Lumières

Lumière (unique) de Marseille, lumières (multiples) de l’Aubrac, et même émerveillement. Il fallait bien ça pour flouter l’image du petit con casqué qui m’a arraché mon sac à main le 30 décembre 2015 dans une  rue de Paris. Il a tout pris sauf mon mac et je peux donc écrire ici ma rage de me confronter à l’avalanche de déclarations et oppositions, à tous ces codes puk, pic et pas du tout colegram… Mais l’Aubrac donc aux tout premiers jours de 2016, l’Aubrac et, sur le plateau, les hêtres sertis de givre. Et puis une autre lumière, intense, profonde, celle des tableaux de Soulages au magnifique musée de Rodez, découvert avant de reprendre le train pour la capitale, celle-ci plongée dans la commémoration du massacre de janvier 2015 ( lisez-vous dans Charlie Hebdo les billets de Philippe Lançon, rescapé et mâchoire abîmée, qui tisse avec toujours le même talent ses misères quotidiennes et celles de notre pays – en train de se fourvoyer dans l’affaire de la déchéance de nationalité … quelle pitié !)
Soulages. J’avais adoré il y a quelques années les vitraux de l’abbaye de Conques. Pour le reste j’y allais sans véritable enthousiasme. Erreur ! L’Outrenoir, outre la beauté de l’expression, existe. Il y a des miroitements, des éclairs, « une lumière réfléchie par des états de surface du noir ». Le travail sur la matière (strier, entailler, lisser, superposer, arracher…)  fait ainsi naître un paysage de neige, scintillant, à l’égal de celui que nous venons de laisser sur la route de Laguiole, ou des fenêtres qui s’ouvrent, dirait-on, sur la mer à la façon d’ un Matisse.

Toile bleuePaysage de neige...zébrures
Dans le train, j’ouvre le dossier de presse et je lis ceci, qui me ravit, de Pierre Soulages, l’enfant de l’Aveyron  : « Au départ j’aimais beaucoup dessiner les arbres l’hiver, sans feuilles. Leur écriture dans l’espace en somme. » Et  aussi que, tout petit, comme il trace de grands  traits noir sur du papier blanc, à la question,  Que fais-tu ? il répond : « De la neige ». Je vous souhaite une  année ponctuée de fenêtres ouvertes sur la lumière.
Photos Théi Cassagnes
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Il se souvient des petits poissons sortis du ventre bleu de la barque, menu fretin d’argent frétillant sur le sable, les petites mains nerveuses et brunes de sa mère, ses ongles rubis y plongeant, soupesant les lingots vivants, la pierre de lune à son majeur, ses yeux qui brillent, son rire éclatant, le feu du regard des hommes sur elle, sa vaillance, sa liberté, sa folle liberté infanticide. Petit poisson lui-même glissant dans ses mains quand elle le câlinait, le cajolait, le caressait, son parfum de jasmin, le bruissement de sa jupe de danseuse, les volants qui balayaient le sol, ses talons qui claquaient, la porte qui claquait, le silence noir qui montait, l’envahissait, l’engloutissait.
Extrait de Un jour à Grazalema, une pièce de Dane Cuypers. Bon de souscription ci-dessous pour qu’elle soit éditée et peut-être jouée.
BON DE COMMANDE Cuypers souscription


 

 

2 réponses sur “Lumières”

  1. Je compatis, si c’est possible, quand on n’est pas en cause profondément, au vol de ton sac… je ne sais pas ce que je ferais si ça m’arrivait… même en trente ans d’Inde, j’ai eu des vols de sac, mais sans que je m’en rende compte, tout en douceur, dans la foule ferroviaire… et donc pas de traumatisme physique, dur à digérer…
    Merci pour ces images de blanc, de noir… Soulages n’est pas ma tasse de thé, ni de café, mais j’aime les tableaux que tu nous proposes, laissant entrevoir une profondeur, un paysage, une histoire qu’on peut se conter.
    Belle année, Dane, pleine de couleurs, de mots agiles et de pensées voletantes qui savent se poser magnifiquement.

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