… belle comme l’oxygène naissant

masques artisanaux

D’abord je voudrais nuancer la position assez tranchée que j’ai prise par rapport à la chhlorovaquine ( traumatisée par ma lutte depuis des mois pour essayer de me faire soigner par phagothérapie – je ne vais pas vous réimposer l’histoire -et constatant, dans ce cas particulier,  une grande frilosité et  un manque de curiosité de la part du corps médical et des autorités.) Aujourd’hui pour la chlorovaquine, je n’en sais rien ! et je propose de se reporter aux Chroniques du coronavirus de Nicolas Martin sur France Culture. Ou bien d’attendre …

Ensuite envie de vous dire que je suis sans doute comme vous : je voulais tout lire, tout voir, tout entendre et je ne fais pas grand chose. Quand même : un épatant cours d’anglais gratuit, Gymglish . Et cette fameuse danse des chaises dont je vous ai déjà parlé, rosasdanstrosas.be. Je me régale aussi sur ArteTv mais ce n’est pas venu avec le confinement. Réjouissant documentaire ces jours-ci par exemple sur Betty Boop. « De Betty Boop, je ne savais rien, convient Claire Duguet, la réalisatrice . C’était pour moi juste une image, de celles qui décorent les tee-shirts, les agendas et les classeurs. Je ne l’avais jamais vue en mouvement, dans un dessin animé. » On découvre un irrésistible personnage – ça on le savait déjà – mais de tous les combats féminins, mine de rien.
Pour le reste, avec ma connexion très capricieuse et mon emploi du temps fluctuant, ni je parcours les musées, ni j’assiste à des spectacles exceptionnels. Je lis. Un peu. Pas tant. Et comme je n’ai aucun de mes livres avec moi, je découvre enfin, grâce à l’amie qui m’héberge, Cahier d’un retour au pays natal, la naissance du concept de négritude et du combat d’Aimé Césaire on le sait. On le sait mais le lire est un vrai choc. Première lecture  pourtant : je reste un peu en dehors freinée par trop de mots inconnus, trop d’imprécations, trop d’images somptueuses mais opaques ; à la seconde lecture je suis emportée.

Les premières pages sont rythmées par l’anaphore, Au bout du petit matin :
Au bout du petit matin, ce plus essentiel pays restitué à ma gourmandise, non de diffuse tendresse, mais la tourmentée concentration sensuelle du gras téton des mornes avec l’accidentel palmier comme son germe durci, la jouissance saccadée des torrents et depuis Trinité jusqu’à Grand-Rivière, la grand’lèche hystérique de la mer.

Bien plus loin
Et à moi mes danses
mes danses de mauvais nègre
à moi mes danses
la danse brise-carcan
la danse saute-prison
la danse il-est-beau-et-légitime d’être nègre.
A moi mes danses et saute le soleil sur la raquette de mes mains

Les extraits c’est rien ! il faut tout prendre dans l’élan.

pour Christophe  « Retrouver avec moi les paradis perdus « 

 

Je lis aussi (à la suite du texte de Césaire – Editions Présence africaine poésie) la préface d’André Breton à l’édition de 1947;. Il rencontre le poète en avril 1941 à Fort- de- France au hasard d’une emplette chez une mercière – il cherche un ruban pour sa fille. Mercière qui se trouve être la sœur de René Ménil, animateur avec Césaire de la revue Tropiques. C’est ainsi qu’il connait ce dernier le soir dans un bar et « dans une excursion au plus profond de l’île ». Rencontre on l’imagine fastueuse. Le texte de Breton est passionnant et se termine ainsi : «  La parole d’Aimé Césaire, belle comme l’oxygène naissant. » Echo déjà avec mes poumons et le covid 19. Mais voilà que la même fée-hôtesse me passe Une rencontre de Milan Kundera. Ce sont des réflexions, des sortes de chroniques sur la littérature, l’art, dans le style à la fois décontracté et très écrit de ce gars-là que j’aime beaucoup. Parlant de la revue Tropiques (neuf numéros entre 1941 et 1944 qui traitent essentiellement de l’émancipation martiniquaise  culturelle et politique et du surréalisme), il cite Lautréamont  : « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » et la phrase de Breton «  La parole d’Aimé Césaire belle comme l’oxygène naissant ». Evidemment je jubile de cette correspondance qui me fait oublier un moment le lavage frénétique – et carrément obsessionnel – de tous les produits qui entrent dans ma maisonnette…

Si comme moi vous n’avez également jamais lu Jean Genet – y a tant à lire je fais depuis belle lurette l’impasse sur Les Professeurs de désespoir ( Nancy Huston- Actes Sud) – écoutez en podcast ( France culture jeudi 16 avril 2020) « Toute une vie » avec Matthieu Garigou Lagrange, qu’on suit avec plaisir comme toujours. En une heure on sait et comprend beaucoup de choses. Je suis tentée maintenant de lire Notre Dame des fleurs son premier roman ou son dernier livre Un captif amoureux (sur la Palestine et les Panthères noires). Et puisque je viens de citer Nancy Huston vous pouvez aussi écouter Gary, l’insaisi  qu’elle nous offre également dans l’émission « Toute une vie. » Désir de relire tout Romain Gary. Quel personnage ! Quel écrivain !

Pour reboucler sur le virus, J’aime cette idée lue je ne sais où : Un habitant de Naples, Angelo Picone, a eu l’idée de pendre un panier à sa fenêtre .En deux heures, il était plein. Chaque jour, certains le remplissent de nourriture en rentrant des courses, quand d’autres se servent. Dans cette ville particulièrement pauvre, c’est tout un système spontané de solidarité qui s’invente

PR (post redac)  On le savait mais la mascarade sur les masques est estomaquante à lire le papier du nouvelobs.com publié aujourd’hui 20 mars et particulièrement le montage video sur la volte-face du gouvernement.

 

 

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