Sakura du printemps…

Visiter le jardin botanique du parc Borély avec Anne Béatrice pour guide n’est pas juste mettre des noms sur les plantes, c’est aussi, c’est surtout, se laisser gagner par sa joie à voir la nature qui chante : les bourgeons impatients, les toutes petites feuilles lovées sur elles-mêmes, les fragiles tulipes – mais peintes par quel artiste ?
Nous nous dirigeons ce dimanche 24 marsvers le jardin japonais du jardin botanique, parc Borély à Marseille, avant un atelier Sakura. Autrement dit avant d’apprendre à dessiner une branche de cerisier japonais. Les deux Sakura du jardin ne sont pas encore fleuris – si vous êtes là ce week-end, ils le seront certainement, offrez-vous ce cadeau. Mais pêchers ou pommiers chinois ont la même gracieuse délicatesse. Nous nous en régalons avant de rejoindre l’atelier. Non ! je ne vous dirai pas comment nous avons réussi NOS charmants dessins, sans mal, sans talent particulier. La prochaine fois qu’Anne Béatrice proposera, entre autres, ce moment délicieux dans le cadre des journées « Animez-vous aux jardins » organisées par la ville de Marseille, n’écoutez que votre curiosité, inscrivez-vous ! (Allo Mairie 0810 813 813)
Cerise sur la branche, un haïku écrit par Issa.  Haïku : poème japonais en trois vers 5,7,5 syllabes), très simple, souvent relié à la nature, de préférence sans rime, qui saisit comme le fait une photo, un instant(ané)

quelle étrange chose
d’être ainsi vivant
sous les fleurs de cerisiers ! Issa

 

Pousser la porte de « La Recherche » …

Toutes celles et toux ceux qui ne sont pas  entrés dans l’univers de Proust ou n’y ont fait que de timides incursions et s’en lamentent … se saisissent de toutes les occasions pour enfin  pousser   cette porte de La Recherche. En voilà une  offerte par Jean Bellorini qui, après Hugo, Dostoïevski, Rabelais, met subtilement en scène l’ une des plus belles langues de notre littérature. Sur le plateau du Grand théâtre de La Criée, un narrateur (Guillaume de la Guilllonnière) écoute une femme âgée (Hélène Patarot dont c’est l’histoire) ) se remémorer son enfance et  les traumatismes de son exil d’Indochine – très joli moment où elle évoque sa madeleine à elle, l’odeur et la saveur des nems. Peu à peu, son récit et le verbe proustien se mêlent, « et Marcel Proust dit la vérité d’Hélène Patarot » écrit justement Christine Friedel (Théâtre du blog). Tous deux ont adoré une grand-mère et s’en souviennent :   beaucoup de nous, spectateurs, sont alors soudain touchés et entrainés sans effort  au cœur du récit.
Le metteur en scène écrit :
Ce spectacle devait rendre hommage au théâtre que j’aime, il rendait donc hommage à tous les fantômes dont chacun est fait, tous les êtres chers qui ne sont plus. On est constitué de ce qui ne nous appartient plus. Après des passages sur la tendre relation de Proust à sa mère, c’est donc ceux sur sa grand-mère et particulièrement sur sa mort qui nous sont donnés. « La vie en se retirant venait d’emporter les désillusions de la vie. Un sourire semblait posé sur les lèvres de ma grand-mère. Sur ce lit funèbre la mort comme le sculpteur du Moyen-Age l’avait couchée sous l’apparence d’une jeune fille. Ce n’est qu’un plus tard que l’adolescent réalisera brutalement que sa grand-mère si chérie  est morte et ressentira enfin l’énorme chagrin de sa perte.  « Car aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du coeur.  »
Photos Pascal Victor

Un instant. D’après A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.
Jusqu’au 16 mars 2019. 20h00. La Criée, 30 quai de Rive Neuve, 13007 Marseille. 04 91 54 70 54 – www.theatre-lacriee.com
Avant ou après le spectacle écouter en podcast une belle interview de Jean Bellorini sur France Culture en cliquant sur Bellorini.

Le joyeux carnaval de Marseille !

Je suis aspergée de farine, on m’offre une mûre, en vrai, et en dessin sur mon bras. Et une citation :
(…) « Car moi qui suis joyeux, je vais renverser tes écriteaux, tes règlements et tes murs. » Bertold Brecht, Grandeur et décadence de la ville Mahagonny,

Jeune, indépendant et méditerranéen…

15-38  c’est, pile,  longitude et latitude, le point central de la Méditerranée. C’est là où ce jeune média place son curseur pour mieux le déplacer au fil des mois. On s’en doute, la Méditerranée est au cœur de cette aventure éditoriale vécue depuis deux ans par une équipe de journalistes et de réalisateurs qui sont passés par des rédactions françaises et internationales pour couvrir l’actualité depuis la Syrie, le Liban ou l’Algérie. Leur envie : faire vivre l’info en parlant des pays dans lesquels ils vivent, tout en abordant des thématiques communes à la région méditerranéenne. Avec de nouveaux regards. Comment parler de l’accueil des réfugiés syriens sans analyser la situation libanaise ? Comment lutter contre la pollution maritime sans comprendre quelles sont les législations au Maghreb ? Comment se sentir proche de l’Europe si les visas sont si difficiles à obtenir ?
Le site propose un dossier thématique par mois. Une fois ouvert, ce dossier n’est jamais refermé, laissant la place aux contributeurs, mais aussi à de nouveaux articles en fonction de l’actualité. Dans le dernier dossier « Sur les routes de l’exil, non assistance à personne en danger », citons un reportage texte et photos  de Selene Magnolia sur les réfugiés de l’île grecque de Lesbos. « La joie des personnes qui accostent est fugace mais intense : « I made it ! Je l’ai fait ! » Très vite, elles réalisent que le rêve est loin d’être idyllique. Certains restent bloqués pendant des mois en attendant la réponse à leur demande d’asile. Tout ce dont vous pouvez avoir besoin à l’intérieur du camp intervient après une longue file d’attente, souvent de plusieurs heures. Plusieurs heures dans le froid, plusieurs heures dans la chaleur, plusieurs heures la nuit, plusieurs heures lorsque vous êtes malade, ou lorsque vous avez faim. La distribution alimentaire, les services médicaux, les toilettes, l’obtention de papiers et de l’aide des bureaux juridiques, tout à Moria se résume en une longue file d’attente. » Le dossier de janvier s’intitulait « Quand les villes s’effondrent, se (re) construire. » Particulièrement d’actualité à Marseille, cette question du délabrement de l’habitat touche la Lybie, le Liban, l’Algérie… Partout autour de la Méditerranée, des collectifs, des associations ou des habitants se mobilisent.
Le média a aussi créé son réseau avec une rubrique, Le Souk,  accessible à toute personne qui souhaite partager son actualité méditerranéenne : artiste, chercheur, entrepreneur, cuisinier, dessinateur …
Et pour les inconditionnels du papier, 15-38 a lancé son mook, « Une année en Méditerranée », un magazine de 110 pages vendu au prix de 15€. Les ventes permettront aux 14 collaborateurs basés sur le pourtour méditerranéen de poursuivre les reportages pour analyser et porter les voix de ceux qu’on entend rarement. Au menu : une histoire d’amour née en Syrie exilée à Marseille, la forte mobilisation de la société espagnole contre les violences infligées aux femmes, les habitants de Gabès en Tunisie qui s’organisent afin de stopper les rejets polluants de l’usine de phosphate, des portraits d’adolescents syriens au Liban à l’école de la rue….
Acheter en ligne ICI
Ou en librairies :

A L’Odeur du temps, le chat vous attend… Le mook aussi.

– La librairie L’Odeur du temps, 35 Rue Pavillon, 13001 Marseille
– La librairie du Mucem, 1 Espl. J4, 13002 Marseille
– La librairie de la Bourse, 8 Rue Paradis, 13001 Marseille
– La boutique Marseillez-moi, 2 Rue du Jeune Anacharsis, 13001 Marseille
– L’Astragale, 108 Rue de Sèze, 69006 Lyon
– Terre des Livres, 86 Rue de Marseille, 69007 Lyon                                                                                      

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Vive La Marseillaise !

Dans la salle des rotatives de la Marseillaise, le 1er mars, tout près du Vieux-Port, régnait une joyeuse émotion pour fêter l’anniversaire du journal qui, depuis 75 ans, navigue sur des eaux souvent agitées. La dernière tourmente en décembre 1977 a provoqué un mouvement de solidarité pour que « Vive la Marseillaise ». C’est bien le cas ! Elle tient son cap, fidèle aux valeurs qui ont présidé à sa naissance le 1er décembre 1943 pour faire face à Vichy et à l’occupant. La Marseillaise, le quotidien le plus chanté de France comme l’indique malicieusement en « Une » un petit carré rouge ( si si ! regardez bien) et comme le rappelle Jean-Marc Béhar, Président du journal, dans un numéro spécial édité pour l’occasion. Achetez ce numéro en kiosque, vous ne regretterez pas vos 10 €. L’équipe rédactionnelle a réussi un vrai tour de force qui, sur un format géant, en 132 pages, vous fait parcourir le monde de 1945 à 2018. Chacun, selon ses souvenirs, ses passions, ses indignations, s’arrêtera plus ou moins longuement sur les brefs mais denses articles  qui accompagnent de superbes photos et bien sûr la reproduction des couvertures de La Marseillaise de l’époque, à commencer par MARSEILLE EST LIBEREE avec le portrait de De Gaulle sur la Une du 24 août 1944. Ah comme le temps passe ! 1947 : création du Festival d’Avignon, indépendance de l’Inde et du Pakistan. 1948 : naissance d’Israël, Gandhi assassiné, Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir ( mais rien sur ma naissance …) 1951 : les époux Rosenberg condamnés à mort, inauguration de La maison du fada, Le Corbusier. 1957 : Spoutnik et Jalilhouse Rock, Elvis Preslay. 1960 : Krouchtchev inaugure à Marseille le lycée Saint-Exupéry des quartiers Nord… On vous laisse feuilleter ce document à la fois ludique et pédagogique qui aidera aussi des parents perdus pour raconter l’Histoire à leurs enfants. Cela vaudra mieux qu’un clic !

La Marseillaise. Un numéro exceptionnel. En kiosque

 

Les mots, maux du cerveau

Encore un « Rendez-vous de demain » bien excitant pour nos petits neurones que le soleil réveille. Il s’agira d’eux et plus largement de faire le point sur l’état des connaissances scientifiques à propos de notre cerveau et des troubles de la parole.
Avec Xavier Alario :
Directeur de recherche au Laboratoire de Psychologie Cognitive, Aix-Marseille Université et CNRS. Il a notamment dirigé Toutes les questions que vous vous posez sur votre cerveau, Odile Jacob, 2011.
Et Anne-Lise Giraud :
Professeur à l’Université de Genève, titulaire en 2019 de la chaire Langage et Cerveau à l’IMéRA, jointe avec l’ILCB. Elle a notamment publié Le cerveau et les maux de la parole, Odile Jacob, 2018.
Conférence animée par Nancy Cattans, journaliste scientifique.
ENTREE LIBRE
Mardi 5 mars à 19h au Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre français, 13001 Marseille
Prochain RDV – mardi 9 avril – Les réfugiés et les migrations.

 

Hugo au bistrot

En attendant Hugo
au Théâtre du Jeu de Paume…

Presque deux heures avec Victor Hugo c’est cadeau… Jacques Weber prolonge au théâtre sa pièce donnée dans un bistrot parisien : « On est entre nous. On discute, on cause, on débat. C’est libre et sauvage. Je ne suis pas Hugo. Je ne joue pas Hugo. Mais en lisant ses textes, je provoque une rencontre, une alchimie dont surgit un autre je, un autre Hugo, quelqu’un qui est entre nous deux. Et c’est vrai ! Hugo sur le plateau du Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence était ce dimanche 3 mars avec nous ! Tous les Hugo, le politique, celui qui se lève contre la misère et l’injustice, l’écrivain génial, le jouisseur, l’orgueilleux, le grand-père fou d’amour… C’est la multiplicité des personnages qui séduisent Jacques Weber. Ces contradictions créent « quelque chose d’incertain, du sensible et donc du théâtre. »
Magali Rosenzweig lui donne la réplique. C’est sa Juliette Drouet qui nous offre deux jolis moments musicaux. Elle chante La Légende de la nonne ( et c’est la voix de ma grand-mère qui resurgit sur celle de Brassens). Que le texte soit d’Hugo voilà qui me la baille belle !
Il est des filles à Grenade
Il en est à Séville aussi
Qui, pour la moindre sérénade
A l’amour demandent merci
Il en est que parfois embrassent
Le soir, de hardis cavaliers
Enfants, voici des bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers
Le spectacle est foisonnant à l’image du sujet. On entend le Discours à l’assemblée nationale en 1848 « Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. » Et en 1849 « Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. « On apprend que le matin , en exil, Victor Hugo se lève très tôt, avale trois œufs crus, une tasse de café noir et hop commence à travailler, debout, devant la fenêtre, regardant se lever et le soleil et son inspiration. Je retiens cet étonnant moment d’analyse stylistique du poème L’Expiation sur le désastre de la retraite de Russie, en 1813. Je dis analyse mais ce n’est pas cela du tout : Jacques Weber démonte le texte (ah ! le couplet sur le « e » muet )  pour que chacun de nous y soit là-bas, avec la neige, le ciel noir, la solitude, les pieds nus…  « Et, chacun se sentant mourir, on était seul. » C’est magnifique. Ah les enfants si vous aviez Weber comme prof …
C’est pas le tout ! Il va falloir s’y mettre et lire Hugo pour de bon. Depuis le temps que je me promets d’aller un peu plus loin que Océano nox récité, enfant, un soir dans ma chambre, fenêtre ouverte sur la nuit, larmes aux yeux, enivrée par les vers et surtout par ma voix les scandant … ; ou encore, calée entre trois oreillers sur le divan défoncé de la véranda, écoutant passionnément, cette fois mon grand père me lire  Les Misérables …

Sauf que je viens d’attaquer l’ascension de La Montagne magique de Thomas Mann …

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