Kiosque ou web

Les lumières de la science au théâtre

Rue du Théâtre à Marseille
Photo DC

Vous saurez tout sur Les Rendez-vous de demain au Théâtre du Gymnase à Marseille  en suivant le lien qui vous emmène sur le site de La Marseillaise.
Bonne occasion de soutenir ce journal qui se bat  pour continuer à exister. Tout sur le site :
http://www.lamarseillaise.fr/culture/theatre/64517-theatre-du-gymnase-demain-a-la-lumiere-des-sciences

Et pendant que êtes au kiosque, faites aussi l’acquisition de la très bonne revue Alternatives économiques. Vous y trouverez une  interview de notre cher Edgar Morin, qui porte allégrement ses 96 ans : toujours aussi percutant, joyeux, amoureux…
Ou le lire sur le site :
https://www.alternatives-economiques.fr/search/solr?search=morin

La Fuite, d’après Boulgakov. Après La Criée, le spectacle de Macha Makeïeff entame une tournée Ma critique sur
http://www.theatrotheque.com/web/article4979.html

 

Sur votre agenda

Maison de la sagesse
Ce généreux projet conçu en avril 2017 voit le jour. Il s’agit de créer un lieu à l’image des premières Maisons de la sagesse à Bagdad ou au Caire pour favoriser les rencontres et la transmission des cultures – le traduction y jouant un rôle essentiel. (Voir lien en bas de la page). Mercredi 4 et jeudi 5 octobre se déroulera ainsi à l’Iméra un séminaire de recherche sur les « Intraduisibles des trois monothéismes ». Le thème de ces journées : comment dit-on « l’autre » dans la Torah, la Bible, le Coran ?
Avec  Cyril Aslanov (Aix-Marseille U. /CNRS, Académie de la langue hébraïque, Jérusalem), Daniel Barbu (CNRS), Rachid Benzine (Islamologue, Historien, Chercheur associé au Fonds Paul Ricoeur à Paris, Philippe Borgeaud (U. de Genève), Gilles Dorival (Aix-Marseille U.), Adil Jazouli (Sociologue), Francesco Massa (Université de Genève), Adi Ophir (Tel-Aviv University, Brown University). Barbara Cassin, philosophe et philologue, à l’origine de ce projet avec Danielle Wozny, sera la modératrice des débats. Intellectuellement et humainement on vous promet de passionnants moments…
Et jeudi 5 octobre à La Friche Belle de Mai, de 18h30 à 20h30, suivra une soirée pleine de promesses elle aussi :
– lancement d’un Glossaire de la bureaucratie française concernant l’accueil des migrants,
– performance sur le thème du Patrimoine migrateur et des objets-récits par Generik Vapeur et Alan Vaniev, 
– rencontre avec l’ADIE et quatre bénéficiaires de micro-crédit, organisée par Generik Vapeur, suivie d’une dégustation des Saveurs d’hier pour dire aujourd’hui.

L’Iméra, 2 place Leverrier, 13004 Marseille. 9h30-12h30 et 14h-17h
Il est plus sage de s’inscrire :
maisondelasagesse13@gmail.com
En savoir plus : Rencontre http://www.lemondedesreligions.fr/une/une-maison-de-la-sagesse-pour-reinventer-bagdad-18-04-2017-6238_115.phples chercheurs sur les intraduisibles des trois monothéismes.

Les rendez-vous de demain
Sortir du repli, de la défiance, faire circuler la connaissance, cerner les grands enjeux de notre temps, comprendre ce qui va façonner notre avenir… ambitieux programme. Initiative de l’IMéRA, l’Institut méditerranéen de recherches avancées (fondation d’Aix-Marseille université), Les Rendez-vous de demain relèvent le défi en invitant les scientifiques, spécialistes, universitaires, chercheurs, écrivains qui sont à même de nous donner les clés du futur. Ces rencontres sont aussi placées sous le signe de l’art puisque Dominique Bluzet ouvrira pour les accueillir les portes du beau théâtre du Gymnase. Elles ont été conçues par Thierry Fabre, directeur du programme méditerranée à l’IMéRA, et Stéphan Paoli qui les animera avec la verve et la curiosité qui le caractérisent.
Six rencontres sont prévues. La première aura lieu le mardi 17 octobre à 19h sur le thème « Ordre et désordre du temps » . D’où vient le temps ? D’un big bang initial, primordial ? Que nous raconte l’histoire du ciel et de ses planètes ? Que nous disent les sciences d’aujourd’hui ? Et qu’en est-il du temps des humains, qui rythment et découpent volontiers le temps ?
Avec Jean-Pierre Luminet, astrophysicien (CNRS, Laboratoire d’astrophysique de Marseille); Levent Yilmaz, professeur d’histoire des idées ( Koç University,)
Théâtre du Gymnase, 4 rue du Théâtre français, 13001 Marseille.
Entrée libre.

Demain à la lumière des sciences
Dehors ce n’est plus l’été mais pas encore l’automne. Froissement de feuilles au sol et miroitement des luminaires devant le Théâtre du Gymnase. Mardi 17 octobre, 19 heures. Entrons. Sur le plateau, trois fauteuils rouges, seul décor pour une savante et néanmoins délectable conversation à trois. Conversation ? Cela y ressemble mais il s’agit plutôt d’un cours magistral, au premier sens du terme, donné par l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet et le professeur d’histoire des idées Levent Yilmaz, et orchestré par le très sagace Stéphane Paoli. Les spectateurs-auditeurs n’ont qu’une chose à faire : se concentrer tout en se laissant porter par les exposés, explications, digressions (elles sont nombreuses, cela fait partie du charme de l’exercice), interrogations, avec ou sans réponses. Le plaisir des intervenants est évident, celui de la salle ne fait pas de doute. Il faut dire que le thème de cette première soirée est inspirant : « Ordre et désordre du temps ». « Les rendez-vous de demain »  prennent en effet ce soir-là leurs marques car cette rencontre sera suivie de cinq autres.
Sortir du repli, de la défiance, faire circuler la connaissance, cerner les grands enjeux de notre temps, comprendre ce qui va façonner notre avenir… ambitieux programme. Initiative de l’IMéRA, l’Institut méditerranéen de recherches avancées (fondation d’Aix-Marseille université), et conçus par Thierry Fabre, Les Rendez-vous de demain entendent relever le défi en invitant scientifiques, spécialistes, universitaires, chercheurs, écrivains qui sont les mieux à même de nous donner les clés du futur. Mais revenons au temps. Jean-Pierre Luminet en est l’éblouissant spécialiste et le troubadour – car il est aussi poète. L’écouter donne le vertige, sa pensée va bien plus vite que sa langue. Les idées, les associations, les incertitudes (elles le boostent, nous dira-t-il), les conclusions – toute provisoires  – se répondent, s’entrechoquent se télescopent. On saisit au vol la profondeur du temps, le tango que danse le couple espace-temps, le fleuve dans lequel on ne se baigne jamais deux fois, l’attirante théorie d’un univers « chiffonné », le nouveau concept très complexe d’ « émergence » . On apprend que la loi la plus fondamentale de la physique stipule que l’entropie de tout système isolé ne peut que croître, autrement dit le désordre apporté par le temps est inéluctable : il prend toujours le dessus et réduit en quelques siècles une bibliothèque à un tas de poussières sauf si on intervient (d’où le sempiternel ménage dans nos maisons !)
Et puis il y a ces fameux « trous noirs », passion du chercheur, qui s’y meut avec une joyeuse aisance – dans quelques mois, en 2018, on aura une image de la silhouette d’un trou noir calculé, modélisé par lui en 1970 ! Et pourtant ! notre maîtrise du temps n’est qu’illusoire. Et nous jouons en ce moment avec lui, pensant nous en affranchir. « I Phone !, 9 , 10 ! Le passé on n’en veut plus, à la poubelle ! » se désole Levent Yilmaz. Quant à l’instantanéité de la communication à travers les réseaux sociaux, elle fait doucement rire nos deux hommes. D’ailleurs toute la séance est placée sous le signe certes de la « gravité » mais aussi de la légèreté, de l’humour. Et, grâce à une question du public, la rencontre se clôt sur l’amour ….
Prochain Rendez-Vous , mardi 14 novembre, à 19h : « Du génome et de l’humain », avec Nicolas Lévy, professeur de médecine et généticien, et Michel Cassé, astrophysicien et écrivain.
Théâtre du Gymnase, 4 rue du Théâtre français, 13001 Marseille.

 

 

 

 

 

Lire Asli Erdogan

J’avais commencé le dernier livre d’Asli Erdogan, Le silence même n’est plus à toi (Actes Sud), tout de suite séduite par la grande poésie de son écriture et touchée par l’authenticité de sa révolte et sa détresse. Mais aussi un peu perdue car ce recueil de chroniques parues dans un journal pro-kurde fait référence à des événements en Turquie que je maîtrise mal. L’épisode de mon poignet cassé avait stoppé une rédaction assez laborieuse. Et voilà que l’écrivaine est l’invitée de La grande librairie (jeudi 28 septembre 2017). En août 2016, elle a été incarcérée pour ses articles et libérée fin 2016 avant de repasser devant la justice le 31 octobre 2017 – la Turquie est au 151ème rang sur 180 pays pour la liberté de la presse.  La journaliste est à Paris. Sa présence sur le plateau secoue : elle y apparaît très fragile, atteinte dans son équilibre, dans sa chair. « Après la prison, dit-elle, j’ai mis longtemps pour être à même de dire « je », « moi ». Je suis encore toujours à moitié en prison. » Avant même de vivre cette épreuve, elle racontait dans Le Bâtiment de pierre (Actes Sud) un séjour en prison. A l’écouter c’est comme si elle n’en était sortie, ni du livre ni de sa cellule à Istanbul. Peut-on raconter tout, la torture par exemple ? lui demande François Busnel. Cela peut vite devenir pornographique, répond-elle. Mieux vaut un langage circulaire, indirect. Se déplacer dans le couloir, dire les hurlements mais ne pas pousser la porte. Elle dit très simplement qu’elle pense être quelqu’un de très passif, très axé sur elle-même, qu’elle n’a jamais décidé de résister : c’est venu tout seul comme l’écriture. Ma littérature est du côté des victimes, ajoute-t-elle. « J’ai raconté l’histoire d’autant de victimes que je le pouvais : femmes violées, arméniens, kurdes, homosexuels… »

Choisira-t-elle l’exil si elle le peut ? Non, c’est une autre prison. Sa seule patrie c’est sa langue. Elle précise : « Je me suis interdite de continuer à lire en anglais pour ne pas perdre ma langue. Je ne sais pas bien raconter les histoires, j’entends les mots, le chuchotement des mots et le rythme qui est très important et cela je ne peux le saisir que dans ma propre langue … les mots sont réduits au silence pour moi dans une langue comme l’anglais. »
Pour découvrir cette magnifique langue formidablement traduite par Julien Lapeyre de Cabanes et pour soutenir l’écrivaine insoumise, lisons-la.
Le silence même n’est plus à toi- La ville dont la cape est rouge – Le Bâtiment de pierre. Actes Sud.

Extrait – Il est tout près, dit Rilke, ce pays qui n’appartient à personne, dont les rameaux s’embrasent aux premières floraisons, et qu’on appelle la vie, nous marchons esseulés, sur ces terres, routes et pages muettes qui sont notre destin, certains ne se relevant plus (…) Et nous marchons toujours, tandis que le jour se couche et se lève, nous nous contentons de marcher, et silencieux, nous nous arrachons à la nuit… »