Quel panache !

Oui on adore tous Cyrano de Bergerac qu’on a souvent tendance à réduire – si l’on peut dire ! – à la tirade du nez. Monument de drôlerie que cette tirade certes, mais la pièce recèle tant d’autres beautés. Et de tristesse, comme le redécouvrait Valérie qui m’accompagnait pour ce spectacle « La fabuleuse histoire d’Edmond Rostand ! »
C’est une superbe idée qu’a eue Philippe Car de faire vivre sur scène l’auteur de L’Aiglon, de ses débuts laborieux au triomphe de Cyrano au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Ses rêves, sa foi dans le théâtre, son obsession de la perfection, ses angoisses, tout Rostand, fantasque, génial et tourmenté, nous est donné en deux heures par le comédien qui a écrit la pièce avec Yves Fravega (il avait de la matière pour dix heures nous dit-il) et incarne une cinquantaine de personnages. Epoustouflant homme-orchestre, passant de l’extravagante Sarah Bernhardt à son acteur fétiche Constant Coquelin, s’offrant de réjouissants apartés quand un effet se fait attendre, avec pour accessoires, deux rideaux, un grand et un petit ce qui permet des mises en abîme, un banc, des marionnettes en ombres chinoises, une nappe ajourée blanche – c’est si simple, si efficace, c’est le théâtre de l’enfance celui qu’on improvisait dans le grenier ou le jardin avec la malle à déguisements de grand-maman- enfin vous je ne sais pas… mais moi si ! Chanteclerc a droit à un traitement de faveur qui donne envie de lire cette pièce, ode à la lumière, mettant en scène une basse-cour autour d’ un coq dont le chant est garant du lever le soleil. Rostand sua sang et eau dans sa propriété de Cambo les bains où il s’est exilé (une magnifique visite à prévoir si vous passez au pays basque ), pour se soigner et écrire ce texte insensé. Il s’y épuise, se désespère. Insupportable jusqu’à faire fuir sa merveilleuse et fidèle compagne Rosemonde. Tout cela nous est donné à voir y compris les séances d’équitation dans le jardin : Philippe Car est irrésistible dans sa gestuelle chevaline comme dans son imitation spasmodique du coq quand il montre à son comédien Lucien Guitry comment s’y prendre. Car hélas Coquelin-Cyrano qui devait jour le rôle meurt peu de temps avant le début des représentations. Rostand, lui, s’éteint à 50 ans, et le passage où Roxane comprend enfin l’amour de Cyrano est un des plus beaux moments du spectacle jusqu’à nous faire oublier (presque !) Depardieu.
Le théâtre de Philippe Car avec son Agence de voyages imaginaires s’adresse à tous comme celui d’Edmond Rostand. Un théâtre généreux : Il est bon que de temps en temps le peuple réentende le son de l’enthousiasme, écrivait ce dernier dans son discours de réception à l’Académie française. C’est le cas pour ce spectacle allègre porté en finesse par la musique de Nicolas Paradis et en coulisses par l’efficacité de Fabrice Rougier.
Théâtre des Bernardines. Jusqu’au dimanche 18 novembre. Tous les soirs à 20h sauf les mercredis à 19h et les dimanches à 15h.
08 2013 2013. les theatres.net

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