Parcours de rêve !

Cela se passe dans le séduisant hôtel Le Ryad au coeur de la Canebière, à deux pas du Vieux-Port et pourtant niché dans un écrin de nature et de calme. Un cadre de rêve pour un week-end douceur ou un thé menthe dans le patio. Du rêves c’est encore ce  que nous propose  le Ryad –  qui accueille souvent des artistes –  ce dimanche 24 février avec le Parcours performance « Do not disturb ». Mettre un masque, pousser la porte de l’hôtel, choisir la clef qui ouvrira la première chambre à Rêves. Se laisser lors transporter par des personnages hors normes à travers les chambres de l’hôtel, dans un parcours onirique et sensoriel inspiré des rêves des client.e.s du Ryad… Diablement tentant.

J’ai donc tenté ! Cela vaut le détour, surtout si vous n’êtes pas comme moi dans une mise à distance frileuse ! En tout cas demandez « La lune », c’est sans doute la plus jolie des chambres (avec celle des parfums parait-il)  et la jeune comédienne asiatique qui interprète ce rêve est d’une  merveilleuse pla

Dimanche 24 février :
parcours à 15h00 et 18h00.
Du lundi 25 février au samedi 02 mars : parcours à 19h00 / Durée : 1h30
Tarif : 10 €. Déconseillé aux -16 ANS
Inscriptions : reservation.donotdisturb@gmail.coml
Hôtel Le Ryad – 16, rue Sénac de Meilhan, 13001 Marseille
Tél. : +33 (0)4 91 47 74 54
Website : www.leryad.fr
Plus d’infos sur le lien ci-dessou !

FestivalDoNotDisturb (4)

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Le pharaon de la mode

Le 20 février 2019. Scintillements sur la corniche à Marseille, comme des traces de strass…

 Sur Arte-tv (et ce vendredi 22 février sur votre écran télé), un très joli film de Loïc Prigent « Karl Lagerfeld se dessine ». Le « pharaon de la mode », le vieil enfant surdoué et insolent raconte sa vie-son œuvre un crayon à la main. Quel régal ! A la fin du documentaire à la question « Où aimeriez-vous être enterré ? », il s’exclame : « Enterré, quelle horreur ! Brûlé, jeté, fini . Il faut disparaitre. C’est fini : c’est fini (…) Comme dit Shelley, je crois, se réveiller du rêve de la vie et basta. » Anne-Sophie von Claer écrit : « Provocateur, ultrasensible, aussi cruel qu’attendrissant, rien ne l’ennuyait tant, en réalité que la bien-pensance ou le fatal manque d’esprit. Le sien, autant que son génie, aura marqué son temps. Le nôtre. A jamais. (Le Figaro 20 février)
Bien élitiste tout ça ? Ah mais ouiCela n’a pas empêché les femmes de se jeter en 2004  sur sa collection pour H et M envolée en quelques heures. Dans une autre vie je serai critique de mode. J’aime immodérément la mode et les mots de la mode : strass, satin, organza, brocart, velours, tulle, pampilles, paillettes…

Bravache !

Je suis une inconditionnelle d’Elisabeth Quin. La façon, apparemment désinvolte, pleine d’esprit, d’humour, d’empathie avec ses collaborateurs et ses invités,  mais de fait super structurée et rigoureuse, dont elle mène 28 minutes son émission du soir sur Arte me ravit. Elle a du panache c’est le mot qui vient (elle-même se qualifie de « bravache » !). Et qui lui convient quand on apprend qu’elle souffre d’un double glaucome avec des risques importants de cécité à venir. Aussi me suis-je emparée de son livre La nuit se lève (Grasset) avec un plaisir anticipé. Pas déçue. Ah non ! C’est, on s’en doute, un parcours de la combattante, l’avancée dans la découverte de la maladie et ses possibles antidotes. Elle ne s’épargne rien, ne se ménage pas : angoisse, fantasmes, larmes, rien, jusqu’aux poils sur son visage (pilosité excessive, « véloce », effet d’un collyre), évoquant des petits moments de « honte sociale » si elle sent un regard « gêné ou goguenard » qui la fixe. Elle y revient plusieurs fois tant ce détail est majeur, comme Philippe Lançon dans Le lambeau revenait sur la bave incontrôlable coulant sur son menton. Il faut beaucoup de courage, encore plus à une femme, pour ne pas occulter ça. Mais c’est le défi de tels livres : la vérité de la maladie. Vite vu, vite dit, mais dit. Alors seulement on peut prendre de la distance et raconter la quête souvent ubuesque de la guérison, de la solution parallèle qui fera sortir d’une quasi impasse thérapeutique. Les visites à l’ethnopsychiatre Tobie Nathan (je l’ai interviewé il y a des années ce diable d’homme, séduisant, exaspérant, passionnant – cf mon livre Avec toute mon admiration). Il faut négocier avec l’invisible, lui dit-il et il l’envoie à Lisieux (« Parce que Lisyeux »). Elle, la rationnelle, finit par céder et vouloir y croire de toutes ses forces et pleure dans la basilique, « submergée par l’autoapitoiement. » Rien. Le chaleureux chaman, Mahamane T, ne guérit pas non plus mais il console.  Quant à son compagnon, c’est un vrai piller,  mais qu’adviendra-t-il si elle devient aveugle…  Elle ne s’épargne pas dans les prédictions ni ne l’épargne.

Dans ce petit livre si dense, outre la narration des mythes et légendes sur la vue et l’expérience de grands non-voyants, et tant d’autres digressions,  on croise  l’élégante silhouette d’ Aldous Huxley : Elisabeth Quin  dévore L’art de voir (ce que j’ai fait étudiante quand, préparant un mémoire sur cet écrivain, j’espérais par la même occasion guérir ma myopie qui m’empêchait de frimer avec mes amoureux.) J’en ai déjà trop dit, je vous laisse découvrir la rage d’Elisabeth Quin envers certains mandarins sadiques, les « surmâles pressés », (il y a tous les autres en blouse blanche « dont la bonté vous fait monter les larmes » ), mais aussi, finalement, son choix d’une attitude, évitons le mot positive qui donne de l’urticaire, une attitude donc qui consiste à « pardonner à son corps  à tout ce qui s’autodétruit à l’intérieur de soi » – ce qui me semble un message important. « La vue devant soi, c’est fini Voir moins, vivre mieux ? Chiche. ». Le tout est porté par une écriture qui ressemble à son auteur  : précise, souvent fulgurante, fantasque et tendre. « (…) La scène se passe dans un orphelinat cambodgien : «  J’ai vu un bébé chétif au crâne comme un genou, se dresser dans un berceau, et ses grands yeux d’onyx me fixer, deux agates noires laquées par la rage de vivre, la colère d’avoir été abandonnée par ses parents, l’indignation d’être livrée aux mouches, aux vagissements permanents de ses congénères, à des soins trop rares. Aspirée par son regard, je suis allée vers ce bébé qui est devenu ma fille. Oona, née dans mes yeux. »
La nuit se lève, Elisabeth Quin Grasset

Des réseaux asociaux ?

Journaliste depuis de très longues années, exerçant mon métier avec toute la probité et l’exigence possibles, je suis tiraillée entre deux types d’informations en ce mi-février 2019. Premier focus : la précarisation des pigistes qui va s’accentuant – cela fait des années que je la dénonce mais les chauffeurs de taxi continuent à croire qu’on est riches… Déjà en 2001 Anne et Marine Rambach écrivaient un livre très documenté sur le sujet, Les intellos précaires (poche). Avec Ces cons de journalistes (éditions Max Milo), Olivier Goujon montre que la situation des journalistes et particulièrement des pigistes s’est encore fragilisée : disparition du reportage, prégnance de la communication, confusion de l’information et du divertissement, passage raté sur l’internet, illusion du gratuit, primat de l’urgence sur la vérification de l’info… (interview de l’auteur sur Mediapart). Sans parler d’un journalisme sans journalistes. La profession est sinistrée, constate Guillaume Erner commentant sur France Culture  le « plan de relance de L’Express ». Les Français achètent de moins en moins de journaux de journaux. L’info doit être gratuite – or ce qui est gratuit ne vaut rien, dit-il.
Deuxième focus, l’affaire de La ligue du LOL : publicitaires, communicants mais aussi journalistes se sont faits harceleurs sur les réseaux sociaux au début des années 2000.  Toujours sur France-culture, Guillaude Erner s’interroge : Pourquoi les réseaux sociaux sont-ils si accueillants pour les trolls ?  On peut disculper l’outil… avance-t-il. Avant d’argumenter le contraire. A savoir « le fond est une forme impure » (Valéry), la forme d’un message influe son fond. Autrement dit les réseaux sociaux sont propices aux messages haineux, minables, aux remarques de dingues qu’on n’oserait pas formuler dans le monde réel. Un coup d’œil sur Twitter, poursuit-il, est éloquent : la forme brève, la prééminence du virtuel, l’existence d’un certain type de vocabulaire et d’échange, le désir de trouver la formule qui tue (…) font que les réseaux sociaux sont finalement plus réseaux que sociaux.
J’ajoute ces quelques lignes  dont je ne retrouve pas la source : Sur internet, le harceleur n’est pas le témoin visuel des réactions de souffrance de sa victime. Cette absence de signaux visuels est un véritable facteur facilitant la violence et sa chronicisation. On se souvient ainsi que dans les travaux de recherche de Stanley Milgram, de l’Université de Yale, lorsqu’un individu devait administrer un choc électrique à une « victime », il administrait des chocs d’autant plus puissants qu’on l’empêchait de voir les réactions de sa victime ou qu’on atténuait l’intensité de ses cris. Je souscris, sauf que dans l’expérience Milgram, celui qui torturait entendait les cris de sa victime (jouée par un acteur) qui augmentait avec la puissance des décharges. Mais, c’est vrai, il ne la voyait pas.
Laurent Joffrin dans Libé – deux collaborateurs du journal sont impliqués dans La Ligue du LOL – ne dit pas autre chose : (…) (…) Cette culture du clash, de l’invective, de l’insulte permanente, de la parodie cruelle, de l’attaque au-dessous de la ceinture(…) (…) qui infecte les réseaux , et en particulier Twitter, souvent camouflés derrière des pseudonymes – une pratique contre laquelle peu d’intellectuels s’élèvent, la peur dirait-on de censurer la voix du peuple…

La démocratie serait-elle finalement et plus largement incompatible avec internet ? C’est la question que pose sur les mêmes ondes Marc Weizmann dans son Tour du monde des idées (7 février 2019) qu’on pourra écouter avec profit.

 

Et les musiciens alors !

Oui, dans mes annonces sur le concert Olivier Py, je n’ai pas mentionné les musiciens. Sortie du superbe concert  –  quel talent, quel engagement que celui de cet artiste, bref quel bonheur ! – je me rends compte de cet oubli.  Impardonnable !car  Julien Jolly, batterie, Olivier Bernard, saxophone et flûte, Stéphane Leach, piano, Sébastien Maire, piano, sont  la crème Chantilly du spectacle. J’ajoute aussi que les textes sont d’Olivier Py et les musiques de Stéphane Leach.

Strass et cravate…

Photo Rebecca Greenfield

 

Miss Knife c’est une chanteuse de cabaret, l’autre moi d’ Olivier Py, l’homme de théâtre, le directeur du festival d’Avignon, qui, talons aiguille, strass et plumes, raconte sa vie passée sur les planches, trente ans d’amours détraqués, de désillusions , d’insolences, de dérision, de passion. « Il y a d’autres travestis, chanteurs et chanteuses qui font des choses comparables à ce que je fais. Mais ce qui trouble, avec moi, c’est ma double vie ; que l’on puisse me rencontrer, cravate autour du cou, discutant la journée de convention collective avec les techniciens d’Avignon, et le soir en robe à paillettes. (…) C’est devenu un spectacle gender fluid, ce qui était moins le cas lorsque j’avais vingt ans. Mais j’étais, à l’époque, crédible, désirable et jolie en femme. Maintenant je joue sur autre chose, sur un personnage dont le genre est assez flou. Est-ce une vieille chanteuse ? Un travesti ? On ne le sait pas trop. Peu importe. (entretien avec Joëlle Gayot, Télérama). Oui peu importe, ce qui compte c’est ce décapant spectacle de music hall : des chansons radieuses ou désespérées, du rire, des larmes, la vie qui vibre, libre, du grand art, bien au-delà du genre.
Dans CRI-CRI, la revue du Théâtre de Marseille déjà évoqué (article « Régénérant » ci-dessous), Olivier Py, répondant à Hervé Castanet, donne une des clés de l’émotion suscitée par son spectacle : « On est davantage nu, vraiment seul sur scène (par rapport au théâtre ndlr), on n’a pas l’appui d’une situation, d’un personnage en situation. En réalité, on est beaucoup plus en danger spirituel dans le music-hall – aussi à cause du chant. Un acteur doit se mettre en danger quand il chante, sinon il ne réalise qu’une performance vocale : le frisson, la chair de poule ne sont pas au rendez-vous. »
Ce premier numéro s’ouvre par un beau texte de la philosophe Barbara Cassin sur le souvenir de la lumière rose donnée par le voile du berceau. Elle écrit : Voir la lumière définit parfaitement la vie. Lumière du jour, lumière du soleil : c’est pour moi une souffrance pure, maladive que de ne pas être dans le soleil qu’il y a ; douleur de voir la lumière dans la chambre d’en face, terrasse ou maison, sur l’autre berge, rive ou trottoir, de ne pouvoir me placer dans le rayon, « sous le soleil exactement ». Je me souviens l’avoir interviewée au Vieux-Port et qu’on avait sans se concerter spontanément cherché la seule dernière table du bistro au soleil. Il me semble que cette addiction à la lumière et au soleil est référencée par la faculté, qu’elle est une pathologie ! Tant pis …

Les premiers adieux de Miss Knife, Olivier Py, le 2 février
La Criée, 30 quai de Rive Neuve, 13007 Marseille
04 91 54 70 54 – www.theatre-lacriee.com

 

Construire un pont…

Rue Balbi – Gênes
DC.

C’est l’architecte gênois, Renzo Piano, qui va reconstruire le pont de sa ville natale. Bel entretien avec Nathalie Herzberg dans Le Monde du 28 janvier 2019. Extraits…
« A 8, 9 ans, on a enregistré l’essentiel de ce qu’on sera pendant le reste de sa vie. »
« Les chantiers, lieux d’orgueil et de paix. Qu’ils soient turcs, russes, libanais, ougandais ou français, j’ai des chantiers dans tous ces pays – les gens sont différents mais partagent des valeurs. Ça peut faire des miracles. »
« Construire un pont c’est un geste d’optimisme, l’inverse de la construction d’un mur »
« (…) l’optimisme du bâtisseur (…) à mon âge je continue à croire que les temps qui passe fait le monde meilleur, malgré tout. Même quand je suis malade, je pense que demain, j’irai mieux. »
La mer méditerranée devenue cimetière : «  On ne peut pas laisser les gens dans la mer. Cette mer est une force inouïe, une source d’inspiration et de beauté, une machine à enregistrer des sons, des parfums, des lumières. Mais c’est devenu le théâtre de souffrance à laquelle nous devons tous réfléchir, tous les Européens. »