Gardiens des cimes

michel eisenlohr Michel Eisenlohr, je l’ai rencontré au monastère de Saorge dans le cadre d’une délectable résidence d’artistes. C’était un plaisir de le voir tôt le matin poser un regard toujours un peu inquiet, intense, sur ce lieu exceptionnel. L’exposition qui suivit sur le site même était magnifique. Architectures patrimoniales mais aussi contemporaines, paysages marqués par l’histoire ou en mutation, cet artiste est particulièrement touché par la mémoire des lieux. Marseille, sa ville de jeunesse, fait partie de ses tropismes. Elle fait l’objet d’un carnet de route intimiste « Aime comme Marseille. En 2015, le Centre des Monuments Nationaux lui confie un reportage « Paris by night » qui dresse un portrait en 16 tableaux du patrimoine et de la création architecturale remarquable à la Française, destiné à être exposé sur l’Avenue of Stars de Hong-Kong…
Michel Eisenlohr me fait décoller, partir, me retrouver, repartir.
Ses photos me racontent des histoires, les miennes …
Les ombres qu’ils traquent, la lumière qu’il capte m’ouvrent les yeux et l’âme.

_DSC5544-2Sa dernière itinérance photographique l’a emmené dans les vallées de Roya et Bevera à la croisée de la mer et de la montagne, le long de la frontière italienne. L’exposition « Gardien des cimes » se déroule en extérieur dans les jolies localités de Tende et de Sospel  Du 6 juillet au 20 septembre. Inauguration le 6 juillet à Sospel à 18 heures

Et découvrez-le sur son site :  www.micheleisenlohr.com

Festival "Visages du Cambodge-Images d'Indochine"

La troisième édition de ce  Festival de cinéma  reste fidèle à ce qui présida à sa création : contribuer modestement à redonner au pays khmer sa grandeur et sa fierté . Mais il s’ouvre cette année  aux  pays voisins  dont les destinées par bien des aspects, à commencer historiques, lui sont liées .  S’il s’intitule Festival «  Visages du Cambodge- Images d’Indochine »,  c’est  donc en référence à l’ imaginaire commun à ces territoires qui hantent encore nos mémoires. Et c’est aussi bien sûr, en hommage à l’année France-Vietnam et  Marguerite Duras. 

Du 21 au 25 novembre prochain, sur 4 jours (4 soirées et 2 après-midi), encore une fois dans ce beau lieu propice aux expériences et aux rencontres qu’est L’Entrepôt,  la programmation que propose le Festival, entre cinéma du réel et résonances  littéraires, devrait séduire tous les amoureux de cette région du monde.
Pour en savoir plus, et en attendant d’autres développements sur ce blog, consultez le programme en cliquant sur  Visages du Cambodge_2014

Regards d'Edgar

Les fidèles de ce blog savent combien je suis une groupie d’Edgar Morin, le philosophe à l’œil pétillant qui se rit des ans …Vous voulez voir en vrai  son sourire gouailleur, entendre pour de bon sa voix bien frappée ?  il vous attend au Forum des Images le mercredi 15 octobre à 19 heures. De quoi nous parlera-t-il ? De cinéma sans aucun doute. On sait (ou pas) à quel point il est cinéphage : les films ont toujours nourri sa sensibilité et sa pensée (complexe évidemment). Entrée gratuite mais il y aura sans doute du monde.
Autre rendez-vous, le film que le sociologue a réalisé avec Jean Rouch en 1961 : Chronique d’un été, film-culte de cinéma-vérité. Jeudi 16 à 16h30  et samedi 18 à 14h30.

Et encore : un cours de cinéma par l’historienne Chiara Simonigh,  « Regards d’Edgar. Cinéphage,  pourquoi ? » Vendredi 17 octobre à 18h30. Entrée libre. Sans compter une programmation de 16 films choisis par Edgar Morin : L’Opéra de quat’sous, L’Atlantide, Rashômon… Pour ceux qui, comme moi, n’ont pas écumé les salles d’art et d’essai dans leur jeunesse, l’occasion de se rattraper – un peu.
Vous pouvez aussi lire « Le cinéma  ou l’homme imaginaire« , Edgar Morin, 1956. Et Les stars. 1957

Forum des images, Forum des Halles – entrée face à l’Eglise Saint-EustacheRenseignements 01 44 76 63 00 ( ils répondent d’une « voix humaine » sans vous balancer sur une boîte vocale…)

 

 

"Marguerite et moi"

Mise en scène et interprétation : Fatima Soualhia-Manet et Christophe Casamance

Ouverture sur Marguerite Duras dans sa cuisine. Cela fut déjà fait – et excellemment – par Tania Torrens mise en scène par Jeanne Champaigne (La maison). Il faut dire que les réflexions de Duras sont savoureuses. Par exemple :  « Faire pour soi des pommes de terre sautées, c’est inconcevable ! » Et puis, très vite, un autre parti-pris  est adopté : c’est une Marguerite politique, engagée qui nous reçoit sur le plateau du joli petit Théâtre de Belleville.
Jupe noir et chemisier vert violent à grand col, vaguement années 70, la comédienne est assise, face public, violemment éclairée . Un homme l’interviewe, elle devient MD, ou une caricature de MD… La comédienne a saisi les mimiques, les intonations et les tics de langage à la manière d’un imitateur. Il manque l’âme et les silences, restent les mots : de larges extraits notamment de « Les lieux »,  un entretien entre Duras et la réalisatrice Michelle Porte. Nous sommes en 1968. Elle parle des sorcières, de sa place dans l’univers littéraire et de son engagement communiste : c’est agressif, implacable. Caricatural ? MD ou le personnage, la « statue » de MD « On avait fait d’elle une statue, alors… »

Fondu au noir. Deuxième période : MD réapparait, jupe noire,  col roulé crème et gilet noir . Nous sommes en 1975. Elle évoque l’alcool, l’étroitesse de la vie de famille, l’inanité, l’horreur des vacances, des loisirs imposés, et les délires du fou rire . Elle a révisé son engagement politique, elle condamne le communisme « qui apprend le mépris et le simplisme » :« Le simplisme est fasciste ». « La France ? C’est un truc tout petit ! Je m’en fous, de la France ! »
Sur le grand écran, en fond de scène, quelques bribes d’interviews, et une silhouette qui marche sur le bord de mer. Un intermède un peu anecdotique avant la troisième période. La comédienne réapparait en combinaison pantalon noire, allure d’amazone, cheveux lâchés. Elle ne joue plus la ressemblance physique avec Duras, elle n’est plus sa caricature, elle en devient une incarnation possible, androgyne et écorchée.  Fascinante. Elle parle de l’alcool, de sa mère, de « ce cheminement de l’écrire, à côté de la vie », de « La Maladie de la Mort », et cela devient très fort . « On boit parce que Dieu n’existe pas ».  Le spectacle se termine ainsi, en plein envol…  Aline Barbier.
Jusqu’au 11 octobre. Du mercredi au samedi à 19h15
Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Réservations : 01 48 06 72 34

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Genesis

On va encore trainer nos guêtres dans le marais  pour aller voir Genesis l’exposition de Sebastiao Salgado . Direction La maison européenne de la photographie, 5 rue de Fourcy , au métro Saint-Paul. J’y allais, pas complétement convaincue, trainant un peu mes guêtres précisément. Genesis 30 voyages dans le monde, 8 ans de travail, 245 photos…pour, nous disait-on, nous révéler la splendeur de notre planète…

pour ENTENDRE la suite sur Le Monde est un village copiez  le lien ci-dessous dans la barre du haut. Et si ça ne marche pas, lisez ! Sebastiao SalgadoDe ma terre à la terre. Avec Isabelle Franck, Presses de la Renaissance. 2013. Passionnant.

http://www.rtbf.be/radio/podcast/player?id=1877750&channel=lapremiere

 

 

 

Splendeurs asiatiques

ANGKOR. S’il y a bien un endroit où il faut aller pendant les jours qui viennent (avant le 13 janvier), c’est au musée Guimet…D’abord pour ne pas laisser passer l’exposition « Angkor, naissance d’un mythe  – Louis Delaporte et le Cambodge ».    Louis Delaporte, explorateur français (1842-1925) voulait faire entrer l’art khmer au musée ». Et il y est parvenu… Sculptures originales,  dessins aquarellés, plans, photographies anciennes, moulages restaurés nous font découvrir, à travers le travail de ce grand amoureux obstiné, le Cambodge de cette époque mais aussi la façon dont l’Europe l’imagina par le relais des Expositions universelles et coloniales. C’est un voyage enchanteur, que vous ayez déjà ou pas foulé les vastes espaces d’Angkor. Jokin, 6 ans, est resté fasciné devant une maquette du Bayon et devant un film qui nous fait survoler d’hélicoptère tout le site. On le comprend : l’ image légèrement tremblante des temples  sous les frondaisons nous emmène séance tenante au pays de nos rêves.

TRES BEAU LIVRE. L’occasion de  parler d’un livre somptueux Temples khmers du Cambodge . Le photographe Barry Brukoff, amoureux des temples, qu’il a connu en 1960,  y est revenu après la chute de Pol Pot : «  La vue de ces structures poétiques s’élevant au-dessus de la jungle cambodgienne, prises dans les  filets des banians ou figuiers étrangleur, ne fut pas seulement inoubliable : elle inspira aussi ma double carrière de photographe et d’architecte décorateur, écrit-il. On marche dans ce livre comme on marche sur le site, éblouis… Les jaunes, les mordorés, les ocres, les verts, les degrés tapissés de mousse, le ciel, la forêt, une telle  débauche de beauté. Le texte est à la hauteur : la grande érudition sait s’effacer devant l’émotion mais aussi la nourrir. Du grand art. Temples khmers du Cambodge. Texte d’Helen Ibbitson Jessup. Photographies de Barry Brukoff. Imprimerie nationale Editions. 2012.

CALLIGRAPHIE. Juste  avant, nous avions, Jokin et moi, toujours au musée Guimet,  suivi  un atelier de calligraphie ouvert aux familles. L’ initiation, sous la débonnaire mais néanmoins énergique houlette du maitre japonais Yamanaka, fut délectable . Emergeant d’un métropolitain, morose ce matin-là comme un jour sans pain, nous fûmes instantanément transportés dans un monde de sensations, à la fois fulgurantes et  apaisantes, par la grâce d’un pinceau plongé dans la brillante noirceur de l’encre de Chine… Il n’y aura pas d’autre atelier cette année, mais l’exposition qui lui était liée, Sho 2, 100 maîtres calligraphes contemporains du Japon, est visible jusqu’au  13 janvier 2014. .
Pour moi qui en savais très peu, la calligraphie était proche du haïku, ces courts poèmes en prose et  en trois vers pratiqués par les Japonais et par des adeptes du monde entier – Kerouac en fut un passionné. Je n’avais pas tort : pour l’une et pour l’autre,  il s’agit d’un art de l’instant et le haïku est souvent prétexte à calligraphie. Mais il y a bien d’autres formes de création calligraphiques : poèmes classiques d’inspiration chinoise, calligraphies d’un caractère unique jusqu’à  libération du geste pour en privilégier l’esthétique … dans tous les cas la personnalité de l’auteur, son élan vital sont convoqués. Apparu au Japon au VIe siècle, la calligraphie, cet « art de l’encre et du papier vivant », profondément influencé dans sa forme et son expression par les modèles chinois, évolue vers un style vraiment japonais abouti au cours du Xe siècle. Aujourd’hui cette pratique artistique, toujours enseignée à l’école puis en option au lycée,  demeure très vivace. Des concours sont organisés comme celui du plus haut haut niveau de la fondation Mainichi Shodokai dont  l’exposition nous donne à voir les créations des artistes lauréats. C’est une belle occasion de pousser les portes d’un univers singulier lié à la philosophie zen et considéré au Japon comme une voie d’accomplissement personnel et spirituel (j’avais d’abord  écrit « épanouissement »  mais voyez comme le mot « accomplissement » est  à la fois plus modeste et plus fort …) L’ harmonie et l’ élégance des lignes créent une jouissance esthétique se voulant également l’écho d’une sagesse millénaire. Chaque ligne exprime  un sens et chaque mouvement du pinceau incarne une forme de beau. Les habitants de l’archipel pensent  que les idéogrammes comportent une dimension « sacrée »,  sont en quelque sorte une « lettre du Ciel .  Je relève dans le catalogue le haïku calligraphié par OI Kintei : Le boudon/trébuchant dans les airs/fait une pirouette( Kaneko Töta) . Ou encore, calligraphié par Nasu Taikei, celui-ci : Les fleurs de pêchers sont éparpillées/ l’eau tranquille.  (Ryokan),  avec le commentaire de l’artiste :  J’ai tenté une calligraphie ample et étendue. J’ai écrit en aspirant à l’état du poète Quan Qi, léger et éloigné des attachements du cœur.

THE VERT ET TOUR EIFFEL Pour finir, direction la librairie du musée Guimet et achat  de derniers cadeaux raffinés – il n’est pas interdit  de faire l’acquisition de Tourments et merveilles en pays khmer….. Et pourquoi pas, ensuite,  rejoindre, à quelques minutes,  la cafeteria du Musée d’Art moderne accessible, sans billet, par l’extérieur. Si vous avez comme nous la chance d’avoir rendez-vous avec le soleil, vous boirez votre chocolat chaud ou votre thé vert face à une Tour Eiffel éthérée et déjantée …
Musée Guimet. www.guimet.fr
6 Place d’Iéna. Métro Iéna

 

 

 

 

Les damnés de la terre

Au  Tarmac
avec Amine Adjina, Mohand Azzoug,Mounira Barbouch, Jean-Pierre Baro, Criss Niangouna, Lamya Regragui.
D’après les écrits de Franz Fanon,
 Un spectacle de Jacques Allaire

« Je dessine mes spectacles avant de les réaliser »  dit Jacques Allaire. Il lit, il oublie, il rêve, il dessine, il relit, interroge ses dessins, choisit, découpe, compose. « Les damnés de la terre », c’est le résultat de ce processus. Une succession de sanguines déclinées sur toute la palette des gris et sépias. Des visions oniriques fragmentées, violentes, ancrées dans un espace indéfini en constante mutation.
Le premier tableau, c’est un plateau quasi nu, un camp de transit peut être, ou son cauchemar. Un peu de terre, de hautes cages grillagées en fond de scène,  une baignoire juste devant, des murs gris et nus à court et à jardin. Un homme et une femme, noirs tous les deux, ou grimés en noir, vêtus de sous vêtements blancs salis. Ils profèrent la harangue de celui qui est aliéné pour sa couleur de peau. Puis ils s’enterrent. Un autre homme noir, sa harangue, sa négritude. Une autre femme, noire – du moins, c’est cela qu’elle dit, sa chevelure masquant son visage – elle soliloque, va et vient, tête et  corps perdus.

Autre tableau : Le mur côté cour s’abat à grand bruit, l’espace se métamorphose en camp militaire, ou champ de bataille, ou cellule de torture. Les six comédiens, deux femmes, quatre hommes, sont des soldats, ou des officiers, ou des tortionnaires ou tout à la fois. Ils sont des éclats d’êtres aux prises avec l’aliénation. L’autre mur, côté jardin, s’abat à son tour. Les hautes grilles du fond de scène basculent, elles deviennent les lits d’un hôpital désaffecté que les comédiens installent dans un parfait silence.
Les scènes, les tableaux plutôt se succèdent avec la logique des rêves fiévreux. Ils ne répondent à aucun fil narratif. Ils existent par un système d’échos, de récurrences, d’analogies. Leur unité, c’est le thème obsédant des aliénations liées à la colonisation

Les textes sont extraits des œuvres de Franz Fanon (1925- 1961 ), médecin psychiatre, militant FLN  et écrivain, né antillais, mort algérien : Peau noire masques blancs ( 1952 Point Seuil ) ; L’an V de la révolution algérienne ( 1959 ), Les Damnés de la terre ( 1961 Maspero ). Les comédiens sont magnifiques, le mise en scène superbe. «  (…) « J’essaie de faire du théâtre au nom du peuple, tentant de rendre la parole spoliée, piétinée de notre propre humanité. Quelque chose qui puisse rendre à nos âmes son tremblement et à notre intelligence sa conscience » confie Jacques Allaire . En ces temps où le racisme et la bêtise s’affichent, un spectacle hautement nécessaire. Aline Barbier

Le Tarmac, 159 avenue Gambetta,75020 Paris. Métro St Fargeau
Réservations :01 43 64 80 80

 

Cadeaux et dédicaces

Soieries, bougies, chocolats, foie gras, poivre de Kampot et chaussettes pur fil d’Ecosse (Oh my Socks) …  Oh my God ! tous mes cadeaux de Noël, raffinés et originaux, au bénéfice de l’association Objectif Cambodge. On y va ! En prime signatures de « L’impertinent du Cambodge, entretiens avec le Père Ponchaud »  (Editions  Magellan) par votre serviteuse. Et  aussi de Tourments et merveilles en pays khmer (Actes Sud) de la même…Et encore  de La Genèse, textes de Jean d’Ormesson  de Patricia de Boysson (Editions DPA) ; et L’art caché de Aude de Kerros ( Eyrolles)
Salon de thé pour déjeuner ou goûter
Stand Explorator  pour un aller et retour Phnom Penh ….

Mairie du XVIème arrondissement, 71 avenue Henri Martin. Métro rue de la Pompe, bus 52 et 63, vendredi 6 et samedi 7 décembre de  10h à 19h

 

L'impertinent du Cambodge

La parole est à  l’éditeur  Marc Wiltz

C’est la première signature de la rentrée 2013 chez Magellan & Cie, et c’est une première d’importance !
Pour une fois, elle aura lieu un MARDI, le 29 octobre… 
Grâce à Dane Cuypers, rencontrée lors d’une émission de radio pour la promotion de nos livres respectifs, j’ai pu réalisé le rêve incroyable de publier un livre avec un auteur dont le livre précédent m’a si profondément marqué. Merci à elle, Merci à François Ponchaud, l’auteur de ce Cambodge année zéro qui a marqué les esprits lors de sa sortie en 1977.
Ci-dessous, la quatrième de couverture pour vous donner l’idée de cette importance de l’impertinence !
« La Vérité vous rendra libres ! »
Comment se dessine une vie ? Au fil de quelles rencontres, de quelles émotions, de quels détours ?
Enfant d’une famille modeste mais heureuse, brillant à l’école, François Ponchaud grandit avec le destin tout tracé de devenir prêtre, chez lui, en Savoie. Mais la vie s’en mêle. Un temps parachutiste pendant la guerre d’Algérie, son karma de missionnaire l’envoie au Cambodge pour une longue histoire d’amour. L’homme est passionné, toujours en action, entre rébellion contre l’injustice, d’où qu’elle vienne, et compassion pour les faibles. En 1977, le père Ponchaud est le premier à dénoncer le crime inouï des Khmers rouges avec Cambodge année zéro. Il est le témoin stupéfait de ce moment dramatique de l’Histoire, mais son livre se heurte à l’incompréhension du monde.
Au fil d’entretiens menés en France et au Cambodge par Dane Cuypers, auteure de Tourments et merveilles en pays khmer (Actes Sud, 2009), la personnalité et l’engagement de ce missionnaire pas comme les autres se dévoilent : avec ses colères contre l’arrogance des puissants, avec son infini amour pour le peuple des rizières, avec les exigences de son apostolat chrétien en milieu bouddhiste, avec la gageure intellectuelle de traduire la Bible en khmer…
Lorsqu’il parle du Cambodge où il vit depuis 1965, François Ponchaud sait de quoi il parle. Il aborde sans détour les sujets les plus délicats, dans le seul but de redonner aux Cambodgiens qu’il côtoie la dignité de l’existence. Pour qui s’intéresse à ce pays parmi les plus attachants du monde, ce livre est peut-être le meilleur des guides par l’un de ses plus fins observateurs.
 Et  pour ceux qui auront la patience de lire ce que j’écrivais de ce Cambodge année zéro, dans mon Tour du monde en 80 livres :
Le Cambodge est un pays d’une grande beauté et d’une grande richesse. La population est particulièrement accueillante et bienveillante, et la douceur du sourire khmer qui fait fondre les cœurs les plus endurcis n’est pas une légende. Pourtant, il reste le mystère de la tragédie absurde qui l’a frappé, détruisant en quelques mois entre un quart et un tiers de ses habitants, et dont les ramifications n’ont pas encore fini d’irriguer et de ronger la société dans tous ses rouages politiques et économiques.
François Ponchaud (né en 1939) n’est pas historien ou analyste, il n’est « que » prêtre, et témoin marqué jusqu’au tréfonds par ce qu’il a vu et ressenti. Parachutiste vingt-huit mois en Algérie (!), il a préféré s’orienter vers la carrière des âmes, entrer au séminaire catholique, avant d’être affecté comme missionnaire au Cambodge par la Société des Missions Étrangères de Paris en 1965. Son expérience et ses choix lui permettent a priori d’être objectif et mesuré, conscient et de libre pensée, et peut-être pertinent. Cambodge, année zéro, publié dès 1977 en plein cœur de l’abomination, tient du reportage par les scènes incroyables qui y sont décrites avec
précision. L’histoire est maintenant connue, même si elle reste incompréhensible, de ce délire de « révolutionnaires » Khmers rouges qui entrent dans la capitale Phnom Penh et la vide en quelques heures (!) de l’intégralité de sa population – vieillards, malades et mourants inclus ; seuls les étrangers sont renvoyés chez eux après un très bref séjour dans les locaux de l’ambassade de France. Ils envoient tous les citadins à la campagne pour se « ressourcer » en éliminant au passage tous les intellectuels, en fait, ceux qui portent des lunettes et donc savent lire ; ils suppriment l’argent pour réinventer un mode de fonctionnement de la société avec une nouvelle « culture » ; ils torturent et ils tuent avec des moyens simples et efficaces (auto-étouffement avec un sac en plastique par exemple…) pour obtenir l’adhésion définitive à l’idéologie radicale de dirigeants qui se font appeler Frère n° 1, Frère n° 2… Ponchaud témoigne de cela et, malgré l’horreur, il l’écrit comme on pousse un long cri froid. Mais, victime de la même malédiction que Cassandre – puissance de la mythologie –, lorsqu’il veut alerter les dirigeants du monde avec ce livre coup de poing, ceux-ci restent sourds et aveugles parce que tous les intérêts sont mobilisés ailleurs et autrement : fin de la guerre du Vietnam, opposition frontale entre les états-Unis et l’URSS de la guerre froide, influence grandissante de la Chine… La France de Giscard d’Estaing ne s’en préoccupe pas non plus sur l’instant. Trente-cinq ans plus tard, Ponchaud vit encore à Phnom Penh, il a traduit la Bible en khmer et s’occupe de travaux de « vulgarisation » spirituelle destinés aux Cambodgiens.
Son récit n’est évidemment pas un récit de voyage. Néanmoins, il est indispensable à tous ceux que le Cambodge intéresse – et plus généralement l’Asie du Sud-Est, parce que le Vietnam et la Thaïlande sont aussi concernés. Comment ignorer une donnée « culturelle » pareille ? Comment même ne pas chercher à en savoir davantage pour mieux la saisir ? Comment résister à la stupéfaction de savoir que bon nombre de dirigeants actuels, et au plus haut sommet de l’état, ont été impliqués directement dans cette folie ? Comment minimiser les responsabilités des Américains, Henry Kissinger en tête, dans les manipulations des politiciens corrompus qui ont précédé ce régime, et celles des Français qui ont encouragé la réconciliation nationale au point de faire représenter le pays par les bourreaux pendant dix ans dans les instances internationales ? Comment ne pas être ébahi aujourd’hui face à ces deux voisins de village, chaleureux et amicaux, qui furent l’un le bourreau l’autre sa victime… ?
La tragédie est toujours là, mais s’estompe à mesure que la jeunesse apparaît et s’installe avec ses préoccupations d’une autre nature. 60 % de la population aujourd’hui n’a pas vécu ce drame puisque née après, et s’en moque apparemment comme d’une affaire de vieux… Et la séduction du Cambodge, et son sourire, restent intacts.
 Vous dire que je vous souhaite nombreux ce soir-là est peu dire…
 Marc WILTZ

MAGELLAN & Cie
34 rue Ramey – 75018 Paris
Tél : 01 53 28 03 05
www.editions-magellan.com









Marc WILTZ

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Le 22 oct. 2013 à 14:28, cuypers dane a écrit :


oui j’ai reçu la pj mais tjrs pas ton mail avec ton extrait qui était sympa

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par sur
Bordeaux
Tout nouveau.

Le mardi 29 octobre à 18h00, François Ponchaud, auteur du livre inoubliable « Cambodge année zéro », viendra en dédicace chez Magellan & Cie, pour le livre d’entretiens menés avec Dane Cuypers : L’Impertinent du Cambodge. Une réussite et une fierté pour l’éditeur !

Magellan, 34 rue Ramey, 75018 Paris

Bientôt en ligne les couvertures auxquelles vous avez échappé… ( coucou les vieux lecteurs de Charlie Hebdo !)