Adorable Sagan

A la télé dans une émission de Marie Drucker sur les années 70, un extrait de la scène où Desproges interviewe Sagan en jouant l’abruti total. L’adorable Sagan qui croit vraiment avoir affaire à un nul répond à ses questions les plus saugrenues en s’efforçant de ne manifester aucune surprise. C’est drôlissime et touchant. J’ai toujours adoré et Sagan et son écriture. La femme, sa politesse du cœur, son authenticité absolue. L’écrivaine, son élégance, sa musique. Oui j’ai toujours aimé Sagan qui redevient à la mode et je me sers dans mes ateliers d’écriture pour les journalistes d’un de ses livres « Avec mon meilleur souvenir « ( en poche ). Car contrairement à l’idée qu’on s’en fait, son écriture est très précise, très efficace, témoins ses portraits de Billie Haliday ou d’Orson Welles, sa façon de raconter sa passion de la vitesse ou de la cigarette. Bref la réédition d’un texte introuvable de Sagan est un grand plaisir. « Toxique » qui vient de sortir chez Stock est son journal de l’été 57 ( trois ans après la publication de « Bonjour tristesse ») au cours duquel elle suit une cure après avoir été intoxiquée par trop de morphine à la suite d’un accident de voiture.
Le lire d’une traite, avec un café allongé, soit une demi-heure dans un bistro, c’est ce que je vous conseille. Une demi-heure de régal littéraire avec les notes d’une jeune femme de 22 ans qui a peur du manque, de la souffrance et le dit avec cette irrésistible lucidité, cette absence totale de paraître qui la rendent si proche. La patte Sagan est là : formules lapidaires, auto-coups de griffe, attitude de profonde empathie et d’observation féroce des autres malades : « Apollinaire que j’ai lu ce matin … de quel oeil verrait-il ces douces dames schizophrènes plus que damascènes se balader dans les allées mortes de ce parc, chapeau violet de paille sur un crâne agité, obstiné parfois sur une idée, une merveilleuse petite idée qui les comble. » A l’attention de stagiaires en écriture qui gémissent souvent sur leur manque d’imagination je cite aussi :
« J’aimerais écrire des choses qui se passent en Espagne, avec du sang et de l’acier, ou à Florence sous les Borgia(,) mais non.
Mon domaine c’est apparemment « il a mis le café dans la tasse, il a mis le lait dans le café, il a mis du sucre, etc. »
Toxique de Françoise Sagan. Stock,15 euros. (Stock va publier tous les titres de Sagan des années 1970 et 1980 entre cet automne et 2011.)
Et aussi …
Question de style de Dane Cuypers, CFPJ. A la Fnac ou à commander chez votre libraire.

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