Vite vu

La crevette, le tofu et l’hostie
Désopilante chronique de Guillaume Erner le vendredi 22 avril lors d’une journée France Culture en Israël. Question : une crevette faite de tofu est-elle kasher ? Est-ce l’idée de la crevette, comme dans l’hostie l’idée du corps du Christ,  qui compte ? Ecouter-voir en replay.

Une sublime journée
Dans la rue, un SDF à qui je ne donne rien me souhaite « une sublime journée ». Une autre à qui je demande comme ça va ou quelque chose de ce genre me regarde, écœurée : je  vais pas vous raconter ma vie pour 40 euros…

Bistro-maison
Je vais beaucoup dans les bistrots ces temps-ci (c’est là que je travaille le mieux, comme Nathalie Sarraute, cela dit sans vergogne !) et je regarde les couples arriver et s’installer. Les gars n’en ont strictement rien à badigeonner de la place, les nanas hésitent, se concentrent et tout à coup foncent : elles choisissent leur « maison » pour ce moment-là, ce n’est pas anodin..

« Les Rendez-vous de demain »


Le dernier « Rendez-vous de demain » de la saison c’est demain… mardi 24 avril à 19h00. Sur le thème : Quels grands défis politiques et internationaux en Méditerranée ?

Sept ans après les révolutions arabes, le monde méditerranéen est en pleine ébullition voire en plein chaos. Que s’est-il passé exactement ? Peut-on faire une histoire de la contre-révolution ? Qu’est-ce qui se joue aujourd’hui, pour demain, entre Europe et Méditerranée ? De nouveaux dispositifs qui favorisent la paix, les libertés et une espérance démocratique peuvent-ils voir le jour ? La mer Méditerranée est-elle condamnée à rester la frontière la plus dangereuse du monde? Quelle place pour le droit et pour les institutions dans les grands défis politiques et internationaux à venir ? Des régulations nouvelles peuvent-elles être créées ?
Rencontre avec Jean-Pierre Filiu,  professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris) qui a récemment publié « Généraux, Gangsters et Djihadistes – Histoire de la contre-révolution arabe.  aux éditions La Découverte et Rostane Mehdi, professeur de droit public et directeur de Sciences Po (Aix)
Entrée libre à partir de 18h30
Rencontre animée par Stéphane Paoli
Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre français – 13001 Marseille
www.lestheatres.net

Adieu Ferdinand !

 

Philippe Caubère a la grâce. Jusque dans sa façon de saluer. Celle d’un danseur. Désinvolture, élégance et quelque chose de l’ordre d’ une profonde gentillesse qui passe on ne sait trop comment.
Il est le farouche défenseur d’un théâtre populaire intelligent. Ses spectacles ont l’authenticité, la sincérité, la force du travail bien fait, et le public le sait. Ce soir -là encore, au Théâtre du Gymnase, les Marseillais offrent à l’enfant du pays ses rires et ses applaudissements, généreux, heureux, un adhésion sans condition.
Philippe Caubère a la grâce. Elle lui permet de tout traiter, tout oser. N’importe qui d’autre donnant des textes de la teneur de Adieu Ferdinand tomberait dans la vulgarité, sombrerait dans le graveleux. Pas lui. Il frôle, il flirte… Sa finesse naturelle ne peut pas disparaître : elle est le garant de la qualité de notre plaisir. Il a inventé voilà plus de trente ans un autre théâtre. Le sien. De l’autofiction avant l’heure, le récit de sa vie passée à la fois réelle et fantasmée au travers de Ferdinand, son alter ego théâtral, auquel il fait ici ses adieux. « Un testament provisoire. Et jubilatoire » dit-il.

L’acteur est prodigieux, on dit  « un phénomène, » et ce n’est pas un cliché : c’est vrai (encore que le phénoménal c’est sans doute la quantité de travail). Et l’auteur est à la hauteur de la performance. On avance souvent que le comédien sert le texte. Dans le cas de Philippe Caubère, on se demande si ce n’est pas le contraire. Il est déchainé dans le premier spectacle La baleine. Et Le Camp naturiste. Cela commence avec Ferdinand, 30 ans, qui a une envie irrépressible de tromper Clémence avec une comédienne du Théâtre du Soleil. Il me fait penser à Reiser, me disait Valérie, perspicace compagne de théâtre. Il dessine ses personnages dans l’air, particulièrement quand ils sont à walpé  (un mot d’argot qui surgit de ces années-là, les trente Glorieuses, et de mon clavier ! ), il les dessine à la façon de l’inoubliable dessinateur de Charlie Hebdo. La férocité du trait et la tendresse pourtant. Reiser oui – mais bien sûr aussi Fellini pour la jouissance de l’excès – quand l’acteur mime la tromperie de Ferdinand avec la femme-baleine en anorak ou les errances dans le camp de naturistes. Le camp de Montalivet :  Ici on rentre nu. Qui a goûté même de très loin à cette expérience de mise à poils obligatoire se tord de rire quand Ferdinand, catastrophé, excédé, avertit d’emblée que, lui, il dort en pyjama, ou quand l’horrible voisin de bungalow délire sur la petite culotte d’Ariane. Il y a dans le texte et dans l’interprétation une inventivité prodigieuse : ça coule, ça ruisselle, ça dérape, ça rebondit, ça explose…

Photo Michele LaurentC’est une toute autre histoire que nous raconte Le casino de Namur. Dérangeante tant la famille est décrite comme persécutrice, castratrice. C’est de la famille que partent les guerres, affirme Philippe Caubère. Mais c’est aussi, bien sûr, une histoire hilarante. On a envie de dire – alors on le dit ! – au nord y avait les Corons, et en Belgique les champs de betterave. Ah, il s’en est donné à cœur joie l’auteur en campant cette famille, belge donc, mais elle pourrait être de n’importe où, les parents et les deux fils, leurs 18 000 hectares, leur maison tout plastoc. Le sort du fils Jean-Marie voué à la betterave mais voulant désespérément faire du théâtre est terrifiant. Ferdinand et son ami Bruno vont le découvrir. C’est évidemment énorme, il prend des torgnoles, il bosse comme une bête, il est malade – une oreille sans cesse ,saignante due à l’alcool (oui, de betterave) dans le biberon. Mais la betterave mérite tous les sacrifices, elle est le seul horizon, l’argument et la raison de la famille. Les murs sont rose betterave et sur un tableau flamboient deux betteraves, la sucrière, la fourragère : « On dirait des vraies, il ne leur manque que la parole !  » s’exclame Ferdinand. Jusqu’à la grand-mère qui succombe en arrachant un gigantesque pied du dit légume et finit dans la fosse commune, toujours attachée à la plante assassine. On le voit : un peu rude pour les sensibilités frileuses, de l’or en barre pour amateurs de délires burlesques. Quel imaginaire ! celui du langage, celui des gestes. Les addictifs n’auront aucune hésitation. Les autres c’est le moment de saluer Ferdinand ! Et la virtuosité d’un « homme-théâtre ».
Photo 1 Gilles Vidal et photo 2 Michèle Laurent

La baleine et Le camp de naturiste. Le casino de Namur. En alternance
La baleine. Et Le Camp naturiste, 27, 28 mars, 3 et 6 avril, à 20h30 sauf mercredi 28 à à 19h. Théâtre du Gymnase, Marseille.

Le casino de Namur, 30 mars, 4 et 7 avril, à 20h30, sauf mercredi 4 avril à 19h. Théâtre du Gymnase. Marseille.
08 2013 2013 et lestheatres.net

 

 

 

 

 

 

C’est ridicule mon amour…

Les fans de Brigitte Mougin ont déjà réservé. Les autres, on vous promet une rencontre avec une auteure- comédienne atypique, bourrée de talent. Humour, amour, absurde, poésie, suspense…une soirée pour fêter le printemps

Une soirée avec « Marseille Pagnol »

C’est poétique, chaleureux, plein de détails qu’on ignorait. Il y a des souvenirs égrenés de façon émue, joyeuse, sans chichi, jusqu’à cet ex- nourrisson, si fier d’avoir été le bébé d’Angèle ! Il y a les commentaires passionnants de l’écrivain marseillais Philippe Carrèse ou ceux passionnés de Floryse Grimaud , créatrice du « Prix Marcel Pagnol », qui évoque l’amitié de son père Lucien Grimaud avec l’enfant d’Aubagne.  Il y a des vues splendides sur Marseille, sur les collines sacrées – quasiment ! – du Garlaban, sur l’hôtel particulier avenue Foch où vécut l’académicien…


Une soirée avec « Marseille Pagnol » c’est donc ce à quoi vous invite le film de Jean-Louis André programmé lundi après le Soir 3.  Soirée car les 52 minutes de ce documentaire (projeté en avant-première au Château de La Buzine)  à la fois passent  très vite tant on se régale,  et semblent se dilater tant l’essentiel de Pagnol est là.
Alors l’éternelle question :  folklore ou pas l’oeuvre de Pagnol ? Si le folklore c’est le signe d’une culture vivante, de traditions qui nourrissent un territoire, vive le folklore ! Qui n’empêche pas d’atteindre l’universel. C’est cliché de le dire mais profondément vrai : c’est dans le particulier que s’enracine l’universel.
Bonne soirée !
Un film de Jean-Louis André 
coproduit par France 3 PACA et Armoni Productions. Lundi 12 mars 2018. Et replay

Demain la Méditerranée

Sortir du repli, de la défiance, faire circuler la connaissance, cerner les grands enjeux de notre temps, comprendre ce qui va façonner notre avenir… ambitieux programme. Initiative de l’IMéRA, l’Institut méditerranéen de recherches avancées, Les Rendez-vous de demain entendent relever le défi en invitant scientifiques, spécialistes, universitaires, chercheurs, écrivains qui sont les mieux à même de nous donner les clés du futur.
Le 2ème cycle « Demain la Méditerranée » (trois séances) commence le 13 mars sur le thème : Quels styles de vie, comment vivre demain ? Simple mais essentielle question à l’heure du bouleversement climatique et de la destruction de notre relation à la nature. Le monde mé́diterranéen est un monde particulièrement sensible et fragile . De nouvelles approches sont nécessaires, pour apprivoiser et aménager nos « métropoles sensibles » et imaginer un autre style de vie pour le XXIème siècle. Rencontre avec : Thierry Fabre, essayiste et chercheur, fondateur des rencontres d’Averroès, a récemment publié « Méditerranée, penser l’après du désastre », Revue Gibraltar, N°6 ; Pauline Marchetti, architecte, a codirigé « Belle Méditerranée. La métropole sensible ». Entre cours magistral, au sens premier, et envolées spontanées, un moment d’intelligence orchestré par l’excellent médiateur qu’est Stéphane Paoli
Les plus : c’est gratuit et cela se passe sur le plateau du si joli théâtre du Gymnase.
Les Rendez-vous de demain. Mardi 13 mars 2018 de 19h à 21h. Théâtre du Gymnase, 4 rue du Théâtre Français, 13001 Marseille.

 

Encore du souci…

Dans une briocherie,  j’achète un sandwich. Vous voulez une boisson me demande le vendeur . « Non merci ». « Pas de souci ! » me répond-il. De temps en temps je relève avec une certaine acrimonie (dont je ne suis pas très fière) le « pas de souci » qui vous le savez ô mes lecteurs-trices m’est assez insupportable. Mais là, d’hum eur légère, je lui explique fort gracieusement à quel point cette expression nous envahit. Il rit, tout à fait ravi. Et me dit qu’à Marseille (il a une tête de gavroche sympa ), il est frappé par le « ça va », qui signifie la même chose. Il n’a pas tort. En me rendant ma monnaie il m’informe qu’il « fera fi « désormais de ma remarque. Comme il est sympa, je lui explique que « faire fi de «  signifie en avoir rien à badigeonner, de moi, de mes conseils, de mes soucis… Comme il est décidément très sympa, il me remercie avec un fort joli sourire  : il en tiendra compte !

Mazette quel régal !

clichés S. Marchal et A.Jerocki

Il aura fallu que j’attende d’avoir l’âge qu’a aujourd’hui Philippe Caubère pour le voir sur scène … Ce n’est sûrement pas le cas de la majorité du public au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence ce jeudi 6 février 2018. Public qui réagit au quart de tour dans les adresses que lui fait l’acteur l’encourageant à expliquer aux autres, les petits nouveaux à mon image, d’anciens épisodes – sinon ajoute-t-il y a les DVD… Mais à la sortie il me rassure : contrairement à une légende tenace, à chaque représentation beaucoup de gens le découvrent. Cela fait 35 ans pourtant que ce fils du Soleil grandi chez Ariane Mnouchkine déroule sur un plateau le fil de sa vie en mettant en scène les personnages de son existence et d’abord sa mère.
il n’est jamais trop tard pour se régaler et quel régal mazette quel régal ! que ce Bac 68 où Claudine, atteinte de paraphasie (occasion de formidables glissements du langage) et de logorrhée, monologue, si l’on peut dire, avec son fils Ferdinand, dans l’espoir de le voir s’intéresser à cet examen sensé lui éviter de devenir coiffeur. Mais Ferdinand s’en fout : il veut être comédien. Caubère, affublé d’un châle écossais, est sa mère qui se raconte et raconte l’histoire de France, la nôtre : De Gaulle, Malraux, Louison Bobet, Halliday, la lutte des classes, les prêtres-ouvriers…  Avec des apparitions d’Ariane, surmonté de sa touffe de tifs. Avec la bonne, pardon la femme de ménage, pardon l’employée de maison : elle sait tout, un vrai moteur de recherche ! Avec les manifs : pendant trois semaines les étudiants-diants-diants se sont levés avant midi, ils s’en souviennent encore !
On rit beaucoup pendant cette première partie, mais peut-être encore plus dans la seconde où le candidat Faure passe  l’épreuve orale du bac. Matière : géographie. Sujet : la Sibérie. Irrésistible : Soljenitchine, Moiuchkine (ou quelque chose du genre), les rennes qui bouffent du lichen sur le transsibérien en passant par la Lorraine ( ou quelque chose d’approchant). Philippe Caubère s’amuse, je crois, autant que nous  de son texte drôlissime, écrit comme le reste à partir d’improvisations. N’attendez donc pas, ô vous peuple des  non initiés, d’avoir son âge pour l’applaudir. Courez au Théâtre du Jeu de Paume, jusqu’au 10 février. Et en mars c’est à Marseille que le génial Marseillais donnera Adieu Ferdinand, un testament, peut-être provisoire, deux spectacles inédits en tout cas.

Le bac 68. Du mardi 6 au samedi 10 février à 20h30 sauf mercredi à 19h Théâtre du jeu de Paume. Aix-en-Provence.
Adieu Ferdinand ! Du vendredi 30 mars au samedi 7 avril. Théâtre du Gymnase. Marseille.
08 2013 2013 et lestheatres.net

 

 

 

Sortir et rentrer plus riche

. « Anne Delbée, monte Requiem pour Camille Claudel . Elle nous confie ici quelques-unes de ses certitudes … »
La suite de l’interview réalisée par  Patrick Ducome en suivant le lien. Amoureux de Camille et de son oeuvre,  ne pas s’abstenir…
http://www.artistikrezo.com/spectacle/anne-delbee-et-le-spectacle-vivant.html

. Le Cambodge se rappelle à moi en venant me chercher à Marseille… Si vous ne savez rien de ce merveilleux pays qu’est le Cambodge, rien de la tragédie des Khmers rouges qui le lamina entre 1975 et 1979, si vous en savez déjà un peu ou beaucoup mais n’avez jamais vu La part manquante, le plus beau, le plus bouleversant film du réalisateur Rithy Panh, réservez votre soirée de ce jeudi 8 février. En présence de l’artiste khmer, Séra. Dans le cadre des Rencontres Cinématographiques des Droits de l’Homme en Provence
Cinéma Les Variétés. 20h.
Souvenirs, souvenirs : le lien ci-dessous pour voir l’affiche du Festival Visages du Cambodge, 2010, à L’Entrepôt, avec un dessin généreusement offert par Séra.
affiche-Impression

. Et si –  trop froid –  vous restez chez vous, écoutez Kamel Daoud,  l’auteur du prix Goncourt 2015 Meursault contre enquête (Actes Sud), en podcast sur France Culture (La Grande table 2ème partie- 5/2/2018). Une telle liberté, une telle acuité de pensée sont rarissimes chez un intellectuel qu’il soit du Nord ou du Sud. Et puis lisez Mes indépendances (Actes Sud),  ses chroniques 2010-2016 parues dans Le Quotidien d’Oran.

Arnaque

Cadeau empoisonné que ce gigantesque (12 mètres 35 tonnes) bouquet of tulips offert par Jeff Koons et qui devrait trôner à Paris devant le Palais de Tokyo. Et pas d’une façon temporaire : nous serions condamnés à vie à ces fleurs offertes par l’artiste – décidément en mal d’inspiration – en hommage aux victimes des attentats de novembre 2015. Sur France Culture, les critiques d’art Yves Michaud et Stéphane Corréard ne sont pas tendres avec le père de la ménagerie,  chiens, homards, lapins… « œuvres » qui, si elles n’étaient pas foncièrement touchées par le génie, ne revendiquaient pas de portée éthique. C’est obscène, dit l’un des intervenants : c’est de l’arnaque d’ingénierie financière, du trumpisme esthétique.
Hors de prix en effet le bouquet et, comme disait Coluche, c’est nous qui payons (la réalisation ! si si.) S’ensuit un développement plus qu’intéressant sur l’art contemporain lié à l’industrie du luxe.
Sur France Culture le vendredi 26 janvier 2018