La déferlante Houellebecq !

De la folie. Avec son septième roman Sérotonine, l’auteur est carrément en odeur de sainteté. Tous ou presque, de Jean Birnbaum, Le monde des livres, à Bernard Pivot, des références pour moi à la fois de bon sens et de finesse, sont en pâmoison. Pour le premier « Houellebecq nous aime et nous comprend. » Pour le second c’est le « roman de la liberté ». Il est qualifié « d’auteur suprême » dans Livres Hebdo. On lui doit « gratitude et admiration «, c’est un « visionnaire, un prophète », « l’auteur qui sublime notre vulgarité » … Ce livre apparemment désespérant (comme souvent chez cet auteur, qui rappelons-le s’est fendu récemment d’un éloge de Trump), en l’occurrence un homme marche vers son suicide, devient sous la plume des critiques un chant d’espoir, une litanie d’amour…

Marc Weizmann, qui signe désormais sur France Culture une chronique Signes des temps, s’énerve un peu et parle « d’un aveuglement total d’une presse qui se dope à ses propres mots » et « d’hypnose collective. » Selon lui un tel engouement est du au fait que l’écrivain tient le discours de « ressentiment » que tout le monde a envie d’entendre : ah ouf ! on se sent moins seul. Antoine Compagnon, quant à lui, dans le même Monde des livres du 4 janvier est féroce. Et très argumenté (contrairement aux complimenteurs). Houellebecq est facile à lire, explique-t-il, sa narration au fil des livres s’est simplifiée, ici avec un protagoniste central et des partenaires qui se succèdent sans jamais se croiser : « ils tiennent leur partie pendant quelques pages et puis s’en vont. » Le professeur au Collège de France écrit :  La langue, plate et instrumentale, aide aussi à la lecture (et aux ventes) (…) Le nivellement du récit est voulu, le rabaissement de la langue fait partie du business plan, les écarts de style sont calculés. Ils amplifient l’effet de sinistrose et d’anomie, comme les vannes de potache, les gaudrioles de carabin et les franchouillardises de beauf juxtaposées aux maximes à la Rochefoucauld.

Je ne l’ai pas lu mais je ne suis pas sûre que je vais justifier les 320 000 exemplaires de lancement… L’auteur le plus lu dans le monde peut se passer de moi. A vous dire la vérité, j’ai très envie de le lire mais j’attendrai qu’on me l’offre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *