Lâcher son boitier

Il m’a toujours semblé que le métier de photojournaliste était, dans l’ensemble, plus facile, plus gratifiant, moins dur et mieux payé que celui de journaliste écrit. La profession se mobilise en ce moment pour améliorer ses conditions, comme le font depuis longtemps les intermittents et comme ne l’ont jamais fait et ne le feront sans doute jamais les pigistes de la presse écrite – tant pis pour eux. Il y a une omerta assez hallucinante sur la condition pourrie des pigistes en France dont j’ai pâti évidemment. Re-bref. Dans Le Monde du 1er septembre, une page sur deux Grecs qui exposent au Festival de photojournalisme de Perpignan, Aris Messinis et Yannis Behrakis. Les images les plus marquantes du premier, nous dit le papier, ont été prises à Lesbos, île tranquille, bellissime par endroits – j’ai gardé le souvenir, si lointain-si vivant, d’un boulanger dans une petite rue et de l’odeur de son pain dans la douceur fraîcheur du matin. J’ai été rassurée –à la vue de certaines photos, j’ai parfois un doute – de lire ceci : « Aris Messinis, comme Yannis Behrakis, a souvent lâché son boîtier et quitté son rôle de photographe, pour sortir un réfugié épuisé de l’eau et même ramasser un corps. Certains le font, d’autres pas, ce n’est pas une chose qu’on met en avant…Mais moi, comment pourrais-je dormir la nuit, sinon ? Dans ces moments-là, je m’en fiche bien, de rater une bonne image. »
Rappelons que, en 2015, près d’un million de personnes sont entrées en Europe par la mer et plus de 3000 sont mortes pendant la traversée, sans que les pays de l’Union parviennent à s’entendre pour faire face à cette crise.

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