Marseille au coeur

C’est un très joli livre que ce Marseille au cœur -Souvenirs des vieux quartiers, publié chez l’éditeur Gaussen. J’avais envie de le tricoter ici avec Marseille d’Albert Londres (un régal), mais mon exemplaire a disparu ces jours-ci, sans doute oublié sur un table de bistro ou dans le métro. Le premier, je l’ai sous les yeux et sous la main. Marcel Olive y raconte son enfance dans les années trente, quartier Saint Jean, « sur cette butte Saint- Laurent où s’enracine Marseille. » Fils d’ouvrier il a réussi, poussé par ses instituteurs, à étudier au lycée Thiers (celui où Albert Cohen et Marcel Pagnol devinrent les plus grands amis du monde). Sa plume est vive et il fait revivre avec une grande sensibilité, dans ce texte écrit à la fin des années 90 et que son fils Jean-Louis Olive a publié après sa mort, ce Marseille du Panier d’alors qui fut réduit à néant par les Allemands en février 1943. On prend la rue Château-Joly qui n’existe plus, on pousse la porte du logement familial où la tinette fait office de WC, on monte sur la « terrasse » – le Vieux-Port et sa forêt de mâts étaient à nos pieds. On s’arrête Place de Lenche, où il fait toujours si bon le matin prendre un café avant l’arrivée des touristes. Le cinéma (devenu un très intéressant mini-théâtre) a disparu comme le «  Refuge » et le « Provence » où les enfants avaient parfois droit à une pochette-surprise. Disparu aussi tout un petit peuple : marchands ambulants de brousses du Rove, de beignets ( les chichis-fregis), de « glacés », de pistaches, de pépins de courge grillés… et artisans : le vitrier, l’Amoulaïre ( l’aiguiseur) poussant sa carriole, le cardeur de laines, l’Estrassaïre, autrement dit le chiffonnier. (Parenthèse sur une passionnante série « Les chiffonniers littéraires » par Antoine Compagnon dans « Eloge du savoir » à partir du 18 avril 2016, France –Culture.)

Marseille au coeurCe texte illustré de photos est une invite à une flânerie intelligente, émouvante, dans ces vieux quartiers qui continuent, comme l’écrit Jean-Louis Olive, d’être l’un des liens sacrés de Marseille avec son passé prestigieux. Un passé pas si éloigné : (…) les mômes qui dévalent les petites rues (…), le petit Maghrébin qui court dans les caniveaux de la rue Baussenque ou des Accoules, avec son dénuement et son insolence, ressemble finalement comme un frère aux garnements que nous étions à son âge.
La vie s’invente
Ou s’évente
(lu sur un mur de Marseille)

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