Sur votre agenda

Maison de la sagesse
Ce généreux projet conçu en avril 2017 voit le jour. Il s’agit de créer un lieu à l’image des premières Maisons de la sagesse à Bagdad ou au Caire pour favoriser les rencontres et la transmission des cultures – le traduction y jouant un rôle essentiel. (Voir lien en bas de la page). Mercredi 4 et jeudi 5 octobre se déroulera ainsi à l’Iméra un séminaire de recherche sur les « Intraduisibles des trois monothéismes ». Le thème de ces journées : comment dit-on « l’autre » dans la Torah, la Bible, le Coran ?
Avec  Cyril Aslanov (Aix-Marseille U. /CNRS, Académie de la langue hébraïque, Jérusalem), Daniel Barbu (CNRS), Rachid Benzine (Islamologue, Historien, Chercheur associé au Fonds Paul Ricoeur à Paris, Philippe Borgeaud (U. de Genève), Gilles Dorival (Aix-Marseille U.), Adil Jazouli (Sociologue), Francesco Massa (Université de Genève), Adi Ophir (Tel-Aviv University, Brown University). Barbara Cassin, philosophe et philologue, à l’origine de ce projet avec Danielle Wozny, sera la modératrice des débats. Intellectuellement et humainement on vous promet de passionnants moments…
Et jeudi 5 octobre à La Friche Belle de Mai, de 18h30 à 20h30, suivra une soirée pleine de promesses elle aussi :
– lancement d’un Glossaire de la bureaucratie française concernant l’accueil des migrants,
– performance sur le thème du Patrimoine migrateur et des objets-récits par Generik Vapeur et Alan Vaniev, 
– rencontre avec l’ADIE et quatre bénéficiaires de micro-crédit, organisée par Generik Vapeur, suivie d’une dégustation des Saveurs d’hier pour dire aujourd’hui.

L’Iméra, 2 place Leverrier, 13004 Marseille. 9h30-12h30 et 14h-17h
Il est plus sage de s’inscrire :
maisondelasagesse13@gmail.com
En savoir plus : Rencontre http://www.lemondedesreligions.fr/une/une-maison-de-la-sagesse-pour-reinventer-bagdad-18-04-2017-6238_115.phples chercheurs sur les intraduisibles des trois monothéismes.

Les rendez-vous de demain
Sortir du repli, de la défiance, faire circuler la connaissance, cerner les grands enjeux de notre temps, comprendre ce qui va façonner notre avenir… ambitieux programme. Initiative de l’IMéRA, l’Institut méditerranéen de recherches avancées (fondation d’Aix-Marseille université), Les Rendez-vous de demain relèvent le défi en invitant les scientifiques, spécialistes, universitaires, chercheurs, écrivains qui sont à même de nous donner les clés du futur. Ces rencontres sont aussi placées sous le signe de l’art puisque Dominique Bluzet ouvrira pour les accueillir les portes du beau théâtre du Gymnase. Elles ont été conçues par Thierry Fabre, directeur du programme méditerranée à l’IMéRA, et Stéphan Paoli qui les animera avec la verve et la curiosité qui le caractérisent.
Six rencontres sont prévues. La première aura lieu le mardi 17 octobre à 19h sur le thème « Ordre et désordre du temps » . D’où vient le temps ? D’un big bang initial, primordial ? Que nous raconte l’histoire du ciel et de ses planètes ? Que nous disent les sciences d’aujourd’hui ? Et qu’en est-il du temps des humains, qui rythment et découpent volontiers le temps ?
Avec Jean-Pierre Luminet, astrophysicien (CNRS, Laboratoire d’astrophysique de Marseille); Levent Yilmaz, professeur d’histoire des idées ( Koç University,)
Théâtre du Gymnase, 4 rue du Théâtre français, 13001 Marseille.
Entrée libre.

 

 

 

 

 

Lire Asli Erdogan

J’avais commencé le dernier livre d’Asli Erdogan, Le silence même n’est plus à toi (Actes Sud), tout de suite séduite par la grande poésie de son écriture et touchée par l’authenticité de sa révolte et sa détresse. Mais aussi un peu perdue car ce recueil de chroniques parues dans un journal pro-kurde fait référence à des événements en Turquie que je maîtrise mal. L’épisode de mon poignet cassé avait stoppé une rédaction assez laborieuse. Et voilà que l’écrivaine est l’invitée de La grande librairie (jeudi 28 septembre 2017). En août 2016, elle a été incarcérée pour ses articles et libérée fin 2016 avant de repasser devant la justice le 31 octobre 2017 – la Turquie est au 151ème rang sur 180 pays pour la liberté de la presse.  La journaliste est à Paris. Sa présence sur le plateau secoue : elle y apparaît très fragile, atteinte dans son équilibre, dans sa chair. « Après la prison, dit-elle, j’ai mis longtemps pour être à même de dire « je », « moi ». Je suis encore toujours à moitié en prison. » Avant même de vivre cette épreuve, elle racontait dans Le Bâtiment de pierre (Actes Sud) un séjour en prison. A l’écouter c’est comme si elle n’en était sortie, ni du livre ni de sa cellule à Istanbul. Peut-on raconter tout, la torture par exemple ? lui demande François Busnel. Cela peut vite devenir pornographique, répond-elle. Mieux vaut un langage circulaire, indirect. Se déplacer dans le couloir, dire les hurlements mais ne pas pousser la porte. Elle dit très simplement qu’elle pense être quelqu’un de très passif, très axé sur elle-même, qu’elle n’a jamais décidé de résister : c’est venu tout seul comme l’écriture. Ma littérature est du côté des victimes, ajoute-t-elle. « J’ai raconté l’histoire d’autant de victimes que je le pouvais : femmes violées, arméniens, kurdes, homosexuels… »

Choisira-t-elle l’exil si elle le peut ? Non, c’est une autre prison. Sa seule patrie c’est sa langue. Elle précise : « Je me suis interdite de continuer à lire en anglais pour ne pas perdre ma langue. Je ne sais pas bien raconter les histoires, j’entends les mots, le chuchotement des mots et le rythme qui est très important et cela je ne peux le saisir que dans ma propre langue … les mots sont réduits au silence pour moi dans une langue comme l’anglais. »
Pour découvrir cette magnifique langue formidablement traduite par Julien Lapeyre de Cabanes et pour soutenir l’écrivaine insoumise, lisons-la.
Le silence même n’est plus à toi- La ville dont la cape est rouge – Le Bâtiment de pierre. Actes Sud.

Extrait – Il est tout près, dit Rilke, ce pays qui n’appartient à personne, dont les rameaux s’embrasent aux premières floraisons, et qu’on appelle la vie, nous marchons esseulés, sur ces terres, routes et pages muettes qui sont notre destin, certains ne se relevant plus (…) Et nous marchons toujours, tandis que le jour se couche et se lève, nous nous contentons de marcher, et silencieux, nous nous arrachons à la nuit… »