Aubaines …

Deux souscriptions pour deux livres . Une pour moi, l’autre pour un ami. Dans les deux cas, soyez confiant. Ou curieux. Peut-être que ça vaut le coup…

Un jour à Grazalema
Prix d’écriture théâtrale  des 13èmes Rencontres  méditerranéennes
A paraître chez Alna éditeur, janvier 2016
Extrait.
Il se souvient quand sa mère accrochait le linge. Elle se baissait pour prendre une grosse pince en bois qu’elle mettait dans sa bouche entre ses dents blanches et il voyait ses jambes brunes, nues, ses pieds, nus, sur le carrelage rouge et sa jupe qui volait au vent. Au vent chaud qui soulevait sa jupe noire et son jupon blanc. Et elle se baissait à nouveau pour saisir le drap brillant qui battait dans le vent. Se retournait soudain vers lui, sa bouche rouge ouverte sur ses dents blanches, riant, grondeuse, moqueuse, gourmande. Veux-tu enlever ta tête du robinet chenapan ! Et chaque fois qu’elle, l’une d’elles (et chaque fois il croit que cette fois ce sera Elle et enfin cessera la course mortelle) chaque fois qu’elles montrent leurs dents blanches sous leurs lèvres rouges avec du rire dans leurs yeux, yeux plissés de rire, yeux qui cherchent le soleil, chaque fois il croit que tout va recommencer.

Grazalema lilyIl se souvient quand sa mère accrochait le linge et qu’elle se reculait soudain les poings sur les hanches comme pour juger de l’effet de tout ce linge blanc, au grand vent battant, claquant comme les voiles d’un bateau. Sa mère reculant, ses pieds bruns sur le sol rouge, ses yeux fermés soudain, plissés dans le grand soleil. Adossée à la balustrade, dans une langueur soudaine. Sa langue sur ses lèvres rouges, la sueur entre ses seins, ses bras ronds qu’il aurait voulu mordre et sa tête mettre entre ses cuisses.
Photo Lily et Ben
BON DE COMMANDE Cuypers souscription

South of the border
Maquette Couv - copie 12-13ok - copie
Marc Mangin est un grand voyageur et  un magnifique photographe qui sait pratiquer l’errance, l’attente, la vacuité et l’acuité pour capturer des images d’ailleurs. Et qu’y a-t-il de plus ailleurs qu’une frontière ?  La Corée est, par excellence, le pays de la frontière. « Une cicatrice la traverse et entérine un temps suspendu depuis plus de soixante ans. Paradoxal lieu de tourisme organisé, la nostalgie et la souffrance coréenne croisent une curiosité étrangère venue se donner le frisson de la guerre. Photographier le sud de la frontière, c’est photographier la Corée, moins que la Corée et plus que la Corée. C’est photographier la réalité et l’illusion d’une frontière. »  écrit Anne Fourreau .
En vente sur le site de l’éditeur sipayat.com, prix souscription, jusqu’au 15 octobre.

 

 

 

Pour une amourette

Il y a peu de temps j’avais entendu par hasard Pour une amourette et j’avais retrouvé, comme on dit, sur le champ mes vingt ans. Leny Escudero était un type épatant (adjectif des années 60 mais qui revient me semble-t-il, un peu comme l’irrésistible « C’est ballot !). Né en Espagne en 1932, il arrive en France en 1939 avec ses parents qui ont fui Franco. Je lis dans Le Monde qu’en 1965 il part au Bénin (le Dahomey) pour bâtir lui-même une école – il a été maçon et carreleur – et payer ainsi sa dette aux instituteurs français qui, enfant, lui ont appris le français.
Alors je me suis dit
T’es au bout du chemin
Tu peux t’arrêter là
Te reposer enfin
Et lorsque l’amour
S’est noyé dans ses yeux
J’ai cru que je venais
D’inventer le ciel bleu

Nuques…

DSC_0312Un bout de phrase m’est venue, revenue – mais d’où et allez savoir pourquoi  – en commençant à rédiger ce papier : « les inflexions dorées de sa voix »… Que la voix suffise pour reconnaître quelqu’un, c’est certain, mais la nuque ? La nuque aussi. Emmanuelle Closse-Chantre a été saisie, s’est saisie, de ce que nous savons sans jamais y songer et elle s’est lancée, avec une certaine audace, dans une série de portraits de dos. De nuques. Comment ne pas être attirée par une exposition sur les nuques, la partie du corps la plus vulnérable, la plus secrète, la plus exposée, porteuse des plus douces tendresses et des plus grandes violences (quasi impossible me semble-t-il de ne pas être traversé par l’expression « une balle dans la nuque »). Et je me souviens de Claude Sautet, au cours d’une interview, me disant que ce qui le touchait le plus chez son actrice fétiche, Romy Schneider, c’était sa nuque et qu’il lui demandait souvent de remonter ses cheveux en chignon.
RaphaelEmmanuelle le dit ainsi : « Le dos, cet inconnu de soi, mais aussitôt reconnu. Nuque, colonne vertébrale, points névralgiques, lieux de fragilité ou de force que chacun sculpte à son insu, au gré de son histoire. » L’exposition nous offre le résultat de son pari : des nuques et des dos sur des fonds vibrants qui transmettent la relation du peintre à son modèle. « les fonds, la couleur, posée, montée, houleuse, comme dans les tableaux de Rothko » écrit Frédéric Worms dans un beau texte « Le dos-portrait d’Emmanuelle C »
Au pavé d’Orsay, 48 rue de Lille, 75007 Paris. Jusqu’au mardi 13 octobre. 12h-18h.
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Soirée légère…

Allez !  un peu de légèreté : un dîner dans le séduisant quartier des Abesses, suivi d’une pièce, populaire avec panache, souvenir de ce théâtre qui incarnait l’esprit parisien de l’entre deux guerres. Les vignes du seigneur est en effet une brillante comédie créée en 1923, de Robert de Flers et Francis de Croisset, servie ici par une troupe épatante – on sent le plaisir que les comédiens ont à jouer ensemble, portés par l’excentricité de leur personnage et la qualité des dialogues . Comme dans toute pièce de boulevard qui se respecte, on a le trio gagnant : le mari, la femme et l’amant, sauf que le mari n’est pas le mari et que le mari préfère physiquement la femme mais moralement le mari… On ne vous en dira pas plus ! D’ailleurs peut-être vous souvenez-vous du film  tiré de cette pièce, un film  de Jean Boyer, de 1958, avec Fernandel. Et pour les connaisseurs, sachez  que la compagnie L’étoffe des songes qui met en scène ce spectacle est née en 2011, cousue main  par Brigitte Perrier et Julien Bonnet  sous l’impulsion de Jean-Laurent Cochet dont ils sont les élèves.
Les vignes du seigneur. Théâtre Montmartre Galabru.  4 rue de l’Armée d’Orient. 75018 Paris. Métro blanche ou Abesses. Réservation 01 42 23 15 85. Jusqu’au 15 novembre.