Strass et cravate…

Photo Rebecca Greenfield

 

Miss Knife c’est une chanteuse de cabaret, l’autre moi d’ Olivier Py, l’homme de théâtre, le directeur du festival d’Avignon, qui, talons aiguille, strass et plumes, raconte sa vie passée sur les planches, trente ans d’amours détraqués, de désillusions , d’insolences, de dérision, de passion. « Il y a d’autres travestis, chanteurs et chanteuses qui font des choses comparables à ce que je fais. Mais ce qui trouble, avec moi, c’est ma double vie ; que l’on puisse me rencontrer, cravate autour du cou, discutant la journée de convention collective avec les techniciens d’Avignon, et le soir en robe à paillettes. (…) C’est devenu un spectacle gender fluid, ce qui était moins le cas lorsque j’avais vingt ans. Mais j’étais, à l’époque, crédible, désirable et jolie en femme. Maintenant je joue sur autre chose, sur un personnage dont le genre est assez flou. Est-ce une vieille chanteuse ? Un travesti ? On ne le sait pas trop. Peu importe. (entretien avec Joëlle Gayot, Télérama). Oui peu importe, ce qui compte c’est ce décapant spectacle de music hall : des chansons radieuses ou désespérées, du rire, des larmes, la vie qui vibre, libre, du grand art, bien au-delà du genre.
Dans CRI-CRI, la revue du Théâtre de Marseille déjà évoqué (article « Régénérant » ci-dessous), Olivier Py, répondant à Hervé Castanet, donne une des clés de l’émotion suscitée par son spectacle : « On est davantage nu, vraiment seul sur scène (par rapport au théâtre ndlr), on n’a pas l’appui d’une situation, d’un personnage en situation. En réalité, on est beaucoup plus en danger spirituel dans le music-hall – aussi à cause du chant. Un acteur doit se mettre en danger quand il chante, sinon il ne réalise qu’une performance vocale : le frisson, la chair de poule ne sont pas au rendez-vous. »
Ce premier numéro s’ouvre par un beau texte de la philosophe Barbara Cassin sur le souvenir de la lumière rose donnée par le voile du berceau. Elle écrit : Voir la lumière définit parfaitement la vie. Lumière du jour, lumière du soleil : c’est pour moi une souffrance pure, maladive que de ne pas être dans le soleil qu’il y a ; douleur de voir la lumière dans la chambre d’en face, terrasse ou maison, sur l’autre berge, rive ou trottoir, de ne pouvoir me placer dans le rayon, « sous le soleil exactement ». Je me souviens l’avoir interviewée au Vieux-Port et qu’on avait sans se concerter spontanément cherché la seule dernière table du bistro au soleil. Il me semble que cette addiction à la lumière et au soleil est référencée par la faculté, qu’elle est une pathologie ! Tant pis …

Les premiers adieux de Miss Knife, Olivier Py, le 2 février
La Criée, 30 quai de Rive Neuve, 13007 Marseille
04 91 54 70 54 – www.theatre-lacriee.com

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *