L'anarchiste

D’après le roman de Soth Polin
Adaptation et mise en scène Jean-Baptiste Phou
Avec Jean-Baptiste Phou et Elizabeth Bardin
Chorégraphie : Sarosi nay
Musiques originales : Olivier Bostvironnois


Paris, 1979. Virak, Cambodgien en exil devenu chauffeur de taxi, sort indemne d’un accident de voiture. Pendant que sa passagère, une touriste anglaise, se meurt, le personnage, sorte de anti-héros, déverse sa douleur et sa rage, raconte et revit sa descente aux enfers intimement liée à l’histoire de sa première patrie. Journaliste politique, il se sent responsable de l’ascension au pouvoir des Khmers rouges. Car – et c’est l’intérêt de ce texte, autofiction avant l’heure – les démons intérieurs du personnage vont mener la danse (macabre)  en écho aux démons qui minent alors le Cambodge.
Tout commence  le 22 novembre 1963, le jour de son mariage avec la fille du gouverneur de Kompong Chhnang, le jour de l’assassinat du président  Kennedy.  Ce sang sur ses noces prend valeur de symbole (on sait comme la plupart des Khmers sont superstitieux et croit aux signes annonciateurs). En outre, il apprend rapidement que sa femme n’est pas la fille de son père mais  une « bâtarde »,  raison ou  prétexte pour la tromper sans vergogne, notamment avec sa belle belle-sœur, la belle Mona…
Dès lors tout se grippe et fait chaos : l’homme brillant, éditeur, journaliste, écrivain à succès, accumulera les erreurs  et partira pour la France avant l’arrivée des Khmers rouges en abandonnant tout, y compris l’estime de soi. La culpabilité va le tarauder sans parler d’une sexualité qu’il ne contrôle pas. La pièce le met en scène au moment du dernier épisode de cette chute sans possibilité de rédemption.
Le spectacle  prend la forme d’un monologue exalté que Jean-Baptiste Phou  donne avec une fougue qui nous emporte souvent, monologue auquel se mêlent danse traditionnelle khmère et contemporaine, musiques originales, vidéo d’animation et images d’archives. La danseuse Élisabeth Bardin personnifie les figures  féminines de la pièce aux côtés du comédien qui en a assuré l’adaptation et la mise en scène. Après « Cambodge me voici », sa première pièce qui traite de l’identité, de l’exil et de la mémoire, pourquoi avoir choisi ce texte si noir, d’une grande désespérance ? Quand, en 2010, il lit L’Anarchiste paru en 1979, il est fasciné par le propos, la qualité et  la violence de l’écriture (précisons que l’auteur qui a eu Saloth Sar, un certain Pol Pot, comme professeur de français, était lui-même professeur de philo) et tout de suite, « de fortes images surgissent » …
Il s’en explique : « Dans un pays où la quasi totalité des auteurs a été décimé, ce roman n’est pas uniquement un témoignage sur le Cambodge. Il s’agit bel et bien d’une œuvre majeure et incontournable, d’un chef d’oeuvre de littérature écrit dans une langue crue, envoutante et dérangeante. »
« Non seulement Soth Polin nous éclaire sur l’histoire complexe et la politique d’avant-guerre, sur les rouages et l’influence des médias qui flirtent avec les plus hautes sphères du pouvoir, mais il explore  la nature humaine dans ce qu’elle a de plus pervers et violent. Au fil des pages, on en vient à douter de l’homme….N’est-ce pas là la mission de l’artiste : susciter l’émotion, provoquer le questionnement, bousculer… Ce spectacle  fait découvrir un pan de l’histoire et un texte encore trop peu connus, pour se souvenir, que le pire n’est jamais loin. Et dans la noirceur, peut-être, jaillira une étincelle… ». Ajoutons que  même s’il peut nous faire sortir de nos gonds, ce spectacle nous fait aussi sortir des  stéréotypes sur  le Cambodge et les Cambodgiens  … et cela aussi c’est  la mission de tout artiste.

 Jeudi 3 et vendredi 4 avril à 20h30, et dimanche 6 avril à 17h : Théâtre LeSilo, Montoire-sur-le-Loire (41) – réservation : 02 54 85 15 16
 Vendredi 11 avril à 20h30 : salle Maurice Koehl, Bussy-saint-Georges (77) – réservation : 01 64 66 60 01
 Lundi 14 avril à 20h et mardi 15 avril à 15h et 20h : Vingtième Théâtre, Paris – réservation : 01 48 65 97 70 ou en ligne
www.khsay.webs.com/l-anarchiste

 

 

 

 

 

 

Bouddha de bronze et Rêves d'or

Jayavarman VII au misée Guimet
Les Tuileries décembre 2013. Photos D. Cuypers.

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BOUDDHA DE BRONZE et autres récits. C’est le plus joli livre que j’ai lu sur le pays khmer depuis Pierre Loti. Oui. Un voyage sensuel où les mots dessinent les ciels  somptueux ou tourmentés, reflètent les  sortilèges du grand  fleuve, mère de toutes les rivières, soulèvent la terre rouge du Mondolkiri, font écho aux éclats de rires des enfants , délivrent les tiédeurs et les parfums du soir, Vous savez comme les Incipit, les débuts de texte, sont essentiels (Aragon en a fait un livre, « Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit » ).   Nous virons de bord et ma vie change de cap  … est celui du Bouddha de bronze. Peut-on dire mieux en ce début d’année où il est bon de se projeter, de tisser la trame de l’année naissante du fil d’or de nos rêves, de tirer, il en restera toujours quelque chose, des plans sur la comète. En exergue de son livre, l’auteur, qui a choisi le pseudonyme de Romel, a écrit ceci : A R… qui, depuis un demi-siècle, m’encourage à aller au bout de mes rêves. L’ange gardien (ou gardienne ?) a bien fait d’encourager celui qui fut conseiller du Premier ministre  à oser coucher sur le papier sa  profonde et  sensible connaissance du Cambodge.
Trois récits forment le livre. Ils se déroulent dans les années 90, plus de dix ans après que le régime de Pol Pot a été éradiqué, mais « des débris de régiments de Khmers rouges tuent pour des raisons qu’eux-mêmes ignorent. »  C’est le premier, donnant son titre à l’ensemble, qui me touche le plus. Le narrateur s’embarque sur le Mékong  à bord du Chenla, le vieux bateau de Bun Ly, formidable personnage, celui qui rit tout le temps et plonge les mains toutes les cinq minutes dans son moteur. A bord aussi, madame Rath, qui incarne toute la puissance et la grâce des femmes khmères : « Regardez leur port de tête lorsqu’elles pédalent sur un vieux vélo chinois plus lourd qu’elles, vous vous demandez s’il n’y a pas que des reines dans ce pays. ». Je ne vous raconterai pas l’équipée de ce truculent trio à la recherche d’un Bouddha d’exception dans un village de la province de Kratie (la ville alanguie le long du fleuve au charme quasi indicible (*). Je ne vous raconterai rien mais sachez que vous ne résisterez pas à l’écriture lyrique, et pourtant joyeuse, concrète, de l’auteur ( le narrateur évoque ses « névroses poétiques…) , une écriture pétrie, nourrie, irriguée par son amour inconditionnel pour ce pays et ses habitants.
Le deuxième récit,  Un académicien à Angkor, nous fait vivre sur un mode léger les tribulations du même narrateur qui vient d’être nommé « employé aux écritures auprès du premier ministre »  et qui est chargé d’accueillir à Phnom Penh un vieil académicien français. Hormis quelques coups de griffe de l’auteur – dont un morceau de bravoure sur les experts des organisations internationales ou une allusion à la grille de l’ambassade «  qui n’a jamais osé  prétendre être un portail (**) »  – le ton est jubilatoire pour raconter les délires d’un personnage parfaitement déjanté et néanmoins brillantissime qui ne dort pas la nuit mais écrit « Cet homme remplit des cahiers de cent pages comme une pluie de mousson remplit une jarre » (je soupçonne l’auteur de la même propension…). Dans ce second récit, où on s’amuse comme des fous, on croise Malraux, Kessel, Jackie Kennedy et même Claudel qui suscite cette savoureuse saillie :  «  Je l’avoue Claudel m’embarrasse. Il va falloir faire ses prières, parler chaussures, Apocalypse, Jeanne sur son bûcher, pas le genre comique troupier. » Dans la véranda du Grand Hôtel d’Angkor, on croise aussi une amoureuse de l’académicien surgie de nulle part : « Elle a dépassé si volontiers et avec tant de grâce d’au moins vingt ans la soixantaine qu’elle en est encore belle. » – peut-on rêver hommage plus délicat.  Mais qui a donc servi de modèle à Romel pour tirer le portrait de ce fantasque académicien ? On meurt d’envie de le savoir.

Difficile de résumer le dernier récit intitulé Michel Martin. Le narrateur, passé conseiller spécial du chef du gouvernement avec rang de ministre, part sur les traces d’un MIA-POW (missing in action – perdu au combat et prisoner of war – prisonnier de guerre) ; quinze ans après la fin de la guerre du Vietnam (1975,) la rumeur court qu’il reste des boys prisonniers au Vietnam et peut-être en territoire cambodgien –  il faut  vérifier .
Voilà donc notre narrateur lancé sur les traces de Michel Martin, un Français sur les hautes terres. Son histoire se mêle à celle d’un colonel américain Robert Steton, un homme absorbé par la forêt et que sa femme attend toujours alors que la guerre est finie depuis longtemps.. Nous allons les suivre sur les hautes terres du Cambodge et du Vietnam, dans la province de Mondolkiri ou dans celle voisine et vietnamienne  du Dac Lac.  C’est dans cette dernière que s’installa le père, militaire, de  Michel Martin,  qui y resta après les accords de paix de Genève en 1954 . Il épousa une Mnong, une Tampuan ou une Jaraï, il ne sait pas très bien . « Il n’avait pas imaginé que son corps sentait l’eau pure  que ses seins avaient la douceur de la chair d’anone, qu’effleurer sa peau était comme caresser la nuque d’un nouveau-né. C’est là que Michel Martin a grandi. « C’est là qu’il a disparu. C’est là que le conseiller va réussir à  le rencontrer. En route pour  Sen Monorom où la « terre de latérite  répand sa poussière dans le moindre interstice des maisons et le plus petit recoin de la peau des hommes. Les arbres, les bêtes, les fleurs, les cheveux et les ongles deviennent rouges. En route pour un Cambodge aux sublimes forêts encore préservées . Comme est préservé  le mode de vie des populations « De vieilles femmes, la poitrine nue, tirent sur d’énormes cigarettes dont le tabac est roulé dans des feuilles d’arbres ou de plan tes qu’elles seules connaissent. Incroyables pétards ! » C’est cela à mon sens le plus fascinant du récit la fascination de Romel pour cette vie sauvage, pure, primaire,  en fusion avec la nature, sa fascination pour  l’enfant libre, l’homme des hautes terres et des forêts que fut Michel Martin  avant qu’il ne soit rattrapé et broyé par la guerre  (en 1961 les Américains prennent la suite des Français dans la lutte contre le communisme et des boys arrivent à leur tour sur les hauts plateaux). Ce qui est fascinant, ce sont ces  moments si denses de pure jouissance  où l’auteur oublie son fil  et nous enchante : « Sen Monorom s’est endormie. Par la baie vitrée je vois le ciel. En ce début de saison des pluies c’est une des dernières nuits où il est vide de nuages. Je découvre une nouvelle nuance de la couleur bleu nuit. Je voudrais la toucher tant elle parait veloutée, d’une extraordinaire douceur. Entre les tropiques, près de l’équateur, il suffit de lever la tête et l’on est comme saint-Exupéry dans son cockpit, tout près des étoiles »
Le Bouddha de bronze et autres récits. Romel. Arconce éditions.
(*) Kratié dont j’évoquais le charme  dans Tourments et merveilles en pays khmer. Actes Sud.
(**) Le Portail est un livre de François Bizot

LES REVES D’OR. Ce film, semé de plans où les cristaux de neige sont comme des étoiles, ce film de Diego Quemada-Diez ne défraie pas la chronique. C’est pourtant le plus beau film (décidément !) que j’ai vu depuis longtemps. Du Guatemala aux Etats-Unis, nous sommes embarqués dans un voyage bouleversant, ancré dans la réalité mais aussi traversé de fulgurances poétiques, d’une esthétique à couper le souffle et porté par une formidable musique (Leonardo Heiblum et  Jacobo Lieberman). Pour faire ce premier long-métrage époustouflant, le réalisateur (qui a travaillé ave Ken Loach) a vécu en 2003 deux mois  dans le quartier rouge de Mazatlan, au Mexique, au bord d’une voie ferrée où chaque jour passaient des trains remplis de migrants en route pour l’Amérique. Les gars sautaient du train, raconte-t-il, frappaient à la porte pour nous demander de l’eau et des tortillas. Ils nous racontaient des histoires horribles – comment ils voyageaient avec rien, qu’ils s’étaient tout fait voler sur la route, qu’il y avait de nombreux morts.  Pendant des années, il a interviewé des migrants qui partaient à la poursuite de leurs rêves dorés au risque de leur vie. Karen Martinez, qui interprète Sara, et Brandon Lopez, qui joue Juan,  âgés de 16 ans, ont été choisis parmi 3000 jeunes gens venus à un casting organisé dans l’un des quartiers les plus pauvres de Guatelama. Leur énergie quasi féroce, l’intensité de leur désir d’y arriver, mais aussi toute leur humanité, leur vulnérabilité sont captés au plus près par la camera.  Nous sommes avec eux sur le toit du train, nous sentons la faim, la fatigue, la peur, et le bienheureux moment de répit quand le vent tiède caresse leurs beaux visages sensibles. « Je souhaite créer une fine ligne entre la réalité et le cinéma, écrit Diego Quemada-Diez (…) que le film soit au croisement du documentaire et de la fiction. » C’est vrai mais cela  me semble un peu réducteur : c’est tout simplement un film magnifique dont on sort plus riches.
Les rêves d’or. Diego Quemada-Diez. Encore en salle . Dépêchez-vous !

**) allusion au livre de François Bizot Le Portail (poche)

 

 

 

 

 

 

 

Splendeurs asiatiques

ANGKOR. S’il y a bien un endroit où il faut aller pendant les jours qui viennent (avant le 13 janvier), c’est au musée Guimet…D’abord pour ne pas laisser passer l’exposition « Angkor, naissance d’un mythe  – Louis Delaporte et le Cambodge ».    Louis Delaporte, explorateur français (1842-1925) voulait faire entrer l’art khmer au musée ». Et il y est parvenu… Sculptures originales,  dessins aquarellés, plans, photographies anciennes, moulages restaurés nous font découvrir, à travers le travail de ce grand amoureux obstiné, le Cambodge de cette époque mais aussi la façon dont l’Europe l’imagina par le relais des Expositions universelles et coloniales. C’est un voyage enchanteur, que vous ayez déjà ou pas foulé les vastes espaces d’Angkor. Jokin, 6 ans, est resté fasciné devant une maquette du Bayon et devant un film qui nous fait survoler d’hélicoptère tout le site. On le comprend : l’ image légèrement tremblante des temples  sous les frondaisons nous emmène séance tenante au pays de nos rêves.

TRES BEAU LIVRE. L’occasion de  parler d’un livre somptueux Temples khmers du Cambodge . Le photographe Barry Brukoff, amoureux des temples, qu’il a connu en 1960,  y est revenu après la chute de Pol Pot : «  La vue de ces structures poétiques s’élevant au-dessus de la jungle cambodgienne, prises dans les  filets des banians ou figuiers étrangleur, ne fut pas seulement inoubliable : elle inspira aussi ma double carrière de photographe et d’architecte décorateur, écrit-il. On marche dans ce livre comme on marche sur le site, éblouis… Les jaunes, les mordorés, les ocres, les verts, les degrés tapissés de mousse, le ciel, la forêt, une telle  débauche de beauté. Le texte est à la hauteur : la grande érudition sait s’effacer devant l’émotion mais aussi la nourrir. Du grand art. Temples khmers du Cambodge. Texte d’Helen Ibbitson Jessup. Photographies de Barry Brukoff. Imprimerie nationale Editions. 2012.

CALLIGRAPHIE. Juste  avant, nous avions, Jokin et moi, toujours au musée Guimet,  suivi  un atelier de calligraphie ouvert aux familles. L’ initiation, sous la débonnaire mais néanmoins énergique houlette du maitre japonais Yamanaka, fut délectable . Emergeant d’un métropolitain, morose ce matin-là comme un jour sans pain, nous fûmes instantanément transportés dans un monde de sensations, à la fois fulgurantes et  apaisantes, par la grâce d’un pinceau plongé dans la brillante noirceur de l’encre de Chine… Il n’y aura pas d’autre atelier cette année, mais l’exposition qui lui était liée, Sho 2, 100 maîtres calligraphes contemporains du Japon, est visible jusqu’au  13 janvier 2014. .
Pour moi qui en savais très peu, la calligraphie était proche du haïku, ces courts poèmes en prose et  en trois vers pratiqués par les Japonais et par des adeptes du monde entier – Kerouac en fut un passionné. Je n’avais pas tort : pour l’une et pour l’autre,  il s’agit d’un art de l’instant et le haïku est souvent prétexte à calligraphie. Mais il y a bien d’autres formes de création calligraphiques : poèmes classiques d’inspiration chinoise, calligraphies d’un caractère unique jusqu’à  libération du geste pour en privilégier l’esthétique … dans tous les cas la personnalité de l’auteur, son élan vital sont convoqués. Apparu au Japon au VIe siècle, la calligraphie, cet « art de l’encre et du papier vivant », profondément influencé dans sa forme et son expression par les modèles chinois, évolue vers un style vraiment japonais abouti au cours du Xe siècle. Aujourd’hui cette pratique artistique, toujours enseignée à l’école puis en option au lycée,  demeure très vivace. Des concours sont organisés comme celui du plus haut haut niveau de la fondation Mainichi Shodokai dont  l’exposition nous donne à voir les créations des artistes lauréats. C’est une belle occasion de pousser les portes d’un univers singulier lié à la philosophie zen et considéré au Japon comme une voie d’accomplissement personnel et spirituel (j’avais d’abord  écrit « épanouissement »  mais voyez comme le mot « accomplissement » est  à la fois plus modeste et plus fort …) L’ harmonie et l’ élégance des lignes créent une jouissance esthétique se voulant également l’écho d’une sagesse millénaire. Chaque ligne exprime  un sens et chaque mouvement du pinceau incarne une forme de beau. Les habitants de l’archipel pensent  que les idéogrammes comportent une dimension « sacrée »,  sont en quelque sorte une « lettre du Ciel .  Je relève dans le catalogue le haïku calligraphié par OI Kintei : Le boudon/trébuchant dans les airs/fait une pirouette( Kaneko Töta) . Ou encore, calligraphié par Nasu Taikei, celui-ci : Les fleurs de pêchers sont éparpillées/ l’eau tranquille.  (Ryokan),  avec le commentaire de l’artiste :  J’ai tenté une calligraphie ample et étendue. J’ai écrit en aspirant à l’état du poète Quan Qi, léger et éloigné des attachements du cœur.

THE VERT ET TOUR EIFFEL Pour finir, direction la librairie du musée Guimet et achat  de derniers cadeaux raffinés – il n’est pas interdit  de faire l’acquisition de Tourments et merveilles en pays khmer….. Et pourquoi pas, ensuite,  rejoindre, à quelques minutes,  la cafeteria du Musée d’Art moderne accessible, sans billet, par l’extérieur. Si vous avez comme nous la chance d’avoir rendez-vous avec le soleil, vous boirez votre chocolat chaud ou votre thé vert face à une Tour Eiffel éthérée et déjantée …
Musée Guimet. www.guimet.fr
6 Place d’Iéna. Métro Iéna

 

 

 

 

L'Anarchiste au théâtre…

Après  Cambodge, me voici, Jean-Baptiste Phou revient avec sa seconde création L’Anarchiste, adaptée du roman de Soth Polin. On est très curieux de voir ce qu’il a fait de ce roman sulfureux…
Le livre retrace la vie de Virak, depuis ses jeunes années au Cambodge, son ascension comme directeur du plus grand journal de Phnom Penh à sa vie de chauffeur de taxi à Paris. Dans l’adaptation sur scène, ce sont plus de dix artistes issus du théâtre, de la danse, de la vidéo d’animation, du film et de la musique qui collaborent ensemble. Pour que le projet voir le jour, ils ont besoin   de  nous. Si vous pensez que  cela vaut le coup de soutenir la jeune création khmère …
C’EST  ICI qu’il faut agir en cliquant !
Photos Monor Moul

 

 

Cadeaux et dédicaces

Soieries, bougies, chocolats, foie gras, poivre de Kampot et chaussettes pur fil d’Ecosse (Oh my Socks) …  Oh my God ! tous mes cadeaux de Noël, raffinés et originaux, au bénéfice de l’association Objectif Cambodge. On y va ! En prime signatures de « L’impertinent du Cambodge, entretiens avec le Père Ponchaud »  (Editions  Magellan) par votre serviteuse. Et  aussi de Tourments et merveilles en pays khmer (Actes Sud) de la même…Et encore  de La Genèse, textes de Jean d’Ormesson  de Patricia de Boysson (Editions DPA) ; et L’art caché de Aude de Kerros ( Eyrolles)
Salon de thé pour déjeuner ou goûter
Stand Explorator  pour un aller et retour Phnom Penh ….

Mairie du XVIème arrondissement, 71 avenue Henri Martin. Métro rue de la Pompe, bus 52 et 63, vendredi 6 et samedi 7 décembre de  10h à 19h

 

L'impertinent du Cambodge

La parole est à  l’éditeur  Marc Wiltz

C’est la première signature de la rentrée 2013 chez Magellan & Cie, et c’est une première d’importance !
Pour une fois, elle aura lieu un MARDI, le 29 octobre… 
Grâce à Dane Cuypers, rencontrée lors d’une émission de radio pour la promotion de nos livres respectifs, j’ai pu réalisé le rêve incroyable de publier un livre avec un auteur dont le livre précédent m’a si profondément marqué. Merci à elle, Merci à François Ponchaud, l’auteur de ce Cambodge année zéro qui a marqué les esprits lors de sa sortie en 1977.
Ci-dessous, la quatrième de couverture pour vous donner l’idée de cette importance de l’impertinence !
« La Vérité vous rendra libres ! »
Comment se dessine une vie ? Au fil de quelles rencontres, de quelles émotions, de quels détours ?
Enfant d’une famille modeste mais heureuse, brillant à l’école, François Ponchaud grandit avec le destin tout tracé de devenir prêtre, chez lui, en Savoie. Mais la vie s’en mêle. Un temps parachutiste pendant la guerre d’Algérie, son karma de missionnaire l’envoie au Cambodge pour une longue histoire d’amour. L’homme est passionné, toujours en action, entre rébellion contre l’injustice, d’où qu’elle vienne, et compassion pour les faibles. En 1977, le père Ponchaud est le premier à dénoncer le crime inouï des Khmers rouges avec Cambodge année zéro. Il est le témoin stupéfait de ce moment dramatique de l’Histoire, mais son livre se heurte à l’incompréhension du monde.
Au fil d’entretiens menés en France et au Cambodge par Dane Cuypers, auteure de Tourments et merveilles en pays khmer (Actes Sud, 2009), la personnalité et l’engagement de ce missionnaire pas comme les autres se dévoilent : avec ses colères contre l’arrogance des puissants, avec son infini amour pour le peuple des rizières, avec les exigences de son apostolat chrétien en milieu bouddhiste, avec la gageure intellectuelle de traduire la Bible en khmer…
Lorsqu’il parle du Cambodge où il vit depuis 1965, François Ponchaud sait de quoi il parle. Il aborde sans détour les sujets les plus délicats, dans le seul but de redonner aux Cambodgiens qu’il côtoie la dignité de l’existence. Pour qui s’intéresse à ce pays parmi les plus attachants du monde, ce livre est peut-être le meilleur des guides par l’un de ses plus fins observateurs.
 Et  pour ceux qui auront la patience de lire ce que j’écrivais de ce Cambodge année zéro, dans mon Tour du monde en 80 livres :
Le Cambodge est un pays d’une grande beauté et d’une grande richesse. La population est particulièrement accueillante et bienveillante, et la douceur du sourire khmer qui fait fondre les cœurs les plus endurcis n’est pas une légende. Pourtant, il reste le mystère de la tragédie absurde qui l’a frappé, détruisant en quelques mois entre un quart et un tiers de ses habitants, et dont les ramifications n’ont pas encore fini d’irriguer et de ronger la société dans tous ses rouages politiques et économiques.
François Ponchaud (né en 1939) n’est pas historien ou analyste, il n’est « que » prêtre, et témoin marqué jusqu’au tréfonds par ce qu’il a vu et ressenti. Parachutiste vingt-huit mois en Algérie (!), il a préféré s’orienter vers la carrière des âmes, entrer au séminaire catholique, avant d’être affecté comme missionnaire au Cambodge par la Société des Missions Étrangères de Paris en 1965. Son expérience et ses choix lui permettent a priori d’être objectif et mesuré, conscient et de libre pensée, et peut-être pertinent. Cambodge, année zéro, publié dès 1977 en plein cœur de l’abomination, tient du reportage par les scènes incroyables qui y sont décrites avec
précision. L’histoire est maintenant connue, même si elle reste incompréhensible, de ce délire de « révolutionnaires » Khmers rouges qui entrent dans la capitale Phnom Penh et la vide en quelques heures (!) de l’intégralité de sa population – vieillards, malades et mourants inclus ; seuls les étrangers sont renvoyés chez eux après un très bref séjour dans les locaux de l’ambassade de France. Ils envoient tous les citadins à la campagne pour se « ressourcer » en éliminant au passage tous les intellectuels, en fait, ceux qui portent des lunettes et donc savent lire ; ils suppriment l’argent pour réinventer un mode de fonctionnement de la société avec une nouvelle « culture » ; ils torturent et ils tuent avec des moyens simples et efficaces (auto-étouffement avec un sac en plastique par exemple…) pour obtenir l’adhésion définitive à l’idéologie radicale de dirigeants qui se font appeler Frère n° 1, Frère n° 2… Ponchaud témoigne de cela et, malgré l’horreur, il l’écrit comme on pousse un long cri froid. Mais, victime de la même malédiction que Cassandre – puissance de la mythologie –, lorsqu’il veut alerter les dirigeants du monde avec ce livre coup de poing, ceux-ci restent sourds et aveugles parce que tous les intérêts sont mobilisés ailleurs et autrement : fin de la guerre du Vietnam, opposition frontale entre les états-Unis et l’URSS de la guerre froide, influence grandissante de la Chine… La France de Giscard d’Estaing ne s’en préoccupe pas non plus sur l’instant. Trente-cinq ans plus tard, Ponchaud vit encore à Phnom Penh, il a traduit la Bible en khmer et s’occupe de travaux de « vulgarisation » spirituelle destinés aux Cambodgiens.
Son récit n’est évidemment pas un récit de voyage. Néanmoins, il est indispensable à tous ceux que le Cambodge intéresse – et plus généralement l’Asie du Sud-Est, parce que le Vietnam et la Thaïlande sont aussi concernés. Comment ignorer une donnée « culturelle » pareille ? Comment même ne pas chercher à en savoir davantage pour mieux la saisir ? Comment résister à la stupéfaction de savoir que bon nombre de dirigeants actuels, et au plus haut sommet de l’état, ont été impliqués directement dans cette folie ? Comment minimiser les responsabilités des Américains, Henry Kissinger en tête, dans les manipulations des politiciens corrompus qui ont précédé ce régime, et celles des Français qui ont encouragé la réconciliation nationale au point de faire représenter le pays par les bourreaux pendant dix ans dans les instances internationales ? Comment ne pas être ébahi aujourd’hui face à ces deux voisins de village, chaleureux et amicaux, qui furent l’un le bourreau l’autre sa victime… ?
La tragédie est toujours là, mais s’estompe à mesure que la jeunesse apparaît et s’installe avec ses préoccupations d’une autre nature. 60 % de la population aujourd’hui n’a pas vécu ce drame puisque née après, et s’en moque apparemment comme d’une affaire de vieux… Et la séduction du Cambodge, et son sourire, restent intacts.
 Vous dire que je vous souhaite nombreux ce soir-là est peu dire…
 Marc WILTZ

MAGELLAN & Cie
34 rue Ramey – 75018 Paris
Tél : 01 53 28 03 05
www.editions-magellan.com









Marc WILTZ

MAGELLAN & Cie
34 rue Ramey – 75018 Paris
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Le 22 oct. 2013 à 14:28, cuypers dane a écrit :


oui j’ai reçu la pj mais tjrs pas ton mail avec ton extrait qui était sympa

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par sur
Bordeaux
Tout nouveau.

Le mardi 29 octobre à 18h00, François Ponchaud, auteur du livre inoubliable « Cambodge année zéro », viendra en dédicace chez Magellan & Cie, pour le livre d’entretiens menés avec Dane Cuypers : L’Impertinent du Cambodge. Une réussite et une fierté pour l’éditeur !

Magellan, 34 rue Ramey, 75018 Paris

Bientôt en ligne les couvertures auxquelles vous avez échappé… ( coucou les vieux lecteurs de Charlie Hebdo !)

Chouette ! j’achète beau et utile

Vos kramas (non pas vos karmas:  votre écharpe cambodgienne !)  sont un peu fatigués, vous cherchez des cadeaux raffinés pas trop chers – boîtes, étuis, bijoux… – le Sipar ouvre sa malle aux trésors :

. Lundi 18 novembre de 14h à 18h à Rambouillet, AB IMMO, 43 rue Lenôtre

. 22,23 et 24novembre à Paris dans le 16ème, 79 avenue Marceau. Vendredi 22 de 12h à 19h ; samedi 23 de 10 à 19h ; dimanche 24 de 10h à 18h.

Le Sipar est cette ong qui sème les livres et fait pousser la lecture au Cambodge, notamment avec ses bibliobus. Dans le dernier numéro de son journal, j’apprends que l’ong a ouvert un lieu de lecture pour les 2000 ouvrières textiles de l’usine Dewhirst dans la banlieue de Phnom Penh, usine qui fournit Marks § Spencer. Cela vient, dirait-on, confirmer ce que j’avais lu dans le dernier numéro d’Altermondes (voir ci-dessous  l’article Le salaire de la faim, publié le 8 octobre 2013) qui faisait état de la volonté de la marque de payer d’ici 2015 un salaire minimum décent  aux travailleurs de ses principaux pays fournisseurs : Bangladesh, Inde et Sri lanka – le Cambodge n’était pas mentionné mais je suppose qu’il en fait partie. Car pour passer aux nourritures spirituelles, il faut être correctement nourri. Sauf contre-ordre, poussons donc les portes de la so british enseigne.

Magie khmère au Théâtre du Soleil

C’est encore possible, jusqu’au 26 novembre, d’applaudir ( à tout rompre, croyez m’en!) les trente acteurs khmers et leurs metteurs en scène, Georges Bigot et Delphine Cottu,  à  La Cartoucherie dans L’Histoire tragique mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge. Je n’avais pas encore vu la deuxième époque : c’est fait depuis hier  : je crois qu’elle est encore plus magique que la première. Frédéric Mitterrand était là qui se réjouissait de revoir l’épopée khmère – dont il est un spécialiste puisqu’il est l’auteur d’un très beau film Norodom Sihanouk, roi cinéaste que nous avions projeté au Festival Visages du Cambodge. Réservations : 01 43 74 24 08
Okoun tchraeun ! Chea Ravy, Chhit Chanpireak, Chhith Phearath, Horn Sophea, Houn Bonthoeun, Huot Heang, Huot Hoeurn, Khuon Anann, Khuonthan Chamroeun, Mao Sy, Nov Srey Leab, Nut Sam Nang, Ong Phana, Pin Sreybo, Pov Thynitra, Preab Pouch, Sam Monny, Sam Sarry, San Marady, Sim Sophal, Sok Doeun, Sok Kring, Thorn Sovannkiry, Uk Kosal, Uk Sinat. Et les merveilleux musiciens : Norng Chantha, Pho Bora, Pring Sopheara, Vath Chenda.

Direction historique et textuelle, Ashley Thompson. Traduction, Ang Chouléan. Sous-titrage, Rotha Moeng

Et toute cette aventure n’aurait pas eu lieu sans Phare Ponleu Selpak qui accueille, protège et fait grandir les enfants perdus de Battambang. Jetez un œil à leur studio d’animation 1000 Hands. http://www.youtube.com/watch?v=30yGgvB0NYs

 

Photos Aline Barbier

Marady-Sihanouk après 7 heures de scène...

 

La magie ( aussi) de La Cartoucherie

 

 

 

La part manquante

Je n’ai pas encore vu le film de Rithy Panh. Des lectrices du blog nous en parlent

De simples petits personnages en terre, inertes, figés, avec une telle puissance évocatrice. Bravo à Rithy Panh pour son récit plein de courage, de sincérité et de justesse.Merci d’avoir conté cette histoire du Cambodge faite de destruction, en y opposant la beauté de la création. Vivyane Aubourg

Plus d’infos :
http://www.arte.tv/guide/fr/048114-000/l-image-manquante

J’ai beaucoup aimé ce documentaire, ces petits personnages en terre cuite étaient puissants, expressifs et si présents dans la part manquante des images. Quelle belle idée créative, quel travail , quel courage. J’avais lu le livre de Rithy Panh après avoir lu Tourments et merveilles en pays khmer et j’ai retrouvé la sonorité des mots comme une musique lancinante  sur ce drame humain, sur ces drames humains. Quelle leçon de persévérance pour arriver à être vu et entendu par des milliers de téléspectateurs. La qualité des images de ces figurines resteront gravées en moi, j’ai adoré, j’ai envie de le revoir et de le faire connaître. Hobrak