Prière de ne pas développer …

photo Dane Cuypers

Dites-nous de quoi vous avez besoin, on vous dira comment s’en passer… Je ne sais pas de qui c’est mais c’est drôle. Allons,  pas de mauvais esprit : les masques sont là. On passe pour l’instant l’éponge en ces temps de nettoyage frénétique. Lavez-vous comme moi vos fruits, et vos légumes, kiwis avocats, à l’eau et au savon ….

Je vais aller vite car je n’ai pas le temps ! Oui, dans Le grand confinement – chrononyme qui restera peut-être pour qualifier cette période que nous venons de vivre – je fus très occupée. Je décide de ne pas expliquer pourquoi. Ou « Prière de ne pas développer «  comme, je vous le rappelle, disait Albert Cohen à un interlocuteur quand il n’en pouvait plus d’une conversation sans intérêt à ses yeux où il s’ennuyait à périr.
Bref donc. Mes  pépites de ces dernières semaines.

. Edgar Morin. Cette crise devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat. Morin corona. Le Monde,  19 – 20 avril 2020- une interview menée par Nicolas Truong. Notre philosophe préféré n’a pas de réponses à la crise mais il pose les bonnes questions avec son acuité coutumière.

. Charlotte Delbo. Découvrez sa correspondance avec Louis Jouvet dont elle fut la secrétaire mais bien au-delà. : elle suivait et transcrivait en sténo ses cours. Elle était son amie. C’est lui et Alceste et plus largement les textes de théâtre – elle en connaissait beaucoup par cœur – qui l’aideront à survivre dans les camps ( sur France culture 1er mai 2020 – rediffusion).
Lisez surtout Aucun de nous ne reviendra. Bouleversant et superbe. ( J’ai écrit un grand papier sur ce blog « Le théâtre « avec la peau du ventre » le 11 juillet 2013. Il suffit de taper Charlotte Delbo dans RECHERCHE – colonne de droite pour y accéder.)

. Paul Preciado. Il est reçu par Adèle van Reeth dans  Les chemins de la philosophie. J’écoute deux fois ses propos car c’est passionnant mais complexe. Il explique dans le sillage de Foucault (Je vais lire sans tarder Surveiller et punir) ce que sont les  » techniques disciplinaires » qui régulent, gouvernent  les corps.  En temps  normal et dans l’ensemble nous intégrons   cette discipline, l’art de gouverner les corps libres (on ne parle pas ici des prisons, des lieux de rétention, d’exclusion)  – sans nous en rendre compte. Depuis la crise du covid-19, les techniques de « dressage » ont changé. Confinés dans nos maisons, nous y sommes aussi surveillés. « Nos maisons ne sont plus des espaces clos, nous sommes sous surveillance bio- numérique. » ( cf le télétravail) . Quel est l’objectif : garder la force de travail et la force de reproduction. Le philosophe pense que nous vivons une mutation planétaire comparable à ce que fut l’imprimerie, le passage d’une société orale à une société écrite,  où il fallut apprendre à rester seul,  assis, et à lire  (France Culture, 30 avril 2020. Des articles sur Mediapart : Les leçons du virus. Et Biosurveillance : sortir de la prison molle de nos intérieurs.)

. Eva Illouz : Depuis les ténèbres qu’avons-nous appris ? (La sociologue franco-israélienne dresse un premier bilan en 7 leçons. Pour rester dans la mouvance de Paul Preciado, voici la leçon 1
« Nous vivons à l’ombre d’un Etat puissant« . Extrait : ( Des) milliards de personnes ont de plein gré abandonné les aspects les plus fondamentaux de leur liberté, alors que nous manquons encore, dans les faits, d’informations-clés (par exemple, combien d’individus sont réellement contaminés et donc quel est le pourcentage réel des décès). Elles ont été confinées à leur domicile (à supposer qu’elles en aient eu un), confirmant l’assertion de Thomas Hobbes selon laquelle la peur de la mort est la passion politique la plus puissante, et que nous serons toujours prêts à sacrifier notre liberté pour notre sécurité. Ce que le confinement de ces milliards de personnes a démontré, c’est l’extraordinaire pouvoir de l’État dans le monde entier et, partout, l’extraordinaire capacité d’obéissance des citoyens à ce dernier. (nouvelobs.com 11 mai 2020)
Bien sûr nous n’avons pas le choix et nous avons raison de porter des masques et de nous laver les mains, mais y penser avec un pas de côté est salutaire, comme une brise qui nous fait soudain prendre l’air.

Mauvais esprit !
. « Communiquer avec les Etres de la nature en forêt de Brocéliande » ça vous tente ? Moi ça me donne une idée de l’enfer ce stage qu’on me propose entre des dizaines d’autres tout aussi mièvres … Mais marcher en forêt attentif aux arbres oui.

. Autour de 500 euros pour s’acheter un vélo, ça se passe à à Naples. Et à Paris aussi. Et ailleurs sans doute. Oh mais quelle bonne idée ! Marseille, Marseille, il est temps de t‘y mettre. Il est temps de retirer aux voitures et aux deux roues motorisées leur scandaleuse prédominance dans cette ville, jointe à une arrogance hors du commun . Créer de vraies pistes cyclables pour commencer. Et le petit coup de pouce pour l’achat. Allez !

. Après ce mauvais esprit, de l’esprit tout court. Je  raconte à un ami journaliste et plein d’esprit que je me fais livrer mes courses n’osant pas entrer dans un magasin avec toujours mes poumons pathétiques Je m’y suis prise tard et je suis dans un terrible manque de fromage ! Il lme répond :
Bon, on va pas en faire un fromage comme je le disais à Brie (une amie commune Brigitte dite Bri). Mais tu dois rester solide, un roc fort ! Ne pas imiter ce pauvre Embert qui se came… Le philosophe Edgar Morin est indestructible, il en rend chèvres de nombreux contradicteurs, contempteurs de la raison ! Il faut Comté sur lui encore longtemps, j’espère. Il permet de conserver bon esprit Ementhal au meilleur niveau. Sinon, prends conseil auprès de l’ami Molette qui a la clef du déconfinement (le petit fils de Mamie Rolles). Voilà, j’ai rien trouvé avec St Nectaire, Maroilles, Crottin de Chavignol et multitude autres appellations..
Toutefois, je te dirai les mots bleus… de Bresse
Patrick d,  en improvisation permanente obligée car confiné comme dans un petit pot de cancoillotte à l »ail...

 

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