l’insupportable « je positive je positive ». Non ! je ne positive pas. MAIS ! mais, c’est peut-être ça la sagesse or donc, savoir que ce moment, comme tous les autres, c’est obligatoire ! va passer, un autre va suivre, supportable, voire agréable et peut-être même divin.

Trente minutes après l’enfer (relatif yes I know ) décrit plus haut, le soleil déchire les nuages, on est à la terrasse d’ un bistro, quelqu’un d’aimé vous envoie un clin d’œil par texto, la baguette est fraîche et ils ont de la confiture, … ça ne dure que 20 minutes tout ça d’accord mais alors quel pied.

Dream catcher

Le titre « ça n’existe pas l’Amérique », est emprunté à Henry Miller et le livre qui vient de paraitre chez Arléa nous prouve le contraire. Dominique Falkner nous embarque sur la route des anciens pionniers, en reliant, à pieds, en car, en stop, Chicago au Montana. « On the road again », que chantait Lavilliers, est-ce encore possible après Kerouac et tous les autres qui y on trainé leurs guêtres et frotté leurs rêves ? Oui ! Peut-être à cause de la modestie – apparente – du propos : l’auteur, qui connait bien les Etats-Unis où il vit depuis 1986, nous livre un carnet de route apparemment candide, en fait rédigé d’une écriture précise, documentée, sensible et distanciée à la fois ; en quelque sorte une camera quasi objective (la fameuse écriture blanche à la Camus – clin d’œil pour les fidèles de mes ateliers d’écriture). Avec un très bon preneur de sons.

La saveur du propos tient en effet d’abord aux propos rapportés, façon « Brèves de comptoir ». Exemples. Une intello parlant de l’Ouest : «Tous ces cons en chapeau de cow-boy qui votent à droite ! » Une passionnée d’astronomie qui emmène le routard sur le toit de sa maison . Que pensez-vous de l’Amérique lui demande-t-il : « L’Amérique est un gros chien sympathique dans un appartement trop petit. Chaque fois qu’il remue la queue il casse quelque chose. » Ou encore : à Winterset, la petite ville du film « Sur la route de Madison », au comptoir du Northside café, où furent tournées plusieurs scènes, un agriculteur resserre son ceinturon avant de se moucher bruyamment dans un grand mouchoir à carreaux. Deux citadines le regardent, écoeurées : « Tu m’étonnes que Francesca (l’héroïne ) voulait se tirer avec le photographe » dit l’une ! » Chaque personnage rencontré pourrait faire une nouvelle. A commencer par les Indiens. On traverse les lieux où ils trainent leurs misère, leur révolte, leur alcoolisme, et pourtant l’indéfectible fascination qu’ils exercent sur nous est là. « Chien fou te parle, sache qu’il règne sur les plaines », un simple graffiti sur un wagon dans les Sandhills nous reconnecte sur le champ dans l’enfance.
Mais ce n’est pas tout. Il y a les noms évidemment : le lac Michigan, le fleuve Missouri, le Wyoming, le Nebraska, le Dakota.. Je ne sais pas vous mais moi ça m’électrise direct. Surtout le Nebraska, allez savoir pourquoi ! Il y a tout le reste qui tisse l’Amérique de nos songes : les motels, les paysages lunaires, les ranchs, la station d’essence «qui fait épicerie, bar mairie, pharmacie, armurerie et musée », le terrain de foot, celui de rodéo, les églises aussi nombreuses que les bistrots en France. Il y a des moments de grâce, du pur Bouvier : « Les vitres du Greyhound étaient baissés et l’air sentait la sauge, la résine et l’odeur des troncs écorcés » Ou bien : « Des mouettes tournaient dans le ciel, tandis qu’on entendait au loin le cri fou d’un plongeon solitaire ».
On apprend aussi des quantités de choses sur Buffalo Bill Crazy Horse, Calamity Jane, sur les premiers explorateurs Lewis et Clark, sur Beauvoir et son amoureux Nelson Algreen… On oublie tout ou presque la page tournée – en ce qui me concerne en tout cas : ça fait rien c’est bien ! comme sur la route ça défile, ça nourrit, ça fait décoller.

Un livre à mettre dans son sac qu’on prenne le métro pour le Bois de Vincennes un matin (enfin !) printanier ou l’avion pour attraper (enfin !) son rêve américain – les Indiens fabriquent un objet de bric et de broc un « dream catcher » à suspendre au-dessus du lit, un attrapeur de rêves On pourrait le dire de ce carnet de voyage…

Le passé interdit

Le livre de Patricia Thuriet est intitulé « Fragments – Etats d’âme d’une ancienne colonialiste  » (Editions Persée, 2009). L’auteure avait huit ans au début de la guerre d’Algérie en 1954 et seize à la fin en 1962. Eclats de souvenirs, fragments donc, écrits quarante ans plus tard qui font resurgir la petite fille qui habitait Alger. L’irruption de la violence dans son univers douillet et lumineux – et son incapacité à y comprendre quoi que ce soit – nous est donnée dans de courtes scènes, des anamnèses : une séance au ciné voir « Ivanhoé », le retour sous un ciel étoilé et au pied de l’immeuble la phrase « Ils ont pris D., ils l’ont torturé, il a parlé. » Ou bien, sur sept lignes, le marchand de beignets « luisants de graisse et délicieux » à la sortie du lycée et le même vendeur tué par un « tireur passant dans une voiture ».

Réflexions de la mère, discours du pasteur … tout entretient la confusion de l’enfant, sa révolte devant la lâcheté des adultes qui « ne pensent qu’à survivre, mesquinement ». Elle se réfugie dans ses fantasmes : après le cours sur la révolution française rêve de plonger un grand couteau dans la poitrine du général ( De Gaulle !) comme Charlotte Corday …
Il y a un avant et un après la guerre, deux mondes, deux vies inconciliables.

Avant. Le « cocon stable et tiède » la confiture de patates douces, la petite terrasse où on boit une bière avec le père, la nuit sur les dalles quand il fait trop chaud, la piscine , la mer, les cocas, chaussons aux poivrons, les retours des vacances en Frances, les retrouvailles avec la ville blanche , la sienne.

Après. « Seize ans et quelques mois, elle en parait trente ». Cocon familial explosé. Effondrement de toutes ses valeurs. Souffrance, perte de sommeil, prison du passé. Des années, dit elle, de néant, de dérisoire. Quelques parenthèses sur les bords de la Méditerranée, « retrouvailles masquées, si brèves ». Pour le reste, ne pas s’encombrer, pas de frigidaire ! pouvoir partir tout de suite : « Plus jamais de racines, c’est le meilleur moyen qu’on ne les coupe pas ! »

Etre pied-noir ! le terme infamant. Le fait est, je me souviens, des commentaires adultes autour de moi dans les années 60, de la nuance de mépris dans leurs voix pour évoquer « madame Machin, une pied-noir… » et comme je trouvais cette expression inquiétante ! Avoir été pied-noir, l’impossibilité d’en parler sans se cogner aux clichés, douleur de ne pas pouvoir regretter un « passé interdit »
Un très beau texte. Sans trémolo. Un art de la concision. Un petite histoire poignante dans la grande Histoire des événements d’Algérie ( comme on disait!).

Bref !

Je serai très brève sur les « Nouvelles Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio au Théâtre du Rond-Point mises en scène par Jean-Michel Ribes. La critique est dithyrambique. Les comédiens sont parfaits. Le décor est délicieux. Le montage sur les sept jours de la semaine est astucieux . Reste le texte. Sur une heure quarante , il y a peut-être allez ! une vingtaine de répliques hilarantes où je me suis dit voilà, on y est, c’est ça les bistros : la gouaille, la mauvaise foi assumée, la poésie, la dérision. Et qu’est-ce qu’on nous donne, pour l’essentiel du spectacle, à nous les amoureux de la banquette moleskine et du café allongé ? Des propos d’alcolo. Excessifs, racistes, faciles. Exaspérants.

Les spectateurs se tordent c’est vrai. Et alors ? Je n’ai ni vu ni lu Les premières Brèves de comptoir montées en 1994 ni les secondes qui datent de l’an 2000 (les textes des trois spectacles sont publiés chez Actes Sud-2010) mais je parierais volontiers qu’elles étaient d’un autre tonneau. Tout a une fin ma bonne dame, même les bons crus.

Si vous avez aimé ce spectacle et trouvez que je suis, comme on disait chez moi, « bégueule » ! allez-y de votre commentaire. Merci !
(Les Nouvelles brèves de comptoir, jusqu’au 7 mai 2010)

Doudous, Lucchini et bras en mousse

Les temps sont rudes ! rejoignons le monde merveilleux des doudous. Dans « A nous Paris » ( de plus en plus bobo ) info ( si l’on peut dire) sur une expo au palais de Tokyo : nos vedettes préférées photographiées avec leurs doudous . A quel point on s’en bat l’œil du doudou de Charlotte Rampling ou de Daniel Auteuil ça me donne une idée de l’infini… Qu’on en fasse une expo au palais de Tokyo c’est presque trop beau non : voilà où se niche l’art. Les bénéfices iront à une association. Oui ! et alors ?
Lucchini mardi 30 à « Ce soir ou jamais » citant Finkelkraut : « Quand le culturel rentre en contrebande dans l’art » on peut pas dire mieux.

Le comédien qui donne un spectacle à l’Atelier et joue dans le film qui sort sur les écrans « Les invités de mon père » était en grande forme. Drôle et intelligent comme jamais ou comme toujours . Je n’ai rien noté : trop dans le plaisir. J’ai retenu quand même cette citation de Nietzche « Malheur à moi : je suis nuances » ou quelque chose d’approchant. Et celle de Jouvet. A une actrice très concernée, très torturée, qui lui demandait » A quoi je pense pour aller de là à là ? « il répondait : « Tu penses à ton cachet ! »

Parlant de lui, de Robert , origines populaires, né dans le 18ème, coiffeur, Lucchini disait aussi qu’il a un instinct de l’ennui, qu’il sait exactement quand un spectateur peut ressentir de l’ennui. Oh oui il l’a : comme on ne s’ennuie pas avec Lucchini !
Ni avec mes enfants. « Tu aimes mieux un bras en mousse ou dix canards qui te suivent partout ? ». A partir de ce modèle de base qu’ils m’ont livré tout est possible pour animer une soirée tristounette ou pour faire fuir un fâcheux . Par exemple « T’aimes mieux passer un jour dans la calanque de Port Pin avec Xavier Bertrand ou une soirée dans un parking de La Défense avec Obama ? » So funny non ?

I have a dream

C’est un tout petit livre à 3 €, édition bilingue ( Points 2009) qui donne le discours de Martin Luther King le 28 août 1963. Prononcé au terme d’une marche pacifique vers Washington pour soutenir la proposition de loi de Kennedy en faveur de l’égalité civique entre les blancs et les noirs, les mots « I have a dream «font partie de la mémoire de l’humanité. (JFK est assassiné le 22 novembre 1963 et en juillet 1964 sous la présidence de Lyndon B. Johnson, le civil Rights Act est voté.) Et comme c’est réjouissant, pour ceux qui comme moi ne l’avaient jamais entendu en entier, de le lire intégralement dans les deux langues :

« I say to you today, my friends, and so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream .
I have a dream that one day … »

Des repères historiques et un discours de Renan sur la nation et la race de 1882 complètent la lecture. Trente minutes passionnantes.

Zone extrême : ni fait ni à faire !

Très en retard mais quand même ! quelques mots sur le jeu de la mort, Zone extrême, le documentaire de Christophe Nick.

1 – Il s’agissait en s’inspirant de l’expérience de Stanley Milgram – menée aux Etats-Unis entre 1960 et 1963 dans le but de comprendre les horreurs nazies – de démontrer le pouvoir énorme et néfaste de la télévision. Le processus est très semblable : les participants sont invités à punir les mauvaises réponses faites par un candidat ( retenir une association de mots ). Chez Milgram l’expérience se targuait d’une caution scientifique, avec Zone extrême elle est présentée sous la forme d’un jeu télévisé où le candidat interrogé peut gagner beaucoup d’argent. Dans les deux cas ce qui est démontré c’est la terrifiante propension à l’obéissance et à la soumission, à l’encontre de ses propres valeurs, dès lors que l’institution qui se déclare responsable est reconnue comme légitime à donner des ordres. L’argument du réalisateur : que 81% des cobayes de ZoneXtrême contre 62%¨de ceux de Milgram aient été jusqu’au bout en infligeant des décharges électriques jusqu’à 480 volts à un concurrent (en fait un comédien) prouverait la nocivité particulière de l’institution télé.

C’est faux ! Pourquoi ? Dans le cas du jeu télé les candidats étaient mis au courant du deal dès leur recrutement– vous serez amené à envoyer des décharges électriques pour punir les mauvaises réponses. Ce n’était pas le cas pour Milgram. L’échantillon retenu pour le jeu était donc déjà trié, les « questionneurs » étaient avant même de commencer dans un processus d’obéissance et de renoncement à leurs valeurs. Ce n’est pas du tout pour défendre la calamiteuse télé- réalité mais ce qui est démontré là c’est simplement qu’il est temps de prôner l’insoumission car cette liberté et ce droit à la différence que nous réclamons dans tous les domaines sont toujours aussi dramatiquement absents dès lors que, répétons-le, une autorité estimée légitime se manifeste.
Cette confusion est fâcheuse.

2 – Plus fâcheux encore l’émission – l ’annonce de la soirée, le documentaire, le débat – a fonctionné sur ce qu’elle dénonçait : la fascination télévisuelle, le voyeurisme . Nous étions de fait avec un ami scotchés à l’écran lorsque les candidats ont eu des fou-rires nerveux certes mais tout de même fou-rires, lorsque, entendant les cris du faux supplicié, ils demandaient timidement la possibilité d’arrêter et lorsque l’animatrice raide comme la justice leur assénant « Ne vous laissez pas impressionner », ils tiraient la manette pour envoyer la décharge !
On a peur oui … mais pas plus de la télé que d’autre chose

3 – Et non pas fâcheux mais inadmissible la légèreté pour traiter le traumatisme des malheureux bernés confrontés à leur comportement, avec pour couronner l’affaire le film de leur débâcle projeté à une heure de grande écoute ! Naturellement on les rassurait, on leur assurait qu’ils étaient parfaitement normaux – tout en félicitant chaudement ceux qui s’étaient levés et avaient dit non.
Milgram avait d’ailleurs donné lieu à de sévères critiques. Un lecteur du Monde Magazine du 20 mars cite la psychologue Diana Baumrind évoquant à l’époque « le risque élevé de nuire à l’estime de soi des participants, ce qui pourrait provoquer des dégâts psychologiques à long terme. »

En résumé : un projet sans rigueur intellectuelle ni précaution minimum . Ou comme disait ma grand-mère : ni fait ni à faire.

Un jour d'épaules nues où les gens s'aimeront …

16 mars . C’est le printemps. Presque. Dans la rue de Belleville, mon pote Jacques et moi on se met à chanter « La matinée se lèèèève/ Quel printemps nous avons ! » Ce qui est beau dans la chanson me dit Jacques c’est que la matinée passe trop vite et ils n’ont pas assez de temps pour l’amour !
Jean Ferrat a été enterré aujourd’hui dans l’Ardèche. Retransmission à la télé. C’était d’une maladresse bouleversante : le maire d’Entraigues avait essayé d’écrire en vers et le frère s’empêtrait dans sa timidité et sa tristesse. Isabelle Aubret a chanté « « Que c’est beau la vie » que Ferrat lui avait écrit après son accident. Elle a toujours ses yeux de biche aux abois et sa voix un peu embrumée avec ce délicat tremblé : « Tout ce que j’ai cru trop vite à jamais perdu pour moi, aujourd’hui me monte aux lèvres en cette fin de journée ».
La veille l’émission hommage télé était belle . Je faisais partie des 5 millions de Français qui l’ont regardée et qui ont chanté sur leur canapé. Dieu ! les images de Jean Ferrat ( l a inventé son nom en étant ébloui par St Jean Cap Ferrat !) avant la moustache décidée en voyage à Cuba : la perfection de sa bouche, la flamme rieuse de son regard. Peut-on être plus jeune, plus confiant, plus entier ? Sa solide sensualité, sa virilité affirmée et en même temps, affleurant, le lait et le miel, la tonne de tendresse : une femme peut se laisser aller, elle ne risque rien.

Il était né Tenenbaum, son père était mort en déportation. « Nuit et brouillard » fut un temps interdit à la radio. Pourquoi ? Trop forte peut-être pour l’époque yé yé ? La réentendre et une fois encore être parcouru du même effroi. On connaissait toutes ses chansons par cœur et on ne le savait pas s’étonne Jacques ! Les mots les musiques tapissent notre mémoire, nourrissent les souvenirs de nos émois. « Mon amour ce qui fut sera… » « Nous dormirons ensemble… » « Changer la vie et puis abolir la misère… » « Un jour d’épaules nues où les gens s’aimeront… » Cette dernière phrase est un petit chef d’œuvre ; portée par Jean Ferrat elle touche au sublime : l’ampleur, la chaleur de sa voix la font vibrer des rêves de chacun, unique, et de tous, ensemble, les mots scintillent dans la palpitation de la lumière.
Cet homme était sincère jusqu’au fond des tripes et les gens de peu, comme on dit, le savent bien.

PS « Il dit ô femme et qu’il taise /le nom qui ressemble à la braise/A la bouche rouge à la fraise » …j’avais mis ces vers du chanteur en exergue à mon premier livre, le recueil de nouvelles « Parasols suivi de Intérieur Nuit » (qui a fini pilonné par les éditions Climats rachetées par un plus gros).

Dérive

Déçue – une fois n’est pas coutume – par mon émission chérie « Ce soir ou jamais … « sur les tribunaux internationaux. On doit y parler du TPI pour l’ex-Yougoslavie, avec Florence Hartmann qui en fut le porte-parole, du TKR (Tribunal des Khmers Rouges), avec Jacques Vergès, avocat de Khieu Samphan (ancien chef de l’Etat khmer rouge) et du Tribunal Russel pour la Palestine, avec l’Ambassadeur de France Stephane Hessel et Gisèle Halimi qui en sont tous deux membres.
Le Tribunal Russel pour la Palestine? Dans la lignée du Tribunal Russel sur les crimes de guerre au Vietnam il s’agit « d’un acte citoyen qui vise à réaffirmer la primauté du droit international comme base de règlement du conflit israélo-palestinien, et à éveiller les consciences sur la responsabilité de la communauté internationale dans la perpétuation du déni du droit du peuple palestinien. » (extrait du site www.russeltribunalionplestine.com)(*)
J’aurais appris ça mais c’est la seule chose que je vais apprendre. L’émission dérive rapidement vers l’éternel et stérile débat sur le conflit israélo-palestinien. Comme sur le plateau il y a aussi Denis Charbit, maître de conférences en sciences politiques à Tel-Aviv et Gilles-William Goldnadel (président d’Avocat sans frontières, qui dirige l’alliance France-Israël) le dit-débat vire évidemment au vinaigre.

Goldnadel écume en écoutant Halimi qui ne fait pas, il faut le dire, dans la nuance. Et qui soupire avec des mines excédées, quand Goldnadel prend la parole. Bref ça n’a aucun intérêt si ce n’est celui d’une excitation très médiatique à laquelle il est d’ailleurs difficile de résister. En tout cas ça prend du temps et le Cambodge passe à la trappe. Frédéric Taddeï fait deux timides tentatives pour souligner qu’il s’agit du premier tribunal international avec des parties civiles. Eh oui c’est vrai ! (même s’il y a des râtés) mais pas que : le TKR est un véritable laboratoire pour la justice internationale. Et, par ailleurs, qu’on juge 31 ans après un massacre qui a tué 1,7 million de Khmers, soit près du tiers de la population, mérite plus que la remarque de Vergès se demandant si François Bizot auteur du « Portail ») a témoigné au procès de Duch, (le directeur du centre de tortures et d’extermination S21 , verdict en avril 2010). Oui ! maître Vergès oui ! faudrait suivre un peu… Deux minutes donc en tout et pour tout sur le sujet.

Trois conseils à mon animateur toujours préféré ! et à vous, amis du Blog Atmotsphère, si ce procès vous intéresse :
– Lire mon livre « Tourments et merveilles en pays khmer » (Actes sud 2009) mais c’est déjà fait …
– Ecouter la video de l’expertise psychologique de Duch sur le lien ci-dessous :

– Aller sur le blog d’Anne-Laure Porée www.proceskhmersrouges.net qui depuis phnom Penh en suit au jour le jour les péripéties.

  • Je ne sais quoi penser de ce tribunal qui n’en est pas un. Le fait qu’il y ait, dans les soutiens, Noam Chomsky, révisionniste notamment sur le génocide khmer rouge, n’est pas emballant. Mais il y a Stephane Hessel …

Pêle-Mêle

LES COUCHES LAVABLES -SUITE

Rose-Anne, Clémentine, Aude et Sabine ont créé leur entreprise en Bretagne , une Scop qui fabrique des couches-culottes lavables en coton. Bio le coton évidemment. Et la lessive pour laver les couches dans le lavoir elle est bio ? Notez c’est bien que ce soit en Bretagne, région qui recèle plein de vieux lavoirs en plein vent. Info lue dans un dossier du Monde Magazine du 13 mars qui met en vedette des entreprises solidaires – hé a rédaction en chef faut relire un peu. C’est pas ça qui va me donner envie de passer mes vacances dans le Finistère …

JE T’AIME EDOUARD !
Il y a quelques jours à La Gitane, mon bistrot-bureau, j’ai vu Edouard. En hiver, voir Edouard c’est rare. Au printemps et l’été, le matin, il est souvent installé à la minuscule terrasse se chauffant au soleil comme un vieux lézard, allumant sa clope avec une jouissance délicate. Il connait tout le monde, il s’intéresse à tout, sa culture littéraire, musicale, historique est immense ; qu’il parle de la Toscane, d’Aragon, des femmes ou de la révolution russe, il est toujours précis, concret, jamais pédant ni pesant. Ses yeux rieurs – comme jamais j’ai vu des yeux rire et j’en ai vu – sa chevelure blanche et le cuir de sa peau lui donnent l’air d’un vieux loup de mer. Vieux il l’est, loup de mer non. Il exerça la profession de plombier et fit profession de bonne vie. J’ai eu une bonne vie, c’est ce qu’il dit. Et il ne remercie pas le ciel parce qu’il est un fieffé mécréant. S’il faut remercier quelqu’un c’est la chance et sa nature. La vie n’a pas de sens, dit-il, que celui qu’on lui donne. Ce matin là il m’a cité Shakespeare. «La vie est une histoire dite par un idiot pleine de fureur et de bruit et qui ne signifie rien ». La vieillesse, Edouard pense que c’est une saloperie mais il n’en fait pas une histoire. C’est comme ça. Il dégage le sujet et il pose une autre question sur vous. Au bout d’un moment il vous dit : Allez je te laisse travailler. Il vous balance le rire de ses yeux et il repart à son journal. Avoir vu Edouard c’est comme avoir entendu une très belle musique : la journée est sauvée ! (je crois que je pique ça à Sollers qui m’avait dit ça dans une interview )

LES NAUFRAGES DU « FOL ESPOIR »
Ma critique du spectacle d’Ariane Mnouchkine sur www.theatrotheque.com

MES POÊLES LES SEDUISENT …
C’est dans le métro, une affiche géante avec un post-soixante-huitard, dread locks poivre et sel, lunettes de soleil, gueule pleine de poils…
C’est une pub pour les poêles à bois Invicta
« Mes poêles les séduisent … » c’est Jean-Pierre Lepire , le PDG de la boîte qui le dit et qui s’exhibe.
On peut soit lui prêter beaucoup beaucoup d’humour ( mais autant d’autodérision est-ce possible ?), soit lui décerner le prix de la pub La Plus Pire du mois ( venant ainsi détrôner celle de Wall Street English, mais si vous savez bien celle qui donne envie de gerber avec un drapeau british à la place de la langue). Ah la délicatesse du monde enchanté de la publicité …