Fin d’été en beauté …

Au bout du fil. Ce week-end des 15 et 16 septembre, poésie, fantaisie, rêverie, magie … les mots reprennent leur sens (on les met tellement à toutes les sauces) dans un ciel tantôt azuréen tantôt pommelé (qui, chacun le sait, sont comme les femmes fardées de courte durée !) , décor changeant au gré du vent pour le ballet si léger des merveilleux cerfs-volants. Oui sur le parc balnéaire du Prado, pour la 33ème édition de cette Fête du vent qui attire des milliers de Marseillais, il y en eut pour tous les goûts et pour tous les âges sachant que le seul âge ici vraiment requis est celui de l’enfance. En se baladant, on tombe sur l’affichage d’un poème qui fait resurgir de notre mémoire cette joie immense de faire voler son cerf-volant, mâtinée d’une frayeur délicieuse …
(…) Les enfants
Mènent paître leurs cerfs-volants
Parfois sans prévenir
Ils franchissent une rivière,
Tant la liberté leur est chère.
Au bout du fil d’un cerf-volant
Il y a toujours un enfant.
Et de source bien informée,
Généralement on admet
Qu’on ne le revoit plus jamais
                                                                                            Bernard Lorraine .

 De l’argile, des mots, des images
Poésie, fantaisie, rêverie, magie, on se la joue « éloge de la paresse » et on reprend les mêmes mots pour parler de la naissance ce vendredi 14 septembre du nouveau Petit monde de Marcel Pagnol à Aubagne. On a raison car c’est bien de ça qu’il s’agit ici aussi. Et particulièrement de l’esprit d’enfance pour plonger dans l’univers de Pagnol à hauteur de santon,  un univers minuscule où pourtant tout est là, Bar de la marine, collines, Garlaban… et où ils sont tous là : Augustine, Joseph, Lili des Bellons, Manon… et leurs acteurs Raimu, Fernandel ,Vincent Scotto, Daniel Auteuil…
Tout a commencé en 1974 : Lucien Grimaud adjoint au maire eut cette bien belle idée de marier l’argile à l’univers de Pagnol. Avec Georges Berni et Georges Sicard ,ainsi que les santonniers qui ont répondu à leur appel, « Le petit monde de Marcel Pagnol » était inauguré dans l’ ancien kiosque à musique sur l’esplanade Charles de Gaulle. Idée qui contrinua à faire de la ville l’un des lieux les plus fréquentés du département : 300 000 visiteurs par an arpentant le territoire de Pagnol et de son oeuvre ,dont 60 000 pour Le petit monde

Mais le bâtiment avait vieilli, il n’était plus aux normes  : démoli puis reconstruit sur les hauteurs historiques d Aubagne, dans l’atelier de Thérèse Neveu, pionnière de la tradition du santon, il se décline aujourd’hui sur une nouvelle scénographie intégrant l’image et le son, y compris un topoguide virtuel ou sur papier. Ce qui est émouvant, devait souligner Sylvia Barthélémy, Présidente du Pays d’Aubagne et de l’Etoile, c’est la continuité, la transmission, de retrouver les mêmes noms de famille autour du berceau de cette nouvelle mouture : entre autres Scatturo, Chave, Sicard, Amy, Grimaud – avec sa fille Floryse qui a amené sur ce projet « son expertise, son érudition, sa sensibilité personnelle et surtout sa fidélité aux valeurs que lui a transmises son père. »
Que les amoureux de l’ancien monde ne soient pas tristes, le nouveau ne manque pas se séduction.
Plus d’infos : www.tourisme-paysdaubagne.fr

 

La chaire Averroès : enfin comprendre !

 

Ouvrir un espace à la pensée critique dans l’islam contemporain, tel est l’objectif de la Chaire Averroès. Créée par Thierry Fabre dans le cadre de l’IMéRA (Institut méditerranéen de recherches avancées), elle accueillera chaque année à Marseille des chercheurs de rang mondial. Pourquoi Averroès ? Parce que ce philosophe andalou né à Cordou en 1126 est une figure majeure de la pensée critique dans l’islam, le premier à avoir désacralisé la loi.
Cette première édition 2018-2019 donne la parole à Yadh Ben Achour, ancien doyen de la Faculté des sciences juridiques de Tunis, spécialiste de droit public et des théories politiques en islam, auteur de plusieurs ouvrages dont Tunisie, une révolution en pays d’islam. Qui l’a entendu en 2017 aux dernières rencontres d’Averroès sait qu’il marie une remarquable rigueur à un grand talent de conteur. (Voir ci-dessous le lien sur l’article de Dane Cuypers paru dans Le Monde des religions de décembre 2017). Six séances de deux heures pour comprendre enfin pourquoi la démocratie piétine en terres d’islam, alors qu’elle n’appartient à aucune culture, qu’elle est constitutive de l’Humain. Passionnant on vous le promet.
. Averroès et les autres. Introduction à l’Islam de la liberté.- Jeudi 27 septembre 2018 — 18h
. Sur le concept d’orthodoxie de masse. – Jeudi 29 novembre 2018 — 18h
. L’universalité de la norme démocratique et l’Islam.
La norme démocratique face au relativisme historico-culturaliste. • Jeudi 17 janvier 2019 — 18h
. L’universalité de la norme démocratique et l’Islam. L’Islam et l’universalité de la norme démocratique. • Jeudi 31 janvier 2019 — 18h
. Conversion, violence et tolérance.
Approche comparée entre l’Islam et le christianisme. • Jeudi 25 avril 2019 — 18h
. L’islam et la révolution- Jeudi 6 juin 2019 — 18h

 Les conférences  ont lieu à l’IMéRA,
les jeudis de 18h à 20h (entrée libre, dans la limite des places disponibles) IMéRA, Maison des astronomes, entrée par le 2 place Le Verrier, 13006 Marseille. Tram Longchamp
Plus d’infos : www.IMERA.UNIV-AMU.FR« 
yadh ben Achour

Les bonnes résolutions !!!

On adore ça les bonnes résolutions du Nouvel an et de la Rentrée. C’est très excitant et il en reste toujours un tout petit quelque chose, ce qui compte vraiment peut-être ?
Théâtre. Or donc, si sur vos tablettes mentales, vous avez inscrit ce mot , voici, après le programme du Gymnase à Marseille et à Aix en Provence, ( voir archives sur ce blog ou leur site) les promesses de La Joliette que beaucoup de Marseillais continuent d’appeler théâtre de la Minoterie. Pierrette Monticelli directrice du théâtre avec Haïm Menhem le soulignait en souriant. Car si ça bouge à La Joliette (ainsi de la fusion avec le Théâtre de Lenche devenu « lieu de confection » dédié au théâtre amateur et à la jeunesse), depuis cinq ans ça dure, perdure, fidélise avec un taux de fréquentation de plus en plus élevé – 74% sur les 116 levers de rideau de la dernière saison.
Théâtre, danse, musique, ateliers, lectures, découvertes d’ écritures contemporaines, « théâtre de bouche » entre midi et deux, prolifique bibliothèque … vous devriez trouver votre bonheur et vous concocter des moments riches et joyeux dans ce lieu doté d’un charme fou : l’endroit est superbe « non loin de la jetée où dorment les ferrys » et l’accueil si simple et si chaleureux Peut-être aurez-vous envie d’ un Ubu Roi  d’après Alfred Jarry, adapté par Anne Régolo au lieu de confection. Ou d’un triptyque Héroïne(s), par la compagnie Les Passeurs, brossant des portraits de femmes sous addictions (à l’alcool, à l’amour et au travail). Ou, valeur très sûre, quand on aime, un Valère Novarina avec « L’homme hors de lui : on nous annonce que « le comédien en virtuose, athlète du verbe, réinvente le monde en le nommant sous nos yeux et nos oreilles étourdies ». Nul doute on le sera, étourdi… Peut-être aussi un monologue dont le titre fait gamberger … Et Dieu ne pesait pas lourd… Aux manettes : Dieudonné Niangouna et Frédéric Fisbach. Je voudrais que quelqu’un caresse mon épaule, c’est l’accroche de la pièce Face à la mère de Jean-René Lemoine mise en scène par Alexandra Tobelaim. Un concert-spectacle pour « se consoler ensemble ». De la danse oh oui ! Avec Undated par La Compagnie du Solitaire : avec dix danseurs, Martine Pisani fait revivre un parcours artistique de plus de 25 ans. Ne pas confondre avec Unwanted : la chorégraphe et danseuse Dorothée Munyaneza a recueilli les témoignages de rescapées du génocide des Tutsi. En duo avec la chanteuse-musicienne afro-américaine Holland Andrews, elle porte sur la scène les corps et les voix de ces femmes, mères d’enfants nés des violences des bourreaux. Les mots, les langues – le français, l’anglais et le kinyarwanda – le chant, la musique et la danse pour une œuvre poignante . Citons encore The way she dies (photo ci-dessus)  par le collectif tg Stan et l’auteur portugais Tiago Rodrigues, tant son argument est alléchant : Anna Karénine le roman de Tostoi au centre et deux couples, l’un à Anvers, l’autre à Lisbonne. Pour découvrir moult autres propositions, baladez-vous sur le site et faites vos jeux.
www.theatrejoliette.fr

Université. Franchement quelle chance ! après une expérience réussie à Aubagne, l’Université populaire – ouverte à tous et gratuite – toujours sous la baguette efficace et bienveillante de Jean-Pierre Brundu, prend ses quartiers à Marseille. Concrètement, cela signifie que vous et moi, au coeur de la ville, à l’angle de la Canebière, les lundis soirs de 19h à 21, pourrons assouvir notre belle soif de connaissances, combler des lacunes qui nous chiffonnent depuis des années, approfondir des sujets qui nous passionnent… Apprendre tout en se faisant plaisir : 25 intervenants de qualité offrent leur savoir tout en accordant une large place à l’échange et au débat. Philosophie, économie, sociologie, histoire, sciences, langage sont au programme des 42 conférences. Citons les droits de l’homme, la mémoire, la colonisation française, les utopistes … Voici un aperçu des séances sur le langage, mon dada bien sûr  : Introduction à l’analyse linguistique ; complexité des langues et du lexique : l’aide des technologies du langage dans l’apprentissage d’une langue étrangère ; Chomsky et la grammaire générative ; aux origines gestuelles du langage …Pour le reste, tout est sur le site. Vite à vos agendas !
http://upop.info/ 06 11 43 55 79
La Fabulerie, 10 boulevard Garibaldi, 13001 Marseille

 

La cour des songes

A Marseille, au cœur du Panier, un lieu beau et calme, rien que pour vous ou presque. Ce lieu – chapelle et cour doté d’un platane somptueux – dépend la cathédrale de la Major qui l’ouvre parfois. C’est le cas jusqu’au 16 septembre. Les trois plasticiens des Pas perdus y exposent une série d’œuvres réalisées collectivement avec des habitants, notamment du quartier de La Joliette.
Rencontrer des gens, chercher leur potentiel poétique pour créer des œuvres, pour trouver légèreté et mieux affronter difficultés de la vie, tel était l’objectif.

Cela donne aussi une exposition très joyeuse avec des « boutures d’objets » (photo des assiettes glanées chez Emmaüs) ou des photos géantes de songes mis en images. Ainsi ce « Frioulisation totale » : la rêveuse a imaginé que, comme au Frioul où les végétaux savent survivre malgré l’invasion du sel marin en se courbant, des plantes s’élancent à l’assaut d’un immeuble en béton : symbole de résistance aux dominations de toutes sortes. Ou ce merveilleux nuage qui vient protéger un étal de poissons – devant lequel une songeuse passe régulièrement – agressé par le violent reflet d’un rayon de soleil sur du cuivre Sur place l’un des trois plasticiens vous commentera si vous le souhaitez les œuvres qui vous intriguent. Et, si petite faim ou grande soif, deux jeunes femmes vous proposeront un plat inventif ou un revigorant jus de gingembre.Un vrai songe de fin d’été.

La Cour des Super-Songes, 1 impasse Sainte-Françoise, Le Panier. Du mercredi au dimanche de 12h à 20h. Jusqu’au 16 septembre. Guy André Lagesse, Nicolas Barthélémy, Jérôme Rigault. www.lespasperdus.com

 

En boucle…

La lutte jamais finie, les espoirs qui tournent court, les épuisantes et dérisoires stratégies mises en place pour vivre une vie normale, la peur d’avoir l’air étrange, bizarre … tout cela Céline Lefève (directrice de la chaire coopérative Philosophie à l’hôpital – Assistance publique – Hôpitaux de Paris , auteure de plusieurs ouvrages sur le soin) le décrypte, avec une précision et une empathie exceptionnelles, dans un article où elle dresse un tableau de ce qu’est la maladie chronique. Toutes choses qu’on ignore sauf si on est soi-même atteint, car, il faut bien le reconnaître, ce n’est pas très palpitant ces symptômes récurrents, cette évolution qui n’en est pas une, ces répétitions incessantes…Difficile de s’y intéresser, de compatir alors qu’on le peut, assez spontanément, pour les « maladies graves »
Or… Or les 20 millions de personnes en France qui sont concernées vivent un petit enfer souvent peu spectaculaire, mais enfer quand même. On le sait : la vie est alternance. Oui, mais dans la maladie chronique cette alternance est permanente, si l’on peut dire ! C’est l’expérience d’un conflit sans fin « entre une tendance au chaos et à l’usure et la résistance et l’inventivité du malade. » L’enjeu de cette lutte : contrer la tendance de la maladie à vous déposséder de votre propre vie, à vous empêcher dans vos décisions, vos actes des plus banals, plus quotidiens, aux plus cruciaux. Une double vie, « une délibération permanente » Un combat pour rester dans la normalité, pour ne pas se laisser réduire à son agenda médical.
Cette lutte, ce combat ne peuvent pas se mener seul. La médecine doit certes soigner mais aussi soutenir ce travail de « construction de la vie avec la maladie » – et là il y a encore bien du pain sur la planche : il n’est pas sûr que cet aspect de la mission fasse partie de la formation des médecins. Céline Lefève rejette toute notion de dolorisme (ouf ! merci). La maladie facteur de dépassement de soi : non. Ce n’est pas la souffrance qui est riche et formatrice, ce sont les pratiques et les relations, mises en œuvre pour l’endiguer, entre soigné et soignants, entre le malade et les êtres chers.
Une consolation selon l’auteure : cet état favoriserait l’invention de sa vie, une manière réévaluée de la vivre où petit à petit se dégage ce qui importe profondément. Autre constat : il est difficile de faire le récit d’une vie ou même d’un moment de vie avec la maladie chronique tant l’alternance souffrance et soulagement, chute et relève s’enchaînent… Allez, on tente ?
La maladie chronique révèle les liens affectifs qui nous tiennent en vie. Céline Lefève. Le Monde. Mardi 21 août

La lutte à bras le corps, encore,  Le Lambeau. Ne passez pas à côté de cette lecture. Toutes les critiques enthousiastes que vous avez pu lire ou entendre sont encore en deça de la réalité. C’est un très grand livre qu’a écrit Philippe Lançon, journaliste à Libération et Charlie Hebdo, survivant de l’attentat du 7 janvier 2015. Sa vie saccagée, la mémoire de ses amis morts qui le taraude, la reconstruction du tiers de son visage détruit (sa mâchoire), ses 17 interventions chirurgicales, son combat quotidien pour survivre puis revivre puis vivre … tout nous est dit, sans pudeur mais sans pathos, sans dolorisme encore une fois, sans rage, au contraire avec une douceur vis-à-vis de lui-même et de tous ceux qui l’accompagnent. C’est d’une vérité et d’une beauté confondantes, on y perçoit l’essence même de la vie. On voudrait tout raconter, ses relations avec Chloé sa chirurgienne, les sonneries, les « merles noirs »  des chambres voisines la nuit, son retour vers les vivants par l’écriture d’un article suivi d’autres (celui qui écrivait n’était plus, pour quelques minutes, pour une heure, le patient sur lequel il écrivait : il était reporteur et chroniqueur d’une reconstruction), ses descentes au bloc avec La montagne magique de Thomas Mann, Les lettres de Kafka, La Recherche du temps perdu et plus précisément le passage sur la mort de la grand-mère, sorte de « prière préopératoire ».

Je rédige ces lignes et le soir même j’écoute sur France Culture le Répliques de Finkielkraut du 1er septembre intitulé « La mort de la grand-mère  dans La Recherche du temps perdu »  – que ces correspondances sont réjouissantes ! L’émission se déroule avec Philippe Lançon et Antoine Compagnon, et leur échange sur Proust est passionnant. Compagnon rappelle à Lançon que la musique, Bach, l’accompagne aussi dans son épreuve : Le clavier bien tempéré par Sviatoslav Richter, les Variations Goldberg par Glenn Gould ou Wilhem Kempff, L’Art de la fugue par Zhu Xiao-Mei. (Dans le livre il y a aussi un superbe passage sur un ami violoniste qui vient lui jouer la Chaconne dans sa chambre. )
Sur les ondes, le journaliste insiste sur l’importance dans son histoire de la famille, des amis, des médecins – il n’est pas d’accord avec le partis-pris proustien, agacé par son pessimisme et sa mise en scène permanente de la solitude, du mensonge et du malentendu. Mettant en avant le besoin vital de cette chaîne de bienveillance, il rejoint le propos de Céline Lefève . Et me renvoie vers un autre ouvrage (que je n’ai pas encore lu)- Le care monde de Pascale Molinier qui défend un mouvement en train de prendre de l’importance, celui du développement éthique de la sollicitude, mouvement venu des Etats-Unis. Comme nous est venu, à l’inverse, le pathétique raz-de-marée de la psychologie positive et du développement personnel qui font peser sur l’individu l’entière responsabilité de sa condition et dont rend compte Happycratie sous la plume d’Edgar Cabanas et Eva Illouz (que je n’ai pas encore lu non plus). Enfin ! un contre-pied aux innombrables déclarations sur cet impératif du bonheur. L’incompréhension teintée de mépris qui vous tombe dessus si vous vous insurgez contre cette dictature… Dans Le Lambeau on lit : « Je suis hermétique aux méthodes Coué et à la méditation

Le Lambeau. Philippe Lançon. Gallimard
Le care monde. Trois essais de psychologie sociale. Pascale Molinier. Lyon, ENS Éditions, coll. « Perspectives du care .
Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies. Edgar Cabanas et Eva Illouz . Premier Parallèle.

Le boulevard Baille, Jean Giono et Denis Lavant

Je lis Noé de Giono – écrivain que j’ai le tort de  mal connaître – pour l’écriture d’un essai littéraire dont j’espère vous reparler bientôt. Livre étonnant, pas si facile, qui mêle autobiographie et bribes de fictions, livre avec des moments d’écriture qui ravissent. La lecture me conduit vers la page 150 à quelques mètres de la rue où j’habite à Marseille, contiguë au Boulevard Baille. Et me voilà dans le tram 54 que prend souvent Giono pour aller chez un ami qui l’accueille. Tram 54 devenu »mon » bus 54 qui va de La Timone aux Catalans. Il s’y passe des folies dans ce tram… Mais ce qui m’intéresse plus encore c’est que Gionio s’attarde sur un petit tronçon entre la rue Lodi et la rue des Vertus (celui donc où j’habite) et mentionne « ma » pharmacie au coin du boulevard Baille et de la rue Lodi. Ce large boulevard aux arbres superbes est décrit comme un paradis par l’auteur de Colline. Aujourd’hui la saleté, la circulation infernale en particulier des deux roues, l’arrogante incivilité des conducteurs et l’impunité absolue l’ont transformée en cauchemard – d’ailleurs je vais déménager !

Lisez donc ce passage sur un boulevard Baille de rêve…
Je vais chez Gaston P. , à l’extrêmité du boulevard Baille.(…). Mais, ce matin, j’aime mieux ne pas attendre le tramway. Le boulevard Baille dans cette lumière est charmant, surtout après qu’on a dépassé la rue de Lodi, et surtout du côté gauche à cette heure. Il y a là cent mètres qui me rappellent la rue d’une ville inconnue que je vois souvent en rêve. C’est toujours la même ville : je fais le rêve quatre ou cinq fois par an. (…) Je ne sais pourquoi ces cent mètres de boulevard Baille (de la pharmacie qui fait le coin le coin de la rue de Lodi jusqu’au bar Sicre) me font penser à cette ville inconnue (…) ; peut-être dans la largeur du trottoir sur lequel, dépassé un petit atelier de dépannage et gonflage de pneus, il n’y a presque jamais personne ( comme dans mon rêve) ; ou peut-être dans la lumière glauque qui suinte du feuillage des platanes (mais il y a une lumière semblable dans d’autres rues). Ou alors, voilà ce qu’il y a (et j’y réfléchis pendant que je parcours lentement les cent mètres dont je parle), cet endroit-là est particulièrement silencieux ; on a dépassé le bruit à partir de la rue de Lodi ; ici, à part le bruit du tramway 54 qui passe rarement et quelques autos qui filent vite, il n’y a presque pas de trafic ; très peu de passants, pas de magasins, des volets clos. On marche, soudain on entend son pas, le bruit de sa propre marche. On a cette impression bizarre (ou tout au moins j’ai cette impression bizarre) d’être allé plus vite que le son, plus vite que le bruit qui est resté au carrefour de la rue de Lodi et, pour si fugitive et si légère que soit cette sensation, c’est une sensation de rêve.

Et venez donc au Mucem samedi 18 août à 18 heures pour une lecture d’autres extraits de Noé où Denis Lavant nous fera voyager dans ce Marseille onirique d’un Jean Giono nostalgique

Entrée libre. Places d’armes du fort Saint-Jean. 18h

Youn Sun Nah : dans les étoiles !

Bleu-nuit du ciel, divine chaleur et cigales dans le parc du Palais Longchamp pour applaudir la merveilleuse chanteuse coréenne. Visage lunaire, voix envoûtante qui vient du ventre avant de s’envoler dans les aigus et de nous envoyer dans les étoiles. Youn Sun Nah et le Marseille Jazz des 5 Continents, c’est une histoire née en l’an 2000. La chanteuse avait invité Yilian Canizare, violoniste et chanteuse, et le trompettiste ErikTruffaz. La rencontre entre les deux femmes fut un moment d’énergie intense, de douceur explosive. Celle avec le trompettiste une plage d’éternité éphémère. Bravissimo. (Impasse sur le troisième invité, Dhafer Youssef, le métro fermant à minuit et demi…quel dommage !)
Jeudi 26 et vendredi 27 , les deux derniers concerts. On y va ? Oui !  …
programme sur www.marseillejazz.com

Forcené de la vie…

Touchée par la disparition de Claude Lanzmann qui trouvait la mort scandaleuse – comme Cavanna, auteur de Stop-Crève, que j’adorais autant. Lazmann disait détester la mort et ne pas aimer la musique. Déclaration qui laissait ses intervieweurs interdits : ne pas aimer la musique d’accord. Mais oser le dire ! D’ailleurs détester la mort, la sienne, n’est pas non plus très bien vu.. Il faut tout positiver vous savez bien.

Dans le bel article, comme elle excelle à les faire, paru dans Le Monde du 7 juillet, Josyane Savigneau nous le raconte : le cinéaste de la Shoah bien sûr mais aussi le journaliste, le voyageur infatigable, le compagnon de Simone de Beauvoir entre 1952 et 1959, le seul homme avec lequel elle ait cohabité. Elle nous encourage à lire Le lièvre de Patagonie, un livre magistral d’un amoureux forcené de la vie. Je vous y encourage aussi : c’est un de mes meilleurs souvenirs de lecture . Quelle énergie, quelle liberté, quelles luttes aussi. Lire également, en tout cas impérativement si l’on est un jeune journaliste, La tombe du divin plongeur qui regroupe ses articles ( clin d’œil à mes anciens élèves du CFPJ).

 

Le règne du bruit

L’enfer de la soirée du 15 juillet. Klaxons, pétarades, pétards, beuglements, hurlements et sirènes du Samu vers l’hôpital de la Timone tout près. Informe. Chaotique. Il fait chaud. Vous devez fermer vos fenêtres si vous voulez écouter une émission . Ah parce que vous n’en avez rien à badigeonner du foot, cette grande communion populaire ? Rien à badigeonner, non. Horreur des communions, celle dans le ballon étant sans doute une des moins dangereuses. Ce qui est tout à fait insupportable pour moi c’est l’expression des sentiments réduite aux modulations d’un klaxon.

La veille, la débilité, comme l’année dernière,  du feu d’artifice marseillais affadi, dépoétisé par une musique empêchant d’entendre la rumeur admirative de la foule ou les applaudissements.

Il ne faut jamais nous laisser sans  fonds sonore, sans musique, des fois que ça nous laisse sans-voix. Et des fois qu’on se mette à penser… Non mais !

Claude Lanzmann n’aimait pas la musique ….   J’aurais aimé l’interviewer là-dessus.

Girafe littéraire

En haut de la Canebière, tout près de l’église des Réformés, une girafe géante qui nourrit son bébé de livres ! Et nous, passant là, on se sert.  Quel plaisir d’y trouver ce matin Le lotissement du ciel de Blaise Cendrars et le premier tome des Mémoires de Churchill . On ne sait pas qui a eu l’idée de cette girafe maternelle et littéraire, mais on le félicite grandement. Demain je  nourrirai  le girafon (?) d’au moins trois livres c’est juré !