ALGER, la bleue

« Imbroglio de solide et de liquide ».

« C’est une invitation à déambuler dans Alger sur les pas d’Yves Jeanmougin que propose l’exposition ALGER à La Friche la Belle de mai, Marseille, qui se termine le 2 juillet. Quelques jours encore donc pour s’y perdre avec le photographe profondément attaché à cette ville. Ni Alger la blanche, ni Alger la noire, ni mythique, ni nostalgique, ni tragique, juste la ville si bleue des Algérois, animés par « une immense pulsion de vie et de mouvement. » écrit Ameziane Ferhani qui accompagne les photos de sa prose sensible. Il parle même d’une « étonnante capacité d’euphorie » ! Cela donne soudain envie d’y aller, envie de s’offrir une provisoire amnésie sur les années de la colonisation et celles du terrorisme et  simplement de jouir : des bleus de la mer et des ciels, des « imbroglio de solide et de liquide », des gueules des vieux, des bouilles des enfants, du rire des jeunes femmes, des devantures incongrues, des volées d’escaliers, des naïades Arts déco dans le hall d’un immeuble, des cafés d’antan encore là dans la Basse-Casbah… Une ville foutraque, mais si vivante. Et tendre aussi . Thierry Fabre dans la préface parle de la « tendresse » d’Yves Jeanmougin et c’est bien elle qui éclaire l’objectif du photographe.

Jusqu’au 2 juillet. Friche la Belle de Mai. Galerie La Salle des machines. www.lafriche.org. Le superbe catalogue ALGER est en vente à la Friche  directement auprès de Métamorphoses Métamorphoses (contact : meta@metamorphoses-arts.com) ainsi qu’à la librairie du MuCEM.

 

Avec l’Aquarius…

Sauver les migrants, la mer et notre âme …
photo Caroline L.

Une fois n’est pas du tout coutume, je vais vous solliciter pour une «  cause humanitaire ». A ces mots, vous êtes déjà partis. Je comprends. Revenez ! Il s’agit de la Méditerranée, notre mer nourricière, celle des mythes, des croisières, des surfeurs, des coquillages bigarrés, des poissons mordorés, la mer de toutes les aventures, de toutes les beautés… devenue cimetière. Tout a été écrit sans doute sur ces fous d’espoir qui s’embarquent pour « la liberté ou la mort » (un titre de Kazantazakis, écrivain méditerranéen s’il en fût, qui vient sans crier gare sous ma plume). On n’en peut plus de ces récits, de ces images, écoutés d’une oreille, parcourus d’un œil. Et puis survient cet « Appel du 8 juin », à Marseille, lancé par SOS Méditerranée, une soirée de soutien accueillie par La Criée. Objectif : permettre à l’Aquarius, navire de 77 mètres,  27 membres d’équipage, de continuer à sillonner les eaux internationales au large des côtes libyennes. Les marins sauveteurs ont secouru, recueilli et soigné 19 000 personnes au cours de 118 opérations de sauvetage – 46 000 personnes ont péri depuis l’an 2000 en tentant de rejoindre l’Europe.
Sur la scène de La Criée, Macha Makeïeff soulignait à quel point cette aide allait de soi pour son théâtre, un théâtre face à la mer, ouvert à l’ailleurs, à l’autre. Chaque intervenant fut clair, précis, concret. Pas de grands discours, aucun trémolo, des faits, des chiffres. Et une conviction ancrée. François Morel et Daniel Pennac dirent l’essentiel de la tragédie. Laure Adler lut des extraits de La Déclaration des poètes de Patrick Chamoiseau, une invitation à la résistance devant l’intolérance, le racisme, la xénophobie et l’indifférence à l’autre. Et le président de l’association, Francis Vallat, déclara avec la force de l’évidence  : « Aider SOS Méditerranée, c’est militer contre la bêtise. C’est sauver notre âme. »
A écouter ce 8 juin Thomas, venu de Guinée Conakry, on ne peut qu’être d’accord. Secouru le 11 mai 2016, il l nous ivre un récit simple et bouleversant. Quand, à la conférence de presse, il parle de sa dignité perdue en Libye (sévices, esclavage… l’abjection des passeurs n’a pas de limite) il pleure. Brièvement. Et reprend sa narration. Sur le rafiot construit par les migrants eux-mêmes et qui prend tout de suite l’eau, il raconte qu’ils ont eu la chance – la seule dit-il – d’avoir un marin pêcheur sénégalais à bord qui a su regrouper les passagers à l’arrière, les faire écoper avec leur chemise, tenir douze heures jusqu’à l’arrivée de l’Aquarius. Des récits, Marie Rajablat en a collecté beaucoup sur le navire. Certains sont lus ce soir-là, tel celui de Zineb qui raconte les femmes repoussées dans l’eau par les hommes. On retient cette phrase «  Si tu as peur tu meurs » (Les naufragés de l’enfer. Marie Rajablat et Laurin Schmid pour les photos. Digobar éditions). Témoignages encore de deux « sauveteurs de masse », dont celui d’Anthony : le 23 mai dernier, il faisait partie de l’équipe qui a embarqué 1004 personnes à bord, 15 heures de sauvetage…
Je reviens pour finir sur les discours, ceux de la bêtise, auxquels il n’est pas si facile de résister, qui nous enjoignent de nous méfier . Nous nageons en pleine fiction, dans les fantasmes : « Invasion, menace sécuritaire, danger économique, tout cela, selon de nombreux travaux académiques, n’aurait rien de réel. » argumente un excellent papier du Monde du 12 mai 2017. Il nous renvoie sur des livres pour nous dessiller. Notamment ceux signés Babels : De Lesbos à Calais, comment l’Europe fabrique des camps et La mort aux frontières de l’Europe, retrouver, identifier, commémorer. On peut lire aussi Tous sont vivants de Klaus Vogel (Les arênes), l’homme qui a décidé d’agir lorsque l’Italie en octobre 2014 a mis fin à l’opération Mare Nostrum secourant les migrants en Méditerranée. En mai 2015, nous étions trente, se souvient Sophie Beau, la directrice générale France SOS Méditerranée. Pour continuer et parce que la défaillance des états perdure, l’Aquarius (coût : 11 000 euros par jour) a besoin de nous – les dons représentent 98% des fonds. Sur le site, c’est simple comme bonjour de donner. Tout compte même une très petite somme et le président a insisté sur l’intérêt de choisir un virement mensuel, encore une fois même très modeste.
www.sosmediterranee.fr

Electre 21

« Ecrire ne sert à rien mais il faut continuer. » déclarait Romel dans une interview à propos de son très beau livre Soif de musique. Il a donc continué, véritable bourreau de travail et heureux de l’être, scotché à sa table à Phnom Penh ou à Bangkok, à l’instar de ses écrivains qu’il admire (Baudelaire, Apollinaire, Balzac, Stendhal, Flaubert, Tolstoï…) qui « comme des moines ont choisi le cloître »… Entouré de ses Bouddhas, de sa musique, de ses souvenirs – il en a beaucoup – et de ses rêves – encore plus – , c’est au moins sa troisième vie que celle-ci où il est devenu écrivain. Un « assoiffé de vie », c’est ainsi qu’il se qualifiait dans la même interview.
Son insatiable curiosité du monde et son expérience des affaires et de la politique l’ont mené avec son dernier livre Electre 21 dans l’univers numérique qu’on ne saurait qualifier autrement que d’impitoyable, tant pis pour le cliché. Etonnant de voir ce grand amoureux des arts, se plonger dans le paradis binaire si proche de l’enfer avec un personnage Gratien Malo qui règne sur GlobalTrotter, l’une des premières sociétés mondiales de services et de technologies numériques. De celles qui façonnent le monde, s’immiscent dans les affaires publiques et se lancent dans les projets les plus fous, des drones taxis aux puces cérébrales. Mais Romel a plus d’un tour dans son Mac. C’est en se coulant dans le mythe d’Electre qu’il tisse cette histoire de haine et de violence. Ce qui lui permet de jouer avec son histoire et de donner à son récit les accents d’une tragédie grecque qui, toutefois, ne se prendrait pas complètement au sérieux.
A l’intrigue de Sophocle – une femme, Amélie-Solène (Clytemnestre) et son amant tuent le mari pour prendre le contrôle de son empire, sa fille Ludovine (Electre) entreprend de le venger, le frère Baudoin (Oreste), disparu, resurgit pour accomplir le destin – l’auteur n’a pu s’empêcher de greffer la recherche d’un tableau de Picasso. Le tout puissant Gratien Malo, détenant 72% des données circulant dans le monde sur les réseaux à très haut débit, est en effet un homme qui, avant de sortir de chez lui, prend le temps de se perdre dans la contemplation d’un immense trumeau peint par François Boucher… Ou qui oublie instantanément toute contrariété quand s’élève le quintette à deux violoncelles, do majeur, adagio, Schubert.
On le suit avec plaisir dans les Puces de Saint Ouen où une carte postale le mettra sur la piste du tableau et on le quittera à regret quand le chris-craft conduit par son épouse le pulvérisera… On le regrette mais l’amateur d’art n’était pas un enfant de cœur, au fond il l’a bien cherché ! « A sa manière, le président de Globaltrotter était un tueur en série » Huit millions d’emplois détruits, « on entrait dans la catégorie des Staline, des Hitler et des Mao. Reste une illustration, pleine d’humour, de la toile addictive. « Le clic, le «j’aime », le twitt, le sms, le smiley, l’émoticône, ce sont les nouveaux bulletins de vote. » Avec des morceaux de bravoure dont un sur l’avenir numérique de l’Eglise catholique : confessions interactives avec codes confidentiels, bénédictions et extrême onctions en ligne sans rendez vous, achats en ligne de prières de rédemption avec abonnements à la carte …
Si on aime le genre du pastiche, les récit à clés, la causticité, on se régalera – et il y a cette jeune femme Alva, la « Chinoise aux yeux bleus » atteinte du syndrome d’Asperger qui traverse le roman comme une comète. Electre au 21ème siècle ? Pari tenu, même si on peut préférer le Romel âpre et tendre, si proche de la nature, l’auteur du Bouddha de bronze et autres récits, loin des « réseaux sociopathes » : peut-être son vrai terrain d’écriture.

Electre 21 et Soif de musique chez Daphnis et Chloé

Colère !

Le documentaire de Valéria Bruni-Tedeschi Une jeune fille de 90 ans, sur Arte le 7 juin est outrageant ! Bien sûr le danseur Thierry Thieû Niang est magnifique : sa relation à de très vieilles femmes dans un service gériatrique est exceptionnellement tendre, fine, ntelligente. Bouleversante d’accord. Mais voilà ! Montrer la déchéance physique avec autant de précision, de complaisance, et surtout de mièvrerie – Ah mon Dieu que c’est beau la grande vieillesse, tous ces corps déformés, disloqués, ces paroles bredouillées, emmêlées – est outrageant pour celles qu on filme. Certaines furent sans doute très belles, très vives, très rieuses, toutes furent fraîches comme de jeunes fleurs des champs. Que tout ça soit encore en elles et que le danseur le réveille, oui ! formidable. Mais est- il besoin de le FILMER ! Si pas d’images, si pas de spectateurs-voyeurs, ça n’existe pas c’est ça ? Quelle catastrophe ce monde qui ne sait pas simplement être et faire, sans montrer, sans donner à voir. Et de plus quelle tristesse que cette jeune fille de 90 ans, Blanche, soit amoureuse de « l’ange » comme dit Télérama qui évidemment se pâme pour le film. Happy end (bidonné ou pas ? ), à la fin Blanche fait quelques pas avec un vieux à qui elle a l’air de plaire. Tant mieux tant mieux si cela s’est passé ! Mais tu veux que je te dise Valérie, reste que faut être encore assez jeune et assez à côté de la plaque, de la vie, pour oser tourner un film pareil.

Ce papier provoque des réactions assez vives. Pour donner votre sentiment, votre commentaire, aller sur la colonne de droite « Articles récents » , choisissez celui qui vous intéresse , en l’occurence « Colère » et cliquez dans l’article. Il y  a déjà trois avis bien tranchés (ils apparaissent comme étant de Dane Cuypers mais je ne sers que de relais).
Allez on se calme avec cette pivoine en pleine maturité …

Oh les beaux jours !

« faisant fi des bagnoles
boulevard Baille
l’odeur têtue des tilleuls »

« A des riens on prend le pouls du monde » : un vers de Laurent Albarracin, offert par Eric Chevillard dans son formidable feuilleton du Monde des livres. Lisez si possible l’édition du 25/26 mai où il se surpasse pour évoquer deux livres du poète « A, » (Le Réalgar, « L’orpiment ») et Broussailles (L’Herbe qui tremble). Je ne sais pourquoi j’ai eu envie de cette citation pour vous parler du premier festival littéraire Oh les beaux jours ! à Marseille. Il y eut des « riens » c’est vrai, des moments bulles, des chapeaux de paille pour une rencontre en plein air sur le thème des cabanes, le rire de Keziah Jones sous les étoiles quand un spectateur réclame « Music » alors qu’il se délecte à raconter sa vie, sa ville, Lagos au Nigeria,  « une democrazy » dit-il, et il rit encore). Mais il y eut surtout une densité, une inventivité, une spontanéité  rares, comme si «les beaux jours, qui étaient là et bien là sur Marseille, ouvraient et le corps et l’esprit.
Ne pas tout suivre
ne pas tout dire
d’un enchantement
mini renoncements…

CABANES. D’abord un coup de soleil sur les cabanes, et sur nos crânes coiffés de paille or donc, ce jeudi 25 mai sur l’aire de battage au Mucem Fort Saint-Jean (aire de battage, mémoire d’un merveilleux bivouac dans l’Aragon). Mémoire délicieuse pour moi encore du livre d’enfance, Les Vacances que Gilles A. Tiberghien, venu nous parler de ses « petites maisons », déclare d’emblée ne pas aimer ! car « la cabane de la comtesse de Ségur reproduit la maison et l’ordre social ». L’inverse exactement d’une cabane qu’on n’habite pas vraiment, qui n’a pas de racines, pas de seuil, pas de grenier, pas de cave. Un espace en devenir, intermédiaire, ouvert aux rêves, un lieu psychique dirait Freud. Dans l’inconscient comme dans la cabane, règne une absence de temporalité : c’est un espace intermédiaire, transitionnel, pour invoquer cette fois Winnicott. Je dirais aussi une Chambre à soi dont les femmes ont, encore aujourd’hui, du mal à se doter : l’auteur approuve, précisant qu’il y a, affichée dans sa cabane, au Canada je crois bien, la couverture du livre-culte de Virginia Woolf. Il convoque bien sûr le poète des bois et de la désobéissance civile Henry David Thoreau et sa cabane près de l’étang de Walden, Malcolm Lowry qui écrit Au-dessous du volcan  dans sa hutte sur pilotis … Le romancier Pierre Senges qui lui succède fait appel à Daniel Defoe, Jules Verne, Mark Twain, Kafka et même mon cher Albert Cohen avec la caverne de Mangeclous …

Le titre de la rencontre, « Des cabanes rêvées aux abris contraints », nous entraîne ensuite dans l’univers des sans-abris, des hommes à la dérive, des Naufragés (le livre de Patrick Declerck que je me promets de lire depuis si longtemps) et des cabanes de la précarité, dans la jungle de Calais, sur le périph, au Bois de Vincennes. Pour autant ne pas éluder le fait que ces abris sont souvent « habités », au sens fort, investis, ne pas oublier non plus que la cabane, lieu éminemment solitaire, est aussi parfois un lieu où le collectif peut exister – il y avait des cabanes juridiques entre autres à Calais. Cette vie invivable – pensons-nous à raison – , dans de tels lieux, est pourtant pleinement vécue.

SEMBLABLES. La rencontre intitulée « Personne n’est de trop », qui se déroule cette fois (hélas !) dans la climatisation d’un sous-sol du Mucem, réunit l’écrivain Arno Bertina et la chercheuse Marielle Macé. Ils sont l’un et l’autre porteurs de cette idée que toutes les vies, quelles qu’elles soient, sont vécues au sens plein, que chacun de nous est certes unique mais aussi égal à tous les autres, dissemblable et semblable. Entrer dans la vie des autres, dans leur complexité – on a tendance à penser qu’ils sont beaucoup moins compliqués que nous souligne Marielle Macé – dans la description attentive, fine, de la vie des autres, pour prendre la mesure de l’égalité de toutes les vies, c’est dit-elle la mission de l’écrivain, en tout cas la sienne. Et celle de chacun de nous. Arno Bertina rebondit sur l’importance de la reconnaissance de toute prise de parole. Et il s’étonne que nos semblables le soient justement semblables à nous ! et que ceux qu’on essaie de nous faire passer pour des abrutis se révèlent, dans une manif par exemple, si intelligents, si vivaces dès que nous parlons ensemble ! Nous ne sommes pas que des solitudes ! se réjouit-il. Une autre fonction de la littérature avance la chercheuse c’est de « demander aux colères leurs raisons » Ces colères qui nous habitent tous. Nous met en colère, explique-t-elle, ce qui nous semble saccager ce qui nous tient à cœur, – quand nous sommes « blessés par les conditions faites à la vie » écrit le poète (Michaux ?). Bref c’est un moment foisonnant, passionnant. Ne reste plus qu’à les lire ! Arno Bertina, Je suis une aventure (Verticales). Marielle Macé, Styles. Critique de nos formes de vie (Gallimard).

CASH. Arno Bertina, je l’avais rencontré, ou plutôt rencontré son écriture, la veille au soir à La Criée lors de la représentation Le dernier Cash. Une adaptation, avec le comédien Julien Campani, de son roman J’ai appris à ne pas rire du démon. (Helium). Au début de la pièce, une vidéo du prédicateur évangélique et star télé Bill Graham. Aie ! Je crains le pire. Et c’est le meilleur qui arrive. Un beau texte rageur pour dire les dernières années de Johnny Cash entre drogue et sermons dégoulinants, produisant The Gospel road, un film sur la vie de Jésus… Et la lutte du producteur Rick Rubin pour faire renaître le chanteur de la rébellion celui de Folsom prison Blues qu’il eut le culot d’interpréter devant les prisonniers. Le texte est porté et même éructé, mais c’est bien, par un comédien habité, déjanté. La mise en scène de Julien Romelard épouse l’énergie explosive des mots et de l’interprète. Et puis, juste avant le tomber de rideau, une grande douceur nous enveloppe : s’élève la chanson de Bob Marley Redemption song chanté par Johnny Cash et Joe Strummer, enregistré peu de temps avant la mort de l’homme en noir. Won’t you help to sing these songs of freedom…
LA FOSSE. Autre style mais également de l’énergie à revendre avec deux séances, toujours à La Criée, sur Claude McKay. Une évocation brillante de l’écrivain afro-américain, d’origine jamaïcaine, avec une spécialiste très amoureuse de son sujet, Hélène Lee, et un autre spécialiste, l’ irrésistible Blaise N’Djehoya, grande gueule et grande culture, réalisateur entre autres de Sang d’encre (les artistes noirs dans le Paris d’après la seconde guerre). Il nous raconte, avec quelle verve ! McKay, un noir dégagé de tous les clichés noirs, un artiste qui refuse le statut de militant – « pas de maître, pas de ligne »- mais de fait très engagé. Suit un concert dessiné – joli concept – où l’on suit sur un écran géant les tribulations de l’écrivain dans Marseille dessinées par cinq auteurs de BD avec en bande-son le saxo Raphaël Imbert et son quartet McKay a en effet habité le quartier de La Fosse dans les années vingt, une sorte de petit Harlem, où le marché des prostituées faisait flamber les plus âpres convoitises. C’est ce que met en scène le roman Banjo (éditions L’Olivier), l’instrument de musique qui fonde toutes les musiques noires modernes. Encore un livre à lire. Beaucoup de renoncement disais-je plus haut. Entre autres Kamel Daoud pour Mes indépendances (Actes Sud, dont je rendrai compte bientôt), Natalie Dessay lisant L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Brigitte Fontaine et sa bibliothèque idéale, le grand roman photo marseillais réalisé par 145 habitants…
En savoir plus sur la Fosse :
http://www.millebabords.org/spip.php?article29895
Allez voir le commentaire de Yannis sur Johnny Cash et vous aurez je crois une belle surprise musicale : colonne de droite  « Articles récents » .