Queen of Montreuil

 Une jeune veuve, Agathe (Forence Loiret-Caille), ne sait trop où déposer son mari en urne. Deux Islandais en transit, une mère et son fils, s’installent chez la veuve. Les trois se sont rencontrés à Roissy. La jeune veuve doit répondre à un questionnaire abscons à  propos de l’urne et de la mort accidentelle de son homme. Les Islandais ont perdu une valise contenant la robe de mariée en tulle rose de la mère, Anna, (Didda Jonsdottir) truculente et androgyne plus que quinqua, addicte au cannabis. La jeune veuve parle français et vaguement anglais. La dame islandaise parle islandais et vaguement anglais, son fils parle vaguement anglais, et quelques mots de français. Bref, ils se retrouveront à Montreuil, dans la  drôle de maison gracieusement déglinguée de la jeune veuve. La dame islandaise trouvera un job au sommet d’une grue, au noir et en plein ciel. Son fils, dans une cyber laverie. Il rencontrera à Vincennes, une otarie abandonnée et anorexique, l’emmènera dans la baignoire de la jeune veuve. Enfin, la jeune veuve, Agathe, donc, saura que faire des cendres de son homme.. Non, je n’ai rien fumé pour écrire ces lignes…. J’ai simplement  adoré cette comédie déjantée. AB.

 Queen of Montreuil . Comédie de Solveig Anspach

 

 

 

Sous le figuier

 Où vivent elles ces très vieilles dames solaires, délicieuses bien que mourantes ? Où vivent-elles celles qui ont la générosité et le charme jusqu’à leur dernière seconde? Où vivent-elles les Salma (Gisèle Casadessus), quasi centenaires, qui taisant leurs douleurs, soignent les amours écorchées et les angoisses de leurs cadets? Suffit-il de posséder un figuier quelque part pour qu’elles surgissent? Il est vrai que Nathalie, Christophe, et Joelle ne sont ni les enfants ni les petits-enfants de Selma, pas le moindre lien de sang…Ceci explique peut-être cela. Si vous avez mal à l’heure vieillesse, si vous avez parfois envie de les achever, vos chères têtes blanches…courez à l’mbre du figuier. AB.

Sous le figuier. De Anne Marie Étienne,avec Gisèle Casadessus, Anne Consigny, Marie Kremer

 

 

 

 

"A la une du New York Times"

France Soir papier n’existe plus.  C’est vrai que le grand journal de Pierre Lazareff n’en était plus un mais n’empêche : ce n’est pas très gai. Le film A la une du New York Times prend encore plus de sens. J’avais envoyé mes étudiants journalistes le voir. En voici trois échos.

Nathalie Ratel. Le New York Times est comme une famille. Avec son lot de frictions, de tragédies, de réussites. Avec son patriarche, en l’occurrence le rédacteur en chef Bill Keller, et ses figures parfois égratignées par la vie, comme David Carr, ancien toxicomane et SDF. C’est ce qui me vient à l’esprit en visionnant A la une du New York Times, un documentaire d’Andrew Rossi en salles depuis le 23 novembre. Ce film dépeint une tranche de vie particulièrement mouvementée du mythique quotidien américain, au cours de laquelle cent collaborateurs ont quitté le nid, restrictions budgétaires et restructurations obligent. Un abandon forcé, en cette période où « les rubriques nécrologiques sont pleines de noms de journaux » et où la presse écrite se cherche un avenir. A la Une… est un portrait angoissant pour quiconque aspire à devenir journaliste de l’écrit. Un portrait poignant, aussi, où les pleurs de ceux laissés sur le carreau se mêlent aux sourires radieux de ceux récompensés par le Prix Pullitzer.

Julie Dohen – En sortant de la salle de cinéma, une sensation étrange nous envahit. Un sentiment paradoxal teinté de pessimisme et d’optimisme.

Pessimisme, parce que ce film, « A la une du New York Times », montre le déclin de la presse écrite. Un à un, les quotidiens américains mettent la clé sous la porte. Les dirigeants des groupes de presse, qui ne connaissent rien au journalisme, conduisent leurs journaux à la médiocrité et, pour certains, à la banqueroute. La crise est aussi passée par là et a emporté les budgets publicité. Et puis, la révolution numérique. Internet, tablettes… les journaux peinent à y faire face.  Et le constat n’est guère plus rassurant en France : France Soir et maintenant La Tribune.

Optimisme, parce que le documentaire met également la lumière sur des journalistes engagés qui se battent pour défendre leurs idées. A travers l’éditorialiste  David Carr, le réalisateur veut montrer que le journalisme « traditionnel » existe encore. Prendre deux semaines pour boucler une enquête est un luxe aujourd’hui. Pas pour le New York Times. Pas étonnant que Le Monde et Le Figaro aient publié tour à tour une sélection d’articles du quotidien américain.

Reste qu’Internet bouleverse les codes de la presse écrite. Le film retrace le passage de la version papier à celle en ligne. Le réalisateur a pris le parti de ne filmer que la rédaction papier. Il survole l’avenir de la presse en ligne et des journalistes web qui bloguent ou twittent. Un tour dans la rédac’ Internet n’aurait pas été de trop pour permettre aux spectateurs de mieux cerner les enjeux.

 Audrey Mangin – Le documentaire met en évidence le mal de la presse écrite aujourd’hui à travers la vie du plus grand quotidien national américain. Wikileaks, les affaires Judith Miller,  Jason Blair, le Watergate, l’importance des réseaux sociaux tel que Twitter (permettant entre autres de réduire les frais de déplacement), le site internet payant…  les médias ont du évoluer avec les nouvelles technologies.  Reste à savoir si après 146 ans d’existence, le si mythique New York Times tombera ou pas?

 Ce documentaire   soulève de nombreux problèmes tels que la baisse de la publicité, l’augmentation de la concurrence, l’information gratuite… mais ne donne pas de réponse sur l’avenir du papier. En tant que journaliste, on sort du film très déstabilisé  car on ne sait pas si le métier tel qu’on le conçoit aujourd’hui sera le même demain. On espère que les lecteurs seront toujours attirés par les articles intéressants et de bonne qualité, et ne céderont pas à la facilité de s’en tenir à une information moins bien traitée, mais gratuite (sachant qu’elle ne l’est jamais). Comme le dit si bien le documentaire, la presse n’est pas là pour faire des bénéfices, mais pour informer le lecteur. Or dans le monde d’aujourd’hui, les quotidiens doivent fonctionner comme des entreprises pour survivre. En travaillant rigoureusement et qualitativement, les journalistes du NYT sauvent tous les jours leur quotidien. Je suis comme eux animée par l’envie de faire du bon journalisme …

Poor lonesome star

            « Somewhere » de Sofia Coppola                            

Quelque part du côté de Los Angeles, un trentenaire mal rasé, Johnny Marco, (Stéphen Dorff), ne fait rien. Du moins strictement rien qui justifie les égards dont il jouit… dont il somnole serait plus juste. Le beau mal rasé au regard de chat qui aurait les yeux bleu,  mate depuis son lit king size, et sans passion aucune, deux call girls blondes qui virevoltent érotiquement autour d’une barre verticale et télescopique. Il  faut dire qu’il a beaucoup picolé la veille et  s’est  brisé un poignet en s’affalant dans les escaliers de son hôtel. Pas n’importe lequel, d’hôtel,  le « Château Marmont », un palace pour star, apparemment. Sans doute doit-il être un acteur célèbre cet homme là, puisqu’ entre deux soirées éthyliques, après avoir  satisfait  laconiquement les désirs de quelques barbies en rut,  il suscite  l’enthousiasme  de la presse même s’il n’est pas fichu d’aligner  plus de deux monosyllabes  d’affilée.

Bref, il tourne à vide, et nous avec, en temps réel car les plans sont longs, très longs, pendant près d’une heure… Et puis sa fille arrive, à demi larguée par sa mère, Cléo (Elle Fanning),  une merveilleuse enfant femme de onze ans ; aussi laconique que son père ; aussi vive, gracieuse, efficace , adulte, qu’il semble assommé, déliquescent, puéril.

Alors, elle est tellement belle, et forte, et fragile. Elle a ce regard et ce silence, sur son père, quelque chose qui traverse, et intuitivement sait, et souffre, et rit et joue, et pleure, et rit aussitôt, pour lui faire plaisir, parce qu’elle l’ aime  ce père. Alors, nous aussi, on commence à l’aimer. La vie ordinaire d’une star hollywoodienne entre deux tournages ? Le regard tendre-amer d’une grande fille sur son père ?

Et alors quoi ? vous demandez vous ? On y va ou pas ? Si vous appréciez les films d’action, ne supportez pas les séducteurs désabusés, immatures, paumés,  et pleins aux as, fuyez !

Sinon… allez-y. Quelque chose dans ce film m’a charmée, et me poursuit. Vous me direz.

Miel et fiel

 

Another Year  de  Mike Leigh

 Entrez ! parlez ! mangez ! buvez ! pleurez !  La maison est chaude, généreuse, les tomates sont bio, le gâteau riche en chocolat, à volonté le thé, la bière, le thé, le vin, et le thé, et la bière encore, pour faire glisser, déraper… Pas grave… vous dormirez là, faites comme chez vous ! La maîtresse de maison vous en prie ! Elle a l’écoute bienveillante, -c’est son métier d’ailleurs – elle n’a pas quitté ses frusques ethniques, ni coupé ses cheveux depuis les années 70. Elle a ce sourire un peu niais de ceux qui ont beaucoup causé de sagesse, de yoga, et de Bouddha sans jamais le rencontrer. Bref, nous sommes chez les  baba cools version bisounours quarante ans plus tard…a

Quoique. Les regards qu’échange le couple ne démentent-ils pas  les sourires ?  On y lit la  connivence amusée, vaguement condescendante, du  mépris peut-être … « Faites comme chez vous », mais ne confondez pas tout ! La bourgeoisie baba cool vieillissante, diplômée, ouvre sa porte, sa cave, sa table. Pas sa famille.  Les Loosers sont invités à jouer leur partition de looser  dans l’espace temps qui leur est offert. Après il est de bon ton qu’ils  quittent la scène. L’amie  hystérique et secrétaire, le copain obèse et alcoolique, le neveu révolté et peut être gay, allez savoir,  seront éjectés  pour avoir débordé.

Sous le miel , discrètement, le fiel ? Sous  l’empathie, l’élitisme ?

Aline Barbier