Un théâtre d’idées

C’est un beau texte, clair et poétique, que ce Galilée de Bertold Brecht  mis en scène par Claudia Stavisky à La Criée à Marseille : un spectacle de 2h30 au lieu des quatre heures initiales en 1990 à la Comédie Française sous la direction d’ Antoine Vitez.
Sur quinze tableaux, une mise en scène classique, sans inutile clinquant. Un peu trop sage peut-être et un peu trop de clair-obscur – on a envie de mieux voir le visage des acteurs. A commencer par celui de Philippe Toretton, (entouré par une dizaine d’interprètes) un Galilée sans conteste, un Galilée habité, flagrant, incarné, avec ses enthousiasmes, ses colères, ses faiblesses, ses manques (sa relation à sa fille qu’il sacrifie à la science )

Un beau texte donc qui raconte comment en 1910 reprenant la théorie de Copernic – c’est la terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse – Galilée remet en question que notre planète soit au centre du monde sous l’œil d’un Dieu tout puissant. A la question « Où est Dieu ? » le savant répond : «  En nous ou nulle part. » La raison triomphera de l’obscurantisme est son credo : « Je crois en la douce violence de la raison. »
Tout cela n’est pas du, goût du pouvoir ecclésiastique à Padoue, Florence, Rome… Le poids de la religion, ses ruses, ses obsessions sont mises à jour sans barguigner. Galilée luttera longtemps mais capitulera, sous la menace de torture de l’Inquisition, par abjurer ses « anciennes erreurs ». Il finit son existence sous la surveillance de l’église en parvenant, cependant, à écrire en cachette un texte décisif pour les sciences physiques, les Discorsi.

Bien d’autres réflexions traversent la pièce, sur le rôle de la science par exemple, qui demandent une grande attention. Car il faut le savoir, c’est du théâtre oui, mais du théâtre pédagogique, didactique, un « théâtre d’idées » (A. Vite) qui vise à instruire, à expliquer. Avec de beaux moments lyriques tel celui sur le peuple entretenu dans l’ignorance et de fait la misère, un peuple toujours dans l’acceptation  : «  Je vois la divine patience de vos gens mais où est leur divine colère … »
Et n’oublions pas :  » Penser est un des plus grands divertissements de l’espèce humaine » dit Galilée à son ami Sagredo… »
Galilée, Brecht, 5 au 7 novembre 2019 à La Criée
Tournée en France : Chateauroux, Lyon, Antibes, Saint-Etienne, Nevers, Angers

 

Une femme torrentielle

Avec toute mon admiration

Si vous cliquez sur le lien ci-dessus, vous aurez mon livre « Avec toute mon admiration » dont un des chapitres (Une femme torrentielle page 41) est consacré à Christiane Singer. J’y raconte ma rencontre avec cette écrivaine, cette femme exceptionnelle qui m’a tant apportée.

Faites-le avant ou après la lecture publique d’une sélection de ses textes lus par les Héroïnes de Belsunce du Théâtre de l’Oeuvre.
Mise en lecture : Sarah Champion-Schreiber.
Accompagnement musical au violon : Alessio Berre.
Lectrices : Mounira Allouche, Emma Bester, Mordjene Boumali, Kris Keller et Sarah Champion-Schreiber
A la bibliothèque de l’Alcazar. Samedi 2 novembre à 16h30
➤ Tous publics. Entrée libre dans la limite des 200 places disponibles à l’auditorium du musée.

Savoureux…

Dans le centre de suivi des maladies respiratoires à Briançon où j’ai séjourné , un patient très lettré au demeurant a raconté ça à l’impatiente que je suis :
Quelle est la récompense de la patience ? La récompense de la patience c’est la patience.
Je dirais bien que c’est un koan : une brève anecdote ou un échange entre un maître et son disciple, absurde, énigmatique ou paradoxal, ne sollicitant pas la logique .
Cliché : la une du premier numéro de CRI-CRI, la revue de la Criée

 

Bouée de sauvetage

J’écoute par hasard et avec plaisir quelques  « pages arrachées  » par France Culture au journal 2014-2017 de Sylvain Tesson, Une très légère oscillation (Pocket). Il y a toujours, pour moi en tout cas, quelque chose à prendre chez cet écrivain qui vous rassure, vous revigore, vous conforte. En l’occurrence on se sent conforté à écrire son journal depuis tant et tant d’années quand il écrit ce que j’ai relevé (je ne garantis pas l’exactitude absolue de ma prise de notes) au fil de cette écoute)  : « Un journal intime est un entreprise de lutte contre le désordre.  « Toute vie est une convulsion (…)  L’illusion d’un motif unique (…) quelle foutaise ! » « Personne ne tient jamais vraiment  son cap. » Il n’est certes pas le premier à le dire mais il le dit bien : le journal est une bouée de sauvetage qui donne du sens à ce qui n’en a pas.

Quelques « pages arrachées » plus loin, il évoque son accident en 2014, sa dégringolade d’un toit pour cause de vin de Savoie, après tant de risques et de dangers affrontés, recherchés. Quatre mois à La Salpêtrière. Ni révolte ni résignation, affirme-t-il. Il s’agit de continuer le voyage en compagnie d’une deuxième personne : la faiblesse. Celles et ceux qui sont touchés dans leur corps comprennent bien de quoi l’aventurier nous parle.  « J’étais devenu un vieux monsieur « . Mais il est aussi Sylvain Tesson ! Notre-Dame est à une encablure de son domicile et il décide d’en monter chaque jour, à heure fixe, les 450 marches : « Je montais mon corps vers le ciel pour le fortifier. (…) Chaque marche sonnait le rappel : on ne doit pas disposer légèrement de sa vie. » J’ai aussi noté cette réflexion que je trouve belle et modeste, pas très « Sylvain Tesson » pour le coup : « Le rendez-vous avec des habitudes innocentes féconde la vie. Le temps se structure, se construit. » Sur sa relation avec la cathédrale, un livre  « Notre-Dame : ô reine des douleurs » éditions des Equateurs, réunit les textes qu’il lui a consacré).
L’écrivain vient de sortir « La panthère des neiges » (Gallimard), un voyage poétique et géographique aux confins du Tibet qui questionne le mode de vie de nos sociétés développées, nous dit-on. Et fait l’éloge de la beauté du monde. Je ne l’ai pas encore lu mais je l’illustre avec des photos prises par Jean-Michel Carles,  grand voyageur, amoureux fou du Népal ( et fan de Tesson), photos  reçues par mail après une rencontre sous le signe de la respiration à Briançon (voir plus bas « Question de souffle » pour les curieux).

Photos Jean-Michel Carles prises sur le tour des Annapurna dont le magnifique village de Jarkot

Question de souffle…

Le Café Panorama dans la vieille ville de Briançon : enchanteur…

Pour mon coming out je vais commencer par vous parler de Catherine. C’est ma Chloé à moi. Chloé, vous savez, la chirurgienne de Philippe Lançon dans Le Lambeau que vous devez lire, si ce n’est fait, sous peine de louper un sacré livre, quasi un livre sacré. Sans doute encore plus pour les malades que les bien portants, mais, de toutes façons, ne pas passer à côté (Atmotsphere 16 février 2019).

Catherine est aide-soignante aux Acacias, à Briançon, dans un établissement pour les personnes atteintes de maladies respiratoires, asthmatiques, bronchiteux, bref tous ceux qui ont Le souffle coupé – titre du  beau livre de François-Bernard Michel (Gallimard) qui raconte les écrivains souffrant des poumons (à commencer par Proust évidemment).
Eh bien voilà : j’y suis moi aussi dans ce lieu de convalescence  avec le Parc national des Ecrins pour décor. Je suis en train de tenter de gravir ce que j’appelle ma petite montagne magique… prétentieuse que je suis. Et je découvre une compassion, une attention à l’autre qui m’époustoufle (y a du souffle dans ce mot !). Celles d’autres patients, celles extraordinaires du personnel. Avec une mention spéciale pour mon aide-soignante, Catherine. Efficacité, douceur, patience hors du commun. Elle voit tout, elle comprend tout, elle anticipe tout. Combien gagne-t-elle par mois ?  1300 euros avec 19 ans d’ancienneté .. Envie aussi de me souvenir d’une infirmière  un soir calmant mes angoisses  avec tant d’ intelligence et de sensibilité – pas mièvres du tout. Reste que la bouffée d’oxygène dont je rêvais s’est transformée en une mise sous oxygène permanente. Je suis très peu « patiente » et je vous épargnerai mes entourages, mes entortillages, mes nouages, mes pètages de plomb,  avec le fil, le tuyau, qui relie mes narines à la bonbonne.

Tout ça se passe donc à Briançon et sa si jolie vieille ville qui programma un concert d’orgue à La Collégiale donné par un jeune et brillant musicien Emmanuel Culcasi (il travaille aussi à l’enseignement de la musique aux personnes handicapées); tandis que dans le parc de La Schappe se tenait une expo en plein air. Perrine Fliecx pratique l’ « urbex » (urban exploration : exploration urbaine c’était pas mal non plus mais enfin…) : il s’agit de photographier des lieux abandonnés par l’homme, souvent interdits, difficiles d’accès.

La pratique de ces photographes aventuriers est encadrée par un délicieux règlement  : ne prendre que des photos, ne laisser que des empreintes de pas, ne briser que le silence.Nous entrons avec Perrine Fliecx dans les chambres, des salons, des terrasses, un théâtre, des espaces dévastés et poignants. Les photos se regardent en marchant dans le parc, on imagine des vies enfuies, des moments engloutis par le temps. Une sensation forte qui mêle la nature splendide, éternelle, à notre impossible désir de durer …

Pour l’instant il s’agit d’endurer… A l’hôpital comme ailleurs j’ai cependant le pervers plaisir de maudire les concepteurs des objets quotidiens essentiels. Exemple : vous êtes tenue de faire deux aérosols par jour. Le flacon qui contient votre traitement en poudre est fermé par un bouchon rouge que vous soulevez afin d’accéder à l’amorce d’une tirette en aluminium – tirette que vous devez tirer dans le bon sens pour ouvrir le bouchon. Quel sens ? C’est indiqué ma bonne dame : une petite flèche rouge. Oui, le même rouge que le rouge du reste du bouchon. Quasi invisible. Vous y arrivez pourtant. Las ! une fois sur deux la tirette pète. Utilisez donc un tournevis de la main droite en protégeant la main gauche avec un gant de jardinage en cas de dérapage. Pourquoi cette aberration ? Pour faire beau bien sûr. Eh coco ! t’as vu mon projet, on voit même pas la flèche, c’est clean, c’est top, c’est classe. Nickel.

Pour clore le chapitre Briançon je vais faire mon Françoise Busnel en tirant mon chapeau à la Librairie de la Gargouille dans la vieille ville, 5 Grande rue. Toute petite, toute cosy, choix épatants : on réfléchit à ce qu’on va acheter au creux d’un canapé avec coussins douillets. J’y dégotte un Cesare Pavese, La Spiaggia, La plage, en bilingue pour me relancer sur la langue italienne.

Pour revenir dans la vraie vie, je retrouve Finkielkraut sur France Culture. Dans son dernier Répliques (samedi 21 septembre), il recevait Régis Debray pour répondre à la question posée par la présidence de la République à la Société des gens de lettres : « Quel est notre écrivain national ? «  Stendhal ont répondu les consultés, loin devant Hugo. Debray n’est pas d’accord. A son sens Stendhal c’est superbe mais un peu trop égotiste : « Hugo ça sent le vent, l’iode, le ciel. » Il le redit et ajoute : « C’est bon pour les poumons non ! » Je vais rajouter Hugo à mon traitement… (Ce serait un canular l’histoire du scrutin auprès de la Société des gens de lettre, canular qui ouvre le dernier livre de Régis Debray, Du génie français, chez Gallimard, mais peu importe)

Vraie vie aussi celle de la rentrée théâtrale à Marseille. On va se régaler. Il faudra vous débrouiller sans moi encore un peu pour tout savoir sur la programmation de La Criée, du Théâtre du Gymnase, de La Joliette. On va se régaler me semble-t-il … (allez sur leur site en bas de l’article).

Et au Mucem, toujours à Marseille,  je vous signale – car j’aimerais tant y aller –  la soirée du 3 octobre à 19h  consacrée à Robinson Crusoé, roman d’aventures publié en 1719 par Daniel Defoe devenu un mythe universel. En écho à l’exposition « Le temps de l’île », avec artistes et philosophes, il s’agit de questionner ce mythe dans ses métamorphoses successives aussi bien que dans son actualité : du tourisme de masse à la question migratoire et de la société individualiste à la société hyper-connectée. Table-ronde, lecture, spectacle.
Théâtres  Saison-2019-2020
www.theatre-lacriee.com
https://www.lestheatres.netspectacles et concerts à Aix et Marseille au Jeu de Paume, au Grand Théâtre et au Gymnase-Bernardines.
https://www.theatrejoliette.fr

 

 

Tout était en l’air au château de Fleurville…

En convalescence à la campagne, j’ai le temps de  « glaner » des objets-souvenirs comme dirait cette chère Agnès Varda. Et des livres. Sur une étagère je trouve Les vacances, par La comtesse de Ségur, librairie Hachette, une édition de 1954. J’avais donc six ans quand je suis entrée avec grands délices et quelques frayeurs dans le monde de Camille, Madeleine, Sophie…  La couverture (photo) se détache du livre que J’ouvre… Et je retrouve l’incipit comme si c’était hier, une magnifique ouverture pour l’imaginaire : « Tout était en l’air au château de Fleurville. »

Le même jour je vois que « La Compagnie des auteurs » sur France Culture est consacrée à Sophie de Ségur (1799-1874). La première heure est fort judicieusement confiée à Marie Despléchin. Qu’elle soit comme je l’étais fascinée par le « née Sophie Rostopchine »  qui complète la signature me ravit. Je découvre que la comtesse a 57 ans quand commence sa deuxième existence, celle d’écrivain. Je découvre  sa vie avant en Russie, sa mère si dure, son père si séduisant, un peu fou– c’est lui, gouverneur de Moscou, qui fit mettre le feu à la ville pour empêcher les troupes de Napoléon d’y entrer, ainsi qu’à son domaine. Et j’entends chez Marie Despléchin et les autres intervenants une vraie réhabilitation de cette grand-mère qui écrivait, c’est vrai, pour ses petits enfants mais qu’il ne faudrait pas réduire à cela.

Son amour des enfants, sa curiosité, sa gourmandise sont souvent évoquées. Mai aussi sa cruauté. Elle serait bien plus subversive qu’elle n’y paraît. Et pourtant «  tout près de l’enfance ». Elle toucherait donc nos gamins du XXIème siècle malgré qu’elle soit profondément datée, portant des valeurs morales et sociales fort éloignées de notre époque, nous raconte Jean-Michel Jeannenay. Chaque année vingt mille exemplaires des Petites filles modèles sont vendus ! Le général de Gaulle a dit un jour, à la vive surprise de qui l’écoutait, que la phrase la plus mélancolique de la littérature française était à ses yeux celle qui ouvrait l’avant dernier chapitre du livre Les Vacances : « Les vacances étaient tout près de la fin, les enfants s’aimaient de plus en plus… ». (https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/actualite-de-la-comtesse-de-segur-0
Moi qui n’osais pas faire connaître Le général Dourakine, (vous vous souvenez du « knout » ?),  François le bossu, Le bon petit Diable (ah la mère Mac Miche !) et les autres à mes petits enfants, voilà qu’ils ne vont pas y couper au prochain été… En attendant bonne rentrée petits et grands…

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Merveilles et tourments…

 

Laurence Laffon

Un panorama de la danse du XXème siècle, c’est ce que proposait le week-end dernier pour clore sa résidence au Mucem le chorégraphe Boris Charmatz. Quel délice de déambuler dans ce lieu qui peut, qui sait, être magique et de découvrir ou retrouver des solo mythiques interprétés par de grands danseurs. Beau moment que celui où résonnent sur le parquet du toit-terrasse les envoûtantes trépidations d’un flamenco signé Sonia Sanchez. Ou, place d’ Armes, alors que le vent se fait tiède et joueur, des extraits de ballets de Rudolf Noureev, Balanchine, Trisha Brown… Laurence Laffon, de l’opéra de Paris, nous en offre de délicates quintessences et clôt ses performances par une mini master-class. Yann Saïz fait de même avec notamment un extrait de Density 21.5 de Carolyn Carlson (fondateur de sa carrière et qu’il nous encourage à aller voir sur U-Tubes). En bonus il danse, avec là aussi beaucoup de densité, une variation lente de Noureev dans son Lac des cygnes. On est plongé dans la beauté et la simplicité. On dit merci !
Et on ne dit rien d’une danseuse-performeuse  la tête dans un sac plastique qui s’écroule plus que de raison sur le sol. La perfection n’est pas de ce monde…

Révolution caniculaire ce même week-end pour la RTM qui annonce quelques aménagements tels le billet solo valable toute la journée– info qu’elle nous balance sur les quais toutes les deux minutes. On pouffe ! C’est un peu dérisoire pour un plan d’urgence non ? Rien ne nous est dit par contre des augmentations tarifaires qui viennent de tomber. Marseille étouffe sous ses bagnoles : il y a un vrai choix à faire pour donner une vraie place aux transports en commun. Pour la gratuité vaguement, très vaguement, envisagée, a priori c’est raté – voir le dossier de La Marseillaise du lundi 1er juillet. En gros, le coût de 200 millions d’euros devrait être versée par les sociétés de plus de 11 salariés dans le cadre du versement transport. Ce n’est pas possible ! affirme le rapport commandé par la Métropole… Continuons donc gaillardement dans l’asphyxie.
Canicule canicule encore. De quelle protection bénéficient donc les crapules qui explosent nos tympans et ruinent nos nerfs la nuit sur le boulevard Baille nous interdisant les fenêtres ouvertes ? Il est rarement question de la violence de cette agression dans le débat public. De toutes façons le boulevard Baille qui fut si charmant nous racontait Giono ( voir sur ce blog le 17 août 2018) est ruiné : bruyant, sale, royaume des bagnoles encore une fois et des excréments de chiens.

De la climatisation dans les débats sur l’écologie, il est de la même façon rarement, voire jamais, question . Sur France Culture pourtant (Pierre Ropert 27 juin 2019) :
«  Le développement massif de la climatisation individuelle est peut-être une fausse bonne idée : quand vous climatisez à 25° à l’intérieur de votre logement c’est de l’air à plus de 31 degrés qui ressort à l’extérieur en façade, qui va générer de la chaleur pour votre voisin, pour la ville… Si tout le monde s’équipe de cette façon là on va augmenter les températures, renforcer cet effet d’îlot de chaleur urbain. On n’est pas favorable à ce développement massif de la climatisation. (…) On a estimé qu’à Paris, l’augmentation liée à l’usage massif de la climatisation pourrait augmenter la température, lors des canicules, de 2° C », surenchérissait également Valérie Masson, directrice de recherche de l’équipe climat de Météo France à Toulouse. Dans son rapport publié l’an dernier, l’Agence internationale de l’énergie estimait quant à elle que le nombre de climatiseurs dans le monde allait passer de 1,6 milliard d’unités à 5,6 milliards d’ici 2050… ce qui équivaudra, en matière de consommation d’électricité, à la consommation actuelle, tous secteurs confondus, de la Chine. »
https://www.franceculture.fr/environnement/la-climatisation-de-linvention-dun-cingle-a-un-probleme-de-sante-publique.
PS. Soyons honnête ! je suis allergique à la clim…

 

 

 

 

La vera viva vita

Patrick Coulomb auteur et éditeur, a écrit un beau papier sur Philippe Carrese qui vient de mourir. Je m’étais promis de lire les romans d’un des piliers de « Plus belle la vie » pour mieux comprendre Marseille (sur laquelle je travaillais en écrivant Marcel Pagnol-Albert Cohen : une amitié solaire), Marseille  « qu’il aime tant et qu’il déteste aussi. » Philippe Carrese : réalisateur, dessinateur, musicien … et homme d’une extrême gentillesse. C’est dit et bien dit dans cette page de La Provence du 7 mai par quelques uns de « la tribu Carrese ».  Et c’est ce que j’ai vivement ressenti en discutant un moment avec lui lors d’une petite soirée chez l’éditeur David Gaussen. Hier, j’ai regardé (replay du 6 mai sur France 3) son documentaire « Marseille, l’italienne », trace des origines napolitaines d’un vrai Marseillais. Et je me suis délectée.

. Il y aura un mois le 16 mai que Marie-Bélen a été tuée d’un coup de couteau pour un téléphone portable à l’entrée de la station Timone à Marseille. J’ai lu ou entendu qu’elle travaillait (pour un mémoire, me semble-t-il) sur le thème du rouge à lèvres, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir de fortes convictions féministes. Bouleversant.

. La vie n’est pas une autobiographie (Galilée, lignes fictives) , le dernier livre de Pascal Quignard  je ne l’ai pas lu, mais la critique de Bertrand Leclair (Le monde des livres, 3 mai 2019) m’en donne grande envie : La biographie est une construction toujours rétrospective à quoi tout échappe de ce que les Romains appelaient la vera vita viva, la vraie vie vive – qui est bien ce dont veut ici témoigner l’écrivain en écho à une merveilleuse citation de T.S. Eliot : Nous n’avons existé que pour cela/qui n’est pas consigné dans nos nécrologies.  Me revient en mémoire une séance  « Biographèmes » (une proposition d’Aleph Ecriture d’après Roland Barthes),  que j’animais en atelier. Il s’agissait de  faire un portrait loin des  repères conventionnels ( études, carrière, etc), avec des gestes, un timbre de voix, des marottes … Les jeunes journalistes que je faisais travailler rédigeaient des portraits magnifiques, souvent de leurs grands-parents.
Il n’ y a que les proches de Marie-Belen et de Philippe Carrese qui connaissent leur vera vita viva.

. Extrait d’un texte fameux de Philippe Carrese écrit en 2006 en entier en cliquant : « J’ai plus envie »J’ai plus envie d’entendre les mots « tranquille » « on s’arrange » « hé c’est bon, allez, ha » prononcés paresseusement par des piliers de bistrots.
J’ai plus envie de ce manque de rigueur élevé en principe de vie.J’ai plus envie de l’incivisme, plus envie de la médiocrité comme religion, plus envie du manque d’ambition comme profession de foi.
J’ai plus envie des discours placebo autour de l’équipe locale de foot en lieu et place d’une vraie réflexion sur la culture populaire. J’ai plus envie non plus de me tordre à payer des impôts démesurés et de subir l’insalubrité à longueur de vie.
J’ai plus envie de m’excuser d’être Marseillais devant chaque nouveau venu croisé, décontenancé par sa découverte de ma ville… Ma ville !
Tout le texte :

Apocalypse Café : joyeux et dévastateur …

Cliché Pascal Gély

Je vous promets une soirée cabaret  pleine de sens, de peps et de charme. Hélène Delavault, comme le dit un bel article de La Croix, est une « semeuse de graines de joie ». Une chanteuse lyrique de grand talent, une femme pleine d’esprit, à la carrière éblouissante : opéras, comédies musicales, concerts, films… Elle fut la Carmen de Peter Brook dans le monde entier et son interprétation lui valut une nomination aux Ace Award : « Best actress in a musical .» Mais aussi elle monte et interprète des spectacles hors des sentiers battus. Au Café Blomet, le 16 mai, elle reprend pour une date unique sa création « Apocalypse Café » : une évocation en chansons, charades, fables et textes de journaux des années 20 en France et en Allemagne.
 » Cent ans après la Grande Guerre, dit la chanteuse, dans une Europe contestée par le retour du repli communautaire et nationaliste, il me paraît opportun de réunir sur une même scène des auteurs de part et d’autre de la frontière qui se retrouvent dans une commune dénonciation. Tout ceci dans un esprit joyeusement dévastateur, même si « on connaît la suite , hélas !  »

Cliché Pascal Gély

Les auteurs sont  Kurt Tucholsky, Le Canard Enchaîné, Colette, Tristan Tzara, Kessel, Eluard… avec des textes du Canard Enchaîné. L’occasion de découvrir le premier, Kurt Tucholsky,  auteur de chansons drôles et caustiques  et journaliste très engagé. Découvrir aussi  un lieu légendaire : le Bal Blomet fréquenté par Joséphine Baker, Kiki de Montparnasse, Fitzgerald, Cocteau et tant d’autres. Un lieu qui inspirait Simone de Beauvoir  : « J’aimais regarder les danseurs; je buvais du punch ; le bruit, la fumée, les vapeurs de l’alcool, les rythmes violents de l’orchestre m’engourdissaient ; à travers cette brume je voyais passer de beaux visages heureux. Mon cœur battait un peu plus vite quand explosait le quadrille final : dans le déchaînement des corps en fête, il me semblait toucher ma propre ardeur de vivre.  » (La force de l’âge)
Un spectacle conçu et interprété par Hélène Delavault

Romain Dayez chant, jeu
Cyrille Lehn piano
Bal Blomet, 33 rue Blomet, 75015 Paris. 16 mai, 20h30
Réservations Fnac, site balblomet ou sur place le soir-même
http://www.balblomet.fr/programmation
En savoir plus :  https://www.laurentcarme-difusionscene.com/helene-delavault-apocalypse-cafe