Un homme puissant

J’aimerais que vous ne passiez pas à côté de ce moment de télévision sur La Grande Librairie du 31 octobre avec un Badinter doté ce soir-là d’un charme (au premier sens du terme) puissant tant il était clair et simple pour parler de sa grand-mère Idiss puis de la déportation et en particulier de son père. Souvent au bord des larmes mais avec une bouleversante retenue. Son livre Idiss (Fayard) fait revive sa grand-mère maternelle et l’amour dont elle l’a nourri ; à travers elle, il raconte les tribulations d’une famille juive fuyant en 1907 les pogroms de l’empire russe pour s’installer en France, le pays de l’accueil, où rappelle-t-il, 50% de la population était pour Dreyfus – Zola pour son J’accuse ! écopa d’un an de prison ferme. Idiss devait retrouver un antisémitisme plus terrible à Paris où elle mourut seule, la famille ayant dû la laisser, malade, pour se réfugier en zone libre : « Elle a bouclé la boucle du malheur » dit son petit-fils. Qu’ajouter…

La caméra est entrée dans le bureau de Badinter : un exemplaire original de L’Aurore, deux cuillères trouvées » à Auschwitz – la cuillère fait la dignité de l’homme, sinon il lappe sa soupe. Quand la grande historienne Annette Wierviorka (j’ai eu la chance d’entendre sa parole rigoureuse et limpide lors de la préparation d’un voyage à Auschwitz avec un groupe de jeunes gens juifs et arabes) vint à son tour sur le plateau pour la nouvelle version de son livre le plus personnel, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Robert Badinter dit sa stupéfaction qu’on puisse entendre encore aujourd’hui dans Paris les mots « Mort aux juifs ! »

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant
Ferré/Aragon, L’Affiche rouge

 

 

 

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