L’ogre intact

Heureux Parisiens ! Après son passage à Marseille dans le cadre du festival Les émouvantes, vous pourrez découvrir ou retrouver Pierrick Hardy et son Quartet acoustique le 30 septembre au Triton, Les Lilas.
Pierrick Hardy est compositeur, arrangeur, guitariste, clarinettiste. Au fil de son parcours, sa musique s’est enrichie d’influences diverses, puisées dans les répertoires classique, contemporain, traditionnel ou jazz, mais aussi dans les arts visuels, la littérature … C’est ainsi que « ciel », « lumière », « joie d’être » et bien d’autres mots puisés dans un poème de Jaccottet l’ont inspiré et viennent, l’éternité d’un concert, adoucir la difficulté, la douleur de vivre, nous faire oublier« le visage tailladé du monde » … Peut-être vous laisserez-vous, comme moi, vibrer, dériver, vous dilater sur sa musique. Cette création s’intitule L’ogre intact – Pourquoi ? Je ne lui ai pas demandé, faites-le ! En tout cas ce titre surréaliste ne déparera pas dans la liste des autres intitulés– un inventaire à la Prévert- à voir sur son site www.pierrickhardy.com

Le Triton, 11 bis rue du Coq français, 93260 Les Lilas. Infos : 01 49 72 83 13
Samedi 30 septembre à 20h00. Catherine Delaunay-clarinette, Régis Huby-violon, Claude Tchamitchian – contrebasse, Pierrick Hardy – guitares et compositions.

Septembre : poétique et prosaïque


A la fin de septembre les étoiles refroidissent
Et il y a dans le pré une odeur de pommes trop mûres
J’aimerais que la mer qui voyage sans cesse
m’écrive une lettre de sel très blanc avec juste une ombre de mélancolie
où elle me parlerait de pays très lointains et de rivages verts
une lettre pour l’automne     Nous la lirions sous la lampe
parce que les journées raccourcissent au moment des vendanges
et que l’océan est loin    malgré le vent qui nous en parle

J’ai monté des bûches et le petit bois pour allumer du feu
et je regarderai la flamme danser sur tes pommettes
Claude Roy

Il commence à faire frisquet. Un avantage, la frénésie d’air conditionné se calme.
2 semaines de ventilo = 1 an de frigo

 

Les émouvantes

Les émouvantes, étonnant mais si joli titre pour un festival de musique dont c’est la 5ème édition. La thématique cette année est « Le ryhme de la parole », autrement dit des créations sur les sons des notes et des mots. Les soirées se passent dans ce beau lieu du Théâtre des Bernardines à Marseille. Je n’ai suivi qu’un seul concert, mais s’il en est un qui mérite bien d’entrer dans Les émouvantes c’est celui-là. J’ai vécu avec le quartet acoustique de Pierrick Hardy. une heure d’émotions, de beauté pure, dure, tendre. Je vous en reparle bientôt mais en attendant vous pouvez encore ce soir samedi 17 septembre assister aux deux derniers concerts à 19h et 20H. Délicieuse petite restauration dehors.

Réservation 06 11 21 40 94
Renseignements sur le web : tchamitchian.fr
Théâtre des Bernardines, 17boulevard Garibaldi- 13001 Marseille

 

Les sortilèges du Chemin

Angkor 2007. Photo D. Cuypers

Le Chemin , film de Jeanne Labrune, avec Randal Douc, Agathe Bonitzer, Somany Na et Agnès Sénéchaud .

Oui, le Cambodge, les temples d’Angkor ne sont guère plus qu’un décor : cette histoire aurait pu se dérouler n’importe où ailleurs, quelques années, ou décennies après une guerre.
Oui, ces poissons grouillants dans l’eau boueuse  – d’un lac ? d’un fleuve ? – ces poissons qui fascinent l’homme, la femme et la caméra jusqu’à la nausée, on aurait aimé savoir ce qu’ils avaient  à nous dire. Étaient ils la réincarnation affligeante des assassins Khmers, ou des victimes ou quoi d’autre ?
Oui, parfois, Randal Douc et Agathe Bonitzer  dérivent vers un récitatif lent et précieux qui singerait un ersatz de Rohmer; à moins qu’ils ne soient juste épuisés de chaleur ou atteints par les fantômes rôdant sur le chemin ?Pourtant j’ai été prise par un charme …
Est-ce chemin interdit entre un couvent et un fleuve ou un lac, ce chemin tout au bord des temples d’Angkor où se croisent un homme marié et une jeune femme qui se croit vouée à Dieu ?
Est ce la grâce hiératique de Camille, la jeune femme (Agathe Bonitzer), malgré la défroque de presque nonne, les vilaines espadrilles, et le chignon sévère ?
Est ce la fascinante douceur de l’homme (Randal Douc) ?
Est ce l’ épouse de l’homme, sa guerre perdue, son renoncement face à la maladie, et son orgueil de le taire ?
Est-ce le regard sur Camille de la mère supérieure (Agnès Sénéchaud ), à la fois implacable, lucide, voire séduit, sur cette novice dont elle sait qu’elle ne prendra pas le voile ?
Tout se passe, lentement, obstinément, sur ce chemin interdit, que l’on dit hanté. Les morts ne sont pas morts, en ce lieu.
Tout se passe aussi avec les chevelures peu à peu déliées des deux femmes qui ont croisé cet homme, sur le chemin. Celle de Camille, claire et souple qui rompra ses fiançailles avec un Dieu qu’elle ne rencontre plus. Celle de la jeune épouse khmère, de soie noire, qui renonce en silence à un traitement sans espoir qui les lui ôterait.
Un charme oui.
Aline Barbier

Le tourbillon de nos vies

Moreau et Bardot : se souvenir d’elles, de leur éclatante et tourbillonnante  jeunesse dans Viva Maria en 1965.  La première parce qu’elle est morte et que ça nous attriste : c’était notre déesse, la Caty de Jules et Jim. Je regarde en replay l’émission Le divan de Henri Chapier, il n’était pas bon du tout en psy ! mais si charmant que ses invités lui donnaient le meilleur Avec Jeanne, comme il dit, l’entretien est très anodin un long moment et puis elle se met à parler de vieillir,  des années qui passent, que ce n’est pas que la carcasse qui s’ altère, c’est l’amoncellement, la richesse de tout ce qu’on a vécu et engrangé – je ne sais pas comment elle le dit exactement, mais c’est l’idée et c’est vrai et réconfortant

Sur la plage abandonné …

 

La seconde, BB, c’est une chieuse et elle dérape parfois, mais j’aime son authenticité. Dans une interview accordée à Franz-Olivier Gisbert pour La Provence (5 aoüt), elle balance : « Quand je faisais du cinéma, il fallait que je sois jolie tous les jours, ça m’emmerdait ; maintenant je suis moche tous les jours et ça rattrape le temps perdu… 

 

 

Poissons d’août…

Les Goudes, Marseille
Photo Aline Barbier

 

(…) les orangers en fleurs se dodelinaient sous la brise tiède, tout près de la mer quadricolore et transparente où luisaient des jardins de coraux et des poissons bleus et verts. […] De temps à autre, d’écarlates poissons volants faisaient de petits bonds idiots. Albert Cohen.

 

 

 

Albert Cohen ne serait sans doute pas fier de l’attitude de l’Europe vis à vis des réfugiés. Il confiait en 1976 à François Estèbe et Jean Couturier : En réalité ce dont je suis beaucoup plus fier que de mes livres, c’est d’être l’auteur de l’accord international du 15 octobre 1946 sur la protection des réfugiés. Ca c’est mon affaire. Le reste ce sont des rêves. Extrait de Le Roi mystère (Le préau des collines – Ina)

La blogueuse aux petits pois !

Ah Dieu sait que, jeune fille, je me vantais d’être aussi délicate que La princesse au petit pois, qui ressentait un seul de celui-ci sous un empilement de matelas, délicatesse qui lui valut d’être élue par la reine-mère pour épouser le prince… Des années après la découverte du délicieux conte d’Andersen, ce sont des dizaines de ces petites billes vertes, congelées, qui me soulagent quand je fais rouler sur mon poignet cassé le sac souple et glacé qui les contient . Pas vraiment un conte de fées j’en conviens,  encore que la kiné nommée Hélène qui m’a donné cette astuce sort souvent sa baguette magique. En tout cas un truc à retenir pour vos gnons, maux de dents ou autres douleurs que le froid endort.

 

 

Le monde en vitrine…

Dans le sixième arrondissement de Marseille, au 95 rue de Lodi, des Petits princes du monde entier m’attendent à la devanture d’une librairie : 80 couvertures du livre culte de Saint-Exupéry y sont exposées. Je ne vois pas la version khmère (le Cambodge, mon domaine de prédilection) . J’entre. C’est Anne-Sophie qui m’ accueille dans l’antre de la librairie créée en 1952 par Raymonde Morel, puis développée par son fils Pierre et tenue aujourd’hui par ses deux petites filles. Spécialisée dans les langues étrangères – anglais, italien, russe, allemand, chinois…  – ses rayonnages en bois recèlent les clés de l’univers : manuels et méthodes de langues, programmes universitaires, dictionnaires mais aussi littératures contemporaines, bandes dessinées, livres pour enfants…
En ce moment en vitrine, le librairie propose donc Le Petit Prince en plus de 80 langues : zoulou catalan gascon, croate … Et désormais en khmer, puisque j’ai passé à Anne-Sophie mon exemplaire acheté à Phnom Penh aux Carnets d’Asie – un autre petit temple de la littérature. J’apprends que le livre de Saint-Ex, le plus acheté avec la Bible, est traduit en 300 langues. Dernière en date, en avril 2017, une version en assanya, langue arabe du Sahara marocain, dans la région où, en 1927, atterrit le pilote-écrivain avec son avion de l’aéropostale. Avant un voyage (ou après), pour attaquer l’apprentissage d’une langue, pour découvrir un auteur, pour lancer une recherche, ou simplement pour gamberger, une bien belle adresse …
Service de commande spéciale et de vente par correspondance
Plus d’infos http://www.librairie-internationale-maurel.com/fr

« La vague plutôt que l’écume… »

Gibraltar – Un Pont entre deux Mondes, un titre qui fait rêver et qui tient ses promesses. Deux fois par an, récits, reportages, témoignages, fictions, bandes dessinées explorent les deux rives de la Méditerranée : cultures, histoire, sociétés, environnement. Epatant pour l’été, pour,  comme on disait à une époque, ne pas bronzer idiot – mais bronzer n’est plus très in the mood. Par contre les mooks le sont : ces revues riches et de fond et de forme, entre magazine et livre, pour un grand public exigeant et curieux, paraissant deux à quatre fois par an, font florès à la suite de XXI. Le fondateur et rédacteur en chef, Santiago Mendieta, qui fait vivre Gibraltar, sans publicité ni groupe éditorial, soutenu par ses lecteurs et des libraires indépendants, fait sienne la devise de XXI : “S’intéresser à la vague plutôt qu’à l’écume” .
La mer justement. Gibraltar reste pour moi un souvenir lointain d’un voyage en Espagne, et l’image très forte d’un lieu sauvage, ouvert à tous les vents, à tous mes désirs de jeune femme… Un brin nostalgique, je plonge donc dans le numéro 5. Fiction. Alger-Marseille, 1935, 1962 avec deux regards d’écrivains sur l’Algérie : Yasmina Kadra et Benoît Séverac. Enquête. Le Sahara occidental, une histoire qui n’en finit pas et qui n’intéresse  plus personne, hormis les intéressés, à savoir la population sahraouie. Elle désespère d’une résolution du conflit entre nationalistes du Front Polisario et royaume du Maroc, et vit, survit dans une constellation de camps. Belles photos et beau texte de Georges Bartoli. Dossier.  Palestine-Israël,  pour se souvenir, pour faire le point : les dates clés, le mur, le camp de réfugiés de Chattila, le récit de la démolition d’une maison. Mention spéciale « espoir » pour « Les accordeurs de paix », de Marine Vlahodic : Zamir l’israélien et Sameh le palestinien, tous deux accordeurs de piano, échangent par internet depuis des années sans s’être jamais rencontrés jusqu’au jour … Un accord de paix à deux « composé de  marteaux, cordes, chevilles, touches, meubles, mécanismes.. » Citons encore aussi le reportage  Voyage en Pagnolie , d’Hubert Prolongeau qui nous propose une déambulation à travers les sentiers de l’arrière-pays d’Aubagne, sur les pas de Marcel Pagnol. On apprend qu’il n’est pas autant l’enfant chéri du pays qu’on pourrait le croire et qu’il fut carrément oublié dans les festivités de l’année Provence-Marseille 2013 … Il revient en force sur la scène littéraire et cinématographique avec son petit fils Nicolas bien décidé à faire «  souffler un grand coup de mistral » pour redonner à son grand-père la place qu’il mérite sur la terre qui l’a vu naître On apprend aussi que l’auteur de Jean de Florette produisit un documentaire à la gloire du maréchal Pétain… (cela devient très dur de nos jours de pouvoir garder une admiration sans lézarde !).  Errare humanum est,  n’y pensons-plus : la balade dans les collines et dans ses oeuvres est bien une balade enchantée. Et encore :  bande dessinée. Lorsque l’île turque d’Heybeliada vivait son été grec … Et tout le sommaire sur :
http://www.gibraltar-revue.com
Vous pouvez y soutenir et acheter la revue

Montréal sans chichis !

La fraicheur du regard de l’auteure-poète Jeanne Painchaud, regardant avec les yeux de son fils Montréal sa ville adoptive et chérie, fait merveille dans son album ABCMTL. Les photos de son complice Bruno Ricca sont à l’unisson pour une découverte très personnelle, sous forme d’un Abécédaire,. Une découverte joyeuse, légère, sans souci d’exhaustivité et donc sans la litanie des clichés qui collent à Montréal, comme à toutes les villes, où nous rêvons d’aller peut-être un jour. C’est mon cas ! Donc, si j’y vais, je ne raterai pas les meilleurs BAGELS du monde, ni l’EXPLOSION des feux d’artifice pendant le festival d’été qui font ressembler la ville à un immense gâteau de fête, je me régalerai MMM, dans cette ville gourmande, du sirop d’érable et des biscuits Whippet (aucune idée de ce que c’est ! mais ça perdure depuis 1901, c’est bon signe), du dulce de leche, des panettones, des cheesecakes… bref l’univers à portée de papilles, avant de me rendre au Jardin botanique pour avoir une idée de la culture mohawk et des autres Premières NATIONS du Québec, et oui bien sûr,  j’irai QUAI DE L’HORLOGE pour me perdre du regard dans le Saint-Laurent, le « chemin qui marche » sur 3058 kilomètres, et oh ! je me réjouis de voir les escaliers extérieurs en colimaçon – je suis fan de ceux de New York – et peut-être de rencontrer dans cette ville XXXXX, au romantique Parc de la Fontaine, un galant égaré qui m’attendrait…
ABCMTL. Jeanne Painchaud et Bruno Ricca. Editions Les 400 coups.
Pour l’acheter :
Librairie du Québec à Paris
http://www.librairieduquebec.fr/
Ou sur le le site des librairies indépendantes du Québechttps://www.leslibraires.ca/