La vera viva vita

Patrick Coulomb auteur et éditeur, a écrit un beau papier sur Philippe Carrese qui vient de mourir. Je m’étais promis de lire les romans d’un des piliers de « Plus belle la vie » pour mieux comprendre Marseille (sur laquelle je travaillais en écrivant Marcel Pagnol-Albert Cohen : une amitié solaire), Marseille  « qu’il aime tant et qu’il déteste aussi. » Philippe Carrese : réalisateur, dessinateur, musicien … et homme d’une extrême gentillesse. C’est dit et bien dit dans cette page de La Provence du 7 mai par quelques uns de « la tribu Carrese ».  Et c’est ce que j’ai vivement ressenti en discutant un moment avec lui lors d’une petite soirée chez l’éditeur David Gaussen. Hier, j’ai regardé (replay du 6 mai sur France 3) son documentaire « Marseille, l’italienne », trace des origines napolitaines d’un vrai Marseillais. Et je me suis délectée.

. Il y aura un mois le 16 mai que Marie-Bélen a été tuée d’un coup de couteau pour un téléphone portable à l’entrée de la station Timone à Marseille. J’ai lu ou entendu qu’elle travaillait (pour un mémoire, me semble-t-il) sur le thème du rouge à lèvres, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir de fortes convictions féministes. Bouleversant.

. La vie n’est pas une autobiographie (Galilée, lignes fictives) , le dernier livre de Pascal Quignard  je ne l’ai pas lu, mais la critique de Bertrand Leclair (Le monde des livres, 3 mai 2019) m’en donne grande envie : La biographie est une construction toujours rétrospective à quoi tout échappe de ce que les Romains appelaient la vera vita viva, la vraie vie vive – qui est bien ce dont veut ici témoigner l’écrivain en écho à une merveilleuse citation de T.S. Eliot : Nous n’avons existé que pour cela/qui n’est pas consigné dans nos nécrologies.  Me revient en mémoire une séance  « Biographèmes » (une proposition d’Aleph Ecriture d’après Roland Barthes),  que j’animais en atelier. Il s’agissait de  faire un portrait loin des  repères conventionnels ( études, carrière, etc), avec des gestes, un timbre de voix, des marottes … Les jeunes journalistes que je faisais travailler rédigeaient des portraits magnifiques, souvent de leurs grands-parents.
Il n’ y a que les proches de Marie-Belen et de Philippe Carrese qui connaissent leur vera vita viva.

. Extrait d’un texte fameux de Philippe Carrese écrit en 2006 en entier en cliquant : « J’ai plus envie »J’ai plus envie d’entendre les mots « tranquille » « on s’arrange » « hé c’est bon, allez, ha » prononcés paresseusement par des piliers de bistrots.
J’ai plus envie de ce manque de rigueur élevé en principe de vie.J’ai plus envie de l’incivisme, plus envie de la médiocrité comme religion, plus envie du manque d’ambition comme profession de foi.
J’ai plus envie des discours placebo autour de l’équipe locale de foot en lieu et place d’une vraie réflexion sur la culture populaire. J’ai plus envie non plus de me tordre à payer des impôts démesurés et de subir l’insalubrité à longueur de vie.
J’ai plus envie de m’excuser d’être Marseillais devant chaque nouveau venu croisé, décontenancé par sa découverte de ma ville… Ma ville !
Tout le texte :

Apocalypse Café : joyeux et dévastateur …

Cliché Pascal Gély

Je vous promets une soirée cabaret  pleine de sens, de peps et de charme. Hélène Delavault, comme le dit un bel article de La Croix, est une « semeuse de graines de joie ». Une chanteuse lyrique de grand talent, une femme pleine d’esprit, à la carrière éblouissante : opéras, comédies musicales, concerts, films… Elle fut la Carmen de Peter Brook dans le monde entier et son interprétation lui valut une nomination aux Ace Award : « Best actress in a musical .» Mais aussi elle monte et interprète des spectacles hors des sentiers battus. Au Café Blomet, le 16 mai, elle reprend pour une date unique sa création « Apocalypse Café » : une évocation en chansons, charades, fables et textes de journaux des années 20 en France et en Allemagne.
 » Cent ans après la Grande Guerre, dit la chanteuse, dans une Europe contestée par le retour du repli communautaire et nationaliste, il me paraît opportun de réunir sur une même scène des auteurs de part et d’autre de la frontière qui se retrouvent dans une commune dénonciation. Tout ceci dans un esprit joyeusement dévastateur, même si « on connaît la suite , hélas !  »

Cliché Pascal Gély

Les auteurs sont  Kurt Tucholsky, Le Canard Enchaîné, Colette, Tristan Tzara, Kessel, Eluard… avec des textes du Canard Enchaîné. L’occasion de découvrir le premier, Kurt Tucholsky,  auteur de chansons drôles et caustiques  et journaliste très engagé. Découvrir aussi  un lieu légendaire : le Bal Blomet fréquenté par Joséphine Baker, Kiki de Montparnasse, Fitzgerald, Cocteau et tant d’autres. Un lieu qui inspirait Simone de Beauvoir  : « J’aimais regarder les danseurs; je buvais du punch ; le bruit, la fumée, les vapeurs de l’alcool, les rythmes violents de l’orchestre m’engourdissaient ; à travers cette brume je voyais passer de beaux visages heureux. Mon cœur battait un peu plus vite quand explosait le quadrille final : dans le déchaînement des corps en fête, il me semblait toucher ma propre ardeur de vivre.  » (La force de l’âge)
Un spectacle conçu et interprété par Hélène Delavault

Romain Dayez chant, jeu
Cyrille Lehn piano
Bal Blomet, 33 rue Blomet, 75015 Paris. 16 mai, 20h30
Réservations Fnac, site balblomet ou sur place le soir-même
http://www.balblomet.fr/programmation
En savoir plus :  https://www.laurentcarme-difusionscene.com/helene-delavault-apocalypse-cafe

 

 

France-Vietnam, une mémoire en partage

Le Vietnam était au théâtre de  La Criée à Marseille du 25 au 27 avril avec une pièce, Saïgon et une journée, La mémoire de l’exil. De riches moments. En voici quelques flashes .

Saïgon d’abord, dans une mise en scène de Caroline Guiela Nguyen, avec sa compagnie Les Hommes approximatifs, nous fait vivre dans un lieu unique, le restaurant vietnamien de Marie-Antoinette (un prénom d’impératrice française et une formidable comédienne), l’histoire d’amour et de douleur entre la France et le Vietnam. Unité de lieu mais pas de temps. Les onze personnages ne quittent pas le restaurant  partagé sur le plateau en trois, la cuisine, la salle à manger kitsch, la petite scène de music hall. Mais ils voyagent entre deux dates : 1956 à Saïgon, la veille du départ des derniers Français d’Indochine, et 1996 à Paris quand la fin de l’embargo américain rend possible un retour des exilés au Vietnam.

A travers les destins de couples mixtes, nous entrons dans les espoirs, les déchirements, les remords de ces existences prises dans le vent de l’Histoire. Le premier, un militaire français rentré en métropole avec sa fiancée vietnamienne Ly : la scène du mariage avec la belle-famille française qui n’arrivera jamais est d’une indicible tristesse. Et la relation que le fils métissé, Antoine, entretient avec sa mère un bijou de finesse, de justesse. La mère – l’actrice est fantastique – est parfaitement intégrée. En apparence. Fière, légère, drôle – « toujours sourire pour ne pas attrister les autres » – mais aussi « sèche » comme lui dit son fils à un moment. Sa mère, « si menue », qu’il aime passionnément et qui l’énerve prodigieusement… On sort du thème Vietnam pour entrer dans la complexité des rapports mère –fils : tendresse, pudeur, agacement, inquiétude. Quand il ne supporte pas qu’elle dise à tout bout de champ : « D’autant plus ! », c’est criant de vérité. Et drôle.

Un autre couple ne se formera jamais vraiment, celui de Hao qui quittera Saïgon en 1956 pour échapper à de possibles représailles mais ne reviendra pas rechercher son amoureuse. Son retour, à la fin de sa vie, dans son pays, est bouleversant et raconte toute la complexité de l’exil. Le secret, le silence, les silences sont constitutifs des vies des personnages. Le passé, les racines sont gommés. La mémoire trouve pourtant refuge dans la cuisine, les plats de là-bas, les goûts, les odeurs et ce n’est pas pour rien que tout se passe dans un restaurant – c’est aussi là que peut se  tisser un lien entre nos deux pays comme ce Phô, peut-être notre Pot-au-feu…

La mémoire est également vivante dans la musique. Elle est envoûtante tout le long de la pièce. C’est la musique jaune, celle du sud, des chansons interdites et chéries, le jaune c’est l’or, nous expliquait John Kleinen Ph.D de l’université d’Amsterdam lors de la journée Mémoire de l’exil. « Nous sommes face à un vide de la parole » disait Pascal Bourdeaux, maître de conférences de l’ Ecole pratique des hautes études qui récolte des témoignages de familles pour partager, faire connaître une histoire encore trop sous le boisseau. Hélène Patarot, comédienne ( voir sur ce blog, 14 mars 2019,  sa belle interprétation de Un instant Proust ) se souvient de son père qui ne parlait pas. Hélène qui a compris sa relation à son pays en lisant Marguerite Duras ! En miroir : « moi vietnamienne en France, elle française au Vietnam … «  explique-t-elle. Sur le silence, me revient à l’esprit un livre de Doan Bui, Le silence de mon père (Ed. L’iconoclaste). Celui-ci est soudainement atteint d’aphasie. C’est alors que la journaliste de l’Obs, prix Albert Londres 2013, que j’avais rencontrée à Paris dans une librairie de Belleville, commence sa quête d’identité en partant à la recherche de l’homme que fut son père, un voyage dans les secrets de famille, les exils et la mémoire, de la banlieue du Mans aux ruelles de Hanoi. Superbe.

D’autres intervenants nous ont ouvert des portes qui donnent envie d’aller plus loin tels Corinne Flicker, maître de conférences en littérature française (Aix Marseille Université) et spécialiste de la francophonie en Asie : elle a notamment évoqué Van Ky Pham, grand prix du roman de l’Académie française en 1961, auteur de plus de 70 pièces dont une seule mise en scène, par Anne Delbée, Le rideau de pluie, un village coupé en deux, symbole de l’écartèlement de l’exilé . Pouvoir consulter ces interventions en ligne serait précieux.

Clichés de Saïgon Jean-Louis Fernandez
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Bref …

Robot. J’en ai assez de prouver que je ne suis pas un robot en m’esquintant les yeux pour reconnaître des feux rouges ou des cochons roses sur des photos floues …
Bougonne. J’ai une boulangère un peu bougonne, mais quelle amitié dans ses yeux quand on lui dit que son pain à la châtaigne est délicieux.
Trottinettes. j’en avais déjà ras la casquette des trottinettes quand hier, devant moi, une femme en a pris une direct sur ses deux chevilles. Cassées ou pas ? Je l’ai laissée en tout cas folle de douleur let de rage avec les trois gamins qui s’excusaient vaguement et un jeune homme qui la déchaussait délicatement en lui proposant d’appeler les pompiers…
Ballot. Les vélos c’est pas mieux. Les pistes cyclables à Marseille sont pitoyables. Je pédale pourtant au parc Borély : divin. L’autre jour je remets mon vélo à une station concentrée comme une malade sur le double bip et le voyant vert signifiant que tout va bien, la bécane est enregistrée. Mais oui, mais non. Mail deux jours plus tard : le vélo a disparu, j’appelle : « ils » vont débiter mes 300 euros de caution. J’essaie d’argumenter, d’envisager un bug à la centrale, le gars me récite le règlement en boucle. Comme un mantra, de cette façon-là vous savez, obtuse, robotisée. Qui fait peur. Je fonce à la station, ça tombe bien je n’ai que ça à faire, je retrouve l’engin là où je l’ai laissé. J’appelle. Ah c’est ballot ! apprends-je d’un autre employé : la station est déconnectée et n’enregistre donc rien. Toutes nos excuses. Non non c’est rien, merci pour le stress. L’erreur est acceptable mais la rigidité non.

Au jardin botanique de Borély

 

Sorcier. Assaut de beauté : à Marseille les cerisiers japonais du jardin zoologique du parc Borély et les arbres de Judée des Tuileries à Paris. Bon d’accord la pyramide du Louvre c’est pas Notre- Dame, mais on va nous la rendre, allez. Notre architecte du Mucem à Marseille est déjà ans les starting-blocks. Il était à la Une de La Provence qui a titré « Notre-Dame de Ricciotti »  ! Il est – drôlement ! inspiré : « De même que le Diable a soufflé sur la cathédrale, il faut travailler avec

Aux Tuileries à Paris

un souffle de sorcier… » Pour la flèche, Il pense à des lianes de béton de quatre centimètres de diamètre. » Perche no ?
PS. Après la flèche de Notre-Dame voilà-t-y pas que, sur une idée de Macron, l’Ena pourrait bien se volatiliser à son tour. Tout fout le camp.

 

 

La liberté d’offenser ?

Depuis le début, le mouvement #metoo a des aspects qui me dérangent. La dénonciation entraine toujours des dérapages. Tout récemment je suis également dérangée par le scandale autour des Suppliantes d’Eschyle, mise en scène par Philippe Brunet à la Sorbonne. Des activistes se réclamant de l’antiracisme ont bloqué l’accès à la représentation de la pièce. Motif ? Les actrices du chœur, jouant des Egyptiennes, ont le visage maquillé en noir et des masques cuivrés et ce choix relèverait de la vieille pratique du blackface consistant pour un blanc, dans un objectif dégradant, à se grimer en noir.

Ce n’était en aucune façon le propos du metteur en scène qui se voit accusé de   « propagande afrophobe, colonialiste et raciste. » Des personnalités de la culture (Ariane Mnouchkine, Barbara Cassin, François Morel …) se sont insurgées contre cette « logique de censure intégriste et identitaire. » Leur manifeste est musclé. (Le Monde 12 avril 2019). Ainsi, évoque-t-il les étudiants qualifiés de commissaires politiques  « qui ont sécrété un interminable communiqué  en forme de fatwa, exigeant réparation des injures, entre autres sous forme d’un colloque sur la question du blackface en France, un programme de rééducation en somme … »

Dans une salle d’une brasserie marseillaise : une variante du blackface, inconsciente mais bien réelle

J’étais de plain-pied avec ce manifeste. Et puis j’écoute sur France Culture dans Les chemins de la philosophie Yala Kisukidi, philosophe et enseignante à Paris VIII. Elle parle de façon éloquente, sensible, de la complexité à vivre son corps noir de femme noire. Je suis d’une génération dont la mère rêvait de trouver un bébé noir sur son paillasson ! ce qui dit bien une condescendance, une infériorisation inconscientes de la « race » (est-ce une bonne idée d’avoir banni ce mot de la Constitution française ? ), noire, dont je garde, évidemment contre mon gré, des traces. Et je ne sais rien, de l’intérieur disons, du fait d’être noir, bien que j’ai lu quelques grands livres sur le sujet. Du coup, à écouter cette brillante jeune-femme (qui partage avec Assa Traoré une interview dans les Inrokcuptibles), je comprends un peu mieux l’indignation au demeurant excessive autour de la pièce.
Dans cette même double page du Monde Débats, d’autres atteintes à la liberté sont stigmatisées. Je retiens un long papier de Ian Buruma, l’ex-rédacteur en chef de la « New York Review of Books ». En septembre 2018, il décide de publier dans le cadre d ‘un dossier sur les hommes déchus un récit de Ian Gomeshi, ex-animateur radio, télé, jugé pour agressions sexuelles, acquitté par manque de preuves, devenu la cible des réseaux sociaux, perdant son emploi, etc. Tollé de protestations : un tel personnage n’a pas droit de cité dans une revue progressiste. « Un membre de la rédaction m’a rappelé l’existence du mouvement #metoo. « Et on ma dit que l’on n’avait que faire des nuances ; que la nuance était considérée comme une forme de publicité » écrit Ian Buruma qui conclut : « (…) j’ai sous-estimé la force de l’esprit du temps, et j’ai mis le doigt sur le bouton qui déclenche les tempêtes d’indignation. Je le regrette. Mais un journaliste doit pouvoir prendre des risques. Une forme de liberté d’offenser est nécessaire. La dénonciation, si elle remplace le débat, aboutira à un conformisme dicté par la peur. Et la peur de défier l’esprit du temps abêtira le discours public. (…) En muselant aujourd’hui les personnes que nous n’aimons pas, nous ouvrons la voie à ceux qui voudront museler celles que nous aimons. » On n’est pas loin de La Tâche, le fascinant roman de Philip Roth.
En savoir plus sur le blackface https://www.lemonde.fr/societe/article/2017/12/18/le-blackface-une-pratique-raciste-encore-presentee-comme-humoristique-en-france_5231575_3224.html

 

Regain, le goût du bonheur…

Les ruines du village d’Aubignane aujourd’hui

Cinéma Le Pagnol, Aubagne, 10 avril 2019

Dans la salle, on rit beaucoup, de très bon cœur, et on commente aussi. C’est joyeux, chaleureux, familial. Car ce soir les spectateurs ont presque tous une histoire avec le héros, le génie, le chantre d’Aubagne,  j’ai nommé bien sûr Marcel Pagnol. A commencer par Josée Boutin, Présidente des Amis de Marcel Pagnol, racontant que Paul, le petit frère de Marcel, le berger,  venait chercher du fourrage à la ferme de ses grands-parents sur la route de La Treille. Ce soir on assiste à la première projection de Regain depuis vingt ans.
Tiré d’un roman de Giono, c’est peut-être le plus beau film de Pagnol ; en tout cas, loin de toute mièvrerie, il est porté par un ample souffle lyrique qui remue profondément. Un film sur le goût du bonheur, dira Floryse Grimaud, créatrice des événements Marcel Pagnol à Aubagne, en ouvrant la séance, un film écologique avant l’heure selon Nicolas Pagnol, qui, depuis quelques années s’est fait le gestionnaire de l’œuvre de son grand père. Les deux thématiques se rejoignent. Les miches de pain dans les mains de Panturle qu’il apporte à sa femme sont une ode à la joie. « Et le blé qui va pousser, « c’est celui du coin pas celui de Monsanto, insiste le petit fils. Mon grand-père cherchait toujours des propriétés où il pourrait être autosuffisant. Ses valeurs : l’eau, les forces telluriques, la vie en communauté qui se forge dans le travail ensemble. » Il rappelle aussi que la musique du film est  signée Arthur Honegger qui vint s’inspirer sur les lieux mêmes. Et forme le rêve un peu fou qu’un jour cette symphonie résonne dans les collines… Autre projet, la reconstruction du village d’Aubignane (à deux lettres près c’est Aubagne), le village qui forme le décor de Regain, un village en ruines – puisque l’histoire est celle de l’exode rural -,  de vraies ruines conçues par le maçon et ami de toujours, Marius Broquier, et qui ont en partie défié le temps.

Nos deux passeurs de mémoire auraient encore mille choses à dire. Floryse cite un extrait du livre de son père,  Lucien Grimaud, Histoires d’Aubagne, où Pagnol, un après-midi torride de juillet 1937, année du tournage, entre dans la chapellerie Négrel à Aubagne pour trouver des couvre-chefs, des casques coloniaux ! à son équipe. Quand Maria Négrel lui déclare « C’est moi qui vous ai reçu quand vous êtes venu au monde », il est d’abord sceptique. Mais la sage-femme sort un registre coincé entre deux piles de cartons à chapeau. « Parlez-moi de ma mère, lui dira alors Pagnol ému aux larmes : je l’ai perdue encore enfant ». Quant à Nicolas Pagnol il nous recommande avec une belle ardeur la BD des Pestiférés (Eric Scotto, Serge Stoffel, SamuelWambre) paru chez Bamboo. Tirée d’une nouvelle inachevée dans Le temps des amours (publié à titre posthume), elle narre, dans le cadre de la peste qui ravagea la Provence en 1720, la lutte d’un petit groupe solidaire. La fin, passée de bouche à oreille dans la famille Pagno,l est enfin dévoilée…

Mais silence!  Sur le grand écran les images restaurées de Regain– un investissement de 210 000 euros aidé par le département et la région – nous offrent un noir et blanc éblouissant. Revivent dans tout leur éclat le truculent Fernandel ahanant derrière sa bricole, Orane Demazis marchant sans le savoir vers son homme, Gabriel Gabrio dont la désarmante tendresse nous inonde…

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Sakura du printemps…

Visiter le jardin botanique du parc Borély avec Anne Béatrice pour guide n’est pas juste mettre des noms sur les plantes, c’est aussi, c’est surtout, se laisser gagner par sa joie à voir la nature qui chante : les bourgeons impatients, les toutes petites feuilles lovées sur elles-mêmes, les fragiles tulipes – mais peintes par quel artiste ?
Nous nous dirigeons ce dimanche 24 marsvers le jardin japonais du jardin botanique, parc Borély à Marseille, avant un atelier Sakura. Autrement dit avant d’apprendre à dessiner une branche de cerisier japonais. Les deux Sakura du jardin ne sont pas encore fleuris – si vous êtes là ce week-end, ils le seront certainement, offrez-vous ce cadeau. Mais pêchers ou pommiers chinois ont la même gracieuse délicatesse. Nous nous en régalons avant de rejoindre l’atelier. Non ! je ne vous dirai pas comment nous avons réussi NOS charmants dessins, sans mal, sans talent particulier. La prochaine fois qu’Anne Béatrice proposera, entre autres, ce moment délicieux dans le cadre des journées « Animez-vous aux jardins » organisées par la ville de Marseille, n’écoutez que votre curiosité, inscrivez-vous ! (Allo Mairie 0810 813 813)
Cerise sur la branche, un haïku écrit par Issa.  Haïku : poème japonais en trois vers 5,7,5 syllabes), très simple, souvent relié à la nature, de préférence sans rime, qui saisit comme le fait une photo, un instant(ané)

quelle étrange chose
d’être ainsi vivant
sous les fleurs de cerisiers ! Issa

 

Jeune, indépendant et méditerranéen…

15-38  c’est, pile,  longitude et latitude, le point central de la Méditerranée. C’est là où ce jeune média place son curseur pour mieux le déplacer au fil des mois. On s’en doute, la Méditerranée est au cœur de cette aventure éditoriale vécue depuis deux ans par une équipe de journalistes et de réalisateurs qui sont passés par des rédactions françaises et internationales pour couvrir l’actualité depuis la Syrie, le Liban ou l’Algérie. Leur envie : faire vivre l’info en parlant des pays dans lesquels ils vivent, tout en abordant des thématiques communes à la région méditerranéenne. Avec de nouveaux regards. Comment parler de l’accueil des réfugiés syriens sans analyser la situation libanaise ? Comment lutter contre la pollution maritime sans comprendre quelles sont les législations au Maghreb ? Comment se sentir proche de l’Europe si les visas sont si difficiles à obtenir ?
Le site propose un dossier thématique par mois. Une fois ouvert, ce dossier n’est jamais refermé, laissant la place aux contributeurs, mais aussi à de nouveaux articles en fonction de l’actualité. Dans le dernier dossier « Sur les routes de l’exil, non assistance à personne en danger », citons un reportage texte et photos  de Selene Magnolia sur les réfugiés de l’île grecque de Lesbos. « La joie des personnes qui accostent est fugace mais intense : « I made it ! Je l’ai fait ! » Très vite, elles réalisent que le rêve est loin d’être idyllique. Certains restent bloqués pendant des mois en attendant la réponse à leur demande d’asile. Tout ce dont vous pouvez avoir besoin à l’intérieur du camp intervient après une longue file d’attente, souvent de plusieurs heures. Plusieurs heures dans le froid, plusieurs heures dans la chaleur, plusieurs heures la nuit, plusieurs heures lorsque vous êtes malade, ou lorsque vous avez faim. La distribution alimentaire, les services médicaux, les toilettes, l’obtention de papiers et de l’aide des bureaux juridiques, tout à Moria se résume en une longue file d’attente. » Le dossier de janvier s’intitulait « Quand les villes s’effondrent, se (re) construire. » Particulièrement d’actualité à Marseille, cette question du délabrement de l’habitat touche la Lybie, le Liban, l’Algérie… Partout autour de la Méditerranée, des collectifs, des associations ou des habitants se mobilisent.
Le média a aussi créé son réseau avec une rubrique, Le Souk,  accessible à toute personne qui souhaite partager son actualité méditerranéenne : artiste, chercheur, entrepreneur, cuisinier, dessinateur …
Et pour les inconditionnels du papier, 15-38 a lancé son mook, « Une année en Méditerranée », un magazine de 110 pages vendu au prix de 15€. Les ventes permettront aux 14 collaborateurs basés sur le pourtour méditerranéen de poursuivre les reportages pour analyser et porter les voix de ceux qu’on entend rarement. Au menu : une histoire d’amour née en Syrie exilée à Marseille, la forte mobilisation de la société espagnole contre les violences infligées aux femmes, les habitants de Gabès en Tunisie qui s’organisent afin de stopper les rejets polluants de l’usine de phosphate, des portraits d’adolescents syriens au Liban à l’école de la rue….
Acheter en ligne ICI
Ou en librairies :

A L’Odeur du temps, le chat vous attend… Le mook aussi.

– La librairie L’Odeur du temps, 35 Rue Pavillon, 13001 Marseille
– La librairie du Mucem, 1 Espl. J4, 13002 Marseille
– La librairie de la Bourse, 8 Rue Paradis, 13001 Marseille
– La boutique Marseillez-moi, 2 Rue du Jeune Anacharsis, 13001 Marseille
– L’Astragale, 108 Rue de Sèze, 69006 Lyon
– Terre des Livres, 86 Rue de Marseille, 69007 Lyon                                                                                      

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Vive La Marseillaise !

Dans la salle des rotatives de la Marseillaise, le 1er mars, tout près du Vieux-Port, régnait une joyeuse émotion pour fêter l’anniversaire du journal qui, depuis 75 ans, navigue sur des eaux souvent agitées. La dernière tourmente en décembre 1977 a provoqué un mouvement de solidarité pour que « Vive la Marseillaise ». C’est bien le cas ! Elle tient son cap, fidèle aux valeurs qui ont présidé à sa naissance le 1er décembre 1943 pour faire face à Vichy et à l’occupant. La Marseillaise, le quotidien le plus chanté de France comme l’indique malicieusement en « Une » un petit carré rouge ( si si ! regardez bien) et comme le rappelle Jean-Marc Béhar, Président du journal, dans un numéro spécial édité pour l’occasion. Achetez ce numéro en kiosque, vous ne regretterez pas vos 10 €. L’équipe rédactionnelle a réussi un vrai tour de force qui, sur un format géant, en 132 pages, vous fait parcourir le monde de 1945 à 2018. Chacun, selon ses souvenirs, ses passions, ses indignations, s’arrêtera plus ou moins longuement sur les brefs mais denses articles  qui accompagnent de superbes photos et bien sûr la reproduction des couvertures de La Marseillaise de l’époque, à commencer par MARSEILLE EST LIBEREE avec le portrait de De Gaulle sur la Une du 24 août 1944. Ah comme le temps passe ! 1947 : création du Festival d’Avignon, indépendance de l’Inde et du Pakistan. 1948 : naissance d’Israël, Gandhi assassiné, Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir ( mais rien sur ma naissance …) 1951 : les époux Rosenberg condamnés à mort, inauguration de La maison du fada, Le Corbusier. 1957 : Spoutnik et Jalilhouse Rock, Elvis Preslay. 1960 : Krouchtchev inaugure à Marseille le lycée Saint-Exupéry des quartiers Nord… On vous laisse feuilleter ce document à la fois ludique et pédagogique qui aidera aussi des parents perdus pour raconter l’Histoire à leurs enfants. Cela vaudra mieux qu’un clic !

La Marseillaise. Un numéro exceptionnel. En kiosque

 

Hugo au bistrot

En attendant Hugo
au Théâtre du Jeu de Paume…

Presque deux heures avec Victor Hugo c’est cadeau… Jacques Weber prolonge au théâtre sa pièce donnée dans un bistrot parisien : « On est entre nous. On discute, on cause, on débat. C’est libre et sauvage. Je ne suis pas Hugo. Je ne joue pas Hugo. Mais en lisant ses textes, je provoque une rencontre, une alchimie dont surgit un autre je, un autre Hugo, quelqu’un qui est entre nous deux. Et c’est vrai ! Hugo sur le plateau du Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence était ce dimanche 3 mars avec nous ! Tous les Hugo, le politique, celui qui se lève contre la misère et l’injustice, l’écrivain génial, le jouisseur, l’orgueilleux, le grand-père fou d’amour… C’est la multiplicité des personnages qui séduisent Jacques Weber. Ces contradictions créent « quelque chose d’incertain, du sensible et donc du théâtre. »
Magali Rosenzweig lui donne la réplique. C’est sa Juliette Drouet qui nous offre deux jolis moments musicaux. Elle chante La Légende de la nonne ( et c’est la voix de ma grand-mère qui resurgit sur celle de Brassens). Que le texte soit d’Hugo voilà qui me la baille belle !
Il est des filles à Grenade
Il en est à Séville aussi
Qui, pour la moindre sérénade
A l’amour demandent merci
Il en est que parfois embrassent
Le soir, de hardis cavaliers
Enfants, voici des bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers
Le spectacle est foisonnant à l’image du sujet. On entend le Discours à l’assemblée nationale en 1848 « Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. » Et en 1849 « Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. « On apprend que le matin , en exil, Victor Hugo se lève très tôt, avale trois œufs crus, une tasse de café noir et hop commence à travailler, debout, devant la fenêtre, regardant se lever et le soleil et son inspiration. Je retiens cet étonnant moment d’analyse stylistique du poème L’Expiation sur le désastre de la retraite de Russie, en 1813. Je dis analyse mais ce n’est pas cela du tout : Jacques Weber démonte le texte (ah ! le couplet sur le « e » muet )  pour que chacun de nous y soit là-bas, avec la neige, le ciel noir, la solitude, les pieds nus…  « Et, chacun se sentant mourir, on était seul. » C’est magnifique. Ah les enfants si vous aviez Weber comme prof …
C’est pas le tout ! Il va falloir s’y mettre et lire Hugo pour de bon. Depuis le temps que je me promets d’aller un peu plus loin que Océano nox récité, enfant, un soir dans ma chambre, fenêtre ouverte sur la nuit, larmes aux yeux, enivrée par les vers et surtout par ma voix les scandant … ; ou encore, calée entre trois oreillers sur le divan défoncé de la véranda, écoutant passionnément, cette fois mon grand père me lire  Les Misérables …

Sauf que je viens d’attaquer l’ascension de La Montagne magique de Thomas Mann …

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