Allégresse …

Marseille, Quai des Belges vers 1900 (collection bibliothèque de l’Alcazar)

 

Que mon livre sorte ces jours-ci frémissants  d’espoirs solaires n’est pas pour me déplaire… Alleluia !  il est né ce bébé de papier qui connut bien des aléas. Il s’appelle Albert Cohen-Marcel Pagnol : une amitié solaire (éditions de Fallois). Oui solaire… En arrivant à Marseille  je connaissais très bien le premier, assez peu le second. Cette amitié née en 1906 au Grand Lycée (devenu lycée Thiers) dont je ne savais pas grand chose, m’intriguait.  Deux personnalités, deux écritures si différentes. Albert Cohen le solitaire, l’écorché, Marcel Pagnol le rayonnant, le meneur d’hommes. Cohen, les mots de la démesure, les folies de Belle du Seigneur, l’épopée des juifs ; Pagnol le classique, le populaire, les collines de la belle Manon, la vie des vrais gens. En savoir plus, partir en quête de cette rencontre m’apparut aussi  comme une façon d’entrer dans Marseille, la faire un tout petit peu mienne.
Et voilà c’était parti pour des mois.  Très vite je compris que ce serait passionnant mais  pas facile du tout. Très vite aussi je vis ma chance, celle de vivre  avec deux hommes hors du commun.  Bernard Pivot, qui me fait l’immense plaisir de me consacrer sa chronique dans le JDD  du dimanche 5 juillet dit – et il a raison – que je fais le récit de  cette amitié avec allégresse.
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Or donc, voici, couchée sur le papier,  l’amitié peu connue de deux hommes, nés la même année en 1895, dans la lumière, celle de Corfou pour Cohen, celle de la Provence pour Pagnol, deux Méditerranéens qui adulent l’un et l’autre leur mère et qui aiment férocement la vie, entre autres les femmes … Oui, on peut le dire une amitié solaire qui grandit sur les bancs du lycée et dans leur quartier La Plaine. Devenus adultes, ils se voient peu (Cohen s’installe à Genève, Pagnol vadrouille entre Paris et le midi), mais s’écrivent beaucoup, s’épaulent, s’encouragent, tendres, moqueurs aussi, jusqu’à la fin de leur vie. Une amitié sous le signe de l’enfance. Sans envie, sans rancœur, sans stratégie.

En entrant dans le livre, qui est une sorte de double biographie, de portraits croisés, j’espère que le lecteur aura envie soit de découvrir tout ce qu’il n’a pas encore lu, selon le cas, de Pagnol ou de Cohen, soit de plonger, alléché par les citations, dans le monde de l’auteur qu’il ne connaît pas ou peu. Autre enjeu, « sortir Pagnol de la pagnolade », du régionalisme où il est souvent cantonné (alors qu’il est traduit en 35 langues ! et que ce qu’il raconte est universel ) au prisme de son amitié avec Cohen, l’auteur reconnu par l’intelligentsia parisienne (mais qui a dû attendre d’avoir plus de 70 ans pour rencontrer un vrai succès). Et parallèlement sortir Cohen de son aura tragique. Certaines scènes qui se passent par exemple à Marseille (car oui il y en a même si tout le monde les zappe de son souvenir !) sont drôlissimes. Et le parler marseillais de Cohen vaut celui de l’auteur de Marius.

Enfin le livre tente de ressusciter par petites touches l’âge d’or de la ville : les luxueux hôtels, les cafés baroques sur la Canebière où se croisent carrioles, charrettes, fiacres, premières automobiles, sans oublier surtout le tram : on circule sur 93 lignes et 175 kilomètres de voies… Avec, M’sieurs-dames, un tarif unique à 2 sous… Franck Fernandel écrit : «  Qui n’a pas connu Marseille en 1907 n’a rien connu ! Qu’elle était belle ma ville, quand ce siècle avait sept ans et que les grincements des essieux, les tintements des grelots, les hennissements des chevaux et les engueulades en provençal faisaient une sorte de chœur antique au soleil. C’était le temps où Marseille marseillait. »
Et si ce temps, à sa façon,  refleurissait …

Albert Cohen-Marcel Pagnol : une amitié solaire. Editions de Fallois

Dédicace  (et conversations !) le samedi 18 juillet 2020 de 15h à 18h à la boutique Créations du Sud à Aubagne, en face de la Maison natale de Marcel Pagnol.

 

 

 

 

Une réponse sur “Allégresse …”

  1. Bravissimo Dane !
    Tellement contente que le divin bébé soit né et enfin salué !
    Sue sa route soit aussi solaire que l’amitié entre ces deux hommes , aussi solaires qu’ils l’étaient eux même… ils ne pouvaient être écrit que par une Dame solaire …
    Dès que je retrouve un semblant de liberté, je le lis enfin .
    Bisous
    Aline B

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