Expos photos à Marseille

Agnès Varda. Je découvre la veille de sa fermeture une exposition photos d’Agnès Varda à Marseille. Je décide d’y aller car je suis une fan inconditionnelle de la cinéaste. Je découvre en même temps un quartier que je ne connaissais pas, celui autour de la Porte d’Aix. Sur une place, un petit souk avec des vendeurs maghrébins. Au moment où j’arrive, je les vois tous ramasser leurs affaires en grande fébrilité. Les flics débarquent. Fringues, jouets, petits objets, les marchands éphémères remballent la camelote dans des sacs et ceux qui continuent à négocier une pauvre paire de chaussures ou une peluche râpée se voit bousculés par la police. Plutôt bon enfant a priori. Je continue mon chemin. Une petite rue, un parking, des tags, et voici la galerie Gourvennec Ogor inattendue dans le décor. Un film de quatre minutes et douze photos, ce n’est pas beaucoup, mais c’est quand même chouette de voir  Les beaux quartiers de Marseille  photographiés avec malice et affection par celle qui avait une arrière grand-mère marseillaise et qui a découvert la ville dans les années cinquante.
photo-vardaOn y croise le boucher du Merlan un poisson à la main, l’équipe de la Criée devant son théâtre, des femmes du Panier, des habitants des Goudes… Dans une interview sur internet, Agnès Varda raconte, avec la fraicheur qui la caractérise, comme elle s’est amusée, comme elle était reconnaissante à ses portraiturés de jouer le jeu avec tant de bonne humeur. Le petit film quant à lui démarre sur une belle photo prise dans la  résidence le Corbusier. La réalisatrice des Plages d’Agnès (que j’ai revu récemment : délicieux) a imaginé ce qui avait pu avant et après la photo arriver aux personnages éternisés sur le cliché.

Max Armengaud. Transition toute trouvée, Agnès Varda photographie l’équipe du Théâtre de La Criée et La Criée expose Antichambre de Max Armengaud qui travaille dans une démarche au fond assez proche mais systématisée et ce depuis les années 80. Il s’agit de réaliser des « portraits collectifs » des institutions célèbres qui marquent notre identité : l’Opéra de Paris, la Cité du Vatican, les Arènes de Madrid, le Palais de l’Elysée, l’Assemblée nationale… Il passe derrière la façade et nous donne à voir les coulisses habités par ceux qui y travaillent sans être automatiquement repérables. Ainsi, à l’Opéra, il photographie aussi bien une danseuse que les femmes de ménage ou des machinistes.

Photo Max Armengaud
Photo Max Armengaud

Ce qu’il cherche, dit-il dans une interview sur France Culture, c’est saisir quelque chose de l’ordre de l’intériorité. Ne pas réduire la personne à sa fonction: ce n’est pas un machiniste c’est celui-là, avec son nom, la date de la prise de vue. C’est le contraire de l’icône. Il les amène à simplement être là tout en s’inscrivant dans l’Histoire. « Pour moi c’est le regard de 2080 qui comblera ces images. Je construis consciemment et volontairement de l’archive future. » Le résultat ? Des photos intrigantes, intéressantes, mais pas bouleversantes tant le protocole (noir et blanc, format carré, pose très formelle) est présent – une caractéristique de la photo contemporaine, à la Annette Messager. Et la filiation serait du côté de Walker Evans dans la volonté de donner de la dignité à l’anonymat .
Antichambre. La Criée, 30 quai de Rive-Neuve. Jusqu’au 4 janvier.

Michel Eisenlohr. Direction l’Islande avec ce jeune photographe qui a déjà hanté ce blog. C’est un grand amoureux de Marseille ( expos Aime comme Marseille  ou Palais Longchamp). Mais je l’ai connu au monastère franciscain de Saorge où je l’ai vu traquer la lumière et les forces du lieu pour une exposition intitulée Te lucis ante terminum. Dans le même esprit, son travail Gardien des cimes en 2016 donne à voir le patrimoine fortifié de la Roya Bevera, situé sur des territoires-frontières entre la France et l’Italie. Autres périgrinations photographiques en Inde, sur l’ile grecque de Santorin, en Afrique de l’ouest, à Hong Kong… où qu’il soit Michel Eisenlohr porte un regard sensible et souvent décalé à la recherche de l’âme des lieux.Pour l’heure, et jusqu’au 7 janvier, il nous invite en Islande à la rencontre de Huldufolk, qui signifie le peuple caché. Au cours des kilomètres de routes, au détours des champs de lave et des collines aux moutons, s’égrènent des lieux aux histoires troublantes, peuplés de trolls, d’elfes, de sorcières.
Michel EisenlohrMais ces créatures de la tradition islandaise sont aussi présentes dans les banlieues de Reykjavik. Entre deux immeubles contemporains aux couleurs vives, à quelques mètres d’une villa au revêtement métallique ou encore au centre d’un îlot de résidences, trônent des rochers de lave… Photographier, outre le  paysager et l’urbain, l’immatériel, on a envie d’en savoir plus. Ce sera possible le mardi 3 janvier à 17h30 au cours d’une visite de l’exposition accompagnée par le photographe qui sera suivie à 19h00 d’une conférence « Architecture en Islande, entre tradition et modernité »
Huldufolk, le peuple caché. MAV PACA 12 boulevard Théodore Thurner. Jusqu’au 7 janvier. Visite commentée le 3 janvier.
/http://www.micheleisenlohr.com.

 

 

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